SOLLICITUDE DE MARIE, ETC
III. Qui donc ici pourrait refuser aujourd'hui de s'enrôler parmi les serviteurs fidèles de Marie , afin d'assurer la grande affaire de son salut? Toutefois ne vous faites pas illusion comme le font plusieurs qui s'imaginent que, pour être serviteurs de Marie, il suffit de porter le chapelet en poche, de réciter quelquefois l'office de la Vierge, de jeûner le samedi, d'avoir sur soi le scapulaire ou les insignes de quelque confrérie ; toutes choses bonnes saintes, mais très-insuffisantes, si avec tout cela on a la conscience chargée de péchés, on vit dans des habitudes ou des liaisons criminelles, on fomente des haines et des rancunes, en un mot, si l'on prétend servir Marie avec l'intention d'outrager le Fils. Ceux qui agissent de la sorte ne sont que de faux dévots de la sainte Vierge. Savez-vous en quoi consiste la vraie dévotion à Marie? Elle consiste à vouloir ce que veut Marie. Or, que veut-elle? Elle veut que vous mettiez fin au péché, elle veut que vous vous décidiez une bonne fois à changer de vie Si donc vous avez été par le passé de faux dévots de Marie, en offensant son bien-aimé Fils, demandez-lui-en humblement pardon et frappez-vous la poitrine, en lui disant du fond du cœur : Pardon, ô Vierge sainte, pardon ! Nous voici prêts à changer de vie, pour être vos fidèles serviteurs, vos vrais enfants. — Etes -vous bien clans ces dispositions? Soyez -en bénis ! Saint Bernard dit que la dévotiou est un filet, pour prendre le cœur : Rete cordis. Jetez donc ce filet, afin de prendre le cœur de Marie. Heureux celui qui réussira à s'emparer de ce cœur et à gagner son amour. 11 est sûr par là-même d'être comblé de biens, et il pourra dire comme Salomon : Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa 1 : Avec elle me sont venus tous les biens, » et qui plus est le bien suprême, c'est-dire la
(1) Sap. 7,11.
vie éternelle ; car celle auguste reine dit elle-même à ses clients: Qui me invenerit, inveniet vitam1 : « Celui qui me trouvera trouvera la vie. « L'essentiel, c'est que chacun de vous s'étudie à lui plaire et s'ingénie à trouver sans cesse de nouvelles industries, de nouvel les manières d'honorer, d'aimer et de servir Marie; car elle nous déclare qu'elle aime ceux qui l'aiment : Ego diligentes me diligo2. Soyez bien certains que si vous gagnez le cœur et l'amour de Marie, vous serez tous sauvés, tous assurés d'arriver en paradis : c'est ce que je vous souhaite.
Voici là pratique que je vous conseille. Toutes les fois que vous entendrez sonner l'horloge, dites un Ave en l'honneur de Marie , et trois Gloria Patri pour remercier l'adorable Trinité de l'avoir élevée à la dignité sublime de Mère, de Fille et d'Epouse de Dieu. — Salve Regina.
VIIIe ENTRETIEN.
I. Oh! quelle grâce inappréciable le Très-Haut nous a faite, mes chers auditeurs, en nous donnant sa Mère pour qu'elle fût non-seulement notre mère, mais encore notre avocate. C'est sous ce titre que l'Eglise nous enseigne à l'invoquer chaque jour : Eia ergo, advocata nostra! S'il est si rassurant pour un malheureux de pouvoir, dans un procès d'une grande importance, se reposer sur un avocat fidèle, qui puisse et qui veuille
(1) Prov. 1. 35. (2) 1b. S, j7.
le défendre, combien nous devons être rassurés et tranquilles en pensant que, dans l'affaire si importante de notre salut, nous avons pour avocate au tribunal de Dieu celle qui est à la fois sa mère et la nôtre. Non contente en effet d'être notre mère, elle s'est faite notre avocate, et quelle avocate ! il suffit de recourir à elle avec amour et confiance, pour qu'elle se montre disposée à exaucer nos prières, et à prendre en main notre cause. Quelle avocate ! car elle a le pouvoir aussi bien que la volonté de nous aider auprès de Dieu, son Fils : le pouvoir, dit saint Bernard, puisqu'elle est la Mère de la toute-puissance : Non deest Mariœ potestas, quia mater est omnipotentiœ ; la volonté, selon le même saint, puisqu'elle est la mère de la miséricorde : Nec deest impetrando voluntas, quia mater est misericordiœ. Vous allez le voir dans l'exemple suivant.
II. Un soldat menait une vie criminelle; il avait par bonheur une femme craignant Dieu et dévote à la reine du ciel. La vertueuse femme fit si bien qu'elle finit par obtenir de lui qu'il jeûnât tous les samedis en l'honneur de la très-sainte Vierge, et qu'il récitât Y Ave Maria toutes les fois qu'il rencontrait son image. Or, un jour qu'il se rendait dans une maison, pour y satisfaire une mauvaise passion, il lui arriva de passer devant une église; il y entra, et voyant sur l'autel une image de la sainte Vierge, il se mit à genoux pour réciter son Ave Maria. A peine avait-il commencé, qu'il vit, ô prodige! l'enfant Jésus tout couvert de blessures et de sang sur le sein de sa mère. O Vierge sainte, s'écria le soldat touché de compassion, quel est donc le scélérat qui a fait tant de mal à votre aimable enfant? — C'est toi, répondit la sainte Vierge, c'est toi-même et les autres pécheurs comme toi : plus cruels que les Juifs, vous crucifiez mon Fils toutes les fois que vous péchez. — 0 Mere de miséricorde, reprit le soldat repentant, priez
86 HUITIÈME EKTRETIEN.
votre divin Fils pour moi et obtenez-moi le pardon de mes crimes. — Vous autres pécheurs, ajouta la sainte Vierge, vous m'appelez mère de miséricorde, et vous ne cessez de faire de moi une mère de misère. — Ah ! ne me parlez pas ainsi, Vierge sainte ; mais souvenezvous que vous êtes l'avocate des pécheurs, et ne m'abandonnez pas. — Alors Marie, se tournant vers l'enfant Jésus : Mon Fils, lui dit-elle, par amour pour moi pardonnez à ce misérable pécheur, qui m'invoque avec tant de ferveur. — Ne Vous étonnez pas, ma Mère, que je ne vous écoute pas en ce moment, répondit le divin Enfant, car j'ai bien prié mon Père céleste de me délivrer de ma passion, sans en être exaucé. — Ah! mon bien-aimé Fils, souvenez-vous de la tendresse avec laquelle je vous ai allaité, et par considération pour moi pardonnez à ce malheureux, qui se recommande si instamment à moi. — Ne vous affligez point, ma tendre Mère, si je ne vous exauce pas : moi aussi j'ai prié mon Père une seconde fois, et je n'ai point été exaucé. — Fruit béni de mes entrailles, ah ! souvenezvous des larmes que j'ai répandues à c.iuse de vous au pied de la croix, et en retour de tant d'angoisses, donnez-moi ce pauvre pécheur. — Patience, ô ma Mère bien-aimée, et ne vous offensez pas de mon refus : car moi-même, après avoir prié mon Père éternel jusqu'à trois fois, je n'ai pas obtenu la grâce que je sollicitais. — La bienheureuse Vierge ne s'en tint pas là, mais se levant, elle posa le divin Enfant sur l'autel, et s'apprêta à se prosterner devant lui. — Que voulez-vous faire, ma Mère? lui dit le Fils. — Je veux, répondit-elle, me tenir prosternée à vos pieds jusqu'à ce que vous ayez fait grâce à ce malheureux pécheur. — Oh ! cela, je ne le souffrirai pas, reprit le divin Enfant ; car il est écrit que le fils doit honorer sa mère ! c'est donc à moi à vous honorer, vous qui êtes ma très-digne mère. Ainsi par
amour pour vous je pardonne à ce malheureux tous ses péchés; en signe de réconciliation, qu'il s'approche, je l'admettrai à baiser mes plaies. —-Le pauvre pécheur, grandement consolé, s'approcha de l'enfant Jésus, et baisa l'une après l'autre ses plaies, qui se fermèrent toutes à mesure qu'il en approchait les lèvres. Il rendit grâces à Jésus et à Marie, puis s'en retourna chez lui : bientôt après mari et femme entrèrent d'un commun accord en religion, où ils finirent saintement leurs jours.
III. Vous voyez, par ce fait, si Marie est une avocate puissante auprès de Dieu, puisqu'aprôs tant de refus, il faut bien que son Fils finisse par se rendre. Vous voyez en même temps si elle a la volonté de nous aider, puisqu'elle ne cesse de prier jusqu'à ce qu'elle nous ait obtenu la grâce qu'elle sollicite. Je vous dirai même que le désir, l'inclination qu'elle a de nous secourir est si grande, que c'est l'offenser que de ne pas recourir à elle dans ses misères, comme l'assure saint Bonaventure : Non solitm in te peccant, o Virgo, qui te blasphémant, sed etiam qui te non rogant. C'est-à-dire : non-seulement les scélérats qui vous blasphèment, mais aussi les chrétiens qui manquent de confiance en vous, ou négligent de vous invoquer et d'implorer votre protection, vous font injure et pèchent contre vous. Et cependant, combien de fois, mes frères, n'avons-nous pas fait à la très-sainte Vierge l'injure de n'avoir pas ' confiance en elle, de ne pas compter sur elle, de ne pas réclamer son patronage ! Ah ! demandons-lui maintenant pardon. Vierge compatissante, pardonnez à ces pauvres aveugles qui ont cherché leur appui partout ailleurs qu'en vous, qui n'ont point connu la bonté de votre cœur, et n'ont point tenu compte de votre pouvoir auprès de Dieu. Pardon, ô Vierge sainte, pardon! Il n'en sera plus ainsi désormais. Nous mettons en vous
88 NBUVIÈME ENTRETIEN.
toute notre espérance, vous serez notre avocate, nous attendons de vous toute sorte de biens : Eia ergo, advocata nostra! Nous sommes tous prêts à quitter le péché : remplissez de votre côté votre office d'avocate pour nous en obtenir le pardon. Oui, mes frères, oui, mes sœurs, ayez confiance : Marie , votre avocate fidèle, vous obtiendra la grâce de son divin Fils, sans aucun doute. Abaissez sur nous vos regards compatissants, ô Marie, et obtenez-nous de Jésus, votre divin Fils, le pardon de toutes nos fautes. Pardon, ô Marie, pardon. Elle nous l'obtiendra, mes frères, ce pardon, pourvu que nous nous corrigions sincèrement.
Votre pratique sera de jeûner en l'honneur de Marie la veille de ses fêtes, au moins aux sept fêtes principales. — Salve Regina.
IXe ENTRETIEN.