‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 53 sur 101 · NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE

Ou la pénitence, ou l'enfer : ô sentence terrible!

Pénitence, fidèles, pénitence !

Ne dites pas : si je me damne, je ne serai pas seul.

En si mauvaise compagnie la peine ne fait que s'accroître.

I. Quelle terrible sentence ! ou la pénitence, ou l'enfer : quelle terrible sentence! Comprenez-le bien: ou l'enfer, ou la pénitence. Mille fois heureux celui qui n'a jamais péché! Je ne m'adresse pas à lui; je suis indigne de baiser la trace de ses pas. Mais que celui qui a péché m'entende bien : ou l'enfer, ou la pénitence. Qu'il lise sur cette bannière ; ce qui est écrit ici l'est pareillement au ciel et par le doigt de Dieu même : ou la pénitence, ou l'enfer. — Mais, père, ne pourrait-il pas y avoir un certain milieu qui ne fût ni la pénitence, ni l'enfer? — Non, mes frères, non; pour quiconque a péché grièvement, il est écrit : Ou la pénitence, ou l'enfer ! Eh bien ! qu'en dites- vous ? quel parti prenez-

vous? Soyez bénis avant même que je ne vous aie intimé ou la pénitence ou l'enfer, je vous trouve tout adonnés à la pénitence. Ah! bénies soient ces disciplines que vous avez en main, bénies soient ces croix qui pèsent sur vos épaules, béuies soient ces épines qui couronnent vos têtes, bénies soient surtout ces larmes qui coulent de vos yeux, et mille fois bénie cette réconciliation, cette restitution, cette confession générale, à laquelle vous êtes préparés ! Soyez bénis, oui, soyez bénis ! Mais s'il y avait parmi vous quelque pécheur obstiné qui, ayant horreur de la pénitence, me répondît comme le fit un jour ce scélérat, lequel, exhorté par un saint prêtre à briser une liaison criminelle et à faire pénitence de ses désordres, parce qu'autrement il expierait ses infamies en enfer, dans une fournaise de feu, se mit en lureur et dit : « Qu'ai-je donc à me soucier de pénitence et d'enfer? Si je me damne, patience ! je ne serai pas seul ; que Dieu fasse ce qu'il veut! » ah! s'il s'en trouvait un semblable ici, j'entrerais dan? une sainte colère et je lui dirais : Cruel que tu es envers toi-même! Tu ne veux pas la pénitence? Eh bien ! c'en est fait ; à l'enfer, à l'enfer... Quelle frénésie peut faire parler de la sorte? Si je me damne, patience! Quoi! patience en enfer? Souffrir et souffrir en désespéré en enfer, mais pas de patience! — Je ne serai pas seul! C'est vrai ; mais quelle affreuse compagnie que celle de tant de démons et de réprouvés! — Que Dieu fasse ce qiCil veut! Oui, Dieu exécutera une œuvre de sa justice ; il en a même déjà tracé le modèle, et je veux que vous le voyiez : regarde-le tous, c'est le ponrait d'un damné.

II. Le voilà, le voilà; ouvrez bien les yeux. Mon Dieu! mon Dieu! savez-vous .de qui est ce portrait? C'est le vôtre, pécheur endurci, oui, c'est le vôtre, si vous ne vous convertissez pas ce soir. Comment vous

appelez-vous?Un tel. C'est précisément votre portrait; c'est vous le corps tout nu, les mains enchaînées avec des chaînes de feu, un affreux serpent sur la tête, un aspic au cœur; au milieu de flammes ardentes vous brûlerez en corps et en âme de cette manière, et pis encore. Et pour combien de temps? Lisez ce qui est écrit là-haut en lettres de feu : Tel vous serez à jamais. Oui, c'est vous-même, et pas un autre, qui serez dans ' cette situation à jamais! Ah! je crois que c'est la sainte Vierge qui m'inspire en ce moment de me jeter à genoux à vos pieds, mes pauvres pécheurs, et de vous conjurer, les mains jointes, avec toute l'ardeur de mon âme, de faire tout ce que vous pouvez pour ne point aller en enfer: oui, mes frères et mes sœurs, ayez pitié de vousmêmes, pitié de votre corps, pitié même de votre chair, qui n'est pas de pierre ni de bronze, mais au contraire si délicate que la brûlure d'une chandelle vous fait évanouir de douleur. Voyons, à quoi vous décidez-vous, mes frères ? Voici votre portrait, ce n'est pas le portrait d'un étranger, mais un portrait destiné à vous représenter si vous ne laites pénitence. Que dites-vous? je veux entendre Votre dernière résolution : que voulozvous, la pénitence, ou l'enfer! Que répondez-vous? Quant à moi, je déclare avec ce fouet en main que je choisis la pénitence. Que ceux qui veulent m'accompagner élèvent la voix, et disent clairement et résolument : Pénitence, pénitence! C'est à nous, mes chers pénitents, à donner le bon exemple; donnons-nous la discipline jusqu'au sang, tandis que les autres verseront des larmes de( repentir. Voyons, frappez-vous tous la poitrine, pleurez vos péchés, répétez tous à haute voix : Pénitence , pénitence ! Demandez tous pardon et miséricorde : Pardon, mon Dieu ! miséricorde, mon Dieu !

r. m. vi. 11

III. Si parmi tant do pécheurs pénétrés de componction, il se trouve un endurci, voici le parti que je vais prendre, en désespoir de cause, pour le convertir. Vous savez que Filate, avant de condamner Jéais à mort, le lit paraître à un balcon du prétoire, flagellé et couvert de sang, et à côté de lui un assassin nommé Barabbas ; puis demanda au peuple : A qui voulez-vous faire grâce de la vie, à Jésus, ou à Barabbas? — Vive Barabbas! crièrent ces impies; vive Barabbas! — Et de Jésus, que voulez-vous que j'en fasse? — Crucifiez-le, crucifiezle! répondirent-ils. Je veux vous proposer ce soir un choix à peu près semblable. Voici d'un côté Jésus crucifié, et de l'autre le portrait de telle personne que vous savez. Or, dites-moi maintenant, lequel voulez- vous taire régner dans vos cœurs, Jésus ou cette misérable créature avec laquelle vous avez commis tant de péchés? Cette fois je connaîtrai vos sentiments. Que ceux qui n'aiment point Jésus, ou qui préfèrent aller en enfer plutôt que de renoncer à une créature, ne parlent ni ne bougent; mais que tous ceux qui veulent que Jésus vive et règne dans leurs cœurs, le disent et le déclarent hautement, en criant avec moi, par trois fois : Vive Jésus! — Vous avez bien raison, mes cliers frères, de vouloir que Jésus vive dans vos cœurs. Et ne voyez-vous pas tout ce que Jésus a fait pour vous? Comptez ces plaies, regardez ce sang; comment votre cœur à cette vue ne serait-il pas attendri? Qui donc sera le premier parmi vous à demander pardon et miséricorde à ce divin Sauveur? Voulez-vous le savoir? Eh bien! c'est celui d'entre nous qui a été jusqu'ici le plus grand pécheur. Ah! c'est bien moi, dans ce cas, oui, c'est moi, mes frères. Je vous demande pardon de tant de péchés-, ó mon doux Jésus ! Pardon, ó mon Jésus, pardon! Mon doux Jésus, pardon! — Si vous aussi vous avouez que vous avez été de grands pécheurs, demandez-lui pareil-

lement pardon avec une vive douleur. Elevez tous la voix et dites du fond du cœur: Pardon, mon Dieu! miséricorde, mon Dieu!

IV. Concluons donc. Vous vient-il encore en pensée de dire : Si je me damne, je ne serai pas seul ; que Dieu fasse comme il lui plait? Ali ! je crains bien que cette nuit même Dieu n'accomplisse ses desseins sur quelqu'un d'entre vous, et ne donne au démon la permission d'emporter son àme en enfer. C'est de vous que je parle, obstiné, qui n'êtes nullement touché à la vue de tant de larmes; de vous, qui ne voulez pas confesser ce péché caché depuis si longtemps, qui refusez de vous réconcilier avec votre ennemi, ou d'en finir avec cette fréquentation. Qui sait si cette nuit même vous ne serez pas frappé de mort subite, et si la justice divine ne s'accomplira pas en faisant de vous un véritable damné? Ah! tremblez, mon pauvre pécheur, tremblez que les démons ne s'apprêtent à faire à leur tour une procession clans ces rues, et que, comme nous avons porté ce soir voire portrait, ils ne portent eux, processionnellement pendant la nuit, votre âme en enfer. Oh! quel malheur si demain matin on venait à apprendre quelque événement tragique. Un tel est tombé mort à l'improviste, et le démon l'a emporté. Quelle épouvante! Pour qu'il n'arrive point de catastrophe pareille, que voulezvous, la pénitence ou l'enfer? La pénitence, mes frères, la pénitence ! Frappea-vous la poitrine, et tous ensemble criez: Pénitence, pénitence!

V. Mais cette pénitence ne suffit pas, mes bien'-aimés. Les Musulmans pratiquent plus d'austérités que nous en l'honneur de leur faux prophète : ils se coupent les chairs avec des couteaux, ils se couvrent de plaies de la tête aux pieds. Les soldats qui sont maintenant à la guerre font plus encore, puisque, pour une vaine gloire,

pour un point d'honneur, ils se précipitent par milliers sur la pointe des épées. Cette pénitence matérielle ne suffit donc pas. Celle que nous devons faire pour éviter l'enfer consiste, savez-vous en quoi? à confesser tous ses péchés, à renoncer à toutes les occasions dangereuses, telles que la fréquentation, les liaisons coupables, les jeux, les mauvaises conversations, les cabarets; à se reconcilier avec ses ennemis, à restituer le bien d'autrui, en un mot, à mettre ordre aux affaires de sa conscience au moyen d'une bonne confession. Voilà la pénitence véritable ; et si le démon cherche à vous en détourner, servez-vous de l'expédient qu'employait saint Antoine, abbbé, lorsque le démon venait lui inspirer du dégoût pour sa vie austère et solitaire: Fort bien, répondait-il au tentateur, mais l'enfer? — Si l'esprit malin lui représentait les plaisirs, les divertissements, les honneurs : — Bien, bien, mais l'enfer? — S'il le tentait de retourner dans le monde et de quitter son désert : — Bien, bien, mais l'enfer? — Et ainsi, avec l'enfer devant, les yeux, il triompha de ce mortel ennemi et s'assura le paradis. Peut-être que dès cette nuit même le diable vous portera à commettre quelque faute grave: Bien, bien, répondez-lui, mais l'enfer? — Il vous fera prendre en dégoût et la mission, et les sermons, et la confession générale ; renvoyez-lui constamment cette réplique: Fort bien, mais l'enfer? Oh! quel beau stratagème ! renvoyer à l'ennemi le trait même qu'il a lancé, et avec la pensée de l'enfer, se préserver corps et âme de l'enfer. Esprit -Saint, gravez dans toutes les âmes un si précieux souvenir, une si salutaire réflexion.

SECOND MOTIF

0 mort, ò mort! ah! quelle sombre pensée! Penses-y, ò pécheur, si tu veux rester éveillé. De ne point te convertir tu as grand tort ; Si tu vis aujourd'hui, demain lu seras mort.

I. « Si tu vis aujourd'hui, demain tu seras mort. » L'avez-vous entendu, mon pauvre pécheur? Aujourd'hui en vie, demain mort. Oui, oui, ce n'est pas là un cas imaginaire; il est très-probable que demain quelqu'un d'entre vous sera mort, étendu dans un cercueil, porté à l'église, jeté enterre. Ah! quelle terrible surprise ce serait pour ce malheureux qui vit entre les mains du démon ! Où êtes-vous, pécheur obstiné? Regardez un peu un de ces flambeaux : remarquez -vous comme il brûle bien? Mais à la fin il cessera de brûler, et il n'en restera plus qu'un petit bout, à peine suffisant pour attester ce qu'il fut. Il en est ainsi de votre vie, infortuné ! Vous vivez plongé dans la fange du vice impur; mais à la fin vous cesserez de vivre, et il ne restera de vous sur la terre qu'un tas d'ossements qui pourront à peine faire dire, ceci fut un homme. Or, si ce coup de la colère divine éclatait sur vous cette nuit même, dans quel état se trouve votre conscience? Comment avez-vous jusqu'ici pleuré vos péchés? Quelle pénitence en avez-vous faite?. Ne viendra- 1- il donc jamais le jour où vous vous déciderez à détester une vie si criminelle! Oui, ce jour, le voici; cette procession de pénitence se fait pour vous. Embrassez donc les peids de Jésus crucifié, et, vous frappant la poitrine, demandez-lui pardon et miséricorde, comme si vous deviez tomber mort cette nuit. Pardon, criez-lui du

fond du cœur, comme si c'était pour la dernière fois. Pardon, mon Dieu! pardon et miséricorde! — Ah! quelle froideur ! Demandons tous pardon en faisant pénitence. Pardon, mon Dieu ! miséricorde, mon Dieu ! ou plutôt embrassez tous la pénitence, en disant : Pénitence, pénitence !

II. Mais une simple pénitence extérieure ne suffit pas ; et j'ai surtout à cœur de faire tomber vos illusions. Je veux que vous vous en retourniez tous chez vous désillusionnés, et pour cela je ne trouve pas de meilleur mo.ven que de vous envoyer consulter les mort*. Attention donc. Le mauvais riche, pour empêcher que ses frères ne tombassent en enfer, pria Abraham de leur envoyer un mort qui leur annonçât la vérité : « Si quelque mort, disait-il, allait les trouver, ils feraient pénitence : » Si quis ex mortuis ierit ad eos, pœnitentiam agent1. Il est de fait que les prédications des morts sont très-efficaces. Pour moi, je suis trop froid, mes paroles ne touchent point; un mort, -oui, un mort sera le missionnaire le plus propre à vous convertir. Eh bien! puisqu'il en est ainsi, qu'un mort monte sur cette estrade pour vous prêcher la vérité. Le voici, le voici... regardez-le bien. Qu'est-ce que cet objet que je tiens en main? Vous le voyez tous, c'est une tête de mort. Et de qui est cette tête? Serait-ce la tête de quelque puissant monarque, de quelque riche marchand, d'un ecclésiastique dissolu qui n'aurait pas tenu compte des obligations rigoureuses de son état? Non, mes frères, non. Voulez- vous savoir de qui elle est? C'est la tète d'une femme vaine, morte il y a peu d'années, dans l'hôpital d'une ville d'Italie. C'était une impudique connue de toute la ville. Plaise à Dieu qu'elle se soit convertie à l'article de la mort et qu'elle soit

(1) Luc, io, .w.

maintenant sauvée ! mais si elle est damnée, comme il arrive d'ordinaire aux femmes de cette espèce, son âme où est-elle? Laissons cependant son âme de côté; approchez, jeunes gens, contemplez cette tète et détrompezvous enfin une bonne fois. Où sont ces charmes, ces attraits avec lesquels elle a séduit tant de malheureux? Remarquez bien: à la place des yeux, deux cavernes hideuses; au lieu des joues, des fosses obscures; au lieu des lèvres, quelques dents décharnées. Voyez, contemplez à votre aise... Ce n'est pas assez; non, non, ne vous contentez pas de la regarder, mais écoutez aussi la voix terrible qui sort de cette tête : Hoclie mihi, cras Ubi : « A moi, aujourd'hui, à toi, demain. » Entends-tu, pécheur? entends-tu, pécheresse? Demain à toi, demain à toi ; à toi, esclave de cette maudite habitude; à toi, chargé du bien d'autrui; à toi, dont le cœur est pétri de haine; à toi, à mourir bientôt, ton tour va venir. Ah! Esprit-Saint, c'est à vous à briser ce soir les cœurs endurcis. — Dites-moi, si cette femme était damnée, et que ce soir, par une faveur spéciale de Dieu, elle ressuscitât et revint sur la terre, que ferait-elle, à votre avis? Cacherait-elle ses péchés en confession? refuserait-elle de pardonner à son ennemi? se souillerait-elle encore de toutes sortes d'impudicités? Non, non; je vous dirai bien ce qu'elle ferait : elle vous arracherait des mains ces disciplines, et, s'il était possible, en composerait une seule pour sévir contre elle-même; elle se mettrait les chairs en lambeaux, et Dieu sait quelles austérités elle pratiquerait! Mais ce temps n'est plus pour la malheureuse ; à moi, à vous, le temps de faire pénitence est encore accordé. Que faisons-nous donc, mes chers pénitents? Livrons-nous sérieusement à la pénitence; oui, pénitence, mes chers confrères, pénitence ! Pratiquons-la comme si c'était pour la dernière fois. Pénitence, pénitence! — Et vous autres, faites

voire acte de contrition, comme si ce devait être le dernier. Pleurez vos péchés, pleurez et dites par trois fois : Pardon, mon Dieu. Et pour plus d'assurance, demandez le temps de faire pénitence ; demandez-le, les larmes aux yeux : Du temps pour faire pénitence, du temps pour faire pénitence!

III. Vous avez bien raison de demander du temps pour faire pénitence ; car pour quelques-uns d'entre vous il en reste peu . Regardez cette tête et sachez que dans quelques jours peut-être , la tête de plusieurs d'entre vous ressemblera à celle-ci. Oui, oui, pour plusieurs d'entre vous les cloches sonneront dans peu de jours, pour plusieurs d'entre vous on prendra le deuil; plusieurs d'entre vous mourront bientôt. Qui sera-ce? Esprit-Saint, éclairez-nous tous aujourd'hui! Ecoutez bien. Dans une procession de pénitence qui se fit à Gènes, il arriva qu'au milieu de la foule on jeta quelques ossements de mort dans le sein d'une dame. On chercha beaucoup à savoir quel était l'auteur du fait, mais on ne put rien découvrir. Cependant la dame étant venue à mourir quelques jours après, on conjectura que c'avait été un avertissement du ciel. Ah! si je savais qui doit mourir sous peu, je descendrais volontiers d'ici, pour aller, avec cette tète de mort, me jeter à ses pieds et lui dire : Prenez, mon frère, prenez, ma sœur, cette tête de mort : elle vous indique que c'est vous qui devez mourir incessamment. Le monde va bientôt finir pour vous ; relations , divertissements , affaires, tout va cesser : à votre tour à mourir en premier lieu. — Et vous, a quoi pensez-vous? à quoi vous décidez-vous? Sont-ce là des rêves, mes frères, ou lu pure vérité? Mais, grand Dieu! si ce sont des vérités, et des vérités patentes, que faisons-nous? Dites-moi, si tous tant que nous sommes, nous devions mourir en terminant cette procession de pénitence, quelle contes-

sion ne voudrions-nous pas avoir faite pendant ces jours de mission? Quelles résolutions de changer de vie, et surtout quelles pénitences nous ferions ce soir ! Eh bien! faisons tout cela maintenant; pleurons maintenant amèrement nos péchés, versons des larmes sincères de repentir : pénitence , mes frères, pénitence ! Frappez-vous tous la poitrine, pleurez tous vos péchés, pleurez-les comme si vous deviez mourir dans quelques heures. Embrassez tous de bon cœur la pénitence et dites tous : Pénitence, pénitence !

IV. Mais que serait-ce si quelques-uns d'entre vous dussent mourir, non-seulement dans peu de jours, dans peu d'heures, mais encore de mort subite? 0 Jésus! quel malheur! Et ce malheur est-il donc si rare? Eh! combien et combien de personnes sont allées le soir au bal, à la veillée, à une réunion, et le matin ont été trouvées mortes ! Combien ont été frappées d'apoplexie en dormant ! Combien ont été atteintes, dans l'acte même du péché , par les foudres de la malédiction divine! Comment se confesser alors? Comment se repentir? A. Dieu ne plaise qu'il vous arrive comme à ce jeune débauché, qui ne répondait jamis qu'en plaisantant à ceux qui le reprenaient de ses désordres : « A quoi bon tant de frayeurs? disait-il ; je veux me sauver avec trois mots seulement : Jésus, je me repens. » Un jour qu'il voyageait a cheval, un pont sur lequel il passait vint à s'affaisser sous lui, et en tombant dans la rivière, il proféra en effet trois mots, mais bien différents de ceux qu'il avait prémédités ; il poussa un cri affreux, en disant : que le diable m'emporte ! et il fut réellement emporté corps et âme, sans qu'on le revît jamais plus. — Donnez-moi ce crucifix, laissez-moi baiser ses pieds sacrés et lui demander une seule grâce : Voici, mon Jésus, ta grâce que je vous demande : c'est le temps de faire pénitence, pour faire une bonne et sainte mort ;

oui, du temps pour faire pénitence. — Et vous, pécheur, que faites-vous, vous qui avez vécu jusqu'ici au pouvoir du démon? Ah! malheureux, si vous continuez, vous mourrez entre les bras du démon. Mais non, mon pauvre pécheur ; venez aussi vous jeter entre les bras miséricordieux de mon Sauveur, venez aussi demander du temps pour faire pénitence ; demandez-le les larmes aux yeux : Du temps, mon Dieu, du temps pour faire pénitence. — Vous en avez du temps; que celui qui l'a ne l'attende pas. — Mais qu'avons-nous à faire, mon père? — Pénitence, mes frères, pénitence... Frappezvous tous la poitrine, demandez tous pardon à Jésus- Christ. Pardon , mon Dieu ! miséricorde, mon Dieu ! Ou plutôt demandez-lui la grâce par excellence, la grâce d'une bonne et sainte mort. Ah! mon doux Jésus! je vous demande une bonne mort pour moi-même, je vous la demande pour tous. — Oui, Jésus est prêt à vous accorder une bonne et sainte mort, pourvu que vous lui promettiez tous de mener une bonne et sainte vie. Promettez-le donc à Jésus et commencez-la dès ce soir, avec une ferme résolution de ne jamais plus commettre de péché mortel. Que ceux qui le promettent sincèrement le signifient en répétant trois fois : Jamais plus de péché. Vous montrerez aussi votre résolution en portant sous vos vêlements un petit crucifix. C'est là le gage d'une bonne et sainte mort : Jésus-Christ sur le cœur, et quand vient la tentation vous portez la main au crucifix, en disant: Mon Jésus, miséricorde. Ce sera là un signe que vous ne voulez plus pécher, et que vous voulez vivre saintement afin de mourir saintement.

TROISIÈME MOTIF

l'appel de; diru.

Aujourd'hui que Dieu vous appelle, ò pécheurs !

N'allez pas endurcir vos cœurs.

Aujourd'hui que Dieu vous appelle du haut de sa croix,

N'allez pas mépriser une si douce voix.

I. Voix douce, voix tendre, voix touchante! Et de qui donc est cette voix si chère? L'ignorez- vous ?'C'est la voix de la miséricorde de Jésus, qui nous appelle tous, qui nous embrasse tous. Oh! cette fois, il faut que les pécheurs , même les plus licencieux soient pris aux attraits vainqueurs d'une telle miséricorde. Où êtesvous, mes pauvres pécheurs, vous, qui tant de l'ois vous êtes plaints en disant : Qui sait si Jésus me pardonnera? Parole impie! parole que je ne puis entendre! elle a blessé mon Jésus, et l'a blessé au cœur. Qui sait si Jésus me pardonnera? Ah ! les insensés ! Ecoutez ce que vous dit mon glorieux patron, saint Vincent Ferrier, et préparez-vous d'avance à fondre en larmes d'attendrissement à la vue de la tendre et amoureuse miséricorde que Jésus vous conserve au fond du cœur. Supposé, dit le saint, qu'un brigand fût assez audacieux pour s'introduire à la cour d'un roi, et là, sous les yeux mêmes du roi, égorger la reine son épouse et ôter la vie à tous ses enfants, et qu'ensuite -il se jetât aux pieds du roi pour demander pardon de ses attentats, pensez-vous qu'il y aurait au monde un monarque assez généreux pour lui faire grâce? Non, reprend le Saint, non, vous n'en trouveriez point. Par contre, supposez que lorsque la bienheureuse Vierge Marie vivait sur la terre, il se fût trouvé un pécheur assez pervers pour oser s'emporter contre cette Vierge Immaculée, lui enfoncer un poignard

dans la poitrine et l'étendre morte aux pieds de Jésus ; qu'il eût ensuite massacré tous les apôtres, tous les disciples les plus chers au Sauveur, et qu'un si grand pécheur, après ces énormes forfaits, se fût prosterné aux pieds de Notre-Seigneur pour lui en demander pardon avec un sincère repentir; qu'aurait fait ce divin Sauveur ? Ecoutez, dit le Saint, ce qu'il aurait fait: non-seulement il lui aurait pardonné de bon cœur, mais il l'aurait serré sur son sein et remis en grâce aussitôt. 0 miséricorde ineffable de Dieu ! Comment, mes pauvres pécheurs, n'êtes-vous pas pénétrés, attendris? Comment pouvez-vous retenir vos larmes àia vue de cette prodigieuse miséricorde de notre bon Sauveur? Oseriez-vous peut-être me dire que cette bonté dont Jésus usait pendant sa vie à l'égard des pécheurs, on ne voit pas qu'il en use encore depuis qu'il est monté au ciel ? Ah ! ingrats! un fait vous donnera le démenti. Un jeune débauché ayant commis un péché énorme avec sa propre sœur, en fut repris par son frère, et tua ce dernier de colère. Le père le chassa de sa maison et le priva de son héritage. Le malheureux rentre à la faveur des ténèbres et étrangle son père de ses propres mains ; puis s'en va promener son désespoir par le monde. Il lui arriva un jour d'assister à un sermon où il entendit dire qu'il n'y a pas de péché au monde, si grave qu'il soit, que Dieu ne pardonne aussitôt qu'on s'en repent et qu'on s'en confesse. A ces mots notre pécheur est touché, il va tout contrit se jeter aux genoux d'un confesseur, et fait l'aveu de ses crimes avec une telle douleur que son cœur se brise et qu'il tombe mon aux pieds du prêtre. Soudain, en présence de tout le monde, on voit descendre du ciel une feuille de papier sur laquelle on lit ces lignes : - Avant que le cadavre de ce pénitent n'ait le temps de se refroidir, son àme sera portée par les anges en paradis. » Oh ! miséricorde

ineffable de Dieu ! ò miséricorde ineffable ! Mes pauvres pécheurs, comment ne fondez-vous pas en larmes d'attendrissement à la vue de cette prodigieuse miséricorde de notre bon Sauveur?

II. Venez tous ici maintenant. Je veux gagner ce soir les plus criminels, les plus scélérats, les plus possédés du démon. Mes enfants bien-aimés, je vous mets en main la clef du paradis : c'est une grande, mais trèsgrande confiance dans la miséricorde de Jésus-Christ. Ah ! jetez-vous tous entre les bras de la miséricorde divine, et tous ensemble, mes pauvres pécheurs, invoquons-la ce soir, mais invoquons-la de toute l'étendue de notre cœur, de toute la force de notre voix ; celui-là sera indigne de miséricorde qui n'invoquera pas la miséricorde divine ; qu'il le sache bien. Permettez que je sois le premier à rafraîchir mes lèvres par cette douce invocation, et pour la faire avec plus de dévotion, je me prosternerai à genoux, les mains jointes, et je dirai avec un cœur contrit : Mon Jésus, miséricorde ! Mon Jésus, miséricorde ! Miséricorde pendant la vie, miséricorde à la mort, miséricorde pendant toute l'éternité ! Mon Jésus, miséricorde ! Mon Jésus, miséricorde ! — Eh bien ! mes frères, que faites-vous ? Ah ! joignezvous à moi pour implorer miséricorde. Allons, les mains jointes et vous frappant la poitrine, dites tous à haute voix, en versant un torrent de larmes: Mon Jésus, miséricorde ! Mon Jésus, miséricorde ! Miséricorde pendant la vie, miséricorde à la mort, miséricorde pendant toute l'éternité !

III. 0 douce et ineffable miséricorde! ses charmes ont ravi mon cœur ce soir, et j'aime, à croire qu'ils ont aussi ravi le vôtre. Mais je m'aperçois que vous désirez tous quelque preuve plus sensible de l'infinie miséricorde de Dieu. Eh bien! ie vais vous satisfaire, en Vous

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faisant voir sur un trône la divine miséricorde devenue maitresse des cœurs. Un serviteur de Dieu invoquait souvent sa miséricorde; un jour Noire-Seigneur lui apparut : « Me voici, mon fils, lui dit-il; c'est moi i|ui suis la miséricorde; » et à ces mots, il disparut. Vous voulez donc, voir aussi la divine miséricorde, mes pauvres pécheurs ? Cela étant, préparez vos larmes , car un simple regard de la miséricorde suffit pour vous faire fondre en pleurs. Regardez, la voilà, la voilà cette miséricorde ineffable, la voilà. Jésus, oui, Jésus est la miséricorde en personne ; voyez comme il est doux ! quelle expression de bienveillance, quels jeux compatissants ! voyez comme il est tout couvert de plaies et de sang, et ne respirant qu'amour! En voulez-vous davantage? Ah! mes frères, mes sœurs, profitez d'une si belle occasion pour obtenir le pardon de tous vos péchés. Ne vous rassasiez pas ce soir d'invoquer l'infinie miséricorde de Dieu. Invoquez-la tous de bon cœur: Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde! Mais dites-moi, mes bien-aimés, qu'a-donc fait Jésus pour nous témoigner une si grande miséricorde? Ah! jugez-en par vos propres yeux! Voila ce qu'il a fait ; il a versé des flots de sang. Et nous, qu'avonsnous à faire? IN'avons-nous qu'à jouir d'un si grand bien uniquement aux dépens de Jésus? Ah! non, non, mes chers pénitents ; mêlons notre sang au sang du Sauveur, et afin d'obtenir une plus ample miséricorde, donnons sang pour sang. Du sang donc, du sang, mes bien-aimes ; et vous autres, mes frères, des larmes, ne cessez de pleurer ; pleurez, mes frères, pleurez, mes sœurs, pleurez d'attendrissement en implorant la divine miséricorde: Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde!

IV. Voyons, finissons-en. Venez ici, mon pauvre pécheur; auriez-vous encore le cœur de dire: Qui sait si Jésus me pardonnera? Je sais bien, mon pauvre frère,

que votre conscience est comme un labyrinthe; je sais qu'il y a nombre d'années que vous cachez des péchés en confession, et que vous convertissez les sacrements en sacrilèges ; je sais, que vous entretenez des fréquentations criminelles, que vous retenez le bien d'autrui, que vous nourrissez des haines et des rancunes, que vous vous livrez aux désordres les plus énormes, les plus infâmes, et qui plus est, que le démon vous met en tête que ce sont des péchés réservés, irrémissibles, que vous ne trouverez pas de confesseur qui puisse vous absoudre. — Il n'en est rien, mon enfant; croyez-moi, la miséricorde de Notre-Seigneur est infiniment plus grande que votre malice. Me voici donc prosterné à vos pieds : je suis chargé pendant ces jours du ministère de la divine miséricorde, et je vous promets delà part de Jésus-Christ qu'il vous pardonnera. Je sais que vous avez déjà fait une confession générale et que vous êtes retombé ; n'importe ! Je sais que vous êtes venu à la procession ce soir plutôt par curiosité que par dévotion, dans le but de vous moquer de cette sainte cérémonie et d'abuser de la miséricorde divine ; n'importe ! Je sais que vous vous êtes acharné contre nous, qui cherchons votre bien ; que vous avez critiqué notre conduite et que vous avez médit de notre ministère ; n'importe ! Ecoutez, mon enfant, plus vous êtes pervers et désespéré, plus je vous promets d'être bon et affectueux à votre égard. Je veux vous presser sur mon cœur: venez, mon pauvre pécheur, venez. Je vous assure même, de la part de mes compagnons, qu'ils veulent tous, aussi bien que moi, user envers vous, pendant ces saints jours, d'une bienveillance et d'une tendresse extrêmes, et je vous garantis que si vous vous convertissez sincèrement et de cœur, Jésus vous pardonnera. Venez, mon frère, venez. Que dit votre cœur? que répondez-vous? Ne vous donnez-vous pas encore pour vaincu à la miséricorde

divine ?. . . Ab ! oui, oui ... Le voilà qui pleure, ce pauvre pécheur; le voilà touché, attendri; la miséricorde de mon Sauveur en a donc triomphé; oui, oui, elle a triomphé. Vive donc la miséricorde divine! Répétons tous : Vive la miséricorde! vive la miséricorde !

V. La conclusion de cette sainte procession doit être un acte de confiance filiale en la miséricorde de Dieu, et pour le faire avec fondement, examinez tous en silence ce que vous avez à faire. En premier lieu, une bonne confession générale; que ceux qui en ont déjà fait une autrefois, fassent au moins une confession extraordinaire en remontant jusqu'à celle-là. Vous choisir un bon confesseur : oh ! qu'il importe d'avoir un bon guide ! que de difficultés il vous épargnera.! Renoncer à toutes les occasions prochaines de péché, telles que fréquentations, soirées, familiarités, jeux de cartes, conversations dangereuses. Quittez tout cela ; disposez-vous à restituer ponctuellement le bien d'autrui et à réparer le tort fait à sa réputation; à éteindre dans votre cœur les haines et les rancunes, en un mot à commencer une vie nouvelle. Et puis? Et puis espérez dans l'infinie miséricorde de Dieu, et Jésus est tout à vous, le paradis est à vous, les biens éternels sont votre partage. Scellons maintenant nos engagements par un acte d'espérance ferme ; dites donc tous : Mon doux Jésus, j'espère, oui, j'espère en votre infinie miséricorde. — Un grand serviteur de Dieu, mort en odeur de sainteté, voulait qu'on invoquât à chaque instant la divine miséricorde, et on remarqua que lui-même dans l'espace d'un quart d'heure l'invoquait plus de cinq cents fois-. Vous devez en faire autant. En retournant chez vous, répétez le long du chemin : Mon Jésus, miséricorde ! Lorsque vous vous éveillez la nuit : Mon Jésus, miséricorde ! En vous levant le matin : Mon Jésus miséricorde! S'il vous vient

une tentation: Mon Jésus, miséricorde! Continuez cette pratique pendant toute votre vie, et à force de frapper à la porte de la miséricorde divine, j'espère qu'à la fin elle s'ouvrira pour vous et vous introduira au port du salut pour toute l'éternité. Amen.

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