‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 36 sur 101 · MARIE ASSISTE SES FIDÈLES SERVITEURS · texte numérisé non relu

MARIE ASSISTE SES FIDÈLES SERVITEURS

que : Ce n'est pas vrai, je n'ai jamais commis ce péchéla, c'est pur mensonge ; c'est vrai, je l'ai commis, mais j'en ai fait pénitence ; oui, j'ai pris un fruit sans permission et bu un peu de vin sans benedicite, mais je m'en suis confessé. Et tandis qu'il parlait de la sorte, les démons faisaient de grands efforts pour l'entraîner. Mais tout à coup la bienheureuse Vierge Marie, à qui il avait eu tant de dévotion pendant sa vie, accourut à son secours ; elle lui apparut avec un visage radieux, mit en fuite la troupe des esprits infernaux, et consola son fidèle serviteur, lequel, tout le vendredi et le samedi jusqu'au soir, ne fit autre chose que louer Marie, invoquer Marie et exhorter tous les assistants à la dévotion envers Marie. Puis, au moment où l'on sonnait XAve Maria, c'est-à-dire V Angelus, il rendit doucement son àme à Dieu.

III. Vous voyez avec quelle fidélité Marie accomplit sa promesse de ne pas abandonner ses serviteurs à l'article de la mort. Mais je voudrais vous suggérer une réflexion à propos de ce dernier trait. Si le démon reproche aux mourants un fruit pris sans permission, un verre de vin bu sans bénédiction, que reprocherat-il alors à ces malheureux qui ont vécu dans le péché mortel? Il leur reprochera bien autre chose qu'un fruit ou un verre de vin ; il leur reprochera des confessions mal faites, des communions sacrilèges. Grand Dieu ! que ne leur reprochera-t-il pas ! Ah ! misérables pécheurs, venez ici et raisonnons ensemble. Si ce religieux, pour des fautes si légères, s'est trouvé dans un état si critique, qu'en sera-t-il de vous? de vous qui êtes chargés d'un si lourd fardeau d'iniquités ? — Mais, mon père, qu'avons-nous à faire? — •■ Rappelez-vous la maxime que je vous ai inculquée si souvent : Faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait à Vheure de la mort. Ne voudriez-vous pas alors avoir pleuré

vos péchés? Faites-le donc maintenant, jetez- vous aux pieds de la sainte Vierge, et demandez-lui pardon avec • soupirs et avec larmes. Ah! pardonnez-nous, ô Vierge sainte, pardonnez-nous et obtenez-nous aussi le pardon de votre divin Fils, Pardon, ô bienheureuse Vierge, pardon! — ■ Mais ce n'est pas encore assez. Ne voudriez-vous pas alors avoir été des serviteurs dévoués de Marie? Pourquoi donc ne le deviendriez- vous pas dès maintenant? Ah! mes frères, embrassez tous avec une grande ferveur la dévotion envers Marie ; soyez disposés à tout faire, absolument tout pour Marie, et soyez sûrs que si vous êtes fidèles à Marie pendant la vie, elle ne vous abandonnera pas à l'article de la mort; elle vous délivrera des assauts du démon et vous procurera la gloire du ciel.

La pratique que je vous recommande, c'est de vous confesser et de communier à toutes les fêtes de la sainte Vierge. — Salve Regina.

Xe ENTRETIEN

I. Les Egyptiens se voyant, pendant la disette universelle, abondamment pourvus de vivres par les soins de Joseph, alors vice-roi d'Egypte, lui exprimèrent en ces termes leur reconnaissance : Salus nostra in manu tua est* ; « Notre salut est entre vos mains, * protestant par ces paroles que leur conservation et leur vie étaient un effet de sa bienfaisance. Mais ù. combien plus

(!) Gen. 41, 25.

forte raison nous pouvons , nous autres chrétiens , adresser le même éloge à la mère de Dieu ! C'est en effet cette généreuse bienfaitrice qui pourvoit, nonseulement aux besoins du corps, comme le fait Joseph pour les Egyptiens, mais encore et surtout au salut de notre âme; car, pendant que tant de malheureux, dépourvus de la grâce, tombent en enfer, elle ouvre le ciel à tous ceux qui recourent à elle avec confiance. C'est donc bien à Marie, à elle qui prend tant de soin de ses serviteurs, que convient ce magnifique éloge : Salus nostra in manu tua est : Oui, ó puissante protectrice, notre salut éternel est entre vos mains. Si nous nous sauvons, nous nous sauverons par vous ; c'est à votre clémence seule que nous devrons une grâce si précieuse. — Et en effet, combien parmi nous brûleraient déjà en enfer, sans l'intercession de Marie, dont le cœur s'est peut-être laissé toucher de compassion par quelque léger hommage de notre part ! selon ce que dit Richard de Saint-Laurent : Cor Virginis brevi oratione, dummodo devota, flectitur. Il est incontestable que des pécheurs très-obstinés ont dû souvent leur conversion à une courte prière, à un faible hommage adressé à la très-sainte Vierge, avec quelque sentiment de dévotion. L'exemple suivant en est une preuve.

II. Un gentilhomme, aussi criminel et aussi déréglé dans ses mœurs que distingué par sa naissance, s'était fuit une habitude de la cruauté et des actions les plus infâmes. Vivant le plus souvent à la campagne, où il habitait une forteresse bâtie sur un rocher, il ordonnait à ses gens de piller et de dévaliser tous ceux qui passaient sur ses terres ; de sorte qu'il était devenu chef de bandits, et répandait la terreur dans tous les environs. Au milieu de ce débordement de crimes, il avait cependant cela de bon que, pour tout For du

monde, il n'aurait pas manqué un jour de réciter un Ave Maria en l'honneur de la très-sainte Vierge, et il tâchait de le réciter avec quelque dévotion. Or, il arriva qu'un saint religieux passant par là tomba entre les mains de ces gens qui se faisaient un infâme métier du brigandage. Comme il n'avait rien à perdre, il ne se déconcerta aucunement; il dit même à ces misérables de le conduire en présence de leur maitre, parce qu'il avait des choses très-importantes à lui communiquer. Comme fut dit, fut fait. Le religieux se trouvant en présence du gentilhomme : Seigneur, dit-il, j'ai à vous entretenir d'un objet extrêmement important; mais je veux que tous vos gens soient réunis devant moi , attendu que les communications que j'ai à vous faire ne leur sont pas moins nécessaires qu'à vous. — Le gentilhomme ordonna qu'on les convoquât tous sur-lechamp. Lorsquis furent arrivés : Est-ce bien là, dit le religieux, tout votre monde, seigneur? — C'est tout, dit le gentilhomme. — Pardonnez-moi, reprit le religieux, il manque quelqu'un, c'est votre valet de chambre.— Vous avez raison, père, dit le gentilhomme; appelez-le et qu'il vienne aussitôt. — Comme il ne voulait pas venir, il fallut l'entraîner par force, et il tournait la tête de çà et de là comme un frénétique. — Qui es-tu? lui demanda avec autorité le saint religieux ; je te commande de la part de Dieu de déclarer ici, en présence de tout le monde, qui tu es. — Obligé par là de s'expliquer, le valet de chambre répondit : Je ne suis pas un homme, mais un démon. — Mais pourquoi es-tu resté si longtemps dans la maison de ce seigneur? — J'y suis resté quatorze ans, occupé à le servir, pour voir si, par mes artifices et mes ruses, je pourrais lui faire omettre un seul jour de réciter son Ave Maria ; car s'il manquait à cette pratique qu'il a prise en affection, j'avais ordre de Dieu de l'étrangler, et d'entrainer

son âme avec moi en enfer. Ayant dit ces mots, ii disparut. Tous alors se prosternèrent par terre ; le gentilhomme plus que tous les autres éclata en sanglots, il rendit grâce à la très-sainte Vierge de l'avoir, pour un si faible hommage, délivré des mains du démon, changea de vie et vécut dans la suite en excellent chrétien.

III. Vous voyez qu'il est bien vrai que le cœur de Marie se laisse fléchir même par une courte prière, pour peu qu'elle soit dite avec dévotion : Cor Virginis trevi oratione, dummodo devota, flectitur. Entrailles miséricordieuses de Marie, qui pourrait ne pas attendre de vous tout ce qu'il désire? Mais si vous êtes si libérale envers ceux mêmes qui vous offensent, ne le serez-vous pas bien davantage envers vos fidèles serviteurs, qui récitent tous les jours le saint rosaire, qui jeûnent le samedi, qui portent le scapulaire du Carmel, qui méditent souvent vos douleurs, qui brûlent des cierges à votre autel, en un mot, qui vous aiment, vous honorent, et vous servent de si bon cœur? Oh ! avec ceux-ci vous serez non-seulement libérale, mais prodigue de vos grâces, et la moindre chose qu'ils feront pour vous leur vaudra une large récompense en paradis. Voyez donc, mes frères, combien doivent se confondre ceux qui parmi vous ont jusqu'ici négligé de servir une si puissante protectrice. Je m'adresse à vous, pécheur impie, à vous, à vous qui faites à peine le signe de la croix le soir avant de vous coucher, et ne faites jamais la moindre chose en l'honneur de la très-sainte Vierge. Ah ! du moins prosternez-vous à ses pieds, demandez-lui pardon, et dites-lui de cœur en vous frappant la poitrine : Pardon, ô Marie, pardon ! Non-seulement, hélas ! j'ai négligé de vous rendre mes hommages, mais si souvent j'ai affligé votre cœur sacré. Pardon, ô Vierge sainte, pardon ! Tl n'en sera plus ainsi à l'avenir, et puisque mon salut est en vos mains et que vous sauvez tous

ceux qui se recommandent à vous, voici, auguste Vierge, que je me jette entre vos bras : ah! sauvez ma pauvre âme. — Oui, Marie viendra à votre secours et vous aidera à vous sauver , pourvu que vous l'honoriez comme elle le mérite. Si vous ne faites pas autre chose, embrassez au moins avec une grande ferveur cette salutaire pratique : Tous les jours, soir et matin (attention tous, car la chose est très-importante), tous les jours, soir et matin, récitez trois Ave Maria, en l'honneur de son Immaculée Conception, et faites ensuite un acte de contrition, avec le ferme propos de ne jamais plus pécher. Oh ! quelle sainte pratique de piété ! C'est un moyen très-efficace d'assurer votre salut. Vous m'avez entendu? mais prenez garde de jamais l'oublier; une seule omission pourrait être cause de votre perte éternelle. Vous venez de voir ce que serait devenu ce gentilhomme s'il avait manqué une seule fois de dire son Ave Maria accoutumé.

La pratique que je vous conseille c'est de vous rappeler souvent, dans le cours de la journée, le souvenir de Marie, et de lui dire du fond du cœur, avec une ferme espérance d'arriver au salut par son intercession : « Vierge Mère, ô Marie! sauvez mon âme. » — Salve Regina.

XIe ENTRETIEN.

1. 11 est une chose, mes chers auditeurs, que je ne puis comprendre : vous appelez Marie votre espérance, tous les jours vous la saluez comme votre vie et votre

espoir : Vita, ditlcedo, et spes nostra saloe; et malgré cela vous mettez votre confiance en tout autre chose qu'en Marie : vous vous confiez dans la science, dans les richesses, dans votre industrie, dans vos parents, dans les grands et les puissants ; mais ce serait peu encore : vous vous confiez, qui pis est, dans les fraudes, dans la duplicité, dans les tromperies, dans le concours de cette amitié coupable, de ce compagnon pervers, quelquefois même dans le démon ; et en Marie peu ou pas du tout. Et cependant vous avez éprouvé maintes fois, d'une manière sensible, la vanité des espérances mondaines, tandis que Marie ne vous a jamais trompés. Trouverez-vous quelqu'un qui ait espéré en elle, et qui ait été confondu ? Non, personne : Nullus speravit in eat et confusus est. Ecoutez, je vous en prie, le trait suivant, et vous verrez où nous devons placer nos espérances.

II. Il y avait un gentilhomme, aussi riche que puissant, lequel était marié à une noble dame très-dévote envers la Mère de Dieu. Il consuma tous ses biens en folles prodigalités, et tomba dans une si grande misère, qu'après avoir donné aux autres il eut besoin qu'on lui donnât à lui-même. Il survint une certaine solennité, où notre dissipateur avait coutume de fêter ses amis et ses parents et de leur faire des présents considérables. Honteux de sa situation et ne sachant que faire, il prit le parti de quitter la ville et de se retirer à la campagne pour pleurer son infortune en secret, jusqu'à ce que la fête fut passée. Or, pendant qu'il se désolait sur son extrême pauvreté, voilà qu'un homme d'une taille monstrueuse vint à sa rencontre, et lui demanda la cause d'une si profonde tristesse. Le gentilhomme embarrassé lui découvrit son histoire et sa misère. Console-toi, lui dit cet homme à l'aspect terrible ; si tu veux m'obéir et faire tout ce que je te dirai, je te garantis de te rétablir

dans ton premier état, et de te faire nager plus que jamais dans les richesses et les plaisirs. — Je ferai tout, répondit le gentilhomme, si tu tiens cette magnifique promesse. — Ecoute, ajouta l'étranger, je ne te demande qu'une chose, c'est que tel jour, à telle heure, tu m'amènes ta femme dans cette forêt. En attendant, retourne chez toi, regarde dans tel endroit souterrain, et tu y trouveras un grand trésor, avec lequel tu pourras satisfaire tous tes désirs comme auparavant. — Le gentilhomme retourna chez lui, trouva le trésor, comme le démon le lui avait promis, et reprit sa vie de plaisirs et de festins, se montrant plus prodigue que jamais. Cependant le jour fixé arriva ; il appela sa femme et lui dit : Ah! ça, viens avec moi, nous allons faire une petite excursion. — La vertueuse dame redoutant quelque projet sinistre, se recommanda à la sainte Vierge : Vous êtes mon espérance, lui dit-elle, je mets toute ma confiance en vous; puis, montant à cheval, elle suivit son mari. Ils rencontrèrent sur la route une petite église dédiée à la sainte Vierge. La dame demanda la permission de descendre et d'y faire sa prière; on le lui permit; elle entra seule et conjura la sainte Vierge, avec soupirs et avec larmes, de la préserver de tout danger. Accablée par ses sombres pressentiments, elle s'endormit, et la sainte Vierge ayant pris sa figure et tout son extérieur, sortit de l'église et suivit le cavalier. Etant entrés dans le bois, ils commencèrent à entendre de loin le prince des ténèhres qui criait avec un vacarme horrible : Ah ! traître ! traître ! c'est ainsi que tu paies mes bienfaits? Je voulais ta femme et non la Mère de Dieu; je voulais ta femme pour me venger sur elle de tous les dommages qu'elle me cause. — Alors la sainte Vierge apostrophant le malin esprit : Misérable, lui dit elle, comment as-tu l'audace de vouloir nuire à ma servante? Rentre aussitôt dans l'abîme. — Le

démon tout confus disparut en poussant des hurlements affreux. Le gentilhomme, épouvanté, se jeta aux pieds de la très-sainte Vierge et pleura amèrement ses désordres; Marie lui ordonna de faire une bonne confession, de rejeter toutes les richesses acquises par le secours du diable, et de retourner auprès de sa femme. Arrivés chez eux, sa femme et lui, ils exécutèrent tout ce que la sainte Vierge lui avait prescrit, et, grâce à son intervention, ils s'enrichirent de nouveau par des moyens licites et honnêtes. Ils vécurent d'ailleurs saintement, éprouvant d'une manière sensible que Marie ne fait jamais défaut à quiconque met en elle toute sa contiance.

III. C'est donc en Marie que nous devons placer toutes nos espérances. C'est en Marie que se confia cette vertueuse dame dont nous venons de parler, aussi Marie lui vint-elle en aide dans sa détresse. Confionsnous aussi à Marie, et nous serons secourus dans toutes nos nécessités. Si jusqu'ici nous avons cherché notre appui partout ailleurs qu'en la très -sainte Vierge, demandons-lui-en pardon. 0 Vierge sainte, qu'elles ont été trompeuses les espérances que nous avons fondées sur les biens fragiles de ce monde! ah! pardonnez-nous, Vierge sainte, pardonnez-nous. Nous voici prosternés à vos pieds et repentants. Pardon, ô Marie, pardon ! Désormais nous mettrons en vous tout notre espoir. Quant à moi, je déclare que vous serez mon unique espérance; tous les biens, tant spirituels que temporels, que je puis attendre en cette vie ou dans l'autre, je désire, j'espère et je veux les obtenir de vous, ma Mere, ma vie, mon unique espérance; je sais que vous pouvez et que vous voulez me secourir, c'est pourquoi j'espère et j'espérerai toujours en vous, ô ma reine, et je ne serai point confondu éternellement : In te, Domina, speravi, non confundar in œlernum. — Faites la mê-

me chose : espérez, espérez, espérez sans mesure eu Marie, et soyez sûrs que si vous le faites, vous serez tous sauvés, nous nous reverrons tous en paradis.

Une pratique que je désire que vous embrassiez tous, c'est de porter toujours sur vous une image ou une médaille de Marie, et d'avoir recours à elle avec foi dans vos tentations. — Salve Regina.

XIIe ENTRETIEN.

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