AMOUR QUE NOUS DEVONS A MARIE
T. Il me semble, mes ehers auditeurs, entendre ce matin la sainte Vierge me dire au cœur ce qu'elle dit un jour à sainte Brigitte: « Ma fille, lui dit-elle, si vous m'aimez et si vous avez un sincère désir de me plaire, faites en sorte que tous vos enfants m'aiment pareillement : » Si diligis me, fac ut filii tui sint quoque filii mei. Oui, il me semble que mon auguste reine m'adresse une invitation semblable : Mon fils, si vous m'aimez, faites-moi aimer de tous les peuples auxquels vous donnez la mission. Ah ! s'il en est ainsi, qui me donnera une trompette retentissante qui porte le son de ma voix jusqu'aux extrémités de la terre ! Je voudrais crier de toutes mes forces: Peuples égarés, peuples fascinés par la vanité, réveillez-vous une bonne fois. Aimez Marie, si vous voulez vous sauver. Aimez Marie, si vous voulez vous assurer le ciel. Heureux, si vous écoutez ma voix! Oui, je vous le garantis, en aimant Marie, vous mettrez votre salut en sûreté. L'amour de Marie, tel est le caractère des prédestinés : notre docteur séraphique, saint Bonaventure, assure qu'il est impossible que celui qui honore dignement Marie soit damné : Qui digne coluerit Mariani, justi fica b> tur. Oui, un dévot serviteur de la tres-sainte Vierge est moralement sûr de son salut éternel. Vous allez le voir par l'exemple suivant.
II. Un jeune homme qui avait vécu jusque-là en fidèle serviteur de Marie, s'étant laissé séduire par de mauvais compagnons, s'abandonna sans retenue à l'amour pro-
fane et en vint à se plonger dans les vices les plus abominables, se souillant de toute sorte d'iniquités. Tourmenté cependant par les remords de sa conscience, il résolut un jour de se marier, afin de sortir du bourbier où il croupissait, et montant à cbeval, il se dirigea vers une bourgade voisine pour y chercher une épouse. Chemin faisant, il rencontra une jeune fille d'une taille avantageuse et d'un aspect ravissant, qui prit d'un air gracieux son cheval par la bride et l'arrêta, en lui demandant où il allait. Le jeune homme, frappé de la hardiesse autant que de la rare beauté de cette personne, lui répondit: Je vais à la recherche d'une jeune fille de ma condition, que je puisse épouser. — Crois-tu, repritelle avec grâce, que je puisse te plaire? — En vérité, vous me plaisez bien, dit le jeune homme. — Et pourquoi donc ne me prendrais-tu pas pour épouse? — Le jeune homme, un peu interdit, lui répondit: Je vous prendrais volontiers pour épouse, mais ne sachant qui vous êtes, je ne puis prendre à ce sujet aucune détermination. — Eh bien! dit la jeune inconnue, si tù me promets de n'aimer personne que moi, je te dirai qui je suis. — Le jeune homme le promit et elle ajouta : Sache que j'habite le paradis; mes parents sont Joachim et Anne, je suis la Mère de Dieu, venue du ciel expressément pour contracter avec toi une alliance céleste. — Puis, tirant de son sein un anneau d'or, elle le lui mit au doigt, en disant : Voici le gage comme quoi je t'accepte pour époux ; retourne chez toi, va trouver un bon confesseur, fais-lui une bonne confession générale, et prépare-toi à la mort, parce que dans quinze jours je t'attends au ciel, pour célébrer les noces en présence de toute la cour céleste Et cela dit, elle disparut. Le jeune homme, plein de joie, s'en retourna chez lui, et lit ce que la sainte Vierge lui avait recommandé. Au bout des quinze jours, comme il était sur le point de mourir,