‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 97 sur 365 · LIVRE II , CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE XIV

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eer à la vérité , sans doute ny defiSance quelconque; et voicy la merveille. Car Dieu fait la proposition des mystères de la foy à nostre ame, parmy les obscuritez et ténèbres, en telle sorte que nous ne voyons ^ pas les veritez, ains seulement nous les entrevoyons ; comme il arrive quelquefois qœ la terre estant couverte de brouillards, nous ne pouvons voir le soleil , ains nous voyons seulement un peu plus de clarté du costé où il est : de façon que , par manière de dire , nous le voyons sans le voir , parce que d*un costé nous ne le voyons pas tant que nous puissions bonnement dire que MHS le voyons : et d'autre part , nous ne le voyons pas si peu que nous puissions dire que nous ne le voyons point ; et c'est oeqne nous appelions entrevoir. Et néantooina cette obscure clarté do la foy estant eotrée dans nostre esprit , non par la force de discours , ny par apparenced'argumens, ■Ds par la seule suavité de sa présence ; elese fait croire et obeïr à l'entendement Sfec tant d'authorité , que la certitude qu'elle nous donne de la vérité , surmonte toatea les autres certitudes du monde , et «asQJettit tellement tout l'esprit et tous les disooiirs d'iceluy , qu'ils n'ont point de crédit en comparaison.

Mon Dieu I Theotime , pourrois-je bien dire oecy ? La foy est la grande amie de nostre esprit, et peut bien parler aux ecîenoes humaines , qui se vantent d'estre phisjevidentes et claires qu'elle, comme Paspouse sacrée parloit aux autres bergères : c (4) Je suis brune, mais belle. » 0 discours humains , 6 sciences acquises 1 Je iwis brune : car je suis entre les obscuritades simples révélations , qui sont sans aucune évidence apparente , et me font paroistre noire , me rendant presque meseognoissable : mais je êuis pourtant belle en moy-mesme , à cause de mon infinie certitude ; et si les yeux des mortels me poovoîent voir telle que je suis par nature, ils me trpuveroient toute belle. Mais ne faut-il pas qu'en efifect je sois infiniment aymable , puisque les sombres ténèbres et là espais brouillards, entre lesquels je suis, non pas veue, mais seulement entreveue , ne me peuvent empescher d'estre si agréable , que l'esprit me chérissant ior tout, fendant la presse de toutes autres

(1) Gml Cmi. I, *.

cognoissances , il me fait faire place, et me reçoit comme sa reyne dans le throsne le plus relevé dans son palais, d'où je donne la loy à toute science , et assujettis tout discours et tout sentiment humain?

Ouy vrayement , Theotime , (1) tout ainsi que les chefs de l'armée dlsraël se despouilians de leurs vestcmens les mirent ensemble , et en firent comihe un throsne royal , sur lequel ils assirent Jehu , crians: « (2) Jehu est roy ; » de mesme à l'arrivée de la foy , l'esprit se dépouille de tous discours et argumens, et les sousmettant à la ft>y , il la fait asseoir sur iceux , la recognoissant comme reyne, et crie avec une grande joye : Vive la foy. Les discours et argumens pieux , les miracles et autres advantages de la religion chrestienne la rendent certes extresmemont croyable et cognoissable : mais la seule foy la rend creueetrecogneue , faisant aimer la beauté de sa vérité, et croire la vérité de sa beauté, par la suavité qu'elle respand en la volonté, et la certitude qu'elle doniie à Ten tendement. Les Juifs virent les miracles, et ouyrent les merveilles de Nostre-Seigneur; mais estans indisposés à recevoir la foy . c'est-à-dire , leur volonté n'estant pas susceptible de la douceur et suavité de la foy, à cause de l'aigreur et malice dont ils estoient remplis , ils demeurent en leur infidélité. Ils voyoient la force de l'argumont, mais ils ne savouroient pas la suavité de la conclusion ; et pour cela il n'acquiesçoient pas à sa vérité , et neanlmoins l'acte de la foy consiste en cet acquiescement de nostre esprit , lequel ayant receu l'agréable lumière de la vérité , il y adhère par manière d'une douce , mais puissante et solide asseurance et certitude qu'il prend en l'authorité de la révélation qui luy en est faicte.

Vous avez ouy dire, Theotime, qu'es conciles généraux il se fait de grandes disputes et recherches de la vérité, par discours, raisons et argumens de théologie : mais la chose estant débattue, les pères, c'est-à-dire, les evesques, et spécialement le pape, qui est le chef des evesques, concluent, résolvent et déterminent; et la détermination estant prononcée, chascun s'y arreste et y acquiesce pleinement, non point en considération des raisons al-

(1) IV. Btff. u, it — m IV. Bec- IX, It.

TRAITÉ DK j;aMOUR DE MVU.

léguées on la dispute et recherche prccedcnrc, mais en vertu de Tauthorité du Sainct-Esprit, qui présidant invisiblement es conciles, a jugé, déterminé et conclu par la bouche de ses serviteurs qu*il a establis pasteurs du christianisme. L*en»

queste donc et la dispute se fait au parvis des preslres, entre les docteurs : mais la resolution et l'acquiescement se fait au sanctuaire, où le Sainct-E-iprist qui anime le corps de TEglise, parle par lo:? bouches des chefs d'icellc, selon que No.stre Sei« gneur Ta promis. Ainsi rautruche produit ses oeufs t^ur le sablon de Lybie, mais le soleil seul en fait esclorrc le poussin ; et les docteurs par leurs recherches et dis* cours proposent la vérité, mais les seuls rwyons du soleil de justice on donnent la certitude et acquiescement. Or enfin, Theotime, cette asscurance queTesprit humain prend es choses révélées et mystères de la foy, commence par un sentiment amoureux de complaisance, que la volonté reçoit de la beauti> et suavité de la vérité proposée ; de sorte que la foy comprend un commencement d*amour que nostre cœur ressent envers les choses divines.

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