MARIE ASSISTE SES FIDÈLES SERVITEURS
redoutable moment qui fait trembler les plus grands saints, à ce moment d'où dépend l'éternité : A quo pendei œtcrnitas . Avez- vous jamais pensé sérieusement à ce grand moment? Avez-vous jamais pesé cette alternative : ou une éternité de gloire , ou une éternité d'ignominie ; ou jouir à jamais de Dieu, ou souffrir à jamais avec les démons? Eh bien ! nous demandons à la sainte Vierge, par ces paroles, qu'elle veuille bien nous assister, à ce moment suprême, pour que nous évitions un si grand mal et que nous acquérions un si grand bien. Voyez donc si nous avons raison de la prier, et de la prier avec ferveur. Commençons dès maintenant à l'invoquer du fond du cœur. 0 bienheureuse Vierge, nous voici, pauvres pécheurs, prosternés à vos pieds : priez pour nous : Ora prò nóbis peccatoribus, priez maintenant pendant la vie, mais bien plus encore à l'heure terrible de la mort. Le ferez-vous, ô Marie? serez-vous fidèle à nous secourir? — Oui, mes frères, oui, mes sœurs; la très-sainte Vierge nous assistera, elle nous sera fidèle à la mort, pourvu que nous l'aimions, que nous la servions, et que nous lui soyons fidèles pendant la vie. Vous allez en recevoir l'assurance de sa propre bouche.
II. Un religieux de notre Ordre, nommé Adolphe, fidèle serviteur de Dieu et de Marie, tremblait au moment de ce terrible passage qui fait trembler même les plus grands saints; la frayeur de la mort le faisait suer. La sainte Vierge, voyant ses angoisses, en fut touchée de compassion, et accourut pour l'encourager. Elle le reprit d'abord, avec douceur, de n'avoir pas eu confiance en elle : Mon cher Adolphe , lui dit-elle, pourquoi une si grande crainte de la mort? N'as-tu pas toujours été mon serviteur? N'es-tu pas maintenant sous ma garde? Adulphe carissime, cur meus cumsis, mori perlimescis? Et que crains-tu donc? Ne sais-tu
pas que j'aime sans mesure tous ceux qui m'aiment, et que je suis trop fidèle pour abandonner à la mort ceux qui ne m'ont pas abandonnée pendant la vie ?
Elle montra la même tendresse envers saint Jean de Dieu, qui, se trouvant à la dernière extrémité, suait et tremblait de tout son corps, dans la crainte de la mort. La Mère de Dieu lui apparuts et, essuyant la sueur froide qui coulait de som front, elle le ranima et le consola par ces douces paroles : Non est meum, o Joannes, meos deootos in hac hora destituere : * Jean, il serait indigne de moi d'abandonner mes serviteurs à cette heure suprême. » Vous l'avez entendu , mes frères? Ce serait une conduite qui ne me convient pas et qui ne fut jamais la mienne, dit la sainte Vierge, que de délaisser a l'article de la mort ceux qui m'ont fidèlement servie pendant leur vie.
Si ces exemples vous paraissent trop éloignés du temps où nous vivons, en voici un qui est très-récent, puisqu'il est arrivé dernièrement à un de nos religieux nommé Antoine. Ce serviteur de Dieu, grand dévot de Marie, se trouvant à l'extrémité, appela son confesseur et lui dit : «• Sachez, mou père, que je mourrai samedi, jour dédié à la sainte Vierge. » — « Comment le savezvous, répondit le confesseur? « — "Je le sais, parce que la sainte Vierge m'a auparu et me l'a dit : aussi suis-je extrêmement joyeux d'une si heureuse nouvelle. ., — Mais ce contentement dura peu ; car dès la nuit suivante, il fut assailli par les démons qui, sous les formes les plus horribles, le menaçaient de la. dernière réprobation. Le pauvre malade poussait des cris, s'agitait, se tordait et voulait se jeter hors du lit ; il l'aurait même fait, si on ne l'avait retenu. Au bruit qu'il faisait, tous les religieux du couvent accoururent, et se mirent à prier pour lui. Or, pendant qu'ils étaient en prière, ils entendirent le pauvre moribond dire d'un ton sulfo-