C. Avez-vous accompli votre pénitence
P. Pas tout à fait, mon père ; j'ai omis quelques rosaires et quelques jeûnes. Mais ce n'est pas seulement dans cette confession, c'est aussi clans les autres que j'ai négligé les pénitences que mes confesseurs m'avaient imposées.
C. Je devrais vous renvoyer pour accomplir d'abord votre pénitence ; mais comme c'est une chose qui demanderait assez de temps, et qu'en faisant votre confession générale, je suppose que vous êtes décidé à réparer tous les manquements de votre vie passée, nous indiquerons le remède pour cela à la fin de la confession, quand vous m'aurez dit le nombre approchant des confessions mal faites et des pénitences omises. Mais avant tout, dites les péchés que vous avez commis depuis la dernière confession, afin que je puisse me mettre au courant de l'état actuel de votre conscience.
Le Directeur.
Après ces interrogations, qui doivent être adressées généralement à tous les pénitents et servent comme de préambule à toute espèce de confession, le confesseur doit s'assurer si le pénitent fuit une confession générale
de nécessité ou seulement de conseil. Dans le premier cas, il faut apporter plus d'exactitude dans l'examen et d'attention dans les interrogations. Dans le second cas, on pourrait se relâcher de cette sévérité, parce que le pénitent n'étant pas obligé de confesser de nouveau tous les péchés déjà soumis antérieurement à la puissance des clefs, le confesseur n'est pas non plus obligé de l'interroger avec autant de détail ; il peut passer plus légèrement. Votre première question aura donc pour objet de savoir s'il n'a jamais caché par honte aucun péché dans ses confessions passées, ou s'il ne se trouverait pas dans quelqu'un des cas indiqués dans l'instruction précédente comme rendant la confession générale nécessaire, afin de procéder avec ordre aux autres interrogations. Il en est qui commencent par questionner sur la connaissance des vérités de la foi, particulièrement des mystères qu'il faut savoir de nécessité de moyen ; mais l'expérience m'a appris que ces interrogations faites dès l'abord refroidissent singulièrement le pénitent, tandis qu'en finissant, lorsqu'il est allégé du principal fardeau de ses fautes, il se soumet sans peine à tout apprendre avec plus d'attention. Ainsi je vous conseille, à vous confesseur, toutes les fois que vous n'avez aucun doute sur la docilité du pénitent à se soumettre à tout ce que vous lui ordonnerez, de laisser cette matière pour la fin : soyez sûr que cette méthode vous réussira beaucoup mieux. Et vous, pénitent, soyez sincère dans l'aveu de vos fautes : une seule circonstance changeant l'espèce, que vous taisez ou que vous palliez, suffit pour rendre toutes vos peines inutiles. Ouvrez donc votre cœur au confesseur, dites-lui vos péchés. avec la simplicité" et la candeur d'un enfant, absolument comme un ami a coutume de manifester à un ami fidèle et dévoué ses secrets les plus importants, parce qu'il en attend toute espèce de conseil et d'appui. Si vous savez le nombre certain
de vos péchés, dites-le comme certain; n'attendez pas qu'à chaque accusation le confesseur vous demande : combien de fois avez-vous commis ce péché? combien de fois tel autre? Si vous ne savez pas le nombre certain, dites un nombre probable , tant de fois environ, ou au moins la durée et la fréquence de vos chutes. Et si la confusion de vos idées ne vous permet même pas de dire cela, dites que vous avez eu telle mauvaise habitude pendant tant d'années, et que vous y avez succombé un grand nombre de fois , afin de faire connaître le mieux possible l'état de votre conscience au confesseur, suivant p& que nous avons dit plus haut.
C. Voyons, dites-moi, s'il vous plaît : n'avez-vous jamais caché des péchés mortels par honte ou par crainte en confession? N'en avez-vous pas caché dans le doute s'ils étaient mortels ou non ?
P. Oui, mon père. Et c'est là ce qui m'a toujours pesé sur la conscience à chaque confession ; aussi je regarde toutes mes confessions passées comme invalides et même sacrilèges ; d'autant plus que je n'ai jamais eu ni douleur ni ferme propos; car je ne m'appliquais pas à me corriger d'une foule de mauvaises habitudes, et je fréquentais les sacrements en continuant à vivre dans l'occasion prochaine : de sorte que, je le reconnais , cette confession générale m'est absolument nécessaire de plusieurs chefs.
C. Eh bien ! laissez-moi vous diriger, et pour reprendre les choses dès le commencement, vous souvient-il d'avoir commis à l'âge de six ou sept ans des actions déshonnêtes ?
P. Oui, mon père, et cela très-souvent; c'est là précisément le péché que je n'ai jamais bien confessé. Oh ! que j'en suis fâché !
C. Très-bien; mais il faut que vous vous expliquiez encore mieux, et que vous me disiez : An'cum masculo,
vel fœmina, forte cura fratre, vel sor ore, ini onesto m aliquid perpetraveris ; an tactibus tantum, vel opere consurnmato ; et bien qu'alors, par défaut de connaissance et par impuissance naturelle, le péché n'ait pas été consommé dans son espèce, je désire cependant que, pour vous humilier davantage, vous déclariez les circonstances aggravantes, afin que vous soyez à jamais tranquille là-dessus et que vous n'y pensiez plus. Si vous savez le nombre certain de fois , dites-le ; sinon, faites comme il a été dit plus haut. Vous vous accusez donc de toute la malice qu'il a pu y avoir à cet âge, telle qu'elle existe devant Dieu, n'est-ce pas?
P. Oui, mon père; je m'accuse de tout, et si je pouvais mieux m'expliquer, je le ferais.
C. En croissant en âge, vous avez aussi grandi en malice, et le démon a commencé à vous remplir l'esprit de pensées déshonnétes; or, dites-moi, comment vous êtes-vous comporté à l'égard de ces mauvaises pensées Ì Les avez-vous toujours repoussées, ou bien y avez-vous consenti, en prenant plaisir aux représentations impures qui souillaient votre imagination, et quelquefois même en désirant des objets de péché? Et cela arrivait-il rarement ou fréquemment?
P. Ah ! mon père, c'est là un abime sans fond, et plus j'y pense, plus je me trouble, ne sachant comment me débarrasser. Tout ce que je puis dire, c'est que depuis l'âge de sept ou huit ans jusqu'à cette heure, j'ai toujours consenti, soit en prenant plaisir aux pensées mauvaises, soit en désirant des objets de toute espèce ; je ne saurais sur cet article m'expliquer autrement.
C. Vous vous êtes expliqué suffisamment, car vous n'êtes pas tenu à ce qui vous est moralement impossible. Vous vous accusez donc de toutes les délectations et de tous les désirs que vous avez eus avec ces mauvaises pensées; comme aussi de la négligence à les chasser, et
de l'occasion que vous y avez donnée par vos regards et par l'abus de vos sens, n'est-ce pas? Je suppose que vous en aurez eues tous les jours, peut-être plusieurs fois par jour, et de toutes les sortes imaginables, n'est-ce pas vrai?
P. Oui, mon père, c'est précisément ainsi, et je ne puis dire autre chose.
C. Après votre mariage, avez-vous continué à y consentir aussi souvent ?
P. Non, mon père ; depuis sept ou huit ans que je suis marié, j'ai consenti plus rarement; mettons trois ou quatre fois la semaine environ.
C. Quant aux paroles déshonnêtes, avez-vous eu l'habitude d'en tenir avec des jeunes gens, avec des femmes, et particulièrement en présence de personnes innocentes ?
P. Oui, mon père, c'est une mauvaise habitude de jeunesse. En rencontrant des femmes, en me trouvait en société j'ai proféré des paroles obscènes, des mots équivoques, et Dieu sait combien il en est qui, à cause de moi, auront conçu de mauvaises pensées et appris le mal! Ainsi je m'accuse de tant de scandales que j'ai donnés au prochain. Je suis bien tombé dans ces fautes jusqu'à trois ou quatre fois par semaine et même davantage, et je n'ai jamais tâché de déraciner cette mauvaise habitude, ni de mettre un frein à cette langue indigne. Je m'en repens sincèrement.
Le Directeur.
Après l'accusation des pensées et des discours déshonnêtes doit venir celle des actions obscènes. Elle requiert une double précaution tant de la part du confesseur que de la part du pénitent. Vous, confesseur, vous devez être réservé en interrogeant sur cette matière, comme nous
l'avons dit plus haut; en conséquence, vous devez vous servir de termes décents. De même que les prédicateurs en chaire étudient certains tours de phrases dans le but d'attaquer le vice sans blesser l'honnêteté, ainsi les confesseurs doivent-ils employer certaines manières de parler qui n'offensent point la modestie. Il est bien vrai que vous ne devez point, par une crainte excessive, laisser de demander ce -que vous croyez nécessaire pour apprécier l'espèce et le nombre des péchés commis par votre pénitent; abstenez-vous cependant d'entrer dans certaines particularités obscènes qui accompagnent la manière de pécher, cela n'étant pas nécessaire, mais plutôt inconvenant et fort repréhensible. Et vous, pénitent, vous devez être réservé en expliquant cette espèce de péchés. Ayez soin d'éviter deux pièges que le démon vous tendra, la honte et l'effronterie. D'abord ne vous laissez point tromper par une fausse crainte que le confesseur ou ne voudra pas vous absoudre, ou ne pourra pas le faire, ou vous grondera et se scandalisera: il n'en sera rien. Soyez bien certain que, vos péchés fussent-ils dix fois plus énormes, le confesseur aura compassion de vous. Que dis-je? plus sera profonde la fosse dans laquelle il vous verra tombé, plus il mettra de zèle et de charité à vous en retirer. Ayez bon courage, et dites vos faiblesses avec une grande confiance : vous éprouverez que vous n'aurez pas plus tôt ouvert la bouche pour vous accuser, que toutes vos craintes et vos répugnances s'évanouiront. N'allez pas pourtant vous jeter dans l'extrême opposé, qui consiste à dire ses péchés avec une certaine effronterie, comme si on les racontait par ostentation et que l'on se fit gloire de son inconduite. Vous devez vous confesser avec des sentiments de componction et d'humilité, en déclarant succinctement et modestement tout ce que vous croyez devoir être dit pour la décharge de votre conscience.
L'exemple pratique que je vais vous tracer vous sera très-utile pour cela. Je le donne en latin, non qu'on doive parler latin en confession, mais afin que ce Dialogue, en tombant entre les mains de personnes simples et innocentes, ne puisse leur causer aucun préjudice, comme il a été dit plus haut.
C. In tua juventute habuisti-ne pessimam consuetudinem te polluendi? Quot anni s perseverasti in committenda tain gravi enormitate ? Et quanta cum frcquentia committcbas illam ? Quoties in mense aut in hebdomada ? Die sincere id qued Ubi videtur probabilius, et explica etiam in qualia objecta mens tua ferebatur in ilio actit indir/no offendendi Deum.
P. Ita Pater, semel a maledicto quodam socio liane didici iniquitatem, nec unquam amplius emendatus sum . Circa duodecimum- aut tertium decimum œtatis annum hoc peccalum committere cœpi, illudque bis vel ter in hebdomada committebam, aliquoties vero etiam quotidie ; aliquando tamen nec semel in hebdomada. Mens autem mea in diversa ferebatur objecta diversœ speciei, modo in unam, modo in alteram fœminam ; nihilque curans essent-ne pvellœ vel conjugatœ, cunctas desiderabam, nec ullam tato annorum illorum tempore diligentiam adhibui ut me emendarem : quinimo ex proposito nusquam ad eumdem redibam confessarium, sed semper novos quœrebam, et quos ad me absolvendum propensiores judicabam. Oculorum tenus in hoc luto immersus fui, et ignoro an necesse sit esplicare, me illud septies, vel octies etiam, in loco sacro commi sisse.
C. Prœcisa utique nécessitas est explicandi circumstantiom loci sacri ; prout etiam necesse est explicare qualitatem objeclorum, in quœ tum ferebatur desiderium, an scilicet erant personœ sacrœ, vel libi consanguinilate conjunctœ, etc. Quia vero a quodam
tuo socio de hac iniquitate et edoctum fuisse dicis: necessario pariter explicare teneris, an simuL cum ilio, vos invicem excitando, hoc perpelraveris pecca tum; nec non an alios, et quot tu simili ter docueris; et an inter hos a te seductos qliquis tuus fuerit consanguineus, in primo prœcipue, vel secundo grada ? Insuper an primus fueris, ad inducendum, et an cum aliquo ex istis sociis active vel passive sodomiam commiseris, et quotiesì Die sincere omnia : Ubi enim compatior : et ex corde compatiar ; quamvis te cum brutis, et cum malitia indicibili ac inexcogitabili hœc delieta commisisse confitearis ; ideo ne paveas.
P. Grattas tibi ago, Pater, quia confortasti me, sane multum egeo, proicipue pr opter idlimam speciem bestialitatis prœnotatam, quant decies vel duodecies in puerilità commisi, nec unquam prœ pudore confessus sum. Tnsuper confiteor, decem vel duodecim juvenes de malitia a me edoctos fuisse, alternatim cum omnibus quadragesies vel quinquagesies poUutionern commitlendo, et unus ex ipsis meus erat consanguine'us, cum quo septies vel octies peccavi, et ego fere semper primus fui ad illos inducendos : immo cum tribus, aut quatuor ex supradictis, quindecim aut viginti vicibhs nefandum commisi peccatum, fere semper me active concurrente, licei non semper complete. In omnibus aulem hisce delictis superabundavi in -malitia, quapropter ex toto corde doleo, et summa cum erubescenlia me accuso.
C. Cum aliquo ex prœdictis juvenibus fuisti-ne in occasione proxima peccandi, id est frequenter-ne , et a multo tempore peccatum commisisii ?
P. Ita, Pater, cum uno sept e m aut odo mensibus quolidie conversavi, omni fere hebdomada peccatum eommmittendo.
C. Post contractum matrimonium commisisti-ne (diquando a te ipso peccatum pollutionis?
P. U tique, sed rarius, semel videlicet aut bis in use.: aliquo autem mense nec sauri : mens vero mea in diversa ferebatur objecta, ut supra.
C. Habuisti-ne inhonestam çonversationem cum mulieribus, ipsas tangendo vel osculando ? Explica saltem circiter cum quoi, et an raro vel fréquenter î
P. Cum multis utique mulieribus , nempe cum triginta circiter lias nugas sœpius exercui, ipsas et tangendo et osculando ; et paucœ e/fiuxerunt hebdomadœ, in quibus taZem non commiserim errorem.
C. Ultra dictos tactus, et oscula inhonestn, habuistine aliquando copulam perfectam ? Explica numerum mulierum, et statura earum ; et au hàbueris cum aliqua ex ipsis occasionem proœimum peccandii
P. Ita, Pater, cum quinque vel sex mulieribus habui copulam perfectam, ex quibus duce erant libera1, et cum ipsis peccavi viginti, aut triginta vicibus circiter; très vel quatuor erant conjugatœ, cumquibus totidem circiter vicibus peccavi. Cum una àutem puella fui in occasione proxima septem vel octo annis: et quia in uxorem ipsam ducere cupiebam, cum ipsa inhonestum fovebam amorem, eam quotidie visitando: quotidie lamen non peccavi ex defeetu opportunitatis, sed bis tan/ uni aut ter in mense cum ipsa copulam imp>erfectam committebam, fréquenter eam vero tangebam.
C. Cum ipsam te quotidie visitasse dicas, licei non serape r peccatimi consummaveris , nihilominus quotidie peccasti ob periculum peccandi cui te exponebas. Die tamen, au ipsam ad copulam induxeris cum promissione Ulani desponsandiì Et num post sponsalia solemnia cum i;>sa peccaveris, et quod pejus est, an tacendo in confessione huj usmodi peccata, sacramentum malfidi receperis? Insuper cxplica, an post illucl rite -'ration rum aliis mulieribus iterum peccaveris?
i'. m. vi. 26
et an de facto cum aiiqua ex ipsis sis in occasione proxima ?
P. Ita y Pater, ego illam induxi variis promissionibus Ulani desponsandi : peractisque sponsalibus ter aut quater cum ipsa peccavi; et quod iniquissimum est, talibus peccatis inquinatus matrimonii sacramentum recepi. Post contracium vero matrimonium ter aut quater cum soluta peccavi. Duo insuper sunt vel très anni, quibus inhonestam habeo amici tiam cum ligata, cum qua ter vel quater in mense copulam habeo. Quindecim autem jam peracti sunt dies, quibus, Deo adjuvante, liber sum ab hoc peccato ; et me non amplius peccaturum jurej arando promit to.
C. Non sufficit juramentum de non amplius peccando, sed necesse est, quod promittas, te non amplius conversationem habiturum cum illa. Ego te absolvere non deberem , cum hœc sit proxima occasio peccandi ; verum quia suppono te ab aliis de pessimo tuo statu, in quo hi s duobus vel tribus annis vixisti, admonitum non fuisse ; et quod nunc firmiter proponas , non amplius domum illam adeundi, immo amicam omnimode declinandi, nec amplius cum illa loquendi ; et credo quod in tua confessione generali mihi promittas ex corde; hac igitur de causa, et propter specialem dolorem, quem sensibiliter demonstras, prò hac vice te absolvam ; scito tamen quod relabendo, non amplius reperies qui te absolvat. Nunc vero cum tu conjugatus sis, die mihi, numeum tua conjuge matrimonio honecte sis usus, et an habeas circa hanc materiam, de quo tua te remordeat conscientia?
P. A udivi aliquando, quod in usu matrimonii commuti possunt peccata mortalia, et ideo ubsecro patcrnitatem tuam, ut me instruere dignetur. Nom ego sincere respondebo ad tua quœsita.
entre le confesseur et le pénitent. 307
Le Directeur.
Quando viri petunt instrui, débet confessarius ipsos clarius interrogare ; in ipsis enim interrogandis non tantum adest periculum, sicut in midieribus ; et ideo licitum erit ab eis quœrere, an usu matrimonii alias fœminas prœter propriam concupierint, et qtcot, et cjuoties, et eu jus eront condition! s aut status? An in dicto usu cum propriauxore servaverint vas naturale? Anvoluntarie semen foras effuderint? vel in evidenti periculo talem errorem commi /tendi se constituerint ?
Cum mulieribus vero interrogationes iHœ fieri non soient, nisi illœ a se ipsis de his clarum prœbeant indicium. Idem pari ter die de aliis interrogationibus pro hominibus supra notatis, guœ licei etiam cum mulieribus , servatis servandis , fieri possint , cum ma jori tamen cautela fieri debent. Aliqua enim sunî consideratione digna, quœ et a mulieribus guidem quœrenda, sed cum magna prudentia, modestia et circnmspectione , et non ab omnibus, ne ipsas edoceat ea quœ a midtis ignorantur . Gradatim igilur procédât: si namque mvlier confiteatur se impuris cogitationibus consensum prœbuisse, interrogari potest, an in pueritia res inhonestas cum pueris commiserit, it in quali œtate? Aliquando enim malum in-œtate puerili perpetratum asserunt, quod tamen commissum fuit post annos duodecim, quando malitia erat omnino compléta. Insuper est interroganda, an cum sociabus habuerit inhonestos discursus? Et si aliqualis malitiœ indicium prœbeat, ab ea quœratur, an se ipsam illicite dbmeram delectationem tetigerit? Quamplures namque mulieres in hoc vitio miserrime involutœ jacent. Non est tamen ultcrius quœrendum, an interfuerit pollutio , nisi forte in ipsamet cernetur malitiœ libertas, et
ipsamet aperfius loquendo occasioni .
rog 'aneli : etenim non omnes mulieres, ut fatenêur
periti, liane patiuntur miseriam , saltem ita senéibil ut ab Us possit agnosci. Si postea ad interragationes
prœdictas respondeat, se utique illicite teligisse, ignorasse tamen hoc esse peccatum, non illico ipsi credali' r, sed modeste instruatur, quod illicite se ipsam tangere, ob meram scilicet delectationem, et non ob àliquam necessitatem, gravissimum sit peccatum ; nom alias confessio grave foret sacrilegium . et hoc modo omne evacuabitur venenum . — Si pœnitens alteri fomentum dédit amoris, ab ipsa quœrendum est, an indignis consenserit cogitât ionibus, vel amasio fuerit occasio talis consensus? an cum delectatione protiderit , vel audierit verbo, obacœna, aut œquivoce megatoria? an ad choreas pergens, malitiose amasti manum strinxeriti Et an in locis secretis sola cum solo consistere consueverit, surgendo noctis tempore ad colloque ndimi, etiam cum magna forsan majorum suorjum amaritudine, quibus non obedire parvipendebat ? et alia plura similia. — Si tandem pœnitens lapsa est in peccata completa cum hominibus, interrogando est de abortii, an scilicet sit secutus,vel solum attentatus? an fœtus esset animatus, et quo lies periculo se exposuerit abortum patiendii — Cum conjugatis qui nollent habere multos filios, non crit superflua interrogano, an conjugibus occasions, dederint semen foras effundendi, aut saltem taie habuerint desiderium? — Interrogent ur ultimo, dederint-ne scandalam aliis , opportumtate peccandi in domo sua, vel defc* violas amato-
rias, annuntiationcs, salutationès, etc. la hoc de/icere soient ancillœ, vetulœ, nec non et puellœ, ac sororej sibi invicem una alteri obsequium eœhibendo ad confovendos impuros amores . — (>..
galiones UcUe fieri possw >ibus in :
lubrica, materia, non tamen omnibus : ideo confessarius pmedenter discernere tenetur, secundum lumen ipsi conim uni cation a Deo quem enixis precibus exorabit, qv.œnam talibus indigeant interrogationibus, et quee non, etc.
Apres ces interrogations communes, le confesseur doit engager son pénitent, s'il lui reste quelque chose sur la conscience touchant cette matière à le dire en toute liberté, et qu'il ait soin de renouveler plusieurs fois cette invitation, afiii qu'il n'omette rien.
Et vous, pénitent, vous ne devez pas laisser tout le travail au confesseur, mais lui dire franchement tout ce qui pèse sur votre conscience, quand même le confesseur par inadvertance oublierait de vous interroger sur certains points. Si donc vous aviez des liaisons dangereuses avec des personnes consacrées à Dieu ou liées par le vœu de chasteté ; si vous aviez des empèchemenjs secrets de mariage, ou si vous aviez fait des pactes implicites ou exprès avec le démon ; si vous gardiez chez vous des billets ou autres gages d'amour, des peintures obscènes, des livres immoraux, et autres choses semblables, vous devez dire tout cela, sans quoi le remède ne produirait pas son effet et ne vous rendrait point la santé. Enfin, pour sortir de ce bourbier, le confesseur terminera de la manière suivante :
C. Vous vous accusez donc de tous ces péchés déshonnétes que vous avez commis et de tous ceux que vous avez fait commettre à d'autres, par des paroles obscènes et des conseils criminels, en sollicitant et en tentant des personnes de sexe différent, soit par vous-même, soit par intermédiaire, cherchant les occasions au lieu de les fuir, en vous exposant si souvent au danger de succomber, donnant aux autres occasion de former des soupçons, des jugements, des médisances contre votre honneur et celui des personnes que vous fréquentiez. De tous ces
péchés et de tous ceux que vous ne connaissez pas, ou dont vous ne vous souvenez pas, ou que vous ne savez pas bien expliquer, vous vous en accusez, n'est-ce pas?
P. Oui, mon père, je m'accuse généralement de toutes ces misères sensuelles, et je regrette de ne pouvoir me rappeler toutes les particularités , pour les expliquer plus clairement ; je m'accuse donc de toutes mes mauvaises habitudes et de la grande malice avec laquelle j'ai péché comme Dieu m'en reconnaît coupable.
C. En matière de foi, avez-vous péché par des doutes ou des sentiments contraires à ce que notre mère la sainte Eglise nous enseigne ?
P. Non, mon père ; il m'est passé par la tête certaines pensées fugitives; mais, grâce à Dieu, je ne crois pas y avoir consenti volontairement.
C. Avez-vous appris à pratiquer des superstitions diaboliques par paroles ou par signes, dans le but de guérir les maladies ou d'inspirer de l'amour? N'avezvous jamais porté sur vous des charmes, ou des formules écrites, pour empêcher l'effet des armes et autres choses semblables ?
P. Oui, mon père, j'ai porté une formule sur moi pendant quelques années; on m'a dit que c'était une prière irès-effîca ce contre les armes à feu: si je ne puis pas la porter, je la jetterai au feu.
C. Avez-vous lu des livres défendus, ou en gardezvous sans permission?
P. Oui, mon pere, j'en ai lu queh]ues-uns, mais je no savais pas qu'ils fussent défendus : aussitôt que je l'ai su, je les ai laissés là.
C. Avez-vous fait de faux serments en justice au préjudice du prochain, ou hors de là, abusant du saint nom de Dieu et des saints?
P. Oui, mon père, j'ai souvent fait des serments, mais pas toujours faux, quelquefois vrais, quelquefois faux.
Deux ou trois fois j'en ai porté d'autres à faire de faux serments au préjudice du prochain, et une fois je l'ai l'ait moi-même pour rendre service à un ami.
C, Vous avez toujours péché en jurant tantôt le vrai et tantôt le faux, à raison du danger auquel vous vous êtes exposé à faire des parjures. Dites le temps et la fréquence ^ expliquez si vous avez réparé le dommage causé par vous et par ceux que vous avez induits à faire de faux serments. Et quand même vous n'auriez causé aucun dommage, que vous auriez même rendu service aux autres en jurant faux, vous avez cependant péché; car on ne peut pas le faire, alors même qu'il s'agirait de l'intérêt du monde entier. En outre, avez-vous blasphémé le saint nom de Dieu et des saints, et quels ont été vos blasphèmes?
Le Directeur.
Faites attention que les ignorants prennent pour des blasphèmes les simples imprécations , ou toute autre expression dans laquelle entre le saint nom de Dieu. C'est pourquoi il est nécessaire que le confesseur leur fasse expliquer ce qu'ils entendent par blasphème, atin de savoir si leurs paroles ont été de vrais blasphèmes, et dans ce cas, s'ils ont été simples ou hérétiques.
C. Avez-vous coutume de lancer des imprécations et des malédictions? L'avez-vous fait en désirant qu'elles s'accomplissent, ou seulement par emportement ? Les avez-vous lancées contre vos enfants et surtout contre votre père et votre mère, au grand scandale de ceux qui vous entendaient?
P. Oui, mon père, j'en ai fait bien souvent, mais rarement avec l'intention qu'elles s'accomplissent. Ordinairement c'était par colère, quelquefois contre mon père et ma mère, et souvent contre mes enfants. Je m'accuse du scandale que j'ai donné aux voisins. et à tous ceux
ijui-m'ont entendu; je m'accuse eu outre de cette mauvaise habitude que je n'ai pas cherché à déraciner, eu qui fait que je ne me suis pas corrigé.
C. Avez-vous manqué à la messe les jours d'obligation par négligence, ou l'avez-vous entendue sans dévotion?
P. Oui, mon père j'y ai manqué dix ou douze fois, et je l'ai presque toujours entendue avec distraction, quelquefois en sommeillant ou en regardant ceux qui entraient et qui sortaient, sans aucune dévotion; ainsi je m'en accuse.
G. Avez-vous travaillé les jours de fête plus de deux heures, ou avez-vous donné aux autres occasion de travailler?
P. Oui, mon père, je suis assez coupable sur ce point ; dans les différents métiers que j'ai exercés, j'ai travaillé le dimanche plusieurs fois l'année, et j'ai fait travailler mes garçons de boutique, surtout lorsque j'étais tailleur : afin de satisfaire mes pratiques, j'ai profané les plus grands jours jusqu'à huit ou dix fois par an, et cela pendant sept ou huit ans, et je faisais travailler toute ma maison ; aussi Dieu m'a puni en me réduisant à la misère. Je me repens donc de l'offense que j'ai faite à Dieu.
C. Avez-vous observé les jeûnes commandés par l'Eglise, surtout lorsque vous étiez tailleur, et que votre travail était compatible avec le jeûne? — De plus, en transgressant le jeune, avez-vous mangé de la viande les jours défendus ?
P. Rarement j'ai observé les jeûnes à la rigueur, je puis même dire quo j'en ai transgressé plus dola moitié. De la viande, j'en ai mangé peut-être sept ou huit fois en tout les jours défendus.
C. Vous rappelez-vous avoir causé de graves déplaisirs à votre père, à votre mère, ou à vos autres supérieurs?
P. Je leur ai désobéi ot fait de la |
vent , en dérobant dans la maison des effets et de l'argent pour m'aniuser. Huit ou dix fois je me suis révolté contre eux en leur disant des injures, et cinq ou six fois je leur ai même désiré la mort du fond du cœur.
C. Avez-vous porté des armes prohibées, et engagé des rixes avec vos rivaux, vous exposant au danger de blesser ou d'être blessé, et de causer un grave dommage à votre âme et à votre corps, et même à toute votre familie ?
P. Oui, mon père, huit ou dix fois je me suis battu avec d'autres, et j'en ai blessé deux gravement; mais j'ai réparé tous les dommages. Pendant deux ans consécutifs, j'ai porté des armes prohibées, au risque d'aller en prison.
C. Fréquentez-vous les cabarets et les auberges, jouant aux cartes et à d'autres jeux abominables, vousr enivrant souvent et proférant des paroles obscènes et des blasphèmes?
P. Oui, mon père, tout cela est comme vous le dites; je m'enivre souvent jusqu'à deux ou trois fois par mois ; je joue aux cartes et aux dés, et c'est là l'occasion de mes blasphèmes ; mais me voici tout à fait résolu de ne plus m'enivrer et à ne plus blasphémer.
C. Ce n'est pas assez de promettre de ne plus vous enivrer et de ne plus blasphémer ; il faut encore promettre de ne jamais plus aller au cabaret ou à l'auberge, et de ne jamais plus jouer aux cartes ni aux dés. Vous ne pourriez même être absous, si, déjà averti par d'autres, vous ne vous étiez pas corrigé. Mais puisque vous me dites que vous n'avez jamais été averti de cette obligation, et que d'un autre côté je vous vois repentant et décidé à obéir, je vous absoudrai pour cette fois. Cependant souvenez-vous bien de ne plus mettre le pied au cabaret, si ce n'est dans un cas de stricte nécessité,
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autrement vous ne trouverez plus personne qui vous v donne l'absolution. — En outre, dans ces cabarets, ou dans les boutiques, dans les cercles et les sociétés, n'avez-vous jamais médit du prochain en matière grave et de manière à porter préjudice à son honneur?
P. Oui, mon père, c'est mon faible ; je ne peux mettre de frein à ma langue. Je dis très-souvent du mal du prochain; le plus souvent ce sont des choses vraies et publiques, mais bien des fois aussi j'ai découvert des choses graves et secrètes : mettons trente ou quarante fois environ; et ce qu'il y ade pis, Irois ou quatre fois j'ai calomnié le prochain en lui imputant des méfaits dont il n'était pas coupable.
C. Il ne suffit pas de vous en accuser : il faut restituer la réputation que vous avez enlevée. Lorsque vous avez répété des choses vraies et publiques, vous n'avez péché que véniellement; mais en dévoilant des choses graves et secrètes vous avez péché gravement, et vous devez restituer la réputation lésée en disant du bien tout au moins des personnes dont vous avez médit, supposé toutefois que le fait ne soit pas sorti de la mémoire des personnes à qui vous en avez parlé; car' si ces personnes n'y pensent plus, il y aurait plus de mal que de bien à le rappeler. Quant aux calomnies que vous avez faites eu disant faussement du mal, vous devez les rétracter ouvertement, en déclarant que vous avez menti, et s'il est nécessaire, l'affirmer avec serment. — Mais cette démangeaison de médire me fait soupçonner que vous avez le cœur empoisonné. Dites-moi donc : avez- vous porté de la haine à votre prochain, lui souhaitant un mal notable, ou vous réjouissant de celui qui lui arrivait et vous attristant de son bien?
P. Oui, mon pere. Il y a cinq ou six ans que je vis en inimitié avec deux personnes ; je ne leur parle pas ; je ne les salue pas, et si je pouvais leur faire du mal, je
le ferais ; mais vous devez savoir, mon père, combien j'en ai eu à passer.
Le Directeur.
Que le confesseur prenne garde de laisser le pénitent raconter les motifs de sa haine, tant à cause qu'il n'y a aucune raison qui puisse justifier la haine qu'on porte au prochain, que parce que le souvenir des injures reçues n'est propre qu'à irriter la passion. Loin d'eu retirer de la componction, on ne fait que rouvrir la plaie et multiplier les péchés dans le confessionnal même. Qu'il lui enjoigne donc de se réconcilier s'il veut être absous, et l'oblige à donner des signes de bienveillance ordinaire, surtout s'il nourrit cette inimitié, cette haine contre ses parents. Dans ce cas les saluer ne suffit pas ; il faut encore leur rendre visite en temps voulu et observer les convenances d'usage entre parents. Si le penitene s'y refuse, qu'on ne lui donne pas l'absolution. S'il promet sérieusement , surtout n'ayant jamais promis à d'autres, on peut l'absoudre. Cela s'entend néanmoins lorsque le temps ne lui permet pas de se réconcilier auparavant avec son prochain ; car la pratique ordinaire sera de faire en sorte que la réconciliation précode toujours l'absolution. Quant au nombre de ces péchés de haine, il suffit de faire dire la durée et la fréquence ; car il est moralement impossible, en pareil cas, d'obtenir un nombre certain ou probable.
C. Par rapport au bien d'autrui, votre conscience ne vous reproche-t-elle rien?
P. Oui, mon père, je dois faire une restitution de trente écus, et je promets de m'en acquitter.
C. Doucement, s'il vous plaît; ear il y a ici bien des difficultés à éclaircir : il faut d'abord que vous me disiez en combien de fois vous avez dérobé ces trente écus.
P. J'ai pris dix écus d'une fois à un pauvre homme,
dix autres à différentes personnes en plusieurs fois, à l'un un franc, à l'autre quelques sous, et je ne puis dire au juste à combien de personnes ; enfin j'en ai pris dix a mon patron, mais par petites sommes, tantôt un franc, tantôt deux sous, trois sous; mais je promets, mon père, de tout restituer en faisant l'équivalant d'aumônes aux pauvres.
C. Les aumônes, faites-les avec votre bien et non avec le bien d'autrui. En conséquence, les dix écus dérobés à ce pauvre bomme, vous devez les restituer à lui-même intégralement, comme aussi ceux que vous avez soustraits à votre patron. Quant aux autres dont vous ne connaissez pas les véritables maîtres, vous pourrez les employer en aumônes. Mais il ne suffit pas que vous promettiez : dites-moi, depuis quel temps êtesvous dans l'obligation de restituer ces trente écus? P. Il y a six ou sept ans.
C. Pendant ce temps-là n'avez- vous jamais eu la facilité de restituer, ou bien ne pouviez-vous pas vous la procurer en restreignant, les dépenses de votre maison? P. Oui, mon père, je pouvais restituer au moins en partie, et je ne l'ai pas fait, mais maintenant je promets tout de bon.
C. Non, mon fils, cette promesse-là ne suffit pas, surtout si l'ayant déjà faite à d'autres confesseurs, vous n'y avez pas été fidèle ; car vous devez savoir que toutes les fois que vous pouvez restituer et que vous ne le faites pas, autant de fois vous péchez. Ainsi, vous devez vous accuser de ce péché continu d'injustice que vous avez commis tout le temps où vous pouviez restituer et où vous ne l'avez pas fait. Et pour en venir au fait, ditesmoi : quelle somme pouvez-vous réunir en ce moment pour commencer la restitution?
P. Sept ou huit écus, pas davantage ; lo roste, je ne puis lo restituer faute de moyens.
C. Eh bien! ces huit écus, restituez-les dès aujourd'hui à ce pauvre homme qui a été le premier à qui vous avez porté dommage. Je ne devrais pas tous absoudre que la restitution ne fût faite, mais je me fie à vous, à cause que je vous vois si repentant. Cependant, pour plus de précaution, je ne veux pas que vous communiiez avant d'avoir restitué. Pour le reste, il est vrai que vous ne pouvez pas restituer tout à la fois, je le crois d'après ce que vous me racontez de vos malheurs ; mais vous devez le faire un peu à la fois. Dites-moi, s'il vous plaît : combien dépensez-vous au cabaret chaque semaine?
P. L'une dans l'autre, je peux dépenser par semaine jusqu'à deux francs, et même plus.
C. Eh bien ! n'allez plus au cabaret comme vous me l'avez déjà promis, et mettez de côté ces huit francs par mois pour opérer la restitution; de la sorte vous serez bientôt en règle avec Dieu et avec le prochain. Si après cela quelque motif plausible vous empêchait de faire la restitution par vous-même, servez-vous d'un bon confesseur, à qui vous remettrez chaque mois les huit francs, afin qu'il les rende aux personnes lésées. De cette manière, vous mettrez en sûreté et votre conscience et votre honneur.
P. Oui, mon père ; j'y consens, ou plutôt je vous remercie et je vous assure, mon père, que si les autres confesseurs m'avaient traité avec cette charité, je n'aurais pas vécu si longtemps dans l'esclavage du démon.
Le Directeur.
Dans cette matière du septième commandement, on pourrait faire beaucoup d'autres interrogations au pénitent; mais ce serait s'engager dans un labyrinthe sans espoir d'en sortir, vu le nombre presque infini de cas embrouillés qui arrivent à ceux qui touchent au bien d'autrui. Par le peu qui vient d'être dit, j'ai prétendu
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seulement donner au jeune confesseur quelques lumières pour l'aider dans une foule d'autres cas qu'il rencontrera ; car c'est en ce point plus qu'en tout autre qu'il a besoin de prudence. Si le cas est douteux, qu'il ne se fie pas à lui-même ; comme il s'agit du dommage d'un tiers, qu'il prenne son temps pour consulter les auteurs et d'autres confesseurs plus savants et plus expérimentés, avant de décider. Si le doute est connu des deux parties, le confesseur doit bien se garder d'accepter des arbitrages ou des compromis, et de s'ériger en juge ; qu'il conseille à tous les deux de laisser les procès et de s'arranger en remettant la cause à d'autres. Qu'il ne se mêle point, autant que possible, des intérêts de son pénitent, afin d'éviter des conflits, des embarras et des désagréments qui le porteraient à s'en repentir. Si on ne peut lever toutes les difficultés dans l'acte même de la confession, qu'on en renvoie la décision à un autre temps; il suffit que le pénitent, pour être absous de- sa faute, s'en accuse, et quant à la restitution, qu'il soit disposé à faire ce qu'on lui ordonnera en bonne conscience.
Il faut aussi réfléchir à la manière d'opérer les restitutions. S'il se présente des marchands, des boutiquiers, des artisans et autres trafiquants de cette espèce, qui ont fait tort au prochain , au moyen de faux poids et de fausses mesures, ne prenant en somme que peu à chacun, qu'on les oblige à faire l'équivalent d'aumônes au proht des pauvres, ou à donner plus que la mesure, surtout si c'est la classe pauvre qui a souffert de ces fraudes. Mais si les petits vols ont été faits à une seule personne, ce serait une grande erreur, conformément à ce qui a été dit plus haut, d'ordonner au pénitent de faire la restitution en aumônes ou en messes, lorsque dans la réalité c'est la personne lésée qui doit être dédommagée. Que si le pénitent est pauvre, et que ses vols sont peu nombreux et ne consistent qu'en bagatelles, tels que fruits,
ou bois, on peut lui dire d'appliquer à l'intention de la personne lésée quelques œuvres de piété, comme les chapelets qu'il dira et les messes qu'il entendra, en lui faisant promettre sérieusement de se corriger à l'avenir. Bien qu'il faille user de sévérité à l'égard de certains qui causent des dommages à pure perte, en coupant des arbres fruitiers ou des plantes vertes pour en faire du bois de chauffage; ordinairement avec les pauvres qui sont réellement tels, on doit laisser de côté certaines théologies trop rigides, et les traiter avec plus de charité et de douceur.
Et vous, pénitent, vous ne devez pas faire le théologien sur ces péchés qui traînent à leur suite l'obligation de restituer. Vous devez vous soumettre à la direction d'un bon confesseur, et lui exposer le cas qui vous inquiète avec franchise et sincérité, parce qu'une seule circonstance que vous tairiez, suffirait pour fausser le jugement du confesseur et invalider l'absolution. Si vous éprouvez une forte répugnance à devoir restituer, contrebalancez-la par la considération de cette grande maxime : on Nremittitur 'peccatimi, nisi restituât ur ablatum ; ou restituer ou se damner.
C. Après avoir confessé les péchés que vous avez commis par-vous-même, il faut vous accuser de ceux que vous avez fait commettre aux autres. Avez- vous causé du scandale au prochain ? Combien de fois avezvous tourné en ridicule Jes pratiques de dévotion? Vous ètes-vous fait chef de brigade, conduisant les autres dans les cabarets, les bals, les réunions licencieuses, faisant de votre maison un lieu de plaisir et de libertinage? Avez-vous prêté la main à des enfants de famille qui dérobaient chez leurs parents pour jouer et se divertir ? Vous vous accusez donc de tous ces péchés, que vous avez donné aux autres occasion de commettre? N'en pouvant connaître ni le nombre ni la fréquence, vous
vous accusez d'avoir clé habitué à ces désordres, n'estce pas?
P. Oui, mon père, je m'en accuse. Il est très-vrai que j'ai été un scandaleux, au moins pendant l'espace de dix ou douze ans, et il m'est impossible de retrouver le nombre des scandales que j'ai donnés: ainsi je m'en accuse comme Dieu m'en connaît coupable.
Le Directeur.
En dernier lieu le confesseur devra faire des interrogations sur les devoirs d'état du pénitent, et particulièrement sur ceux qui peuvent tirer à conséquence. Il lui demandera s'il est tuteur, exécuteur testamentaire, ou fabricien d'église ; — s'il est médecin, notaire, avocat, juge, procureur, syndic de communauté, car toutes ces fonctions ont des devoirs spéciaux dont tout confesseur doit être instruit; — s'il a fait des vœux sans les remplir, bien qu'en cette matière il y ait souvent méprise de la part des simples : c'est pourquoi on doit demander au pénitent si, quand il a dit : je fais vœu, il a eu l'intention de s'obliger par une véritable promesse faite à Dieu sous peine de péché mortel, afin de distinguer s'il y a eu vœu propremant dit ou un simple bon propos ; — si étant riche il n'a pas fait l'aumône convenablement, ou s'il n'a pas différé longtemps de payer ses dettes tandis qu'il pouvait les payer: et, ce qui est bien pis, s'il a refusé ou diminué le salaire de pauvres ouvriers. — Si le pénitent est ecclésiastique, bien que l'obligation d'interroger de semblables personnes ne soit pas aussi grande que celle d'interroger les ignorants, cependant lorsque le confesseur s'aperçoit que son pénitent ne s'explique pas assez, il doit l'interroger sur les devoirs qui concernent son état, savoir : s'il a célébré en état de péché ; si, ayant reçu des honoraires de messes, il ne les a pas acquittées; s'il a omis l'office divin ; s'il a entretenu des
liaisons scandaleuses; s'il a encouru des censures ou commis la simonie, et autres choses semblables. — Surtout il faut interroger les chefs de famille, s'ils vivent en paix avec leurs épouses, s'ilsles maltraitent ; s'ils ont soin de bien élever leurs enfants, garçons et filles, ou s'ils ont négligé de les faire aller au catéchisme, leur laissant la bride sur le cou, leur permettant de faire l'amour, d'aller au bal, au cabaret et dans les autres lieux publics et dangereux, en un mot de se livrer au libertinage de nos jours. — On doit adresser les mêmes demandes aux maîtres, oncles et autres supérieurs : s'ils veillent sur leurs serviteurs domestiques, neveux et autres personnes qui leur sont soumises ; s'ils font des dépenses au-dessus de leur condition, se mettant par là dans l'impossibilité de payer leurs dettes et de satisfaire aux legs pieux.
Enfin, j'avertis que ce Dialogue ne doit pas être re; gardé comme une règle infaillible qu'il faille observer à l'égard de tous les pénitents, attendu qu'il renferme bien des interrogations qui ne doivent pas se faire à tout le monde ; comme aussi beaucoup d'autres qui pourraient se faire sont laissées à la prudence du confesseur, lequel, dans les cas particuliers, devra se régler selon la qualité et le besoin de ses pénitents. Nous avons touché toutes les fautes et les transgressions qui se commettent le plus ordinairement contre les commandements de Dieu et de l'Eglise, sans toutefois astreindre le confesseur ni le pénitent à en suivre l'ordre, c'est-à-dire à interroger ou à s'accuser, en premier lieu, sur les péchés commis contre le premier commandement, et puis sur les autres successivement, leur laissant toute liberté à cet égard, afin de ne point les gêner. Néanmoins, avant de finir, le confesseur aura soins d'inviter ses pénitents, s'ils ont encore quelque chose qui n'ait pas été compris dans les interrogations, à le dire librement, afin qu'ils
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ne restent pas inquiets pour n'avoir pas tout dit; après quoi il terminera de la manière suivante :
C. Voilà que je connais tout l'état de votre vie passée ; maintenant, pour compléter votre confession générale, il est nécessaire que vous vous accusiez de toutes les confessions et communions mal faites pendant tout le temps d'une vie si déréglée. Dites-moi donc, avez-vous fréquenté souvent les sacrements?
P. Je me suis confessé et j'ai communié jusqu'à sept ou huit fois par an.
C. Vous vous accusez donc de toutes ces confessions et communions faites au plus mal, puisque vous cachiez des péchés, et que vous n'aviez ni repentir ni bon propos? Comme aussi vous vous accusez de n'avoir pas satisfait, pendant toutes ces années-là, au précepte pascal, n'ayant fait que des confessions et communions sacrilèges, et de n'avoir pas accompli les pénitences que vos confesseurs vous avaient imposées, en ayant omis plus de la moitié, je suppose, n'est-ce pas?
P. Qui, mon père, je m'en accuse, et je me repens de tout cela autant qu'il est en moi. Je voudrais pouvoir recommencer pour mieux régler ma vie, que j'ai si mal employée.
C. Avant de vous donner l'absolution, il est nécessaire que je sache si vous avez une connaissance suffisante des principaux mystères de notre sainte foi ; voyons, les savez-vous par cœur ?
P. Mon père, je les savais quand j'étais jeune, mais depuis je les ai oubliés.
C. Cette excuse ne sert de rien, si ce n'est à montrer que vous êtes plus coupable; car c'est une preuve que vous n'avez jamais fait les actes de foi, d'espérance et de charité, comme tout fidèle chrétien est obligé de le faire, au moins plusieurs fois l'an. Je devrais vous envoyer d'abord apprendre ces mystères; mais comme je
vous suppose parfaitement disposé à faire toutes les diligences pour les bien apprendre, je vais vous enseigner tout de suite ce qu'il suffit que vous sachiez pour bien recevoir le sacrement de pénitence. Mais d'abord repentez-vous d'avoir négligé de vous en instruire, et de n'avoir pas assisté aux instructions, comme vous y étiez tenu. Vous vous accusez de tout cela, et vous vous en repentez, n'est-ce pas? — Eh bien ! sachez que les principaux mystères que la foi nous enseigne et dont tout lidèle chrétien doit nécessairement avoir une connaissance explicite, sont l'unité de Dieu rémunérateur, l'incarnation, la mort et la résurrection du Rédempteur. En d'autres termes, pour que vous compreniez mieux, il y a un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes, qu'on nomme le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; ce grand Dieu est rémunérateur, c'est-à-dire qu'il donne le paradis aux bons et l'enfer aux méchants ; des troks personnes divines, la seconde, qui est le Fils, est venue au monde prendre une chair comme la notre, et s'appelle Jésus-Christ Notre-Seigneur; il a souffert la mort pour nous et il est ressuscité. Toutes ces vérités, il faut les savoir et les croire explicitement, si nous voulons nous sauver. Voilà que vous en avez une idée, mais pour les apprendre mieux, vous me promettez d'aller trouver votre curé ou quelque autre personne capable de vous instruire, n'est-ce pas?
P. Oui, mon père, je le promets et je n'y manquerai pas.
C. Faisons maintenant les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition, que vous n'avez jamais bien faits dans votre vie : ainsi vous allez répéter de bouche et de cœur ce que je vais vous suggérer :
« Je crois, mon Dieu, parce que vous-même, qui êtes la vérité infaillible, l'avez révélé à votre Eglise, que vous êtes un seul Dieu en trois personnes égales, le
Père, le Fils et le Saint-Esprit; je crois que le Fils s'est fait homme, qu'il est mort pour nous sur la croix, qu'il est ressuscité, et qu'il est monté au ciel, d'où il viendra juger tous les hommes, pour donner aux bons le paradis et aux méchants les peines éternelles de l'enfer. «
Vous croyez fermement tous ces mystères, n'est-ce pas ?
P. Oui, mon pere.
C, Faisons maintenant l'acte d'espérance :
« J'espère, ô mon Dieu, parce que vous êtes miséricordieux et tout-puissant, que vous m'accorderez le pardon de mes péchés, votre grâce en cette vie et la gloire éternelle en l'autre, par les mérites de Jésus-Christ et par le moyen des bonnes œuvres que je compte faire avec voire assistance. »
Vous espérez véritablement d'un Dieu sj miséricordieux le pardon de vos péchés, n'est-ce pas?
P. Oui", mon pere.