CHAPITRE Xm
Dm preikll«r8 tenUmens (farnoor que les attraiti divini foui à rame, avant qu'elle ayt la foy.
UTRE n , CHAPITRB XOI. ^
Vray Dieu ! Theotîme , quelle consolation de considérer la sacrée méthode , avec laquelle le Sainct Esprit respnnd les premiers rayons et sentimens de sa liimiore et chaleur vitale dorinns no<; cœurs I 0 Jésus I que c'est un plaisir délicieux de voir Tnmour céleste, qui est le soleil des vertus, quand petit à petit, par des progrez qui insensiblement se rendent sensibles, il va desployant sa clarté sur une ame , et ne cesse point qu'il ne l'ayt toute couverte de la splendeur do sa présence , luy donnant enûn la parfaicte beauté de son jour ! 0 que cette aube est gaye , belle, amiable et agréable I Mais pourtant il est vray que ou l'aube n'est pas jour, ou si elle est jour, c'est un jour commençant, un jour naissant; c'est plutost l'enfance du jour que le jour meiiimc. Et de mesme, sans doute, ces mouvemetis d'amour, qui précèdent l'acte (le la foy requis en nostre justification , ou Ils ne sont pm amour , à proprement parler, ou ils sont ufi amour commençantet in)parfc)ict. Gesont les premiers bourgeons verdoyans, que l'ame eschauffée du soleil céleste, comme un arbre mystique, commence à jetter au printemps, qui sont plutost présagea de fruicts que fruicts.
Sainct Pacome , lors encore tout jeune soldat , et sans cognoissance de Dieu , enroilé sous les enseignes de l'armée que Constance avoit dres.-ée contre le tyran Maxence , vint avec la troupe de laquelle il esloit, loger auprès d'une petite ville, non gneres esloig»»ée de Thebes , t)iï nonseuloment luy, mais toute l'armée se trouva
Le mesme vent qui relevé les Apodes , se prend premièrement à leurs plumes, comme parties plus Icgoros et susceptibles de son agitation , par laquelle il donne d'abord du mouvement à leurs aislcs, les entendant et des pliant, en sorte qu'elles hiy servent de prise pour saisir Toyseau et l'emporter en l'air. Que si l'Apode ainsi enlevé contribue le mouvement de ' ses aîsles à celuy du vent, le mesme vent qui Fa poussé, l'aydera de plus en plus à voler fort aysement. Ainsi, mon cher Theotîme, quand l'inspiration , comme un vent sacré , vient pour nous pousser en l'air du âsinc t amctir , elle se prend à nostre volonté, et par le sentiment de quelque céleste délectation , elle Pesmcut, cstendant et del^pliant rinclination naturelle qu'elle i nu bien; en sorte que cette inclination mesme luy serve de prise pour saisir nostre esprit. Et tout cela , comme j'ay dit , se fait en nous, sans nous; car c'est la fa- ! en extresme disette de vivres; de qu'ayant
vèar divine qui nous prévient en cette sorte. Que si nostre esprit ainsi sainctement prévenu , sentant les ai^les de son inclination e?mcuës , despliées, étendues, poussées et agitées par ce vent céleste contribue tant soit peo son consentement; ah I quel bonheur, Theotime 1 car la mesme inspiration et faveur qui nous a saisis, meslant son action avec nostre consentement, animant nos foibles mouvemens de la force du sien, et viviûant nostre imbedlle coopération par la puissance de iH>n opération , elle nous aydera , conduira et accompagnera d'amour en amour, jusquea i Tacte de la tres-saincto foy , requis pour nostre conversion.
entendu les habitans de la petite ville, qui par bonne renconlre esloient fldelles de Je8U:^-Christ , et par conséquent amis et secourables au prochain , ils pourveurent soudain à la nécessité des soldats , mais avec tant de soin , de curiosité, de cour* toisic et d'amour , que Pacome en fut tout ravy d'admiration ; et demandant quelle nation estoit celle-là , si honteuse , amiable et gracieuse , on luy dit que c'estoient des chrestiens ; et s'enquerant de rechef quelle loy et manière de vivre esloit la leur , il apprit qu'ils croyoient en Jesus- Christ Fils unique de Dieu, et faisoient bien à toutes sortes de personnes, avec fernir espérance d'en jecevoif éé Diea
TR.UTÉ DE L'AMOGR DE DIEU.
mesine uik^ ani|)le récompense. Helas, Thcotime , le pauvre Pacome , quoy que de bon naturel , donnoit pour lors dans la couche de son infidélité ; et voila que toutà-coup. Dieu se trouve à la porte de son cœur , et par le bon exeniplede ces chrestiens j comme par une douce voix , il rappelle , rcsveille , et luy donne le premier sentimentde la chaleur vitidodeson amour. Car à peine eut-il oiiy parler , comme je viens de dire , de Taimablc loi du Sauveur, que toutrcmply d'unenouvelle lumière et con-olation intérieure , se retirante part, ot ayant quelque temps pensé en soynicsme , il haussa les mains au ciel , et avec un profond souspir , il se print à dire : Seigneur Dieu , qui avez fait le ciel et In tei re , si vous daignez jetler vos yeux sur ma bî^s^e5«c et sur ma peine , et me donner cognoissance de vo^lre divinité, je vous promets de vous servir , et d*obeïr toiile ma vie à vos commandemens. Depuis cette prière et prome>se , l'amour du vray bien et de la pieté prit un tel accroissomen t en luy , qu*il ne cessoit point de prucliqu<T mille et mille exercices de vertu.
Il m'est advis certes que je vois en cet cxeniple un rossignol , qui se resveillantà In |M'inie-aiibe , commence à se secouer, s'' ^l( ndre , de>ployer ses plumes, voleter il' bi^mche en branche dans son buisson, et petit à petit gazouiller son délicieux ramage. Car n'avez vous pas pris garde , comme le bon exemple de ces charitables chi estiefiS excita et resveilla en sursaut le bienheureux Pacome? Certes cet estonne- •nent d'admiration qu'il en eut , ne fut au-
:e chose que son réveil , auquel Dieu le ■oucha y comme le «oleil touche la terre ,
v'>c un rayon de sa clarté , qui le remplit il 'un grand sentiment de plaisir spirituel. C'est pourquoy Pacome se secoué* des di- V Ttissemens , pour avec plus d'attention et de facilité recueillir et savourer la grâce roceuè* , se retirant à part pour y penser : puis il (*stend son ca^ur et ses mains au ciel, où Tinspiration Tattire , et commençant à de." ployer les ailes de ses affections , voletant entre la défiance de soy-mesme et la confiance en Dieu , il entonne d'un air hunibienient amoureux le cantique de sa conversion , par lequel il tesmoigno d'abord i';ue desjà il cognoist un seul Dieu , créateur du ciel et de la terre. Mais il co-
gnoist aussi qu'il ne le oognoigi pas enoon assez pour le bien servir; et [lartant il supplie qu'une plus grande oognoissanœ luy soit donnée , afin qu'il paisse par icelle parvenir au parfaict service de sa divine majesté.
Cependant , voyez , je vous prte , Theotime , comme Dieu va doucement , renforçant peu à peu la grâce de son inspiration dedans les cœurs qui consentent; les tirant après soy comme de degré en degré sur cette eschelle de Jacob (4). Mais quels sont ses attraits? Le premier par lequel il nous prévient et resveille , se fait par luy en nous , et sans nous ; tous les autres se font aussi par luy , et en nous , niais non pas sans nous. « (2) Tirez-moy , » dit Tespouse sacrée , c'est-à-dire , commencez le premier , car je ne sçaurois m'esveiller de moy-mesme; je ne sçaurois m'esmouvoir si vous ne m'esmouvez : mais quand vous m'aurez esmuë , alors, ô lécher espouxde mon ame I (3) nous courrons nous deux, vous courrez devant moy en me tirant tousjours plus avant , et moy je vous suivray à la course, consentant à vos attraits. Mais que personne n 'estime que vous m'allies tirant après vous comme une esclave forcée, ou comme une charrette inanimée:
ah I non , vous « (i) me tirez à l'odeur de » vos parfums. » Si je vous vay suivant, ce n'est pas que vous me traisniez , c'est que vous m'alléchez : vos attraits sont puissans , mais non pas violons : puisque toute leur force consiste en leur douceur. Les parfums n'ont point d'autre pouvoir pour attirer à leur suite, que leur suavité: et la suavité comme pourroit-elle tirer sinon suavement et agréablement ?