‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 76 sur 365 · IT · texte numérisé non relu

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urne , ainsi que la dilection àeè femmes. Enfin le nom d'amour représente plus de ferveur, d'efficace et d'activité, que celuy de dilection, de sorte qu'entre les Latins « dilection est beaucoup moins qu'amour.

Glodius ) dit le grand orateur » me porte dilection , et pour le dire plus excellemment, il m'aime : et partant le nom d'amour , comme plus excellent , a esté justement donné à la charité, comme aa principal et plus eminent de tous les amours : ai que pour toutes ces raisons» et parce que je prelendois de parler des actes delà charité plus que de l'babituded'icellei j'ay appelle ce petit ouvrage , traicté de l'amour de Dieu.

CHAPITRB XV.

Dt la eoBTanance q|«i est entre Dieu et I'Whhn

Si tostque l'homme pense un pei attentivement à la Divinité, il sent une certaine douce esmotion de cœur, qui tesmoigne que Dieu est Dieu du cœur humain; jamais nostre entendement n'a tant de plaisir qu'en cette pensée de la Divinité, de laquelle la oM>iBdreoogneissance, comme dit le prince des philosophes^ vaut mieux que la plus grande des autres choses ; comme le moindre rayon du soleil est plus clair que le plus grand de la lune ou des estoiles, ains est plus lumineux que la lune et les estoiles ensemble^ Que si quelque accideni esponvante notre cœur, soudain il reooHri à la Divinité^ advouant que quand tout luy est mauvais , elle seule luy est bonne» 6l que quand il est en péril, elle seule, comme son souverain bie&t le peutaenver et garantir.

Ce plaisir , cette confiaotte que le cosur humain prend Baturellement en Dieu , ne peut certes provenir que de la bonne convenance qu'il y a entre cette divine bonté et nostre amOé Convenance grande , mais secrette ; convenance que chascun cognoist, et que peu de gens entendent ; convenance qu'on ne peut nier, mais qu'on ne peut bien pénétrera Nous aommesoreei à l'image et semblance de Dieu : qu'est-ce à dire cela % sinon que nous avons une extresme convenance avec sa divine Ma»

jeaté?

Noitre ame est spirituelle , indivisible »

TBAÏTÈ DE L*A1I0€R DE DIEU

immortelle y entend, veut, et veut librement , est capable de jufçer , discourir , Bçavoir, et avoir des vertu? ; en quoy elle ressemble à Dieu. Elle réside toute en tout son corps, et toute en chacune des parties d'iceluy , comme la Divinité est toute en tout le monde , et toute en chaque partie du monde. L*homme se cognoistet s*aime 8oy-mesme , par des actes produits et exprimez de son entendement et de sa volonté, qui procédant de l'entendement et delà volonté distinguez Tun de Tautre, restent neantmoins et demeurent inséparablement unis en l*ame et es facultez desquelles ils procèdent. Ainsi le Fils procède du Père, comme sa cognoissance exprimée, et le saincl Esprit, comme Tamour exprimé et produicl du Pcre el du Fils ; Tune et Tautre personne distinctes entre elles, et d'avec le Père, et neantmoins inséparables et unies, ains plutost une mesme seule , simple et très-unique indivisible Divinité.

Mais , outre cette convenance de similitude , il y a une correspondance nompareille entre Dieu et l'homme pour leur réciproque perfection. Non que Dieu puisse recevoir aucune perfeciion de l'homme ; mais parce que comme l'homme ne peut estre perfoctionné que par la divine bonté, aussi la divine bonté ne peut bonnement si bien exercer sa perfection hors de soy qu'à l'endroit de nostre humanilé. L*un a grand besoin et grande capacité de recevoir du bien ; et l'autre grande abondance et grande inclination pour en donner. Rien n'est si à propos pour Tindigence, qu*une libérale aÔluence , rien si agréable à une libérale aflluence , qu'une nécessiteuse indigence ; et plus le bien a d'affluence, plus l'inclination de se re^pandre etcommuniquer est forte. Plus l'indigent est nécessiteux, plus il est avide de recevoir, comme un vuide de se remplir. C'est donc un doux et désirable rencontre, que celuy de rafQuence et de l'indigence ; et ne sçuuroit*on presque dire qui a plus de contentement, ou le bien abondant à se respandre et communiquer, ou le bien défaillant el ndigent à recevoir et tirer, si Nostre- Seigneur n*avoitdit que c'est chose plus heureuse de donner que de recevoir. Or où il y a plus de bonheur, il y a plus de satisfaction : la divine bonté a donc plus de

plaisir à donner ses grâces, que nous I les recevoir.

Les mères ont quelquefois leurs mam« melles si fécondes et abondantes , qu'elles ne peuvent durer fans les baillera quelque enfant; et bien que Penfont succe la mammelle avec grande avidité, la nourrice la luy donne encore plus ardemment, l'enfant tétant, pressé de sa nécessité, et la mère Tallaittant, pressée de sa fécondité.

L*espouse sacrée a voit souhaitté lesaind baiser d'union : « (4) 0, dit-elle, qu'il me » baise d'un baiser de sa bouche 1 > Mais y a-t-il assez de convenance, 6 la bien-aimée du bien-aimé, entre vous et l'espoux, pour parvenir à* l'union que vous désirez?

« Ouy, dit-elle, donnezple moy ce baiser » d'union , 6 le cher amy de mon ame. (I) » Car vous avez des mammelles meilleures » que le vin , odorantes des parfums excel- » lens. » Le vin nouveau bouillonne et s*e»> chauffe en soy-mesme par la force de sa bonté, et ne se peut contenir dans les ton» nenux ; mais vos mammelles sont encore meilleures ; elles pressent vostre poictrioa par des eslans continuels, poussant leur laict qui sedonde, comme re(]uerantd'cstre deschargées , et pour attirer les enfans de vostre cœur à les venir tetter, elles respandeni une odeur attrayante plus que toutes les senteurs do parfums. Ainsi, Theotime, nostre deffaillance a besoin de l'abondance divine, par disette et nécessité : mais Tafiluence divine n'a besoin de nostre indigence, que par excellence de perfection et bonté. Bonté qui neantmoins ne devient pas meilleure en se communi quant : car elle n*acquiert rien en se re&pandant hors de soy, au contraire elle donne : mais nostre indigence demeureroit manquante et misérable, si Tabondance de la bonté ne la secouroit.

Nostre ame doncques considérant que rien ne la contente parfaictcment, et que sa capacité ne peut estre remplie par chose quelconque qui soit au monde ^ voyant que son entendement a une inclination infinie de sçavoir toujours davantage, et sa vo« lonté un appétit insatiable d'aimer et trouver du bien , n'a-t-elle pas ^ai:^on d'exclamer : « Ah 1 doncques je ne suis pas faicte » pour ce monde! » Il y a quelque souverain bien duquel je dépends , et quelque

(1) Cuu Ca»l. I, t. - (•) IM. I, I.

LITRE I, CHAnTRE XTl.

ii»

ftny qui a imprimé en moy cet >1e désir de sçavoir, et cet appepeut eslre assouvy. C'est pourlut que je tende , et m'estende lour m*unir et joindre à sa bonté, j'appartiens et suis. Telle est la le que nous avons avec Dieu.

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