‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 88 sur 365 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Combien la providence sacrée eat admirable en la divertité dei gracea qu'elle disiriboe au hommes.

11 y eut donc en la providence éternelle une faveur incomparable pour la reyne des reynes, « (4)mcrede tres-beïledil^tiop,»

et toute tres-uniquement parfaicte. Il y ep eut aus^i des spéciales pour des autres. Mais après cela cette souveraine bonté respandit une abondance de grâces et bénédictions sur toute la race des hommes et la nature des anges , de laquelle tous ont esté arrousés comme d'une a {%) pluye qui » tombe sur les bons et les mauvais : » tous ont esté esclaircz , conime d'une c (3) lumière qui illumine tout homme ve- > nant en ce monde » : tous ont reccu leur part , comme d*une « (4) semence qui tombe » non -seulement sur la bonne terre , mais » emniy les chemins , entre les espines, et » sur les pierres; » aGn que tous fussent inexcusables devant le Rédempteur, s'ils nVinploycnl cette tres-abondante redempr tion pour leur salut.

Mais pourtant , Theotime, quoy que cette

ti os-abondante buffisance de grâces soit

ainsi versée sur toute la nature humaine ,

et qu'en cela nous soyons tous esgaux , et

qu'une riche abondance de bénédictions

nous soit offerte à tous -, si est-ce neant-

moins que la variété de ces faveurs est si

grande , qu'on ne peut dire qui est plus

admirable , ou la grandeur de toutes les

grâces en une si grande diversité , ou la

diversité en tant de grandeurs. Qui ne void

qu'entre les chrestiens les moyens du salut

sont plus grands et puissuns qu'entre les

barbares, et que parmy les chrestiens il y

a des peuples et des villes où les pasteurs

sont plus fructueux et Ciipables? Or de nier

que ces moyens extérieurs ne soient pas

TRAITÉ DB VÀVOQH W NFU.

des faveurs de la providenea divisa , onde

révoquer en doute qu*ils ne ooniribuenl pas au salut et à la perfection des amei, oa aeroit estre ingrat envers la bonté celesia ^ et desmentir la véritable eiperieDoe qni nous fait voir que , pour rordinaire, o| cea moyens extérieurs abondent , les ialerieura ontplusd'effect et réussissent mieux. Certes , eomme nous toyone qu'il ne sa treuvo jamais deux hommes parfaiotameat semblables es dons natupels , aussi ne a*Qi treuve-t-il jamais de parfaietemeat eagam es surnaturels. Les anges , cooime la grand S. Augustin et S. Thomas asaeureqt , rev courent la grâce selon le variété de leun conditions naturelles. Or ils sont toua, on de différente espèce , ou au moina de di* verses conditions , puisqu'il! sont dialia* guez les uns des autres ; donequea autant qu'il y a d'anges , il y a aussi de grâces différentes ; et bien quequant aux bonroes la grâce ne soit pas donnée selon lenia conditions naturelles , toutesfoia la divine douceur prenant plaisir, et par maniera de dire s'esgayant en la production des grâces, elle les diversifie en infinies fafonSi afin que de cette variété se fasse le bal esmail de sa rédemption et miséricorde, dont l'Eglise chante en la feste de chaque confesseur evesque : « (4) Il ne s'en est point B trouvé de semblable é luy. » Et comme au ciel « (%) nul ne scait le nom nouveau , B sinon celuy qui le reçoit, a parce que chascun des bienheureux a le sien particulier, selon l'estre nouveau de la gloire qu'il acquiert; ainsi en terre chascun reçoit une grâce si particulière , que toutes sont diverses. Aussi nostre Sauveur (3) compare sa graoe aux perles, lesquelles, comme dit Pline , s'appellent autromeni unions , parce qu'elles sont tellement uni • ques , une chascune en ses qualilez , qu'il ne s'en trouve jamais deux qui soient pai^ faictement pareilles, et comme « (i) upe B estoille est différente de l'autre en B clarté , B ainsi seront différons les hommes les uns des autres en gloire ; signe évident qu'ils l'auront esté en la grâce. Or cette variété en la grâce , ou oetle graoo en la variété , fait une tres-!ïacrée beauté et tres-suave harmonie, qui resjouit toute la laincte cité de Hierusalem la céleste.

(t j Cul. uiT, s*, (i) Matib. V. w.

(t; JOU. I. s. - (4) Htttta. lui.

(1) Bool. xuv, M- — (D 4»«e. i». IT.

(t; Htttli. su, W. - (4i l« aOTb «Vf Ai.

UYHB n, CHÀFITRR VfH.

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Ibia il se faut bien garder de jamais ren 4iercher pourquoy la siipresme sagesse a 4eparty une groco à l*nn plutost qu*à fautre , py poqrquoy il fait abonder se^ tireurs ea un eqdroit pluloât qu'on Tautre. HOQ, TbeQtime , n'entrez jamais en cette curiosité ; car ayant toua suffisamment , ains aboQdauunant ce qui est requis pour le salut , quelle raison peut avoir homme du monde de se plaindre, s'il plaist à Dieu df) départir ses grâces pluA largement aux V^ qu*9Ui( autres? Si quelqu'un s'enqu&T nîi pourquoy Dieu a fait les melon» plus gros que les fraises, ou les lys plus grands mie les violettes , pourquoy le rosmarin i^i pag uua rgse , ou pourquoy TcBillet Vast pas un soucy, pourquoy le paon est plîia beau qu'une cbauve-souris , ou pourquoy la figue est douce , et le citron aigre* la(; OQ se moqueroit de ses demandes, et oa |uy dirait ; Pauvre homme, puisque la baauté du monde requiert la variété , il hut qu'il y ait des différentes et inei^gnles perfections es choses , et que l'upa ne soit pas l'autre : c'est pourquoy les unes »ont petites , les autres grandes, les autres aigres , les autres douces , les unes plus et les autres moins belles. Or c'en est de m^me es choses surnaturelles : (4) a oha- • que personne a son don ; un ainsi , et 1 Tautre ainsi , » dit le Saincl-Ësprit. C'est dpoc une impertinence de vouloir recbercb^ |)Ourquoi S. Paul n'a pas ou la gruoe de S. Pierre, ny S. Pierre celle de S. Paul ; pourquoy S. Antoine n'a pas esté S. Anatb^sa , ny S. Anathase S. Hierosme : car on respondroit à ces demandes , que TEglise est un jardin diapré de fleurs infinies ; il y en faut donc de diverses grandeurs, de diverses couleurs , de diverses odeurs , et en somme de différentes perfections.

Toutes ont leur prix, leur grâce et leur esmail ; et toutes en Tassemblage de leurs varietez font une tres-agreable perfection de beauté.

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