SOLLICITUDE DE MARIE POUR NOTRE SALUT
I. Vous avez raison, mes frères, d'éclater en chants de louanges en l'honneur de Marie, et de vous écrier : Soyez à tout moment bénie, reine du ciel, océan de joie! Oui, oui, louez-la, béaissez-la, honorez-la: car elle mérite tous vos hommages. En effet, mes frères, sans la sainte Vierge, que deviendrions-nous? Ah! malheureux, nous ne pourrions espérer aucun bien ; car vous devez savoir que, comme le dit saint Jean Damascène, Dieu a remis toutes ses miséricordes entre les mains de Marie : In manibus ejus sunt omnes miser ationes Domini ; de sorte que si Marie nous manquait, tous les biens nous manqueraient avec elle, tandis qu'en la possédant, nous avons à notre disposition tout ce qui nous est nécessaire pour le salut. Marie, en effet, a plus de sollicitude pour notre salut, que l'avare n'en a pour son argent, et le marchand pour son commerce. C'est là l'objet de toutes ses pensées, de tous ses désirs, de tous ses efforts; elle tâche par ions les moyens possibles d'obtenir de Dieu que tous les hommes soient sauvés, comme le dit si bien Richard de Saint-Victor : Omnium salutem desiderai, quœrit et obtinet. Que ne ferait-elle pas pour sauver une àme! Jugez-en par l'exemple suivant.
IL On lit qu'une religieuse, nommée sœur Béatrix,
SOLLICiTl'DE DE MARIE POUR NOTRE SALUT. I 1
oubliant la faveur inappréciable que Dieu lui avait faite en l'appelant à ce saint état, eut le malheur de s'abandonner à ses passions. Elle contracta une liaison coupable avec un jeune homme, qui sut la séduire au point de lui persuaderle quitter son monastère. Un soir donc, ayant changé l'habit religieux contre un habit séculier, elle ouvrit la porte, car elle était portière, et déposa ensuite les clefs au pied d'une statue de la sainte Vierge, en lui disant: Tenez, Marie, voici les clefs du monastère, je vous en laisse le soin ; il y a tant d'années que je sers votre Fils dans cette maison, et je n'ai jamais eu une seule consolation ; je suis donc résolue à aller en chercher ailleurs. — Cela dit, elle sortit du couvent, monta en voiture et s'enfuit avec le jeune homme dans un pays éloigné. Mais celui ci n'eut pas plus tôt atteint son but, que selon l'ordinaire de ces sortes de séducteurs, il se dégoûta de sa victime et l'abandonna. La malheureuse, se voyant trompée, au lieu de songer à rentrer au ber.cail comme une brebis égarée, s'en alla courir le monde. Apres quatorze ans passés dans une vie licencieuse, il lui prit envie de revoir sa patrie. Elle rentra donc dans la ville où se trouvait le monastère qu'elle avait quitté, et ayant. rencontré la commissionnaire, elle lui demanda si elle connaissait une certaine religieuse, nommée sœur Béatrix, sans lui dire toutefois que c'était elle. — « Si je la connais! reprit la commissionnaire ; c'est une sainte religieuse et il y a déjà bien des années qu'elle remplit l'office de portière, à la plus grande satisfaction de toutes ses consœurs. » — Sœur Béatrix resta stupéfaite en entendant ces paroles ; afin de s'assurer de là vérité, elle voulut aller au monastère, et ayant appelé la portière, elle lui demanda quel était son nom et depuis combien d'années elle portait l'habit religieux et remplissait cet office. « Depuis que tu es sortie du monastère, lui répondit la portière;
je m'appelle Marie, la mère de Dieu. Il y a déjà quatorze ans que tu as quitté mon fils, et il y a quatorze ans aussi que je suis portière à ta place, comme tu m'en a laissé le soin ; je me suis si bien acquittée de mon office que personne ne s'est aperçu de ton absence. Reviens donc, ma fille, reviens dans cette sainte maison ; je t'assure que tes égarements resteront toujours secrets, pourvu que tu t'en confesses avec un sincere repentir et que tu en fasses pénitence. La pauvre sœur fondit en larmes et faillit en même temps mourir de bonheur, en entendant ces paroles. Marie lui ouvrit la porte, l'embrassa, et lui remit le saint habit; et Béatrix ayant repris l'office de portière, vécut et mourut saintement sans qu'on sût jamais ce qui s'était passé, si ce n'est à l'heure de sa mort, où elle en fit elle-même le récit.
III. Voilà, mes frères, avec quelle sollicitude Marie veille au salut de nos âmes ; voilà jusqu'où va l'amour qu'elle nous porte. Pour ramener cette malheureuse dans la voie du salut, elle ne dédaigna pas d'exereer pendant quatorze ans l'office de portière, s'employant à servir toutes les religieuses, afin d'en sauver une seule. 0 prodige de bonté! ô tendresse ineffable du cœur de Marie! Qui de vous après cela ne recourrait avec confiance à une si bonne mère ? Vous, par exemple, vous qui depuis tant d'années vivez éloigné de Dieu ; vous qui en êtes presque réduit au désespoir, et avez prononcé, pour ainsi dire votre sentence de réprobation, en disant: Il n'y a plus de paradis pour moi ; ayez recours à Marie, jetezvous à ses pieds, demandez-lui pardon d'avoir si souvent outragé son divin Fils. Dites-lui avec larmes et avec soupirs: Pardon, ô Vierge sainte, pardon! voici le plus grand pécheur qui existe dans ce pays: pardon, ô Marie, pardon 1 Obtenez-moi, je vous en conjure, un secours efficace, afin que je sauve ma pauvre âme. — Oui, pécheur, Marie est prête à vous secourir, elle vous cher-
che, elle désire vous embrasser, elle est tout eœur pour vous, et veut à tout prix vous introduire en paradis. Mais elle veut que vous fassiez votre part ; elle veut que vous preniez sérieusement la résolution de changer de vie, que vous fassiez une sainte confession, que vous quittiez telle occasion. Si vous prenez la très-sainte Vierge pour avocate, vous vous sauverez, qui que vous soyez, n'en doutez pas.
La pratique que je vous conseille ce matin, c'est de réciter le saint Rosaire tous les soirs chez vous, avec toute votre famille, et même à voix haute, afin de donner le bon exemple. Cette dévotion, tant recommandée par saint Dominique, lui avait été enseignée par la trèssainte Vierge et elle a été enrichie d'indulgences par les souverains Pontifes. — Saloe Regina.
Ve ENTRETIEN.