‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 41 sur 101 · SOLLICITUDE DE MARIE · texte numérisé non relu

SOLLICITUDE DE MARIE

mòre. Ainsi donc, conservez-moi mon fils Jésus : Servate mihi puerum meum Jesum ; je t:ous le recommande avec instance. — L'avez-vous entendu, mes frères ? Ce qui déplaît à Jésus déplaît à Marie; et celui qui est ennemi du Fils ne sera jamais un dévot serviteur de la Mère. Vous allez le voir par un exemple.

II. Hugo, marquis de Toscane, fut prévenu dès ses premières années des dons de la nature et de la grâce ; il avait reçu de la nature un bon cœur, et de la grâce une tendre dévotion envers la três-sainte Vierge. Chaque jour il lui offrait les fleurs de ses vertus, mais de toutes ces fleurs la plus belle était celle de sa candide innocence. Hélas ! cette innocence si pure ne dura pas longtemps: les occasions, la vivacité de ses passions, le mauvais exemple de ses compagnons la lui firent perdre bientôt ; il s'abandonna à tous les désordres de la jeunesse, et devint en peu de temps le scandale de toute la Toscane. Cependant, au milieu de ses égarements, il conserva toujours une étincelle de dévotion envers Marie, et se confiant dans les quelques prières qu'il récitait, il ne se croyait pas aussi perdu qu'il l'était, parce qu'il avait encore quelque chose de bon à perdre. Aux remords de sa conscience, qui lui criait intérieurement: Hugo, Hugo, tu suis la mauvaise voie! il répondait en soupirant: Je jeûne le samedi, je récite le chapelet, je dis l'onice de la sainte Vierge; Marie viendra à mon secours. Mais il se trompait, et Marie voulut dissiper son illusion. Un jour qu'il était à la chasse, harassé de fatigue, de faim et de soif, il vit paraître devant lui une charmante et modeste jeune fille (c'était Marie elle-même en costume de paysanne), qui lui offrit gracieusement une corbeille de fruits exquis, pour qu'il se restaurât. Hugo, pressé par la faim, s'avança aussitôt pour prendre quelques-uns de ces fruits ; mais à peine les eut-il touchés, qu'il retira la main avec dégoût: les

fruits étaient beaux et bons, mais le panier qui les contenait, sale et plein d'ordures. " Ouf! fit-il, je n'ai pas le courage d'en manger, mon cœur se soulève. « — La sainte Vierge reprit alors d'un ton grave et avec un visage sérieux : « Et moi non plus, je n'aime pas ta dévotion, souillée qu'elle est de tant de crimes. Change de vie, Hugo, change de vie, si tu veux me plaire ; » et elle disparut. Une autre fois, pour lui faire comprendre qu'avec toutes ses pratiques de piété il courait à l'enfer, la sainte Vierge lui fit voir dans une grotte des hommes» noirs comme des Ethiopiens, qui tiraient d'une fournaise ardente, non des barres de fer, mais des têtes, des cœurs, des jambes et d'autres membres humains, et les martelaient sur une enclume. Hugo crut que c'étaient des sorciers, et s'apprêtait à les maudire ; mais l'un deux s'étant avancé à l'entrée de la caverne, lui dit avec fierté : « Non, non, nous ne sommes pas des sorciers, mais des démons, ministres de la justice divine, et nous traitons de Ja sorte certains hommes charnels qui sont remis entre nos mains. Nous attendons sous peu un nommé Hugo, seigneur de ce pays; s'il tombe entre nos mains, il expiera aussi ses infamies sur ces enclumes. » — Hugo en entendant ces paroles se retira, s'en retourna chez lui, réfléchit sur la vie qu'il menait, et reconnut que sa dévotion envers Marie ne lui servirait guère, s'il ne renonçait au péché. Il se repentit, se confessa, et fit publiquement pénitence, parcourant Jes rues en criant : * Hugo ne sera plus Hugo, Hugo ne sera plus Hugo. » Il vécut ensuite saintement et mourut de même.

III. C'est lu votre cas, mes pauvres pécheurs. Vos pratiques de piété sont belles et bonnes, mais le cœur avec lequel vous les offrez à Marie, ce cœur est trop souillé pour qu'elles lui plaisent. Comment voulez-vous en effet que Marie, qui est un miroir de modestie et d'humilité, aime cette femme vaine et ambitieuse, qui,

Page 1