SECONDE PROCESSION
PREMIER MOTIF
Enfer ! enfer! ah! quelle parole effrayante!
Tu l'entends, ò pécheur, et tu vis dans les fêtes? Voilà pourtant, malheureux, le fruit d'un plaisir criminel :
Un enfer éternel, et des pleurs sans fin.
I. Du feu, du feu: telle est la récompense de votre perversité, pécheurs endurcis. Du feu, du feu, et du feu d'enfer. Du feu dans les yeux, du feu dans la bouche, du feu dans les entrailles, du feu à la gorge, du feu dans les narines, du feu au dedans, du feu au dehors; du feu en dessous, du feu au-dessus, du feu de toutes parts. Ah! malheureux, vous serez comme des tisons enflammés au milieu de ce feu. Or, que faut-il pour éteindre tin si grand feu? Des larmes, mes pauvres pécheurs, des larmes ameres, des larmes qui vous sortent du cœur et qui soient vraiment des larmes de pénitence. 0 larmes bénies, qui éteignent des flammes si dévorantes! Mais avant de répandre des larmes et de fondre en pleurs, il est nécessaire de bien comprendre l'atrocité de cô l'eu. Sachez donc qu'au sentiment des saints Pères, notre feu d'ici-bas n'est qu'un feu en peinture à coté du feu de l'enfer. Il est bien vrai que notre feu cause des douleurs cruelles, mais il est aussi fort bienfaisant; tandis que le
feu de l'enfer ne fait que tourmenter. Le nôtre fut créé de Dieu pour le service de l'homme ; le feu de l'enfer a été créé de Dieu pour être le supplice des réprouvés. Notre feu est beau, resplendissant, utile, nécessaire même pour une foule de besoins de notre misérable nature ; mais le feu de l'enfer est un feu sombre, livide, épouvantable, et ne sert que d'instrument àia colère de Dieu. Oh ! quel feu ! quel feu! Il est si atroce, si actif, si puissant, qu'un damné, apparaissant un jour à un soldat, et interrogé par celui-ci savoir s'il y a vraiment du feu en enfer: « Ah! malheureux! répondit-il, malheureux! est-ce là une question à faire? S'il y a du feu en enfer! vois-tu ces montagnes si élevées? eh bien, si elles étaient de bronze et qu'elles vinssent à tomber en enfer, elles se fondraient aussitôt comme la cire. » — Un docteur de Paris en fit l'expérience: un de ses disciples, damné, lui étant apparu, il lui demanda pareillement s'il y a du feu en enfer. Le damné poussa un hurlement épouvantable, en disant : » Maître, que dites-vous là ! voyez s'il y a du feu ; » et portant un doigt au front, il en fit couler une goutte de sueur brûlante sur un chandelier de bronze qui se trouvait là, et le chandelier se fondit à l'instant comme une boule de cire qu'on jetterait dans une fournaise ardente. Eh bien ! c'est dans ce feu si actif, si atroce, si puissant, que sont noyés et perdus les malheureux damnés. Venez, s'il en est ainsi, venez ici, hommes sensuels, vindicatifs, médisants, venez tous ici, pécheurs et pécheresses, c'est ici, sur les rivages de cet océan de feu, que vous attend le prophète Isaïe, pour vous demander « qui d'entre vous pourra jamais habiter au milieu de ces flammes dévorantes : « Quis poterti hàbitare de vobis cum igne dévorante1 ? Oh ! Esprit-Saint, Esprit-Saint, touchez le cœur de ce pécheur
(1) Is.'33, 14.
endurci qui pendant tout ce saint temps a fait pis que jamais, qui ne s'est pas encore confessé ni repenti, et qui en dépit des saints et de Dieu même, en dépit de moi aussi qui l'aime tant, veut les yeux ouverts se jeter en enfer. Mais, vive Dieu ! il n'en sera pas ainsi.
II. Pécheur bien-aimé, me voici à genoux à vos pieds ; telle est, sachez-le bien, l'affection que je porte à votre âme et à toutes les âmes égarées, que je prie Dieu, non par manière de faire et pour l'apparence, mais sincèrement et de cœur, de me prendre moi-même et de me suspendre sur la bouche de l'enfer, consentant à y brûler jusqu'au jour du jugement dernier pour empêcher que ni vous ni aucun autre pécheur n'aille en enfer. Oui, mes frères, oui, mes sœurs, je consens à être placé comme une pierre à l'ouverture de cette tombe infernale, et d'y brûler moi seul qui l'ai mérité par centaines de fois, afin que vous en soyez délivrés, vous qui êtes plus innocents; oui, je le répète, je brûlerais très-volontiers tout vivant en corps et en âme, si je pouvais par là éteindre pour vous ce brasier ardent. Et vous, que faites-vous? A quoi pensez-vous? Oh! qu'ils doivent coûter cher un jour ces infâmes plaisirs à ce pécheur délicat qui ne saurait pas souffrir, l'espace d'un Ave Maria, la flamme d'une chandelle au bout du doigt! Mon pauvre pécheur, raisonnons un instant à nous deux : dites-moi confidentiellement; croyez-vous cette grande maxime de l'enfer ? C'est cependant un article de foi; bien plus, les hérétiques, les Juifs, les infidèles croient au feu de l'enfer; et vous hésitez, ou vous croyez d'une foi languissante et presque éteinte? Et puis, pour qui est préparé ce feu infernal? Il est préparé pour vous, si vous continuez à vivre comme vous l'avez fait jusqu'ici; oui, oui, il est préparé pour vous. Et vous, de quoi êtes-vous fuit, de bronze ou de marbre? Non, certes; vous êtes fait de
chair, et d'une dnair si délicate que la moindre blessure vous donne des spasmes... Y a-t-il de vos semblables qui aient jamais été précipités dans ces flammes? Oh ! combien, combien, au moment même où je vous parle et que vous m'écoutez, tombent dans ce gouffre immense! Faites maintenant une réflexion. Si Dieu, dès votre premier péché, vous eût jeté dans cette fournaise embrasée, et qu'il vous on eût tiré pour assister à notre sainte mission, vous répugnerait-il tant de faire un peu de pénitence? Mais ne parlons point de pénitence. Auriez-vous honte de demander ici publiquement pardon de vos fautes? Non, certes, non. Où est donc votre bon sens, mon cher frère? N'est-ce pas une plus grande grâce d'avoir été préservé de l'enfer que d'en être retiré après y être tombé? Qu'attendezvous donc davantage à embrasser une sincère pénitence? Cesi le moyen efficace d'éviter l'enfer. Pénitence, mes frères, pénitence, mes sœurs, pénitence! Il faut des larmes pour éteindre le feu de l'enfer; des larmes, des larmes. Attachez- vous tous à ce crucifix, et pleurez, pleurez vos péchés. Dites tous du fond du cœur : Pardon, mon Dieu ! miséricorde, mon Dieu ! Des larmes seules ne suffisent pas; pour éteindre un si grand feu, il faut des larmes et du sang; oui, oui, des larmes et du sang pour éteindre le feu de l'enfer. Voyons ! je désire verser du sang, pour vous, donnez des larmes. Oui, oui, pleurez vos péchés et criez tous : Pardon, mon Dieu ! miséricorde, mon Dieu ! Ou plutôt faisons ainsi : je demanderai pardon pour vous avec la discipline à la main, et vous demanderez pardon pour moi, avec les larmes aux yeux; mais efforçons-nous à l'envi de répéter avec le plus de ferveur, à plus haute voix, et le plus sincèrement : Pardon, mon Dieu ! Miséricorde, mon Dieu !
III. Dieu soit béni! il me semble vous voir tous r. m. vi. 13
pénétrés et contrits; mais s'il y avait Jarmi vous quelque pécheur tout à fait obstiné, désespéré, que devraisje faire pour le convertir? Avec un pécheur pareil, ce ne sont point des paroles qu'il faut, mais des actes. Donnez-moi ce flambeau. Pécheur endurci, oùêtes-vous? Il n"y a pas moyen de faire cette confession et de changer de vie? pas moyen, n'est-il pas vrai? Eh bien! malheureux, voici le bourreau qui vous tourmentera pendant toute l'éternité. Voyez- vous ce feu? Sachez que vos bras flamberont au fond de l'enfer comme ce flambeau que vous voyez, et bien plus fort encore. Essayez donc si vous avez Ja force de souffrir ces ardeurs, essayez maintenant avant d'aller faire l'essai en enfer. Martin Luther, s'entretenant avec sa femme auprès du foyer pendant une soirée d'hiver, étendit le bras par plaisanterie et le mit au-dessus des flammes. Sa femme aussitôt le retira, et il lui donna un soufflet, en disant, : " Tu as mal fait de me retirer, car après tout il faut que moi, aussi bien que toi, nous nous apprivoisions avec le feu qui nous attend en enfer. »• Ainsi parla ce malheureux, mais abandonné de Dieu comme il l'était, il ne pénétra pas le sens de ce qu'il disait. Où êtes-vous, pécheur? Si vous poursuivez la vie que vous menez, vous êtes damné par avance. Eprouvez donc si vous aurez le courage de supporter le feu de l'enfer; mettez la main dans cette flamme. Quoi ! vous frémissez 1 Cela étant, je le ferai pour vous; mais non, vous m'accusez tous d'être trop cruel. Je serais donc cruel pour la simple brûlure d'un bras, et vous ne seriez pas cruels en vous jetant tout vivants, corps et âme, en enfer? Ah ! Esprit-Saint ! Esprit-Saint, touchez cet endurci qui se trouve ici.
IV. Mais, ô Dieu ! quelle céleste lumiere vient éclairer mon esprit et charmer mon cœur, tout en me faisant comprendre quo le moyen le plus efficace de gagner des
âmes à Dieu n'est pas la crainte du feu de l'enfer, mais bien l'amour du paradis, et qu'un coup d'œil sur la séjour des élus fera une plus grande brèche dans nos cœurs que toutes les épouvantes de l'abîme. Volontiers, ah ! bien volontiers j'accepte ce parti ; afin donc de terminer avec fruit ce premier motif et de vous renvoyer consolés, je vous invite à essuyer vos larmes et à élever les yeux au ciel. Voyons! au paradis, mes frères, au paradis; je veux que vous montiez tous en paradis. Mais qu'est-ce en substance que le paradis? C'est la bienheureuse patrie des saints, le séjour des anges, et le palais de Dieu. Mais quels sont parmi vous ceux qui le posséderont un jour? Le savez-vous? Tous ceux qui veulent. Et qui donc ici ne le voudrait pas? Que chacun dise donc sincèrement et de cœur : Oui, je veux le paradis et je le veux à tout prix. Faut-il confesser tel péché? je le confesserai. Faut-il renoncer à telle fréquentation? j'y renoncerai. Faut-il restituer tel bien, pardonner à telle personne? je restituerai, je pardonnerai. Faut-il faire une confession générale ou extraordinaire? je la ferai. Je suis prêt à tout pour parvenir un jour en paradis. 0 bienhenreux séjour! Voyez donc si ce n'a pas une inspiration du ciel de changer de route et de laisser là l'enfer pour nous mettre à considérer le paradis? Un seul coup d'œil sur le paradis a produit plus d'eff-t que cent enfers réunis. Voyons, faisons ensemble une convention, mes bien-aimés. Je vous promets le paradis, à condition que vous me promettiez de fuir le péché mortel. Me le promettez-vous, et me le promettez-vous de bon cœur? Il n'en faut pas davantage ; notre convention est faite : à nous revoir en paradis. Oh! quelle consolation j'éprouve ce soir! Permettez que, les yeux et le cœur tournés vers le ciel, j'exhale les sentiments qui débordent de mon âme :' 0 vie véritable ! quand finira cette vie de mort? Quand
viendra cette vie qui doit venir, et qui, une fois venue, ne doit jamais plus finir? 0 vraie, ô vivante et belle vie! vie réellement vitale, vie finale, vie immortelle! vie bienheureuse, vie divine, vie d'un Dieu ! Oh! quel beau paradis ! Vivre avec Dieu, vivre pour Dieu, vivre de Dieu, vivre en Dieu, vivre comme Dieu! oh! quelle belle vie ! quel beau paradis ! quel beau paradis ! Tenons constamment nos regards fixés vers lui ; consacrons-lui nos cœurs, nos soupirs, nos désirs; concentrons toutes nos affections sur cet objet, en ne pensant qu'au paradis, en ne parlant que du paradis, en ne désirant que le paradis. Paradis!... Paradis!... Paradis!...
SECOND MOTIF