‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 59 sur 101 · LA JUSTICE 1)E DIEU · texte numérisé non relu

LA JUSTICE 1)E DIEU

Que ferais-tu, pécheur, si le Seigneur indigné

Tirait vengeance de ton péché ?

Ne dis pas : Dieu est miséricordieux, il pardonne toujours.

11 est miséricordieux, sans doute, mais il est juste aussi.

I. Dieu est miséricordieux, sans doute; mais pour être miséricordieux, il n'est pas moins juste. L'entendez-vous, mes frères? Si Dieu est miséricordieux, il est juste aussi. A quoi pensez-vous donc, mes bien-aimés? Comment pouvez-vous vivre comme si la justice de Dieu n'existait pas pour vous? Ah! malheureux, n'entendezvous pas ces voix funestes qui partent du tribunal de Dieu : Justice, justice? Et de qui sont ces voix? Ce sont les voix de vos iniquités, ce sont les cris de vos forfaits : Justice! crient ces larcins sacrilèges; justice! crient ces haines invétérées ; justice ! crient ces blasphèmes, ces adultères, ces impudicités monstrueuses; justice! justice! Et que répond maintenant la justice de Dieu? Elle se tait pour le moment, mais elle ne se tait que pour crier plus fort dans l'autre vie. Ah! quelle terrible vengeance la justice divine se prépare à tirer de certains pécheurs obstinés qui ne veulent pas en finir! L'éternité tout entière ne suffira pas pour la satisfaire ! Attention à l'exemple que je vais vous citer. Un peintre était jaloux de représenter au naturel un Christ expirant, afin de donner une haute idée de son talent, que fit-il? Il prit un pauvre, le lia étroitement à une croix, puis lui enfonça dans la tète une couronne d'épines, et lui percales mains avec des clous1, de manière que C( malheureux se tordait au milieu des tourments; il so

démenait, criait grâce, appelait au secours. Le peintre uniquement attentif à son œuvre, disait froidement: Cela ne suffit pas, il n'est pas encore assez triste : Xondum satis tristis. Ce ne fut que lorsqu'il lui vit pousser les derniers soupirs et put copier un homme expirant, qu'il dit enfin: Satis tristis: Il est suffisamment triste, c'est assez. Voilà un portrait au naturel des rigueurs inflexibles de la justice divine. Mais le modèle, c'est vous, pécheurs ; oui, au fond des enfers vous blasphémerez, vous pousserez des hurlements, vous serez furieux, et la justice divine dira: Nondam satis: Ce n'est pas encore assez. Tous les tourments vous accableront à la fois, vous vous tordrez au milieu des flammes comme le serpent coupé par le milieu du corps, et la justice divine dira: Nondum satis: Ce n'est pas encore assez. Malheureux que vous êtes, si vous venez à tomber un jour entre les mains de cette justice inexorable! Mais qu'avons-nous à faire? Je vous le dirai ouvertement: nous devons faire pénitence; oui, pénitence, mes frères, pénitence, mes sœurs, pénitence! Tel est l'unique moyen d'éviter les rigueurs de la justice divine. Des larmes, des soupirs, des sanglots amers, la pénitence, en un mot, mes frères, la pénitence ! Ah ! chers pénitents, baisez ces disciplines que vous tenez en mains. Usez-en avec une vive componction; elles vous arracberont des mains de la justice divine et vous jetteront dans les bras de la miséricorde. Pénitence donc, pénitence, faisons-la tous. (La discipline). Que ceux qui veulent embrasser la pénitence, le déclarent à haute voix : Pénitence, pénitence ! Ah ! proclamons-le tous, disons tous: Pénitence, pénitence!

II. Mais non, arrêtez ; nous nous sommes trompés. Pour vous animer à embrasser la pénitence, et vous faire comprendre la sévérité de la justice de Dieu, j'ai pris pour exemple un pécheur déjà condamné à l'enfer. Or,

ce n'est pas là le miroir vivant et véritable où se reflètent toutes les rigueurs de cette justice. Et quel est-il donc? Le voici. Un Dieu crucifié, massacré, et mort pour vous. (Elevez mon divin Jésus mort en croix). Regardez-le bien, et puis dites-moi: Qui est-ce qui a condamné Jésus à une mort si atroce? Qui est-ce qui l'a réduit à l'état pitoyable où vous le voyez? Est-ce Pilate? sont-ce les Scribes et, les Pharisiens? Non, mes frères, non. Mais qui donc? Ce fut la justice divine, qui ne voulut jamais dire: c'est assez, aussi longtemps qu'elle ne le vit pas expirer sur ce gibet. Le bon Sauveur agonisait, suspendu en l'air sur trois clous, il versait des larmes de sang, son sang dégouttait de toutes parts; mais la justice inexorable disait: Nonclwn salis, ce n'est pas encore assez. Sa tendre mère pleurait au pied de la croix, les pieuses femmes sanglotaient, tous les anges et les esprits bienheureux gémissaient eux-mêmes à ce cruel spectacle ; mais la justice sans se laisser émouvoir répétait: Nondum satis, ce n'est pas encore assez. Et aussi longtemps qu'elle ne lui vit pas rendre le dernier soupir, elle ne dit jamais, c'est assez. Que dites-vous maintenant, mes frères? Si la justice divine a si sévèrement traité le Fils unique du Père, uniquement parce qu'il avait pris sur lui nos péchés, ou plutôt l'ombre de nos péchés, comment nous traiiera-telle, nous, malheureux, qui sommes les véritables pécheurs? Ah ! qu'en sora-t-il de nous, grand Dieu ! qu'en sera-t-il de nous ! — Mais qu'avons-nous à faire, mon père? — Je vous le répète, mes frères : pénitence, faites pénitence. Ecoutez-inoi bien : celui qui ne satisfait pas maintenant à la justice divine par une courte pénitence, y satisfera plus tard par une rage et un désespoir éternels. Lequel choisissez-vous? Pour moi, mon parti est pris: j'aime mieux la pénitence. Pénitence, donc, pénitence ! (La discipline). Que ceux qui veulent m'irniter se

frappent la poitrine, pleurent leurs péchés, demandent pardon; si vous voulez échapper à la justice, invoquez la miséricorde. Invoquez-la tous . Miséricorde, mon Dieu, miséricorde! — Bien, bien; si vous voulez la miséricorde, il faut recourir à la pénitence : Pénitence donc, pénitence !

III. Croirait-on qu'au milieu de ce peuple si attendri, si touché, il y en a encore quelques-uns qui restent insensibles, et ne veulent pas en finir avec le péché ? Quoi! il en est qui, à la vue d'un damné en enfer, à la vue d'un Dieu mort pour lui, ne se laissent point émouvoir, et ne tiennent aucun compte des rigueurs de la justice divine? Eh bien ! avec ceux-là je veux employer le stratagème dont se servit un zélé missionnaire a l'égard d'un vindicatif, qui ne voulait pas se réconcilier avec son ennemi. Attention. Il l'introduisit dans une chambre, ferma soigneusement la porte, se prosterna à ses genoux, et s'étant mis les épaules à nu, tira une discipline et lui dit : « Ecoute, mon frère, ou tu feras la paix ou j'expirerai ici à tes pieds : je ne cesserai de me flageller jusqu'à ce que tu me dises : C'est assez, mon pere, c'est assez; je pardonne. » — Il commença une horrible discipline, et aux premiers ruisseaux de sang que cet obstiné vit couler sur le pavement, il s'écria avec émotion : « Assez, mon père, assez ; je pardonne. » — Où étes-vous, créatures endurcies? Me voici à genoux, devant vous: ou j'expirerai sur cette extrade, ou vous ferez la paix avec Dieu et vous promettrez à ce divin Sauveur mort pour vous de ne jamais plus pécher. Ainsi donc, aussi longtemps qu'il y aura un pécheur qui ne dira pas à haute voix : assez, assez, je continuerai cette discipline... Il ne dit pas : « assez, » ce voluptueux qui entretient cette maudite liaison au grand scandale de toute la localité. Elle ne dit pas : « assez, » cette femme vaine qui est une source de scandale pour toute

la population, qui profane les sacrements et est pire qu'une hérétique. Il ne dit pas : « assez, « ce blasphémateur qui à chaque mouvement de colore outrage le corps et le sang de Notre-Seigneur. Il ne dit pas : « assez, » ce vindicatif qui refu.se le salut à ses parents et lui tourne le dos, même à l'église. Il ne dit pas : « assez, •> cet avare, cet usurier cruel, qui opprime les pauvres et s'engraisse du bien d'aulrui. C'est celui-là qui doit dire : « assez ; » celui-là. Vous qui êtes trop bons et me portez tant d'affection, vous me dites: « assez, » par un excès de compassion pour moi. Mais ce qui me tourmente, c'est que si vous vous damnez, je ne pourrai dire: « assez, » à la justice divine. Hélas ! si jamais vous venez à mettre le pied dans l'abîme, la justice divine vous saisira pour toute l'éternité, sans jamais dire : « assez. » Au contraire, en vous voyant brûler au milieu des flammes comme brûlent ces flambeaux que vous voyez ici, la justice de Dieu ne cessera de crier: « Ce n'est pas assez, ce n'est pas asssez. » Oh ! quel affreux désespoir!

IV. Courage cependant, pécheurs mes frères, courage ! il est encore temps, il y a encore moyen pour vous d'échapper aux rigueurs de la justice divine. Et quel est ce moyen? Le voici: jetez-vous tous aux pieds de Notre-Seigneur mort pour- vous et pour moi, et invoquez sa divine miséricorde ; mais invoquez-la avec une sainte ferveur, invoquez-la avec les larmes aux yeux, et dites tous, en vous frappant la poitrine : Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde ! Répétez-le avec une grande confiance : Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde! Mais cela ne suffit pas encore : il faut des actes et non de simples paroles: renouvelez donc aux pieds de Jésus- Christ les saintes résolutions que vous avez prises précédemment, et renouvelez-les avec un ferme propos de

les mettre en pratique, puis ajoutez que vous allez mener une vie toute différente de celle que vous avez menée jusqu'ici, et que vous ne commettrez jamais plus de péché mortel. Telle doit être la conclusion de cette procession. Que chacun de vous forme ce bon propos : qu'il le fixe d'abord en silence dans son cœur... Prenez bien garde que Jésus lit au fond de vos cœurs... Avez-vous fini ? Maintenant protestez tous ensemble et publiquement que vous ne voulez plus pécher, dites tous par trois fois à haute voix : jamais plus pécher. Savez-vous ce que veut dire « jamais plus pécher? » Cela veut dire jamais plus à telle maison, jamais plus à ce cabaret, jamais plus avec ce compagnon, jamais plus de ces familiarités, jamais plus de ces conversations, jamais plus, jamais plus ! Souvenez-vous que vous l'avez promis à Jésus, qui, maintenant, vous regarde avec des yeux de bonté et de miséricorde ; mais qui, si vous ne tenez point parole, vous fera éprouver les rigueurs de la justice divine.

TROISIÈME MOTIF

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