‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 80 sur 365 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Qn^n Dieu II n'y a qo'an seul acte, qtl étt sa propre divinité.

Nous avons une grande diversité de facullez et habitudes , qui produisent aussi une grande variété d*uctions , et ces actions une multitude nompareille d'ouvrages. Car ainsi sont diverses les facultezdo voir , d*ouïr , de gouster , toucher , se mouvoir, se nourrir, entendre, vouloir; et les habitudes de parier , marcher , jouer , chanter, courre, sauter, nager: comme aussi les actions et les œuvres qui proviennent de ces facultez et habitudes, sont grandement différentes.

Mais il n'en est pas de mesme en Dieu : car il n'y a en luy qu'une tres-simplo infinie perfection , et en celte perfection qu'un seul Ircs-unique et tres-pur acte ; ains , pour parler plus sainctement et sagement, Dieu est une seule, trcs-souvcrainement unique, et ires -uniquement souveraine perfection ; et cette perfection est un seul acte tres-purement simple, et 1res simplement pur, lequel n'estant autre chose que la propre essence divine , il est par conséquent toujours permanent et éternel. Et neanlmoins , chelivcs créatures que nous sommes , nous parlons des actions de Dieu, comme s'il en faisoit tous les jours grande quantité et en grande variété , bien que nous sçachions le contraire. Mais nous sommes forcez à cela , Theolimc , par nostre imbécillité: car nous no sçavons parler sinon selon que nous entendons , et nous entendons selon que les choses ont accoustumé de passer parmy nous. Or , d'autant qu'es choses naturelles il ne se fait presque point de diversité d'ouvrages que par diversiléd'actions ; quand nous voyons tant de besoignés différentes , une si grande va- [ rieté de productions , et cette multitude

innumereble des exploicts de la puiasancs divine , il nous 6eiià>le d*abord que cette diversité se fait par autàntd'actes que nous vt>yoiis de différend etfects, e^nousen parlons tout de mesme , pour parler plus à nostre aise , selon nostre practique ordinaire et la coustume que noua avons d'en* tendre les choses : et si en cela nous n'offensons pas la vérité. Car encore qu'en Dieu il n'y ayt pas multitude d*actions, aihs un seul acte qui est la divinité mesme; cet acte toutesfois est si parfaict , qu'il comprend excellemment la force et la verUi de tous les actes qui sembleroient estn requis pour toute la diversité des effeots que nous voyons.

Dieu ne dit qu'un seul mot, et en vertu d'iceluy en un moment furent faictslo seleil, la lune, et cette innombrable multitude d'astres, avec leurs difieronces en clarté , en mouvement , en influences.

U du , cl londaln forent (iiu T*vi CM oarragM «i frUltM(i}.

Un seul mot de Dieu remplit l*aîr d'oiseaux , et la mer de poissons , fit ésclore do la te^re toutes les plàkilës et tous les animaUt que nous y voyons. Car encore que l'historien sacré, s'accohimodaiit a nostre façon d'entendre , raconte que Dieu répéta souvent celle toute-puissante parole , soit faict (2) , es journées de la création du monde; neanlmoins, à proprement parler , celte parole fui Ires-unique : si qUe David l'appela un seuf/le (3) , ou aspiration de la bouche divine , c'est-à-dire, un seul traict de son infinie volonté, lequel rospand si puissamment sa vertu en la variété des choses créées , que pour cela nous le concevons , comme s'il esloit multiplié

eldiversifiéenaulantde différences comme il y en a en ces effecls , quoy qu'en vérité il soit très-unique et très-simple. Ainsi S. Clirysoslome remarque que ce que Moyse a dit en plusieurs paroles, descrivant la création du monde, le glorieux S. Jean l'a exprimé en un seul mot, (i) disant que parte f^erbe, c'est-à-dire, parcelle parole éternelle, qui est le fils de Dieu , tout a tstéfâict.

Celte parole doncques, theolime, estant tres-simplo et tres-uniquo, produit toute

(1) Ptal. tXLViii, 1.

(i; Genc». I. — (3; Pi. sxxii. 6. - (4; Joaa. i, ».

LITRE n, CHAPiniB m.

iu

h distinction des choeoii ; estant invariable, produit tous les bons chengcmcna ; et en- Bn est permanente en son eternilé, elle donne succession , vicissitude, ordre, rang, fli saison à toules choses.

Imaginons, je voui prie, d'un costé, vn peintre qui fait l'image de la naissance du Sauveur (clj'escriacecy âa jouri de~ diez à ce sainct roystore ) , il donnera aans doute mille et mille traits de pinceau , et neltra non-seulement des jours, mais des lemaioet et des mois à Tiiçonnerce tableau, selon la variété des per«onnages , et autres choses qu'il y veut représenter : mais d'au- Ire costé voyons un imprimeur d'images qui , ayant mis sa feuille sur la planche taillée du meame mystère de la nativité , H donnera qu'un seul coup de presse- En te seul coup , TiJi'otimo , il fera tout son Ouvrage, et soudain il lireru son ivsge, laquelle en belle taille-douce représentera tres-agreablement tout ce qui a dcu ogtre imaginé, selon l'higtoiro sacrée i cl bien qu'iln'eet faîct qu'un seul mouvement , son ouvrage toutesfoiâ portcrn grande quentilé de personnages, et d'autres choses diffe- Htiles bien di^lingiiéua , chascuno on son ordre , enr son rang , en son lieu , en sa dislance et en sa proportion ; et qui ne ■Çauroit pas lesecret,iUL'roit tout estonoé M voir sortir d'un seul acte une si grande ySrieté d'effecla. Ainsi , Thcotime , la nature , Comme le peintre , multiplie et divertlBe SCS scies , à mesure que âeâ besoignes ■Mit différentes, et luy Tautun grand lemps pour faire de grands cffccis. Hais Dieu , CDmtne l'imprimeur , a donné l'es tre à toule la diversité des créatures , qui ont esté , lont et seront , par un seul trailde sa toulepoisSaDte volonté, tirant de son idée, comme de dessus une planche bien taillée, cette admirable diCfcrence de personnes et d'autres choses qui s'cntrcsuivenl es saisons , es âges , es siècles , chacune en son ordre, selon qu'elles doivent estrc ; cette louveraineunitéde l'acte divin estant opposée à la conlusiun et du désordre , et non lis distinction ou variété , qu'elle employé au contraire pour en composer la beauté, déduisant toutes les dilTiTcnccs et diversi- IM i la proportion , et laproportion à l'ordre, et l'ordre à l'unité du monde qui comprend toutes choses créées, tant visiblés qu'invisibles, lesquelles toutes ensem-

ble s'appellent univers, peut-Mtre iwrce que toute leur divenlté se réduit en unité I nomme qni diroit uni-divers , a'e«t-èdiro , unique et divers , unique ave6 dlrerslté , et dirers avec unité.

Bn somme , la souveraine unité divine diversifie tout, et sa permanente élemlté donne vinissitude à toutM chotes ; parce que la perrection de cette unité estant «iltbute différence et variété, elIeadei)noy fournir l'estre A toule la diversité des {HN Tections créées, et a la Torce de les produire. En signe de quoy , l'Escrlture Cous ayant rapparié, que ■ Dieu BuCOmmencfr- >ment dict: (1) Soyent faicls deslutnl- ■ naires au firmament du cfel , et Qu'ils sa- > parent le jour et la nuict, qu'ils soient • en signes, en temps, etjours , et annéesi; nous voyons encore maintenant cette pel*pGtucllo révolution et entreeuite de lemps et de sBisona, qui durera jusques â la flndn monde, pournous apprendre que, Comne

aussi le seul étemel vouloir de sa divine majesté eslend la force de sied* en sieole, eljusques aux siècles des siècles, pour tout ce qui a esté , qui est , et qui sera etenwtlement, sans que chose quelconque ayt esté que par ce seul très-unique, trës-simplo , et tres-elcmel acte divin , auquel soit honneur et gloire. Aroen,

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