‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 60 sur 101 · LE SANG DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LE SANG DE JÉSUS

Ne dis pas, en péchaut sans cesse : Quel mal y a t-il en cela?

Ce n'est déjà pas peu de mal que d'offe user Dieu. Vois si ta faute est grave, énorme :

Elle coûte à Jésus son sang, elle lui coûte la croix.

I. L'avez-vous entendu, mon pauvre pécheur? Le s;mgde Jésus, voilà ce que coûte votre péché. Et à la vue de tout ce sang, votre cœur ne se brise pas ? vous ne fondez pas en larmes? Ah! malheureux! pouvais-je m'attendre ce soir à une obstination si monstrueuse? Mon aimable Sauveur, tant de dureté est-il possible ! Vous versez tout votre sang, et nous, pas même une

larme ! Ali ! jo ne veux pas m'arrèter à discourir ce soir, j'en viens aux faits. Dites-moi, mes frères, Jésus n'a-t-il pas donné son sang pour vous? N'est-il donc pas juste que je donne mon sang pour Jésus? Puisqu'il en est ainsi, laissez moi offrir ce sang à Notre-Seigneur : du sang, mes frères, du sang. Ah ! si le sang impur de mes veines était de quelque prix devant Dieu, que je le répandrais volontiers jusqu'à la dernière goutte, mes chers frères, pour le rachat de vos péchés ! Mais que vaut ce sang sans vos larmes? C'est là ce que Jésus a prétendu par l'effusion de tant de sang ; il a eu en vue de s'emparer de vos cœurs, de vous faire fondre en larmes.

II. Voyez-en la preuve dans cette pécheresse convertie à Rome, pendant que saint Dominique prêchait. Son nom était Catherine, et elle était surnommée « la belle. » Mais elle ressemblait précisément à la couleuvre qui, plus elle est marquetée, brillante, plus elle est venimeuse. Ainsi cette femme était vraiment le porteenseigne de satan, elle menait une vie scandaleuse. Mais Jésus qui voulaitse l'attacher, la convertit de la manière suivante. Un superbe jeune homme vint un soir souper avec elle, tandis qu'il dépliait sa serviette, le sang commença à lui couler des mains, de sorte qu'il rougissait tout ce qu'il touchait. Catherine, voyant cela, se mit à dire : « Holà ! qu'avez-vous fait? » — « Ce sang, répondit le jeune homme, signifie que les chrétiens devraient en tout temps se souvenir du sang qu'un Dieu a versé pour eux. » — Elle ne fît pas grande attention à ces paroles et courut chercher un essuie-main ; mais étant revenue, elle trouva que ce jeune homme était attaché à une croix et répandait du sang en abondance par les pieds et les mains. La malheureuse comprit alors qui était ce jeune homme qui venait souper avec elle, elle s.1 prosterna sur-le-champ le front dans la poussière, en

pleurant et en sanglotant. Le bon Sauveur lui dit du haut de la croix: <• Vois ce sang, Catherine; ce sont tes péchés qui l'ont fait couler ; cependant ma miséricorde est si grande, que si tu veux te convertir, ce sang servira à laver les souillures de ton àme. Mais si tu voulais continuer ta mauvaise vie, ce sang servirait à écrire la sentence de ton éternelle malédiction; » et il disparut. La pauvre pécheresse ne répondit point en paroles, mais elle répondit du cœur, elle répondit des yeux: elle continua, en effet, à pleurer ses péchés toute la nuit, et le matin suivant, elle alla faire sa confession générale à saint Dominique, après quoi elle mena une sainte vie.

Ili. Elevez, vénérables prêtres, mon divin Sauveur mort en croix. Le voilà, pécheurs; voilà un Dieu tout couvert de plaies et de sang. Or, dites-moi, mes frères: qui a fait couler ce sang? qui lui a fait ces blessures? Qui a mis Jésus dans cet état?... Que dites-vous? que répondez- vous? Vous êtes tous muets? Ah ! je ferai moi un sincère aveu. Oui, mon Jésus, je le confesse ici publiquement, et je le confesse à m i confusion extrême, voici le traître qui a fait couler tout votre sang , c'est moi, c'est moi. Je vous ai enfoncé les épines dans la tète, je vous ai immolé, crucifié, mis à mort. C'est moi qui ai fait tout cela, c'est moi. Mais aussi, pénétré de douleur et de repentir, je vous en demande humblement pardon : Pardon, mon aimable Rédempteur, pardon ! Que si la justice exige que l'on donne sang pour sang, bien volontiers, mon Jésus, je suis prêt. — Et. vous, mes frères, sachez que je suis un pauvre frère mineur, qui ne possède rien en ce monde ; que comme enfant du séraphique saint François d'Assise, je n'ai pas même la propriété de ce pauvre habit que je porte. Je suia pauvre, je me réjouis d'être pauvre, je veux vivre et mourir pauvre. Je ne possède autre chose ici-bas que cette maigre peau, ces quelques ossements et le peu de

sang qu'il y a dans mes veines. Eh bien! tout cela je veux le donner à mon Jésus en expiation de mes péchés. Du sang donc, du sang. Mon doux Jésus, je vous rends sang pour sang. Du sang, mes frères, du sang! et vous, des larmes. Mais quelques larmes ne suffisent pas. Dites- moi, mes bien-aimés, chacun de vous n'a-t-il pas sujet de confesser qu'il est le traître qui a versé indignement le sang précieux de Jésus ? Pourquoi donc ne le déclare-t-il pas aux pieds d-e ce crucifix? pourquoi ne dit-il pas à haute voix : C'est moi qui suis le traître, c'est moi, c'est moi! Que ceux qui le proclament de cœur, le fassent en se frappant la poitrine : C'est moi qui suis le traître, c'est moi, c'est moi ! — Ah ! pécheurs,* si c'est vous ; demandez-lui aussi pardon et miséricorde. Dites-lui plusieurs fois: Pardon, mon Dieu! miséricorde, ô mon Dieu ! Soyez-en bénis ! tant de larmes vous ont obtenu le pardon. Ecoutez maintenant ce que vous dit mon Sauveur, tout mort qu'il est: Mes enfants, mes bien-aimés enfants, puisque vous vous convertissez à moi de si bon cœur, sachez que mon sang servira à laver les souillures de vos âmes. Confessez-vous, mes enfants, confessez-vous, et par la vertu de ce sang je vous promets le pardon de tous vos péchés. — O bonté ! ò miséricorde ! ô amour immense de mon Jésus ! comment nos cœurs ne se fondent-ils pas en larmes de consolation? Mais puis, que ferons-nous? Pour moi, je veux pleurer toute la nuit mes iniquités, et vous, vous qui en avez besoin autant que moi, n'en ferez-vous pas autant? Oui, mes frères, oui, mes sœurs, pleurez toute la nuit vos péchés, et imitez la pénitente dont je vous ai parlé, en allant dès demain trouver un confesseur, pour lui faire une bonne confession générale et commencer ensuite une sainte vie.

IV. Oserions-nous espérer que vous en agirez tous ainsi? que vous obéirez tous à la voix de Dieu? Ah! je

crains bien, je crains bien qu'il n'y ait parmi vous quelque grand pécheur, tellement invétéré dans le mal, qu'il ne veuille entendre parler ni de conversion, ni de confession ! Eh bien! je veux prendre à son égard le parti que prit une honnête jeune fille, surprise, étant seule chez elle, par un jeune homme qui la poursuivait. La vertueuse fille pria d'abord et pleura afin de l'éloigner ; mais voyant, qu'elle ne gagnait rien avec ses larmes, elle détacha du mur un crucifix, et l'étendant sur le seuil de la porte entre elle et le jeune homme: « Ah ! misérable, lui dit-elle avec une sainte indignation, voilà par où tu dois passer pour arriver jusqu'à moi; si tu as l'audace de fouler aux pieds ce crucifix, jeurendrai patience en souffrant tes attentats : avance, lâche, avance ! » Le jeune homme en voyant ce crucifix par terre fut touché, se convertit, et au lieu de le fouler aux pieds, se prosterna pour le baiser avec respect, puis se retira le cœur pénétré de douleur et de repentir. Pécheur obstiné, je m'adresse à vous qui êtes resté aussi dur que la pierre : vous voulez continuer à vivre à votre fantaisie, malgré toutes les processions de pénitence, n'est-t-il pas vrai? Eh bien ! voici le pas qu'il vous faudra franchir pour assouvir vos passions : vous aurez à fouler aux pieds mon Jésus. Venez, scélérat, venez ; je le ferai étendre par terre, pour vous donner plus de facilité de consommer votre impiété. Venez donc, venez. N'y a-t-il personne qui pousse la malice jusque-là? Ah! non; il me semble, au contraire, vous voir tous brûler du désir de venir embrasser Jésus, le couvrir de baisers et l'arroser de vos larmes. Allons, vénérables prêtres, élevez la croix de mon Sauveur ; et vous, en le voyant, adorez-le profondément et invoquez sa miséricorde, en disant tous: mon Jésus, miséricorde! Répétez: mon Jésus, miséricorde! Oui, peuple bien-aimé, Jésus veut user de miséricorde envers vous ; écoutez, il vous en donne

lui-méwe l'assurance réitérée : Confessez vous , mes enfants, confessez-vous, et je vous promets que, par la V'îrtu de mon sang répandu pour vous, j'userai de miséricorde, et vous pardonnerai tous vos péchés. — Dieu soit béni! Dieu soit béni ! Retournez-vous-en maintenant tout consolés, et bien décidés à faire tous une bonne et sainte confession ; dès lors, n'en doutez pas, vous vous sauverez. Terminons notre procession. Quel est le fruit principal que vous devez en emporter ? Le voici : en rentrant chez vous, embrassez votre crucifix, et si par le passé vous avez causé à Jésus mille outrages, faites-lui aujourd'hui mille caresses, en baisant ses plaies sacrées ; pleurez toute la nuit vos péchés, fermement résolus d'en faire une bonne confession et de commencer une sainte vie. A cette fin, renouvelez aux pieds de Jésus tous les bons propos que vous avez formés précédemment. Ainsi vous, jeunes gens, vous, jeunes filles, vous, chefs de famille, vous tous, pécheurs, rappelez-vous ce que vous avez résolu. En signe que vous voulez obéir et faire tout ce que Dieu demande de vous, dites tous : Mon Jésus, miséricorde. Répétez cette sainte invocation soir et matin, ou plutôt, à toute heure et à chaque instant. Pour cela, portez tous un petit crucifix sur la poitrine, et quand il survient une tentation, aussitôt la main au crucifix : et mon Jésus, miséricorde. Tel doit être le fruit principal de cette procession. Obéissez tous, et soyez certains que vous vivrez bien que, vous mourrez mieux encore, et que nous nous reverrons tous en paradis. Amen, Amen.

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