ENVERS LA TRÈS-SAINTE VIERGE
Ier ENTRETIEN.
l'amour de marie pour nous.
I. Pour la première fois que je dois ouvrir la bouche en l'honneur de Marie, je sens mon cœur s'inonder de joie. Je n'ai point, mes frères, de plus douce consolation que d'avoir ces jours-ci à vous entretenir, avec cette langue terrestre, de l'auguste reine du ciel. « Non, vous dirai-je avec saint Bernard, non, rien ne me plaît autant que de parler de la gloire de Marie. « Non est quod me magis delectet, quant de gloria Virginis habere sermonem. Mais que vous dirai-je, pour la première fois que je vous entretiens de mon auguste souveraine ? Eh bien ! je veux vous dire que la sainte Vierge nous aime, et qu'elle nous aime de tout son cœur. Qu'en* dites-vous, mes frères? Pouvais-je vous annoncer une nouvelle plus agréable? La Mère de Dieu, la reine des anges, la souveraine du ciel nous aime, nous pauvres créatures, cendre et poussière. Ah ! dans la joie dont mon âme déborde à cette heureuse nouvelle, je ne puis m'empêcher de m'écrier : Comment, ò grande Reine, avons-nous mérité votre amour ? Qu'avez-vous trouvé de bon en nous, qui vous ait portée à nous aimer? Quid
GO TREMIER ENTRETIEN.
est ho?no, quod memçr es ejus1. Et cependant, mes frères, il est certain que Marie nous aime, et que même elle nous aime de l'amour le plus tendre, de l'amour le plus passionné; elle nous aime, dit saint Pierre Damien, d'un amour invincible : Maria amat nos amore invincibili. Oui, son amour est invincible, inexprimable, insurmontable. Vous allez le voir par l'exemple suivant.
II. Un pieux serviteur de Marie, Alphonse Rodriguez, était un jour occupé à rendre ses hommages à cette auguste Vierge, pour laquelle il professait la dévotion la plus tendre et la plus ardente, quand tout à coup il la vit apparaître devant lui, rayonnante de clarté et de beauté. « Alphonse, lui dit-elle avec cet air céleste, m'aimez-vous? » Alphonse, -amas me? Alphonse, à cette demande, sent son cœur s'enflammer, et levant les mains et les yeux vers la sainte Vierge, il lui répond comme hors de lui-même : « 0 ciel! ô terre ! ò Dieu ! si je vous aime ! si je vous aime ! Et qui ne vous aimerait pas, vous qui êtes si belle, si sainte et si bonne? Ah ! je vous aime tant que je sacrifierais mon sang, ma vie, mon honneur et le monde entier pour vous. » — « Mais, Alphonse, est-ce bien sincèrement que vous le dites ? Amas vie? M'aimez-vous vraiment du fond du cœur? » — « Oh ! mon cœur, parle, toi, car ma langue està bout d'expressions. Ma très-samte Mère, si je vous aime ! ah ! ne me le demandez pas davantage, parce que je me sens défaillir et mourir d'amour pour vous. » — Le croiriez-vous? Marie ne se contenta pas encore de cela, et lui renouvela sa demande pour la troisième fois : Alphonse, amas me? — A cette troisième interrogation, le dévot serviteur de Marie, dans sa simplicité, ou plutôt par une sorte de témérité, pardonnable d'ailleurs à une âme éprise d'amowr, alla jusqu'à lui dire : - O
(1) Ps.s.r.
l'amour de marie pour nous. Gì
Vierge sainte, je vous aime plus que vous ne m'aimez. » — « Oh ! pour cela, non, reprit Marie avec bonté, cela n'est pas vrai, mon cher Alphonse, cela n'est pas vrai. Certes, je vous aime, vous et tous ceux qui me servent cordialement, beaucoup plus sans comparaison que vous ne m'aimez tous ensemble. Il y a même plus de distance entre mon amour et le vôtre, qu'il n'y en a entre le ciel et la terre. » — L'entendez-vous, mes chers frères? La très-sainte Vierge nous aime d'un amour que rien ne peut vaincre ni surpasser ; elle nous aime plus tendrement que toutes les mères ensemble n'aiment leurs enfants? Que dis-je, son amour pour nous est plus intense que celui de tous les saints réunis pour Dieu même, parce que son amour ne peut être ni vaincu ni surpassé par aucun autre amour: Ainat nos amore invincibili.
III. Or, si la sainte Vierge nous aime tant, d'où vient que nous l'aimions si peu ? Qu'aime ce jeune homme dissolu, cette jeune fille volage ? Un tison d'enfer. - Qu'aime ce joueur, ce querelleur, ce libertin? La licence, les ivrogneries, la crapule. — Ah ! malheureux, que deviendrez-vous si vous n'aimez pas Marie ? qui vous aidera dans vos besoins, qui vous protégera dans vos périls? Dites, répondez; quel bien pouvez-vous espérer sans le secours de Marie? Réveillons-nous donc ce matin de notre torpeur, et gravons dans nos coeurs la belle résolution d'être tous de véritables amants de la très-sainte Vierge. Le premier pas à faire pour cela sera de lui demander pardon de ne l'avoir pas aimée par le passé. En conséquence, prosternés tous à genoux, frappons-nous la poitrine et disons-lui avec un cœur pénétré : 0 mère du bel amour! je reconnais maintenant combien j'ai été ingrat en aimant autre chose que vous , je vous en demande humblement pardon. Je ne le mérite pas, ô grande Reine, je ne mérite pas ce pardon, mais je l'espère néanmoins, parce que je sais combien vous
m'aimez. Pardon, ô Mère compatissante, pardon! Désormais je veux vous aimer de tout mon cœur Je vous le dis sincèrement je le proteste du fond de l'âme: je veux vous aimer, ó mon auguste Reine, je veux vous aimer. Vous seule serez ma bien-aimée, et jamais d'autres flammes ne brûleront dans mon cœur que celles de votre amour très-pur: Diligam te, Domina mea, diligam te. Ce que je désire de vous, mes frères, pendant ces jours-ci, c'est que vous vous pénétriez d'une tendre et fervente dévotion envers Marie, et que vos cœurs s'embrasent pour elle d'un saint amour. Heureux, si vous aimez Marie! C'est pourquoi je vous indiquerai tous les jours quelque pratique de dévotion propre à vous concilier sa protection. La pratique de ce matin sera de visiter chaque jour une église ou un autel dédié à la sainte Vierge. C'est une pratique qu'observa saint Bernardin de Sienne dès sa tendre enfance, et quels fruits il en retira ! Quel profit vous en retirerez vous-mêmes ! Quelles salutaires visites la sainle Vierge fera de son côté à votre cœur et à votre âme! Sic nos ta visitn, sicut te colimus1. — Salve Regina.
(1) N us devons faire une observation a>i sujet des pieuses pratiques placées à la fin de cet Entrelien et des suivants. Il parait certain que c'est par là que le bienheureux Léonard terminait ses colloques du matin, aussi bien que ses Exhortations du soir : il le dit lui-même en finissant son sermon sur la sainte Vierge {Sermons pour les vUssions, p. 102). Néanmoins elles ne se trouvent ni dans son manuscrit ni dans l'édition du R. P. Salvator. Celles que nous donnons sont traduites des Œuvres publiées à Venise en 1S39. Nous supposons qu'elles ont pu être recueillies de la bouche de l'orateur par quelque pieux auditeur : c'est Iù. ce qui nous porte à 1er reproduire plutôt que do laisser une lacune.
IIe ENTRETIEN.