CHAPITRE Xm
Do la dUTerenee dei «moiin.
On partage Tamour en deux espèces , dont Tune est appelée Tamour de bienveuillance, et l'autre amour de convoitise. L*amour de convoitise est celui par lequel nous aimons quelque chose pour le proQt que nous en prétendons : Tamour de bienveuillance est celui par lequel nous aimons quelque chose pour le bien d*icelle ; car , qu'est-ce autre chose , avoir l'amour de bien-veuillance envers une personne , que de luy vouloir du bien ?
%. Si celuy à qui nous voulons du bien , fWL dMJi et le possède» alors nous le luy
voulons par le plaisir et contentement que nous avons de quoy il Ta et le possède ; et ainsi se forme l'amour de complaisance, qui n'est autre chose que Tacte de la volonté , par lequel elle s'unit et joint ao plaisir, contentement et bien d'autruy.
Mais si celuy à qui nous voulons du bien , ne l'a pas encore , nous le luy desirons ; et partant cet amour se nomme amour de désir.
3. Quand l'amour de bien-veui)Ianceeit exercé sans correspondance de la part de la chose aimée, il s'appelle amour de simple bien-veuillance : quand il est avec mstuelle correspondance , il s'appelle amour d'amitié. Or la mutuelle correspondance consiste en trois points : car il faut que les amis s'entraiment , sçachent qu'ils s'entraiment, et qu'ils aient communication, privante, et familiarité ensemble.
i. Si nous aimons simplement l'amy, sans le préférer aux autres , l'amitié est simple : si nous le préférons , alors celle amitié s^apellera dilection , comme qui diroit amour d'élection ; parce qu'entre plusieurs choses que nous aimons, nous clioisissons celle-là, pour la préférer.
6. Or quand par cette dilection nous ne préférons pas de beaucoup un amy aui autres, elle s'uppelle simple dilection* mais quand au contraire , nous préférons grandcmentet beaucoup un amy aux autres de la sorte, alors cette amitié s'appelle dilection d'excellence.
6. Que si l'estime et préférence, que nous faisons de l'amy, quoy qu'elle soit grande, et n'en ait point d'csgale, ne laisse pas neanlmoins de pouvoir entrer en comparaison et proportion avec les autres ; l'amitié s'appellera dilection eminente. Biais , si l'eminence de cette amitié est hors de proportion et de comparaison , au-de;^dus de toute autre , alors elle sera dicte dilection incomparable , souveraine , sureminente ; et en un mot, ce sera la charité, laquelle est deue à un seul Dieu : et de faict, en nostre langage mesme, les mots de cher, clierement, enchérir, représentent une certaine estime , un prix, une valeur particulière : de sorte que comme le mot I d'homme parmy le peuple, est presque de- 4Douré aux masles , comme au sexe plus excellent ; et celuy d'adoration est auasi presque demeuré pour Dieu, comme pour
UVRE ï, CHAPITRE XV.
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cipal object; ainsi le nom de fti demeuré à Tamour de Dieu , la supresme et souveraine dilec-
CHÀPITRB XIV.
ébarlté doit eitre nommée amour.
{enedlt en quelque lieu, qu'à son icriture divine voulant empescher m d'amour ne donnast quelque ) mauvaise pensée aux esprits in- )mme plus propre à signifier une bamelle qu'une affection spiri- I lieu de ce nom-là d'amour ^ elle îeux de charité et de dilectioa « dus honnestes. (2) Au contrait^ i gustin ayant mieux considéré la parole de Dieu, monstre clâiue le nom d'amour n'est pas ré <lue coluy de dilectioh, et que itre signifie parfois une affection )t quelquefois aussi une passion alléguant à ces fins plusieurs le l'Escriture. (3) Mais le grand yS) comme excellent docteur de té des noms divins , parle bien ageusement en faveur du hom )nseignant que les théologiens , e les apostres et premiers disct* X ( car ce sainct n'avoit point )s théologiens), pour desabuser , et dompter la fantaisie d'iceluy ; le nom d'amour en sens proirnel , ils l'ont plus yolontiers s choses divines, que celuy de et quoy qu'ils estimassent qu^ tre estoit pris pour une mesme ;outefois semblé à quelques-uns que le nom d'amour estoit plus )nvenable à Dieu , que celuy de si que le divin Ignace a escrit : mon amour est crucifiée Ainsi inciens théologiens employoient (lour es choses divines, afin de 'odeur d'impureté , de laquelle ispect selon l'imagination du mesme pour exprimer les aftnaines, ils ont pris plaisir d'an de dilcclion Comme exempt de deshonnesteté , dont quelfeux a dit) au rapport de sainct dilection est entrée et
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