‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 85 sur 365 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qçe |a prpvtd0qçe ceJQit^ • pqurrap nnx iHimnieii une rédemption tres-abondante.

Or disant, Theotime, que Dieu avoit veu et voulu une ohose premièrement , et puis secondement une autre, observant ordre en §09 volontés, je l'ai entendu selon qu'il a esté déclaré oy^devant, à sçavoir, qii'enoore que tout cela s'est passé en un très-seul et très-simple acte , neantmoini par iceluy. Tordre, la distinction, et la do« pendanee des choses n'a pas esté moins observée , que s'y eust eu plusieurs notes en rentendement et volonté de Dieu. Es» tant done ainsi que toute volonté bien disposée , qui se détermine de vouloir plu* sieurs (Àjeets egalenent presens, aime mieux et avant tous , celuy qui est le plus aimable, il s'ensuit que la première providenoe foisant son éternel projeot et de^ sein de tout oe qu'elle produiroit, elle voulut premièrement et aima, par une préférence d'exeellenœ, le plus aimable objeet de son amour, qui est nestre Sauveur; et puis par ordre , les autres créatures, selon que plus au moins elles appartiennent au service, honneur et gloire dMceluy.

Ainsi tout a esté faict pour œ divin homme , qui pour oela est appelé (4) « aisné de toute oreature; possédé per » la divine majesté (8) au commenoemont « des voyes d'ieelle, avant qu'elle fistehoM » quelconque , ereé nu oommencement » avant les sieoles (3) : ear en luy toutes » choses son tfàiotes, et il fst avant, tous, » et toutes eboses sont establies en lui, et » il est le ohef de toute l'Eglise , tenant » en tout et partout la primauté. » On ne plante principalement la vigne que pour le fruict) et partant le fruiot est le premier désiré et prétendu , quoy que les feuilles et les ûeurs procèdent en la production. Aindi le grand Sauveur fut le premier ei Pintention divine, et en oe project eterneï que la divine providence fit de la production des créatures , et en contemplation de ce fruict désirable, fut plantée ia vigne de l'univers, et est£Jt>lie la suoeession de plusieurs générations, qui, à guise de feuilles et de fleurs, le dévoient procéder, comme avant-coureurs et preparatils

(1) ColoM. I, 11. — (1) rroforb. fin, tl. (!) Colott. 1. 16, 17< iS.

as

TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU

convenables à la production de ce raisin » que l'espouse sacrée loue tant es cantiques, et la liqueur duquel (4) retjauit Dieu et les hommes.

I Or donoques maintenant, mon Theotime , qui doutera de l'abondance des moyens du salut, puisque nous avons un si grand Sauveur, en considération duquel nous avons esté faicts, et par les mérites duquel nous avons esté rachetez? Car il est mort pour tous, parce que tous estoient morts; et sa miséricorde a esté plus salutaire pour racheter la race des hommes, que la misère d'Adam n'avoit esté vénéneuse pour la perdre. Et tant s*en faut que le péché d'Adam ayt surmonté la debonnaireté divine , que tout au contraire il l'a excitée et provoquée, si que par une suave et tres-amoureuse antiperistase et contention elle s'est ravigorée à la présence de son adversaire; et comme ramassant ses forces pour vaincre, elle a fait (S) c surabonder la grâce » où l'iniquité avoit abondé : > de sorte que la saincte Eglise, par un sainct excès d'admiration, s'escrie la veille de Pasques : 0 péché d'Adam , à la vérité nécessaire, qui a esté effacé par la mort de Jesus-Cbrist I à coulpe bienheureuse , qui a mérité d*avoir un tel et si grand rédempteur. Certes, Theotinfe, nous pouvons dire comme cet ancien : nous estions perdus , si nous n'eussions esté perdus , c'est-à-dire nostre perte nous a esté à profit, puisqu'on effectia nature humaine a receu plus de grâce par la rédemption du Sauveur, qu'elle n'en eust jamais receu parTinnocence d'Adam, s'il eust persévéré en icelle.

Car encore que la divine providence ayt laissé en l'homme des grandes marques de sa sévérité parmy la grâce mesme de sa miséricorde, comme par exemple , la nécessité de mourir , les maladies , les travaux , la rébellion de la sensualité , si estce que la faveur céleste surnageant à tout cela , prend plaisir de convertir toutes ces misères au plus grand profit de ceux qui l'aiment , faisant naistre la patience sur les travaux , le mespris du monde sur la nécessité de mourir , et mille victoires sur la concupiscence : et comme l'arc-en-ciel touchant l'espineAspalathus , la rend plus

(1) PMl. QUI, U. — (!) ROB. V, M.

odorante que les lys , aussi hi redemptioii de Nostro^eigneur touchant nos misères , elle les rend plus utiles et aimables que n'eust jamais esté l'innocence originelle, c (4 ) Les anges ont plus de joye au ciel» dit » le Sauveur, sur un pécheur pénitent, que » sur nonante-neuf justes qui n'ont pas c besoin de pénitence. » Et de mesme, Testât de la rédemption vaut cent fois mieux que celuy de l'innocence. Certes en l'ar» rousemcnt du sang de Nostre-Seignenr fait par l'hysope de la croix , nous avons esté remis en une blancheur incomparablement plus excellente , que celle de la neige de l'innocence , sortant , comme Naaman, (2) du fleuve du salut plus purs et nets que si jamais nous n'eussions esté ladres ; afia que la divine Majesté , ainsi qu'eHe nous a ordonné de faire , ne fust « (3) pas vain- » eue par le mal , ains vainquist le mal » par le bien ; » que c 4) sa miséricorde , » comme une huile sacrée , se tinst au- » dessus du jugement , * et que (5) « ses »miseration8 surmontassent toutes ses

» œuvres. >

Page 1