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redproquement aimez d'eux? Que les sçavans aiment les ignorans , pourveu qu'ils soient dociles; et les malades leurs médecins? Que si nous pouvons tirer quelque argument de l'image de l'amour, qui se void es choses insensibles , quelle ressemblance peut faire tendre le fera l'aimant? Un aimant n'a-t-il pas plus de ressemblance avec un autre aimant , ou avec une autre pierre qu'avec le fer, qui est d'un genre tout différent? Et bien que quelquesuns pour réduire toute-^ les convenances à la ressemblance , asseurent que le fer tire le for, et Taimarit tire l'aimant; si est-ce qu'ils ne sçauroient rendre raison pourquoy l'aimant tire plus puissamment le fer que le fsr ne tire le fer mesme. Mais, je vous prie, quelle similitude y a-t-il entre la chaux et l'eau , ou bien entre l'oau et l'esponge? etneantmoins la chaux et l'esponge prennent l'eau avec une avidité nompareille , et tesmoignent envers elle un amour insensible, extraordinaire. Or il en est de mesme de l'amour humain : car il se prend quelquefois plus fortement entre des personnes de contraires qualilez, qu'entre celles qui sont fort semblables. La convenance doncques, qui cause l'amour, ne consiste pas tousjours en la ressemblance» mais en la proportion , rapport ou correa^ pondance de l'amant à la chose aimée. Car ainsi, ce n'est pas la ressemblance, qu rend aimable le médecin au malade, aina la correspondance de la nécessité de l'un avec la suffisance de l'autre, d'autant que l'un a besoin du secours que l'autre peut donner; comme aussi le médecin aime le malade, et le sçavant son apprentif, parce qu'ils peuvent exercer leurs facultez sur eux. Les vieillards aiment les enfans, non point par sympathie, mais d'autant que i'extresme simplicité , foiblesse et tendreté des uns rehausse et fait mieux paroistre la prudence et assurance des autres; et cette dissemblance est agréable : au contraire, les petits enfaièts aiment les vieillards , parce qu'ils les voyent amusez, et embesoignez d'eux, etque par un sentiment secret, ils connoissenl qu'ils ont besoin do leur conduite. Les accords de musique se font en la discordance, par laquelle les voix dissemblables se correspondent, pour toutes ensemble faire un seul rencontre de proportion : comme la dissemblance des
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TRAITfi DE L^AMOUR M DIEU.
pierres précieuses et des fleurs fait l'agréable composition do Tcsmail^ et de la diapreure. Ainsi Tannour ne se fait pas tous- ;f0urs par la ressemblance et sympathie, ains par la correspondance et proportion qui consiste en ce que par l'union d'une chose à une autre , elles puissent recevoir mutuellement de la perfection , et devenir meilleures. La teste , cerle , no ressemble pas au corps , ny la main au bras , mais neantmoins ces cho^s ont une si grande correspondance, et joignent si proprement l'une à l'autre , que par leur mutuelle conjonction, elles 8*entre-perfectionnent excellemment. C'est pourquoy si ces parties-là avoient chascune une ame distincte, elles s'entr'aimeroient parfaitement , non point par ressemblance, car elles n'en ont point ensemble, mais pour la correspondance qu'elles ont à leur mutuollo perfection. En cette sorte les melancholiques et les joyeux, les aigres et les doux s'entr'aiment quelquefois réciproquement, pour les mutuelles impressions qu'ils reçoivent les uns des autres, au moyen desquelles leurs humeurs sont mutuellement modérées.
Mais quand cette mutuelle correspondance est conjoincie avec la ressemblance, l'amour sans doute s'engendre bien plu.s puissamment; car la similitude estant la vraye imago de l'unilé , quand deux choses semblables s'unissent juir correspondance à mosmo fln , il semble que ce soit plustost unité qu'union.
La convenance doncques de l'amant ô la chose aimée, est la première source de l'amour, et celte convenance consiste à la oorretipondanre, qui n'est autre chose quo le mutuel rapport qui rend les choses propres à s'unir, pour s'entre-communiquer quelque porfcclion . Mais cecy s'entendra do mieux en mieux par le progrezdu discours.
aiAPlTRE IX.
Qaa famour tend à l'union*
Le grand Salomon escrit d'un air délicieusement admirable les amours du Sauveur et de Tamo dévote , en ce divin ouvrage que, pour son excellente suavité, on appelle le Cantique des Cantiques. Et pour nous eslever plus doucement à la conside-
I des mouvemens de nos cœurs, avec spirations de sa divine Majesté; il e!
une perpétuelle représentation desi
i d'un chaste berger et d'une pudiqi gère. Or faisant parler Tespouse
I miere, comme par manière d'une c
I surprise d'amour, il luy fait faire < ceteslancement : « (4) Qu'il me bai » baiser de sa bouche ! «Voyez-vous time, comme l'ame, en la personne < bergère , ne prend, par le premier qu'elle exprime , qu'une chaste uni son espoux ; comme protestant qi l'unique fln à laquelle elle aspire, laquelle elle respiro : car je vous pi veut dire autre chose ce premier si « Qu'il me baise d'un baiser de sa b< Le baiser, de tout temps , com instinct naturel , a esté employé p présenter l'amour parfaict, c'esi l'union des cœurs; et non sans Nous faisons sortir et paroistre n siens, et les mouvemens que nos ai communs avec les animaux, en no es sourcils , au front et en tout le r visage. (2) On connoist l'homme » sage , » dit l'Escriture : et Aristo dant raison de ce qu'à l'ordinair point sinon la face des grands h( c'est d'autant , dit-il , que le visage qui nous sommes. •
Mais pourtant, nous ne respand discours ny les pen?éos qui procè( la portion spirituelle de nos ame nous appelions raison , et par laque sommes difTorens d'avec les anima non par nos paroles , et par conse par lo moyen de la bouche. Si quo son ame , et respandro son cœur , n Ire chose que parler : « (3) Versez » Dieu vos cœurs, ditlo psalmiste à-dire, exprimez et prononcez le!
tiens de vostre cœur, par paroles 0 dévote mère de Samuel , prononç prières , quoy que si bellement , qu voyoit-on a (5) le mouvement de ses » j'ny respnndu , dit-relle, mon ame » Dieu. » En cette sorte on appliq bouche à Pautre quand on se bais< tesmoigner qu'on voudroit verser le Tune dedans ranlro reciproqtiemei les unir d'une union parfaicte : et
ration de cet amour spirituel , qui s'exerce ... -, ^ MtraDi«oetDOut^parlacorrespoiids»«« 1 U^?ït:.?i^-^^•^ei!V^L^JÏ/^•■f...l^
LlYRE I , CHAPlTRg X.
qu'en looi temps et entre les plus saincts hMnmeB du monde , le baisera esté le signe doTamour et dtlection, aussi fut-il employé universellement entre tous les premiers chrestiens, comme le grand sainct Paul tesmoigne, quand il dit aux Romains et Corinthiens: t (4) Saluez-vous mutuellei ment les uns les autres par le sainct baii aer ; » et comme plusieurs tcsmoignent , (2) Judas en la prise de Nostre-Soigneur •mploya le baiser , pour le faire connoistro, l^rce que ce divin Sauveur baisoil ordilairemeni ses disciples, quand il les ren- •ontroii : et non-seulement ses disciples , nais aussi les petits enfans qu*il prcnoit amoureusement en ses bras , comme il fit celuy , (3) par la comparaison duquel il invita si solennellement ses disciples à la charité du prochain , que plusieurs estiment avoir esté sainct Martial , comme Tevesque Jansenius le rapporte (4).
Ainsi doncqoes le baiser estant la vive ■arque de l'union des cœurs; Tospouse fui ^e prétend en toutes ses poursuites , fue d'être unie avec son bien -aimé; « (6)
• Qu'il me baise, dit-elle, d*un baiser de isa lM>uche, > comme si elle s'ecrioitc Tant de soupirs et de traicts ennammez , f ue mon amour jette incessammept , n'impttreront-iU jamais ce que mon ame delire? Je cours { hé, n*atleindray-je jamais 10 prix pour lequel je m'esiance , qui est d'astre unie cœur à cosur , esprit à esprit , avec mon Dieu , mon espoux et ma vie ? Quand sera-ee que jerespandray mon ame dans son cœur ; et quMI versera son cosur dedans mon ame, et qu'amsi heureusement ania, nous vivrons inséparables.
Quand Tesprit divin veut exprimer uq amour parfait, ii employé presque tousjours les paroles d'union et de conjonction, c (H) En la multitude des croyans , dit S.
• Luc , il n'y avoit qu'un cœur et qu'une » ame. > Nostre-Seigneur pria son père pour tous les fidelles , aGn qu'ils fussent tous (7) c une mesme chose. » S. Paul nous ndvertitque nous soyions soigneux de conserver l'unité d'esprit, par l'union de la paix. Ces unitez de cœur , d'ame et d'esprit , signifient la perfection de l'amour , qui Joint plusieurs âmes en une. Ainsi est-
il dit, que t (4) l'amo de Jonatha^ estait » collée à rame de David » , c'est-à-dire , comme l'Bscriture adjouste , f il aima Da- » vid comme son ame propre. « Le grand apostre de France, tant selon son sentiment , que rapportant celuy de son Hierotée , escrit , je pense , cent fois en un seul chapitre des noms divins, que l'amour est unifique, unissant, ramassant, resserrant, recueillant et rapportunt les choses â Tifnilé. S. Grégoire de Nazianze, et S. Auguï^tin disent que leurs amis avec eux n'avoient qu'une ume, et Aristote, approuvant desjà de son temps celte façon de parler : Quand , dit-il , nous voulons exprimer coinbien nous aimons nos amis , nous disons : l'ame de celuy-cy et mon ame n'est qu'une : la haine nous sépare , et l'amour nous assemble. La fin doncques de l'amour n'est autre chose que Tunion de l'amant à la chose aimée.