CHAPITRE PREBflER
Qae les perfections divines ne sont qa'ane seale, mais infinie perfecUon.
Nous disons , quand le soleil à son lever est ronge , et que tost après il devient noir, ou creux et enfoncé ; ou bien , quand à son conclicr il est blafastre , psisle , hâve , que c'est signe de pluye. Theotime , le soleil n'est ny rouge , ny noir , ny pasie , ny gris, ny vert. Ce grand luminaire n*est ()oint subject à ces vicissitudes et changemens de couleurs , n*ayiint pour toute couleur que sa tres-claire et peri)etuelle lumière : la* quelle , si ce n'est par miracle, est invariable. Mais nous parlons de la sorte , parce qu*il noua semble estre tel , selon la va-
riété des vapeurs qui sont entre luy et noa yeux , lesquelles le font paroistre de diverses façons*
Or nous devisons ainsi de Dieu ; non tant selon ce quMI est en luy-mesme , comme selon ses œuvres par l'entremise desquelles nous le contemplons. Car sur nos diverses considérations nous le nommons difforemmenl, comme s'il a voit une grande multitude de différentes excellences et perfections. Si nous le regardons en tant qu'il punit les mechans, nous le nommons juste; en tant qu'il délivre le pécheur de sa misère , nous le presclions miséricordieux ; en tant qu'il a créé toutes choses . et fait plusieurs miracles, nous l'appelions tout-puissant; en tant qu'il pratique exac-
tnniE n , chapitre i.
promesses , nous le publions BU tant qu'il fait toutes choses Ire , nous l'appelions tout sage; isecutivement , selon la variété n'es, nous luy attribuons une !rsité de perfections -, mais ce- Dieu il n'y a ny variété ny le perfections ; ains il est luytres-seule , très-simple , et trest unique perfection : car tout 3n luy , n'est que luy-mesme ; ^s excellences que nous disons ly en une si grande diversité , en une tres-simple et tres-pure X)mme le soleil n*a aucune de couleurs que nous luy attri- ) une seule tres-claire lumière -dessus toutes couleurs , et qui eipent colorées loules les coui en Dieu il n'y a aucune des que nous imaginons, ains une pure excellence , qui est autoute perfection , et qui donne n à tout ce qui est parfait. Or - parfaictcment cette suprcsme , laquelle en sa tres-singuliere rend , ains surmonte toutes excela n'est pas au pouvoir de la y humaine , ny angeiique : car, st dit en l'Apocalypse , Nostre- (4) a un nom que personne ne 9 luy-mesmo ; » parce que luy ssant parfaictcment son inSnie luy seul aussi la peut exprimer 1 proportionné : dont les anciens nul n*estoit vray théologien que tant que nul ne peut cognoistre la grandeur infinie de la perfec- , ni par conséquent la represenoles , sinon luy-mesme. Et pour respondant par Tange au père , qui luy demandoit son nom :
uoy demandes-tu mon nom,ditit admirable ? » Comme s'il vouon nom peutestre admiré, mais moncé par les créatures: il doit (, mais il ne peut cstre compris y , qui seul sçay proférer le proar lequel au vray et naïvement mon excellence. Nostre esprit 3ible pour former une pensée représenter une excellence tant laquelle comprend on sa très-
L, 11.— (1) iadie. xiu, it.
simple et très-unique perfection , distinctement et parfaictcment, toutes aotreB perfections en une façon infiniment excellente et eminente que nostre esprit ne peut penser. Nous sommes forcez , pour parler aucunement de Dieu , d'user d'une grande quantité de noms , disant qu'il est bon , sage , tout-puissant , vray , juste , sainct , infiny , immortel , invisible. Et certes si nous parlons véritablement , Dieu est tout cela ensemble , parce qu'il est plus que tout cela ; c'est-à-dire , il Test en une sorte, si pure , si excellente , et si relevée, qu'en une tres-simple perfection il a la vertu • force et excellence de toute perfection. '
(4) Ainsi la manne estoit une seule viande, laquelle comprenant en soy le goust et la vertu de toutes les autres viandes , on eust pu dire qu'elle avoit le goust du citron , du melon , du raisin , de la prune , et de la poire ; mais on eust encore plus véritablement dit qu'elle n'avoit pas tous ces gousts , ains un seul goust qui estoit le sien propre , lequel neantmoins contenoit en unité tout ce qui pou voit estre d'agréable etdesirable en toute la diversité des autres gousts; comme l'herbe dodecatheos, laquelle, ce dit Pline, guérissant de toutes maladies, n'est ny rhubarbe, ny séné , ny rose , ny betoine , ny buglose , ains un seul simple , qui , en l'unique siok plicité de sa propriété, a autant de force que tous les autres medicamens ensemble. 0 abysme des perfectionsdivines, que vous estes admirable de posséder en une seule perfection l'excellence de toute pei^fection, en une façon si excellente , que nul ne la peut comprendre , sinon vous-mesme !
(2) a Noiis en dirons beaucoup de choses, » dit TEscriture , et demeurerons courts en » paroles : la somme de tous discours, c'est » qu'il est toutes choses. Si nous le glori- • fions, à quoy nous servira cela? car le » Tout-Puissant est sur toutes ses œuvres. » Bénissant le Seigneur,, exaltez- le tant » que vous pourrez ; car il surpasse toute » louange : or en l'exaltant , reprenez vos » forces , mais ne vous lassez pas pourtant, 9 car jamais vous ne le comprendrez. » Non , Theotime , nous ne pouvons jamais le comprendre ; puisque , comme d*t S.
Jean , (3) c il est plus grand que nostre
(1) flap. XTI, M. (1) EMll. XUII, » Ot M^i
(t) I. Bp Jmb. m, to. Pt. CL, 6.
TIUITÉ im L'AMOUR M MKIT.
V cour» » llaig pourtant que « tout esprit » loue le Seigneur, » le nommant de tous les noms les plus eminens qui se pourront trouver; et, pour la plus grande louange que nous luy puissions rendre , confessons que jamais II ne peut eslre assez loué ; et, pour le plus excellent nom que nous luy puissions attribuer, protestons que son nom est sur tout nom , et que nous ne pouvons le dignement nommer.