‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 16 sur 101 · L'EUCHARISTIE, SACREMENT DE RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

L'EUCHARISTIE, SACREMENT DE RÉCONCILIATION

ville qu'ils avaient divisée en deux factions. L'autorité des princes, les avertissements des prédicateurs, les prières de leurs parents, rien n'avait pu les réconcilier. Enfin, le plus obstiné des deux tomba dans une grave maladie, qui le mit en peu de temps à deux doigts de la mort. On fit appeler un religieux de la Compagnie de Jésus, pour lui administrer le sacrement de pénitence. Le bon père y alla, mais avant de lui donner l'absolution, il exigea de lui qu'il déposât toute haine et se réconciliât avec son ennemi. Le malade y consentit, et ayant envoyé chercher son rival, il se réconcilia avec tous les signes d'une affectueuse bienveillance. Le père lui donna alors l'absolution, et sans tarder courut lui chercher le saint viatique. A peine le malade l'eut-il reçu qu'il entra en agonie et mourut, laissant un espoir bien fondé de son salut éternel, puisqu'il avait fuit la paix et reçu tous les sacrements de l'Eglise. Mais, hélas ! les jugements de Dieu sont bien différents des jugements des hommes. La nuit d'après les funérailles, deux beaux jeunes gens, avec des flambeaux allumés à la main, vont frapper à la porte du collège de la compagnie de Jésus, appellent le confesseur du défunt, le conduisent à l'église, et lui remettant la clef du tabernacle : « Prenez, père, lui disent-ils, le saint ciboire, et venez avec nous pour accomplir une œuvre rie piété. >* — Où donc le conduisirent-ils? Grand Dieu! ils le conduisirent au tombeau du personnage défunt, et là l'un d'eux lui dit : « Père, ce malbeureux a reçu indignement le corps du Seigneur, parce qu'il n'a point pardonné sincèrement à son ennemi, et qu'il se proposait de se venger, s'il échappait à la mort. Son âme est ensevelie en enfer, et Dieu veut que son corps y soit pareillement précipité; il faut cependant lui ôter de la bouche la sainte hostie qui est restée intacte sur sa langue sacrilège. » — Cela dit, le cadavre se redressa et

ouvrit la bouche. Le prêtre prit l'hostie d'une main tremblante et la déposa respectueusement dans le ciboire; après quoi, les deux messagers, qui étaient deux anges, frappèrent du pied la terre, laquelle engloutit le cadavre et son cercueil, laissant un gouffre profond pour attester le funeste événement.

III. Oh! qu'il est bien vrai que « celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation. » Qui manducat et Mbit indigne, judicium sibi manducai et Mbit1. Que de chrétiens viennent recevoir ce pain des anges dans un cœur rempli de fiel, de haine, de rancune et d'aversion contre le prochain ! Ils mériteraient que la terre s'ouvrit sous leurs pieds ! Combien y a-t-il que vous nourrissez intérieurement cette inimitié contre votre parent, contre votre voisin, et que vous lui refusez les signes de bienveillance ordinaires? Combien de communions avez-vous faites dans ces mauvaises dispositions? Quelle espèce de communions avez-vous donc faite? Hélas! au lieu de profiter des sacrements, vous avez multiplié vos sacrilèges! Ah! tournez-vous tous vers le ires-saint Sacrement, et vous frappant la poitrine, demandez -lui pardon d'une telle impiété: Pardon, mon Jésus, pardon! Oh! quel crime! recevoir avec un cœur plein d'aigreur un Dieu qui est la charité même ! Ah ! pleurez un si triste égarement, et renouvelant votre douleur, demandez encore une fois pardon : Pardon, ô mon aimable Sauveur, pardon! Ne cherchez point à vous excuser en disant que vos aversions ne vont pas jusqu'au péché mortel; malheureux! seriezvous dispensés pour cela de pleurer et de craindre? Il ne manque pas de docteurs qui enseignent que, lorsque dans l'acte même de la communion on est agité de quelque passion coupable , comme une légère aversion

(l) I Cor. 11, S9.

DOUZIÈME EXHORTATITION. 43

contre le prochain, bien que la faute ne soit que vénielle, cela suffit pour empêcher totalement l'effet principal du saerement, qui est l'augmentation de la grâce, ou au moins priver l'âme de la salutaire onction que procure cette manne céleste. Voyez maintenant que de communions ont été rendues infructueuses par cette antipathie, par cette aversion que vous nourrissez depuis tant d'années contre votre frère, et qui bien souvent vous trouble le cœur au moment même de la communion. Mais que faire?

Voici la pratique de ce soir. Avant de communier, mettez votre cœur en paix; réconciliez-vous avec tout le monde, en montrant bonne mine et bon cœur à tous, afin que votre communion soit l'avant-courrière d'une paix parfaite et avec Dieu, et avec vous-mêmes, et avec le prochain. C'est alors que vos communions seront fructueuses et bénies de Dieu.

XIIe EXHORTATION.

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