UVRE II , CHAPITRE VI
que sa rédemption luy fust appliquée par manière de remède préservatif , afin que le péché qui s'escouloit de génération en gaoeration , ne parvinst point à elle, de aorte qu'elle fut rachetée si excellemment, <pi'encore que par après le torrent de l'iniquité originelle vinst rouler ses ondes infortunées sur la conception de cette sacrée dame avec autant d'impétuosité comme il eost fait sur celle des autres filles d'Adam ; à est-ce qu*estant arrivé là , il ne passa point outre , ains s'arresta court , comme fit anciennement le Jourdain du temps de Josué y et pour le mesme respect : car ce ieuve retint son cours en révérence du passage de l'arche de l'alliance ; et le péché originel retira ses eaux , révérant et redoutant la présence du vray tabernacle de l'éternelle alliance.
De cette manière doncques Dieu destourna de sa glorieuse Mère toute captivité, hiy. donnant le bonheur des deux estats de la nature humaine ; puisqu'elle eut l'innocence que le premier Adam avoit perdue , et jouyt excellemment de la rédemption que le second luy acquit ; ensuite de quoy , comme un jardin d'eslite , qui devoit porter le fruict de vie , elle fut rendue florissante en toutes sortes de perfections , ce Fils de l'amour étemel ayant ainsi « (4 ) paré »8a mère de robbe d'or recamée en belle » variété , » afin qu'elle fust la reyne de sa dextre? c'est-à-dire, la première de tous les eieuz qui jouiroient « (2) des délices de 1 la dextre divine. » Si que cette mère sa-> crée , comme toute réservée à son Fils , fut par luy rachetée , non-seulement de la damnation , mais aussi de tout péril de damnation , luy asseurant la grâce et la perfection de la grâce ; en sorte qu'elle marchast comme une belle « (3) aube, qui
• commençant à poindre , va continuelle-
• ment croissant en clarté jusques au plein •jour. > Rédemption admirable , chefd'œuvre du Rédempteur , et la première de toutes les rédemptions , par laquelle le Fils , d'un cœur vrayementfilial , a (i) pre-
• venant sa mère es bénédictions de dou- •ceur , • il ta préserva non-seulement du péché , comme les anges , mais aussi de tout péril de péché , et de tous les divertissemena et retardemens de l'exercice du
(1) P«. XUV, 10. » (1) ••. XT, 11.
(t) Prov. IV, It. — («)Fs. xz, 4.
sainct amour. Aussi proteste-t-il qu'entre toutes les créatures raisonnables qu'il a choisies, cette mère est a (4) son unique
• colombe, sa toute parfaicte, sa toute
• chère bien-aimée , » hors de tout paran* gon et de toute comparaison.
Dieu disposa aussi d'autres faveurs pour un petit nombre de rares créatures qu'il vouloit mettre hors du danger de la damnation , comme il est certain de S. Jean- Baptiste, et très-probable de Hieremie , et de quelques autres que la divine providence alla saisir dans le ventre de leur mère, et dès lors les establit en la perpétuité de sa grâce , afin qu'ils demeurassent fermes en son amour, bien que subjects au retardement et péchez véniels qui sont contraires à la perfection de l'amour , et non à l'amour mesme : et ces âmes , en comparaison des autres , sont comme des reynes tousjours couronnées de charité , qui tiennent le rang principal en l'amour du Sauveur après sa mère , laquelle est la reyne des reynes ; reyne , non-seulement couronnée d'amour , mais de la perfection de l'amour , et , qui plus est , couronnée de son Fils propre qui est le souverain object de l'amour , puisque les enfans sont la couronne de leurs pères et mères.
Il y a encore d'autres âmes , lesquelles Dieu disposa de laisser pour un temps exposées, non au péril de perdre le salut, mais bien au péril de perdre son amour ; ains il permit qu'elles le perdissent en effect, ne leur asseurant point l'amour pour toute leur vie , ains seulement pour la fin d'icelle , et pour certain temps précèdent. Tels furent les apostres , David , Magdeleine , et plusieurs autres , qui pour un temps , demeurèrent hors de l'amour de Dieu , mais enfin estant une bonne fois convertis, furent confirmez en la grâce jusques à la mort : de sorte que dès lors demeurant voirement subjects à quelques imperfections, ils furent toutesfois exempts de tout péché mortel, et par conséquent du péril de perdre le divin amour , et furent comme des amies sacrées de l'espoux céleste , parées voirement de la robbe nuptiale de son tres-sainct amour , mais non pas pourtant couronnées; parce que la couronne est un ornement de la teste, c'està-dire , de la première partie de la per-
(l)C«nt.CaBt. Ti,|.
Bonne. Qr la première partie de la vie des amcsde co rang ayant esté subjecte à l'atnour des choses terrestres, elles ne peuvent porter la couronne de l'amour céleste; ains leur sufllt d*en perler la robbe , qui les rend capables du lict nuptial de Fes?
Soux divin , et d*eslre éternellement hieneureuses avec luy.