DIRECTOIRE
SUR L OPPORTUNITE DE LA CONFESSION GENERALE, LA METHODE POUR LA BIEN FAIRE, ET LES AVANTAGES QUELLE PROCURE.
I. A quoi bon, s'écrient certains pénitents dès qu'un confesseur zélé leur parle de confession générale, à quoi bon me iroubler la conscience avec, cette confession générale? Pour moi, grâce à Dieu, je n'ai jamais rien caché ; j'ai toujours tâché d'avoir une sincere contrition, et à chaque confession j'ai formé un ferme propos de ne plus retomber. J'ai vécu jusqu'ici dans la bonne foi; que sert-il donc de me mettre à la torture pour faire cette confession générale? — S'il en était réellement ainsi, vous auriez parfaitement raison de tenir un pareil langage. Cependant un missionnaire très-zélé, dont je puis vous garantir le témoignage, avait coutume de rapporter qu'il avait entendu, dans le cours de sa vie, bien des pénitents commencer leur confession générale par cette déclaration: « Mon père, si je, fais une confession générale ce n'est point par nécessité; c'est purement par dévotion et par conseil ; » mais qu'ensuite, après avoir
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été aidés par le confesseur à descendre jusqu'au fond de leur conscience, et à réfléchir sur les égarements de leur vie passée, une fois la confession générale terminée, ils s'écriaient en soupirant : « Malheureux que je suis ! comme je me faisais illusion en affirmant que je n'avais jamais caché de péchés en confession, que j'avais toujours eu la contrition requise et un ferme propos de m'amender ! Non, certes, je ne disais pas la vérité. Malheur à moi si j'étais mort avant ma confession générale ! Non, je ne voudrais pas pour tout l'or du monde ne l'avoir pas faite. » Savez-vous ce qui arrive ordinairement dans une confession générale? Précisément ee qui arrive à celui qui s'en va chasser dans une épaisse forêt, peuplée d'une multitude d'animaux. Vous le verrez quelquefois courir une journée entière dans les broussailles sans rencontrer une seule pièce de gibier, à peine aura-til la chance de tirer un coup ou deux. Mais si enfln, fatigué de courir à pure perte, il vient à mettre le feu aux quatre coins du bois, et que la flamme, excitée par un vent propice, se propage rapidement, vous verrez bientôt s'élancer de toutes parts des sangliers, des loups, des cerfs, des daims, en un mot, des animaux de toute espèce. Alors étonné d'un pareil spectacle, vous vous écrierez: Voyez, voyez combien il y avait de gibier dans cette forêt! qui l'aurait jamais cru? Je le comprends maintenant, pour connaître le terrain, il faut mettre le feu aux quatre coins à la fois. — La même chose a lieu dans la confession générale : que de choses reviennent au jour, auxquelles on n'avait jamais pensé, surtout quand on a été peu soucieux de son salut, et qui eussent été, au moment de la mort, un sujet d'inexprimables angoisses ! Vous voyez clone ce qu'on fait par une confession générale ; on met le feu aux quatre coins de sa conscience, et on la purifie complètement. — Vous me dites que vous avez toujours vécu dans la bonne foi. Mais
savez-vous bien ce que c'est qu'être dans la bonne foi? La bonne foi suppose que par le passé on ait employé toutes les diligences nécessaires pour se bien confesser, non-seulement en s'accusant avec exactitude de tous ses pécbés, mais encore en excitant dans son cœur, autant que la faiblesse humaine le permet, une véritable douleur et un ferme propos de se corriger: de sorte, qu'après avoir, avec la grâce de Dieu, amendé sa conduite, on vive dans la paix de la conscience, sans aucun doute sur la validité des confessions précédentes. Or, vous qui avez commencé à rejeter le joug du Seigneur dès votre enfance, qui avez souillé votre jeunesse, qui avez tenu la même conduite dans l'âge mûr, et qui peut-être continuez dans votre vieillesse à vivre plus mal que jamais, sans avoir jamais donné un véritable signe' d'amendement, pouvez-vous dire que vous n'avez aucune raison de douter de vos dispositions ni de la validité de vos confessions passées? Peut-on présumer cette bonne foi de votre part? Que si vous avez au contraire des motifs si forts et si légitimes de douter, comment croire que vous aimez votre âme si vous ne prenez la résolution de réparer au plus tôt, par une bonne confession générale, toutes ces confessions faites au plus mal?
II. Toutefois, il faut remarquer que la confession générale est nuisible pour quelques-uns, utile à un grand nombre, et strictement nécessaire à d'autres.
Elle est nuisible à quelques-uns. Mais quelles sont les personnes auxquelles la confession générale peut nuire? Ce sont certaines personnes scrupuleuses, d'ailleurs pénétrées de la crainte de Dieu, qui ont déjà fait plusieurs confessions générales, et qui recommencent toujours à se tourmenter elles-mêmes et leurs confesseurs. Les personnes de ce caractère sont en petit nombre de nos jours, il est vrai, mais s'il s'en présente quelques-unes, le confesseur doit les recevoir avec charité,
et tâcher d'adoucir leurs peines intérieures, en y compatissant et en leur donnant toutes les consolations possibles, se réglant pour cela sur son plus ou moins de loisir et sur le concours plus ou moins nombreux des pénitents. Il s'efforcera de leur faire bien comprendre qu'en pareil cas la désobéissance au père spirituel n'est pas de la dévotion, mais de l'opiniâtreté ; que si el^es ne se décident pas à soumettre leur propre jugement, jamais de la vie elles n'auront la paix du cœur. Ces sortes de personnes se persuadent qu'elles guériraient leurs scrupules en refaisant leurs confessions générales ; c'est au contraire le bon moyen d'accroître leurs inquiétudes. La maladie des scrupules, en effet, ressemble assez à certaines fluxions dont les yeux sont quelquefois affectés ; plus on se frotte les yeux, et plus on augmente le mal. De même , plus on frictionne la conscience en répétant les confessions générales, plus on développe les scrupules et les peines d'esprit. Par. conséquent, on se fera une règle inviolable de ne jamais permettre de confession générale à ceux qui, après en avoir déjà fait, se sont corrigés, ont eu la conscience satisfaite, et n'ont actuellement aucune raison particulière de douter de la validité de leurs confessions passées. Une chose excellente cependant, ce serait d'exhorter ces pénitents à faire une revue depuis leur dernière confession générale, afin de tenir loujours les comptes de leur conscience parfaitement en ordre. Si à cette occasion on jugeait bon d'accorder quelque soulagement à ces âmes affligées, on pourrait leur permettre de dire ce qui les inquiète le plus, en leur imposant silence sur tout le reste. Toutefois cela même doit être laissé à la prudence d'un confesseur éclairé qui, dans les cas- particuliers, sache discerner s'il doit permettre ou non de redire quelque chose de la vie passée. Au reste, un excellent conseil à donner à tous ces pénitents, c'est de répéter souvent l'acte
de contrition; on ramènera bien mieux le calme dans lame par ce moyen que par des accusations et des examens sans fin. Il faut leur bien faire comprendre, conformément à la doctrine de saint Thomas, expliquée par saint Antonin, que lorsqu'une personne, animée d'un sincère désir de se réconcilier avec Dieu, a fait tout ce qu'elle a pu pour faire une bonne confession, qu'elle a employé tous les moyens d'avoir une véritable contrition, et qu'elle a cru l'avoir en effet, en premier lieu, sa confession a été exempte de faute ; eu second lieu, il n'y a nulle obligation de la refaire; il suffit pour en assurer la valeur de renouveler l'acte de contrition. Il est donc avantageux de réitérer souvent cet acte, car de la sorte on réussira quelquefois, avec la grâce de Dieu, à le bien faire, et cela suffit, sans qu'il faille redire des péchés déjà soumis au pouvoir des clefs. Mais tout cela doit s'entendre des scrupuleux véritables, craignant Dieu, et qui, dans leurs confessions passées, ont procédé de bonne foi ; non pas de ces scrupuleux faux, dissimulés et hypocrites qui allient le libertinage au scrupule, qui judaïsent sur des minuties, puis boivent l'iniquité comme l'eau, et se vautrent sans fin dans les plus graves désordres. De tels scrupuleux ont besoin d'être éclairés, et d'être bien convaincus de la nécessité de la crainte de Dieu, d'un véritable changement de vie et d'une bonne confession générale, qui répare tant de confessions mal faites et de nulle valeur.
III. Il est ensuite un grand nombre d'âmes à qui la confession générale est utile , et l'on ne peut assez dire tous les avantages qu'elle procure quand elle est bien faite. Avantages pendant cette vie, d'abord, puis avantages beaucoup plus grands encore pour le moment de la mort. — Pendant cette vie elle est pour plusieurs le principe d'une vie sainte. L'expérience nous apprend qu'après une confession générale un grand nombre persévèrent, du moins pendant longtemps, et se corrigent
sur plusieurs points. Il en est de celui qui fait une confession générale comme de celui qui revêt un bel habit neuf : il a un soin particulier pendant longtemps de ne pas le souiller. Ainsi l'âme qui, au moyen de la confession générale, s'est ornée delà grâce comme d'un vêtement neuf, prend bien plus de précautions pour ne plus retomber dans la fange du péché. Qui pourrait dire le nombre de ceux qui, par une bonne confession générale, ont réformé leur vie sur les principes de l'évangile, et sont parvenus à se corriger de certains vices auxquels ils ne connaissaient presque plus de remède ! Aussi, le premier conseil que l'on a coutume de donner à ceux qui veulent changer de vie, c'est de se dépouiller du vieil homme et de se revêtir du nouveau, en faisant une confession générale. C'est ce qu'on fait avec ceux qui embrassent l'état religieux, ou ecclésiastique, ou même qui s'engagent dans les liens du mariage, comme aussi avec d'autres qui, après avoir vécu longtemps dans les embarras des affaires du monde, veulent entrer dans une vie plus tranquille, s'occuper de leur âme et se donner entièrement à Dieu ; car il n'y a point de moyen plus efficace pour opérer ce renouvellement intérieur qu'une bonne confession générale. La raison en est que celui qui fait une confession générale conçoit une plus vive douleur de ses péchés passés et un plus grand désir de se corriger à l'avenir. Autre chose est de voir tous ses péchés à la fois et d'un seul coup d'œil, autre chose de les considérer un à un. Une troupe de soldats débandés çà et là inspirent bien moins d'épouvante qu'une armée rangée en ordre de bataille. C'est pour ce motif que beaucoup de saints ont fait plusieurs fois dans leur vie des confessions générales. On lit dans l'histoire du vénérable archevêque de Valence, Don Juan de Ribera, dont la sainteté fit l'admiration de toute l'Espagne, qu'il fit sa confession générale jusqu'à six fois. Saint Charles Bor-
romée avait coutume de la faire tous les ans. Or, ces saints personnages en agissaient ainsi, non par scrupule, comme quelques-uns voudraient le faire, mais à cause des grands avantages qu'ils en retiraient ; ils puisaient dans cette pratique un plus grand mépris d'eux-mêmes, une contrition beaucoup plus vive de leurs fautes passées, et un redoublement d'ardeur pour travailler à leur perfection. Aussi saint François de Sales, entre autres louanges qu'il donne à la confession générale, dit « qu'elle nous inspire une salutaire confusion de notre vie passée, et nous fait admirer les traits de la miséricorde de Dieu, qui nous portent à l'aimer désormais avec plus de ferveur. » Il y a plus : la confession générale d'une âme pénitente réjouit extrêmement le cœur de Dieu. Sainte Marguerite de Cortone désirait que Notre-Seigneur lui donnât le doux nom de fille, au lieu de celui de pauvre petite qu'il lui avait donné jusque-là; le Sauveur lui fit savoir qu'elle n'entendrait ce beau nom qu'après avoir fait une confession générale, aussi exacte que possible, de tous les péchés de sa vie passée. Elle la fit en effet avec beaucoup de larmes. Alors Notre-Seigneur lui dit avec une douceur ineffable : Filia mea Margarita, remìttuntur Ubi omnia peccata- tua. « Marguerite, ma fille, en vertu de la confession générale que tu as faite, je te pardonne tous tes péchés. » 0 sainte et bienheureuse confession ! qui n'éprouverait le désir de la faire avec toute l'exactitude possible, afin de s'enrichir de tant de biens ! ,
IV. L'autre avantage de la confession générale concerne l'avenir, je veux dire l'heure de la mort. Qui est-ce qui, à ce moment suprême, ne voudrait l'avoir faite avec quelque soin? Oh ! quelle consolation pour un moribond d'avoir réglé tous ses comptes ! Mais si l'on tarde jusqu'à la dernière extrémité, comment se flatter de réussir? Le devoir le plus important de la prudence chrétienne,
c'est de prévoir ce qui doit arriver et d'y pourvoir à temps. Notre-Seigneur Jésus-Christ nous répète dans l'Evangile: Vigilate.... Estote parati1 : «Veillez.. . Tenez-vous prêts. » Remarquez-le bien ; il ne dit pas de nous contenter d'ouvrir les yeux lorsque nous serons sur le point de les fermer pour jamais ; il ne nous dit pas de nous préparer à la mort lorsqu'une longue maladie ne nous permettra plus de douter de son approche. Non, non : il dit de veiller et de nous tenir prêts de telle sorte que la mort, quelle que soit son heure, nous trouve préparés d'avance. Telle est la maxime de la véritable prudence. L'homme qui la suit mérite seul le nom de sage. Dans, le royaume d'Aragon , un gentilhomme de la cour vint se jeter aux pieds d'un missionnaire, et lui dit : « Mon père, si vous le trouvez bon, je voudrais faire une confession générale. »> Le missionnaire lui demanda quel motif il avait de faire cette démarche. — Ah ! mon père, répondit-il en soupirant, ne dois-je pas mourir? Or, comment après une vie si criminelle pourrais-je mourir tranquille sans avoir fait une confession générale avec tout le soin possible? Si j'attends le dernier moment, ma femme, mes enfants, les affaires, la crainte de la mort, la violence du mal, m'ôteront la présence d'esprit : quelle serait mon imprudence de remettre à la faire au milieu de tant de peines et d'embarras ! Souffrez donc que je profite d'une si belle occasion. » Ainsi parlait ce sage gentilhomme. Et'ce ne sont pas -seulement les personnes sensées, mais les plus négligentes elles-mêmes, qui, lorsqu'elles se voient en face de la mort, pensent parfois à faire une confession générale. Un bon religieux étant allé visiter les prisonniers, en trouva un qui devait être exécuté le lendemain. Ce malheureux le pria aussitôt d'entendre sa confession
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générale : « Mais qu'est-ce qui vous porte à cela? lui demanda le religieux. — Ah! mon père, lui répondit-il, c'est que demain je dois passer de ce monde à l'autre, et si je viens à manquer ce pas décisif, qu'en sera-t-il de moi? N'est-il donc pas bon que- je prenne, toutes les précautions possibles? » Vous le voyez, il n'y a pas jusqu'aux voleurs et aux assassins qui ne reconnaissent que la confession générale est d'un grand avantage à l'article de la mort. Et, en effet, Jésus-Christ appelle bienheureux ceux qui meurent bien préparés. Or, à qui peut-on mieux appliquer la. parole de l'Evangile qu'à ceux qui meurent après avoir fait une bonne confession générale : Beati servi itti quos, cum venerit Dominus, invenerit vigilantes1 ! Ils quittent la vie avec tant de consolation, tant de paix et de résignation à la volonté divine, que ces marques évidentes de prédestination font ambitionner de mourir comme eux! Permettez donc que je stimule votre courage en vous indiquant un moyen très-efficace pour achever de vous déterminer. Ce soir en vous couchant, prenez dans votre? lit la position que vous aurez bientôt dans le cercueil ; fermez les yeux, étendez les pieds, croisez les mains sur la poitrine, et dites-vous ensuite : dans quelque temps, je serai étendu de cette façon dans une bière, on me portera à l'église, on chantera mes obsèques, et puis on me jettera dans une fosse. Or, que voudrais-je avoir fait avant de me trouver dans cet état? Et s'il vous vient à l'esprit que ce serait un bonheur pour vous d'avoir fait une bonne confession générale, ne différez pas davantage ; ne vous laissez pas tromper par le démon : voit-il quelqu'un disposé à la faire, il lui insinue aussitôt qu'il en sera toujours temps, et en attendant il lui suscite des embarras et des soucis ; tantôt, c'est une affaire, et
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tantôt une autre, jusqu'à ce qu'il survienne une maladie mortelle, le pauvre pécheur pris au dépourvu n'a plus les forces ni la présence d'esprit nécessaires pour s'occuper de son salut, et meurt comme étourdi. Tenez-vous eu garde contre ces ruses infernales. Soyez sûr que nul ne se repentit jamais d'avoir fait à temps sa confession générale, tandis que beaucoup ont éprouvé d'amers regrets de l'avoir, par une déplorable négligence, différée jusqu'à la mort.
V. Il eu est d'autres enfin pour qui la confession générale est tellement nécessaire, qu'il y va de leur salut éternel. Mais quels sont-ils? — J'en distinguerai sept classes.
1° Ceux qui, par honte ou par tout autre motif, ont malicieusement caché en confession quelque péché mortel, ou qu'ils croyaient mortel, ou que du moins ils soupçonnaient tel, et qui ont ensuite continué à le cacher par malice dans les confessions subséquentes;
2° Ceux qui, ayant la conscience chargée de péchés mortels, se confessent sans examen, ou ne s'examinent qu'avec une négligence notable , s'exposant par là à ne pas faire une confession entière ;
3° Ceux qui ont à dessein partagé leur confession, disant leurs fautes graves, partie à un confesseur, partie à un autre, afin de ne pas tout faire connaître au même ;
4° Ceux qui se confessent sans douleur, sans avoir fait auparavant un acte de contrition ou d'attrition, n'allant à confesse que par habitude ou par pure formalité, comme s'il suffisait de réciter tous ses péchés au prêtre ; de même, ceux qui cherchent un confesseur sourd ou muet, qui ne sache ouvrir la bouche que pour proférer les paroles de l'absolution ;
5° Ceux qui se confessent sans un ferme propos, et ne s'appliquent jamais à se corriger de leurs mauvaises habitudes; qui changent de confesseur tout exprès pour
ne pas changer de vie, et veulent vivre et mourir dans leurs dispositions criminelles ;
6° Ceux qui ont vécu dans une occasion prochaine du péché qu'ils pouvaient et qu'ils n'ont jamais voulu quitter, et qui, nonobstant une attache si vicieuse, ont continué de se confesser ;
7° Ceux qui, ayant à restituer un bien mal acquis, ne l'ont pas fait quoiqu'ils le pussent; ou ceux qui, ayant quelque inimitié contre le prochain, n'ont jamais pardonné et n'ont pas moins continué- pendant plusieurs années de s'approcher du tribunal de la pénitence malgré de si mauvaises dispositions.
Tous ces pénitents sont dans la nécessité absolue de faire une confession générale de tous les péchés mortels commis depuis qu'ils ont commencé, avec pleine advertance, à se confesser si mal ; et ils doivent apporter à leur examen le même soin que si , pendant tout ce temps-là, ils ne se fussent pas confessés ; car toutes leurs confessions ont été sacrilèges. Il ne s'agit pas ici de ceux qui ont fait leur possible pour se bien confesser, $t qui, en se confessant, ont procédé de bonne foi; mais bien de ceux qui , en connaissance de cause, se sont confessés mal : il est certain que pour ces derniers il n'y a pas d'autre moyen de se remettre en grâce avec Dieu qu'une bonne confession générale.
Citons un exemple de ceux de la première classe. Il y a dix, vingt, trente ans que vous cachez un péché en confession ; chaque fois que vous vous présentez au saint tribunal, ce péché vous revient à la mémoire et vous connaissez l'obligation où vous êtes de le déclarer ; malgré cela la honte vous ferme la bouche : je dis que vous êtes tenu de faire une confession générale de ces dix, vingt ou trente années de mauvaise vie. — S'il en est ainsi, mon père, il me faudrait faire la confession générale de toute ma vie, quoique je sois dans la soixantième
ou la soixante-dixième année de mon âge? — Et pourquoi ? — Parce qu'étant enfant j'ai commis quelques péchés dont je me suis toujours souvenu et que je n'ai jamais déclarés en confession. — Mais pourquoi ne les avez-vous jamais déclarés? — Eh! il me semblait qu'étant encore enfant, je n'étais guère capable de pécher. — Quel âge aviez-vous quand vous avez commis ces péchés? — Sept à huit ans, plus ou moins. — Vous cachiez-vous pour n'être point vu quand vous faisiez ces mauvaises actions? — Oui, mon père. — Craigniez-vous d'en être puni par vos supérieurs? — Oui, mon père. — Ce sont là des signes bien probables que vous aviez une malice suffisante pour pécher. Mais en outre, n'aviezvous pas quelque doute que ces actions ne fussent gravement coupables? — J'en doutais un peu. — Et pourquoi, pendant tant d'années, n'a vez-vous jamais interrogé un bon confesseur pour, éclaircir vos doutes? — Ah! c'est qu'une certaine honte m'a retenu. — Cela suffit; vous avez besoin de faire une confession générale de toute votre vie. Do^uter si l'on a péché et avoir la malice ■de ne pas éclaircir ses doutes, c'est une preuve suffisante de culpabilité. Puis, supposé même que vous vous en fussiez confessé, quelle contrition, quel bon propos pouviez-vous avoir à l'âge de douze ou treize ans, lorsque vos parents ou vos maîtres ne vous faisaient aller à l'église qu'à force de menaces? Quelle espèce de confessions faisiez-vous à cet àge-là? Pesez bien toutes ces choses, et voyez si vous oseriez vous dispenser de faire une confession générale.
VI. Viennent maintenant ces confesseurs qui, voyant à leurs pieds un pauvre pénitent résolu de faire une bonne confession générale, s'empressent de lui demander si la honte lui a fait cacher quelque péché au confesseur, et dans le cas qu'ils répondent négativement, le renvoient aussitôt en lui disant qu'une confession gêné-
raie n'est pas nécessaire, comme si le défaut de sincérité était la seule raison qui rendît cette sorte de confession indispensable. Ceux-là font pis encore qui ne veulent pas même entendre parler de confession générale, qui la blâment, qui la critiquent, qui en détournent le plus grand nombre qu'ils peuvent, la qualifiant de casse-tête des confesseurs. 0 ministres de Dieu! ne voyez-vous donc pas quel tort immense vous pouvez faire à ces pauvres âmes que vous repoussez avec tant d'indiscrétion? Combien ne trouve-t-on pas de pénitents auxquels un confesseur peu instruit, ou négligent, ou très-imprudent, avait dit que la confession générale n'était pas nécessaire, tandis qu'elle leur était à plusieurs titres d'une indispensable nécessité, au point que s'ils fussent morts en cet état, ils seraient damnés ! Or , si cette âme que vous renvoyez indignement vient à se perdre par votre faute, que deviendrez-vous? Du moins ne détournez pas de la confession générale deux sortes de gens ; d'abord, ceux qui n'en ont jamais fait, car il est très-avantageux\ de la faire au moins une fois dans sa vie, de l'aveu de tous les maîtres de la vie spirituelle : comme il est trèspossible, en effet, que par une négligence coupable ou ait fait quelque mauvaise confession, la confession générale répare tous les manquements. Bien moins encore faut-il dissuader de la confession générale ceux qui, ' ayant vécu dans quelque mauvaise habitude, ont continué de se confesser de temps à autre avec peu ou point d'amendement. Quant à ces derniers, suivant le conseil de saint Charles Borromée, vous ne devez pas seulement les accueillir avec charité, mais encore les exhorter à réparer par une confession générale toutes leurs confessions particulières, comme n'étant que trop suspectes ou d'invalidité ou de sacrilège. Puis, supposé môme qu'elle ne soit pas rigoureusement nécessaire , que d'avantages ne procure-t-elle pas, comme nous l'avons p. m. vi. • 24"
dit plus haut? N'êtes-vous pas les médecins des âmes? N'est-ce pas le propre d'un médecin de faire état de tout ce qui peut être utile à son malade? S'il en est ainsi, il faut donc s'écrier avec Jésus-Christ : Filii hujua sœculi prudentiores filïïs lucis in generatione suasunt1.
Ah ! ça, je suppose maintenant tant les confesseurs que les pénitents suffisamment convaincus et de la nécessité et de l'utilité de la confession générale; il ne reste donc plus qu'à tracer une méthode courte et facile pour mettre la main à l'œuvre; car il ne faut pas se le dissimuler, le démon vous suscitera des montagnes de difficultés pour vous détourner d'un si grand bien. Les uns croient qu'ils ne parviendront jamais à débrouiller une conscience dont les inextricables embarras font le tourment de leur âme, les autres se sentent glacés au seul nom de confession générale. Eh bien! laissez-moi faire, et, avec la grâce de Dieu, ces montagnes seront bientôt aplanies. En somme, toutes les difficultés se réduisent à deux ; l'une regarde l'examen à faire, l'autre le nombre des péchés à déclarer. Quant à l'examen, c'est chose facile pour celui qui a mené une vie très-uniforme ; il pourra en quelques mots faire une confession générale de plusieurs années. Au contraire, celui dont la conduite ne présente pas la même uniformité rencontrera dans la pratique de plus grandes difficultés, notamment pour deux raisons : premièrement, ayant la conscience fort embrouillée à cause de la multitude des péchés commis et des confessions mal faites, il ne saura ni par où commencer, ni comment achever son examen, tant il aura la tête pleine de confusion. On en a vu, en effet, qui, après avoir passé plusieurs jours à écrire leurs péchés et noirci plusieurs feuilles de papier, se trouvaient plus embarrassés que jamais, ne sachant ni ce qu'ils avaient
(1. Lhc. iC, 8.
écrit, ni ce qui leur restait à écrire, parce qu'ils avaient tout écrit pêle-mêle et sans ordre. L'autre source de difficultés c'est que, à mesure qu'il retrouvera ses péchés, il manquera peut-être de termes propres pour en exprimer les espèces et les circonstances. Ainsi, tel vous racontera quatorze histoires pour accuser quatorze péchés, qui pourraient être dits en quatre paroles. Pour éviter ces deux écueils, je vous proposerai deux expédients : le premier, c'est de choisir un bon confesseur, un prêtre prudent, instruit et charitable, puis de vous remettre entre ses mains et de le prier de vous assister et de vous interroger : vous trouverez qu'avec son secours tout vous deviendra aisé, pourvu toutefois que vous vous soyez examiné de manière à pouvoir répondre et donner les explications convenables sur les questions qu'il vous fera. L'autre expédient, c'est le Dialogue entre le confesseur et le pénitent que je tracerai ci-après. Avec votre portrait que peu-t-être vous y reconnaîtrez, vous y trouverez la manière pratique de découvris et d'expliquer tous vos péchés. Après cela, ferez-vous bien d'écrire vos péchés, et pouvez-vous faire usage à cet effet des examens de conscience qu'on trouve dans les livres? Si vous me demandez conseil là-dessus, voici ma réponse. Je ne vous blâme point d'écrire votre confession, pourvu que vous l'écriviez en abrégé, vous bornant à noter les principaux chefs d'accusation, quant à la qualité et à la quantité, c'est-à-dire quant à l'espèce et au nombre, et retranchant toute superfluité, telle que l'histoire des faits et des accidents particuliers, propres à dissiper le cœur et à consumer en pure perte un temps précieux. Quant aux livres, il faut user de précaution; car il en est qui, confondant les péchés mortels avec les péchés véniels, et décrivant avec trop de détail ce qui ne devrait être dit qu'en passant, jettent les pénitents dans la confusion. Ajoutez que tous ne savent pas s'en
servit' avec un sage discernement. Ainsi je ne voudrais pas vous voir imiter cette jeune pensionnaire, qui, ayant demandé et obtenu de son confesseur la permission de faire sa confession générale et de se servir d'un livre pour son examen de conscience, se mit à transcrire sur une feuille de papier tous les péchés, même les plus énormes qu'elle trouva indiqués dans son livre ; puis, avec une candeur admirable, vint les débiter à son confesseur, qui fut saisi d'horreur à un pareil récit. « Mais, ma chère enfant, lui dit-il, avez-vous vraiment commis tous ces péchés? » — « Dieu m'en garde, mon père,, répondit-elle; je les ai écrits parce que je les ai trouvés dans le livre. » — Pour vous, si vous voulez, je vous indiquerai un livre qui ne trompe pas, c'est le livre de la conscience : lisez-le avec attention, vous y découvrirez fidèlement tous vos péchés, aidé surtout, comme nous l'avons dit, par les interrogations d'un bon confesseur. Ce que je dis concerne spécialement les personnes peu éclairées qui, si on ne les interrogeait, ne sauraient pas ouvrir la bouche. Les confesseurs doivent se rappeler d'ailleurs que, pour cette raison, les personnes simples sont tenues à moins que les autres, et que leurs confessions générales peuvent s'expédier beaucoup plus vite. Nous ne sommes obligés de les interroger qu'en proportion de leur capacité, pour suppléer à l'examen qu'elles devraient faire par elles-mêmes : cela veut dire que si peu qu'on les aide, c'en est assez pour satisfaire au devoir et les renvoyer tranquilles.
VII. Il ne reste plus qu'à éclaircir un doute au sujet de l'examen : doit-on le permettre sur les péchés déshonnétés, matière dangereuse, dans laquelle on peut facilement se complaire tout en s'examinant ou en se confessant ? — Mais si ce doute était bien fondé, il ne faudrait ni s'examiner sur ses péchés, ni s'en confesser, même dans les confessions ordinaires, attendu que le danger
serait égal, et même plus grand à cause du souvenir plus récent du plaisir défendu. Loin qu'il en soit ainsi, je pense au contraire que la plupart des pécheurs ensevelis dans ce bourbier ont absolument besoin de faire une confession générale. Qui sont, en effet, ceux qui, pour l'ordinaire, cachent des péchés par honte, partagent la confession, ou se confessent sans douleur et sans ferme propos, retombant quelquefois le jour même de la confession? ne sont-ce pas les pécheurs de cette catégorie? Si l'on trouve dans un livre quelconque l'opinion contraire, je dis qu'elle doit s'entendre de ceux qui, ayant fait autrefois leurs confessions générales, se sont corrigés et vivent chrétiennement dans leur état. Mais , comme il est nécessaire de confesser une fois ses péchés dans les confessions ordinaires, il est très-utile, supposé même qu'il n'y ait aucune des nécessités ci-dessus, de les confesser une fois en confession générale, pour plus grande sûreté de conscience.
Toutefois, le confesseur aura la précaution de nò jamais demander, et le pénitent de ne jamais dire que le pur nécessaire, c'est-à-dire le nombre et l'espèce des péchés, sans trop s'étendre et sans entrer dans certaines particularités obscènes qui s'entendent d'elles-mêmes. A l'exemple de ceux qui vont dans des lieux infects en tenant à la main un peu de musc, ils auront soin de tenir devant les yeux quelque pieuse considération propre à dissiper les images que font naître de semblables récits, qui, du reste, faits par manière d'accusation, inspirent plutôt de l'horreur et de la confusion que des complaisances criminelles. — Un autre conseil, c'est de développer d'abord dans les confessions générales, ce qui regarde le sixième précepte, et de passer ensuite aux autres commandements. Ainsi, je n'approuve pas la méthode des confesseurs qui, pour bien faire la confession générale, veulent que les pénitents s'exami-
nent sur les différents âges de la vie, notant séparément les péchés de l'enfance, de l'adolescence, de l'âge mûr et de la vieillesse. Il est vrai qu'il faut passer en revue tous les âges, mais comme il y a certains péchés qu'on a commis à tout âge, à raison de la mauvaise habitude contractée, on devrait, en suivant cette méthode, dire plusieurs fois le même péché, et cela sans aucune nécessité, car la diversité des âges ne change pas l'espèce. D'autres font pis encore : ils assignent différents jours pour faire la confession générale, un pour confesser les péchés commis avant le mariage, un autre pour les péchés commis après ; ou bien, si un pécheur a commis vingt péchés de la même espèce, ils les lui font dire un à un, en lui faisant expliquer toutes les circonstances, même les moins importantes. De là vient dans le peuple cette appréhension mal fondée qui fait envisager dans la confession générale une entreprise des plus difficiles. C'est ainsi que le manque d'habileté du confesseur rend dur et pénible le joug si doux de Jésus-Christ. Mais toutes ces difficultés s'évanouiront au moyen du Dialogue ci-après, où nous donnons au jeune confesseur ainsi qu'au pénitent une méthode facile à suivre et propre à leur faire aimer la confession générale. — Enfin je vous engage à ne pas vous examiner sur les péchés véniels, quoiqu'il soit très-bien de les confesser exactement dans les confessions ordinaires. Si vous vouliez en faire un examen minutieux pour les accuser dans la confession générale , il n'en résulterait qu'une plus grande confusion dans votre esprit, et peut-être serait-ce un piège du démon qui tournerait votre sollicitude de ce côté afin de vous rendre la confession plus ennuyeuse et plus pénible. Comme ils ne sont pas matière néces- ' su ire, il suffit d'en avoir une contrition universelle et d'en faire la matière d'une accusation générale à la fin do la confession. Soyez sûrs que par ce moyen, même,
comme l'enseigne saint Thomas1, sans vous en accuser en détail, vous en recevrez l'absolution.
VIII. La plus grande difficulté qui se présente dans une confession générale, c'est celle qui regarde le nombre des péchés à déclarer au confesseur. Voici une règle claire qui òtera toute confusion. Si vous savez le nombre certain de vos péchés, vous devez le déclarer comme certain. Plusieurs pénitents manquent en ce point lorsque leur confesseur leur demandant combien de fois ils ont commis tel péché, ils lui répondent quatre ou cinq fois, quoiqu'ils soient certains de l'avoir commis cinq fois ; ce n'est pas là se bien confesser, il faut dire simplement : cinq fois, sans laisser planer de doute. Si vous ne savez pas le nombre juste et précis, tâchez au moins de dire un nombre probable, en cherchant à approcher autant que possible de la réalité. Dites, par exemple : j'ai commis ce péché dix ou douze fois environ ; vingt ou vingt-cinq environ. Ce mot environ laisse subsister une certaine latitude et ôte tout péril de mensonge. Mais si l'on ne peut indiquer un nombre probable, sans danger de se tromper notablement, que faire? Alors il faut expliquer le temps qu'on a vécu dans l'habitude du péché et la fréquence des actes coupables, en disant, par exemple : j'avais quinze ans, lorsqu'un mauvais camarade, pire que le démon, m'apprit à commettre tel péché, et j'ai continué à le commettre jusqu'à l'âge de trente ans, deux ou trois fois par semaine ; il y avait des semaines où je ne le commettais qu'une fois et d'autres où je m'en abstenais tout à fait. — A l'âge de vingt ans j'ai contracté une liaison criminelle, et j'y ai persévéré jusqu'à trente-cinq ans ; d'ordinaire j'offensais Dieu une fois la semaine, quelquefois je passais quinze jours et parfois même un mois sans retomber. — Mais
(1) In 4, dist. 21, q. i, art. 1.
suffit-il, mon père, de s'accuser* ainsi? — Et pourquoi pas? Plût à Dieu que tout le monde se confessât de la sorte ! — Oh ! Dieu soit loué ! la chose ne me parait plus si difficile. N'avais-je pas raison de dire que je vous aplariirais ces montagnes ? Vous ne vous étonnerez plus d'entendre dire que parfois nous autres missionnaires nous expédions une confession générale dans l'espace d'une demi-heure, et même moins, surtout lorsqu'il s'agit de personnes simples. Voilà la marche charitable que nous suivons. Il suffit que le pénitent sache répondre : Oui mon père ; non, mon père ; car nous les interrogeons sur toutes les espèces de péchés, lesquels, chez les simples, se réduisent à un petit nombre; en même temps on tâche d'en découvrir le nombre probable, ou tout au moins la durée et la fréquence, et par là on débrouille facilement tout le chaos de leurs péchés. J'ajoute même, pour votre consolation, que dans une confession générale, cette distinction numérique des péchés n'exige pas un aussi grand détail de la part des pénitents que dans la confession ordinaire, à cause que, bien souvent, il est moralement impossible, et que la bonté de Dieu ne nous astreint pas à des difficultés qui soient au-dessus de nos forces; aussi, quand un pauvre pénitent est embarrassé, il n'est pas prudent de lui faire violence pour cela. Si vous demandez à un vieillard, qui toute sa vie a été habitué à des pensées déshonnètes, combien de fois il a consenti, il ne pourra vous répondre; il dira précisément ce que vous lui ferez dire. Demandez-lui s'il a menti mille fois, il répondra mille fois ; si vous dites dix mille fois, il dira dix mille fois ; dans le trouble, il ne sait que dire. En pareil cas que faut-il faire ? Lorsqu'on ne peut obtenir ni le nombre certain, ni le nombre probable, ni même la fréquence, je dis que c'est assez de connaître la mauvaise habitude et de savoir combien d'années elle a duré. Par là le confesseur
arrivera à comprendre, autant que possible, l'état du pénitent, en supposant ce qui arrive ordinairement dans une mauvaise habitude en pareille matière, pourvu que ia fréquence plus ou moins grande des chutes ne tire pas à conséquence, comme dans le vol ; car alors il faudrait apporter plus d'exactitude. Mais dans les autres cas, supposé l'ignorance ou l'embarras du pénitent, il suffit que le confesseur connaisse le nombre le moins mal possible. Je dis plus ; s'il prévoit qu'en l'interrogeant davantage sur le nombre, il augmentera son embarras, il peut passer outre, conjecturant en lui-même un nombre approximatif, sans tenir plus longtemps ce malheureux à la torture, attendu, comme dit saint Thomas, que dans la confession on n'exige p$s de l'homme plus qu'il ne peut : In confessione non exigitur ab homine plus quam possit1.
IX. Voilà donc tout ce qui tient à la confession gêné-, raie éclairci. Maintenant, qui d'entre nous ne cherchera à exciter dans son cœur la contrition du roi pénitent Ezéehias, disant à Dieu avec larmes et soupirs : Recojitabo tibi omnes annos meos in amaritudine animai meœ2i Ah ! qu'elle était sincère la contrition d'Ezéchias ! dit saint Bernard ; à peine eut-il prononcé cet aveu en répandant une grande abondance de larmes, que Dieu, pour montrer combien il est touché d'une semblable contrition, lui prolongea la vie de quinze ans, afin qu'il la passât dans une continuelle douleur de l'avoir offensé. C'est pour cela que presque tous les saints posèrent pour premier fondement de leur sainteté une exacte confesion générale de toute leur vie. Saint Ignace de Loyola, dans son livre d'or des exercices spirituels, exhorte tous ceux qui veulent se convertir parfaitement à Dieu de commencer par faire une confession générale de tous
(1) In 4, dist. 17, q. 3, ari. 1. (2) Isa. 3S, 15.
v. m. vi. 25
leurs péchés. Saint Vincent de Paul, fondateur de la vénérable congrégation de la Mission, ayant entendu une confession générale, suivant. qu'il est dit au chapitre sixième de sa Vie écrite en italien, prit de là motif de faire ses premières missions, et de fonder ensuite sa sainte Congrégation, dans laquelle on fait profession expresse d'entendre les confessions générales des personnes les plus ignorantes et dont la conscience est le plus embrouillée. En effet, on voit ces excellents ouvriers donner leurs soins à tous avec une patience infatigable, et des fruits admirables pour une foule d'âmes qui avouent ingénument que, si elles n'avaient pas fait une confession générale, elles se seraient damnées.
Et qu'on ne croie point que c'est une invention moderne. La confession générale était déjà en usage parmi les saints solitaires et les pères du désert, comme le prouve un exemple qu'on lit dans le Pré spirituel, et dont saint Jean Climaque dit avoir été témoin oculaire. Il rapporte qu'un grand pécheur se présenta à son. monastère pour se faire moine. L'abbé, qui était un religieux d'une eminente vertu, voulut le soumettre à une rude épreuve; il l'obligea à faire publiquement la confession des péchés de toute sa vie. Ce jeune homme, plein de ferveur, ne balança pas; il écrivit incontinent toutes ses fautes, et en lit la lecture en présence de tous les moines assemblés ; mais il le fit avec tant de larmes et de sanglots, que ces bons religieux ne doutèrent plus que sa vocation ne vint de Dieu. Mais, ce qui confirme ce que nous avons dit, c'est qu'à mesure que ce jeune homme lisait ses péchés, un ancien vit un ange qui les effaçait de la liste qu'il tenait à la main. Voyez maintenant si saint Jean Chrysostômen'a pas raison d'appeler la confession générale un second baptême l, qui purifie
(1, li cap. 5 Ep. ad Cor.
notre unie de toutes ses souillures et nous fait regagner le temps pecdu par le dérèglement de notre vie passée, selon l'expression de saint Paul : Redimentes tempus, quoniam clies mali sunt1. Comment peut-on racheter. le temps perdu? Par la confession générale, répond saint Bernard. En effet, que fait alors le pénitent? Il répare le temps passé par un sérieux examen de ses fautes, il affermit le présent par une véritable contrition, et il assure l'avenir par un ferme propos : Tempus in tria dividitur, in prœsens, prœteritum et futurum; horum nidlum perdit qui racte po'aitentiam agit'2 .
En un mot, celui qui fait une bonne confession générale recouvre en quelque sorte l'heureux état de l'innocence baptismale ; son âme redevient belle et blanche aux yeux de Dieu. C'est ce que prouve le trait que raconte Césaire d'un étudiant de l'université de Paris, qui s'était abandonné au désordre. Ce jeune homme, touché un jour par la parole de Dieu, alla trouver un' religieux de l'Ordre de Citeaux, pour lui faire sa confession générale. Mais sa douleur était si grande, ses larmes si abondantes, qu'à peine pouvait-il proférer une parole Le bon religieux lui conseilla de mettre tous ses péchés sur le papier, et de revenir avec sa confession écrite, ce qu'il fit. Le confesseur en la lisant y trouva des crimes si énormes, des cas extraordinaires, que, n'osant rien décider par lui-même, il demanda au pénitent la permission d'en conférer avec son abbé, homme d'une science et d'une prudence consommées; il l'obtint sans peine. L'abbé invité à dire son avis ouvrit le papier afin de l'examiner, mais il le trouva tout blanc ; il n'y était resté que quelques traces de ratures, comme on en voit sur un papier dont on a effacé l'écriture. « Que voulez- vous donc que je lise? dit l'abbé; je ne
(1) Eph., 5, 16. (2) S. Bern. Sentent, de trtpl. slat. animœ.
vois rien d'écrit. » — Le confesseur, qui venait de l'avoir lu, resta stupéfait, et appelant le pónitent, il lui demanda si c'était bien là la feuille sur laquelle il avait écrit sa confession générale : « Certainement, » dit le jeune homme. — « Je vous en félicite, reprit le confesseur ; Dieu, par un miracle évident, a effacé de ce papier tous vos péchés, pour vous montrer comment il les a effacés du livre de sa justice, et la blancheur de cette feuille dénote la blancheur de votre âme, devenue belle et pure à ses yeux par la vivacité de la contrition qu'il vous a si miséricordieusement inspirée. Il ne vous reste plus qu'à confesser vos péchés tels que vous les avez dans l'esprit, afin d'en recevoir la sainte absolution. » Le pauvre pénitent, après l'avoir reçue, se prosterna, attendri et fondant en larmes, et prit la résolution de réparer, par un changement de vie complet, les scandales qu'il avait donnés par l'énormité de ses dérèglements.
0 sainte pratique de la confession générale, qui produit dans lame des effets si admirables ! Elle révalide les confessions précédentes, faites sans les dispositions nécessaires ; elle excite dans l'âme une contrition plus efficace des péchés commis ; elle arrache du cœur tous les vices et toutes les attaches criminelles, elle incline la miséricorde divine à nous accorder un plus ample pardon de toutes nos iniquités, elle console enfin le pauvre pénitent, le rend pur comme au sortir des eaux du baptême, le dispose à recevoir de nouvelles grâces et de nouvelles faveurs en cette vie, et la gloire éternelle dans l'autre. Que chacun pèse ces précieux avantages de la confession générale, et puis qu'il se dispense de la faire, s'il en a le courage.
Si l'on craignait de rencontrer trop de difficultés dans la pratique, qu'on jette un coup d'oeil sur le dialogue suivant, et toutes les craintes s'évanouiront.
ENTRE LE CONFESSEUR ET LE PÉNITENT, TOUS DEUX ASSISTÉS DU DIRECTEUR, QUI SUGGÈRE AU CONFESSEUR LA MANIÈRE DÌNTERROGER, ET AU PÉNITENT LA MANIÈRE DE RÉPONDRE, POUR FACILITER LA CONFESSION GÉNÉRALE.
Nous allons réduire en pratique la manière de faire la confession générale. C'est pour dissiper les fausses appréhensions que le peuple a coutume de se former d'une œuvre si sainte et lui en faciliter l'usage, en lu faisant connaître telle qu'elle est, c'est-à-dire douce et aimable, que nous traçons le dialogue suivant. Il servira aux pénitents comme de miroir où chacun pourra voir les difformités de sa conscience, afin que, d'après ce modèle et les règles de prudence qui y sont tracées, il puisse s'acquitter aisément de son examen, et faire une confession générale bien exacte. Il y apprendra la manière pratique de répondre et de s'expliquer avec le confesseur, et, ce qui est bien plus important, la manière de produire les actes nécessaires pour recevoir l'absolution avec fruit. — Il servira aussi aux jeunes confesseurs qui y apprendront la manière d'interroger les pénitents et l'ordre qu'ils doivent suivre pour expédier brièvement et facilement les confessions générales, car nous résumons ici tous les avis que nous avons donnés dans l'instruction précédente. Il est certain que le meilleur moyen d'apprendre à prêcher, c'est d'entendre
un éloquent prédicateur parlant du haut de la chaire; mais pour apprendre à confesser, on ne peut aller tendre l'oreille et écouter ce que dit le confesseur dans le secret du tribunal de la pénitence et sous le sceau le plus inviolable. Or, pour avoir une idée de ce qui se passe entre le confesseur et le pénitent, on les représente ici comme s'ils étaient l'un et l'autre dans l'acte même de la confession. Cette confession idéale instruira les pénitents à se bien confesser, et les jeunes confesseurs a diriger utilement leurs pénitents, et à leur faciliter l'usage de la confession générale ; pourvu qu'on fasse la part de la prudence, et que ce qui est proposé ici pour exemple ne soit pas pris pour une règle fixe qu'on doive rigoureusement observer avec toutes sortes de personnes. Car, dans les cas particuliers, le confesseur doit tantôt restreindre, tantôt étendre ses interrogations, les variant selon le besoin spécial de son pénitent.
On développe en premier lieu ce qui regarde le sixième commandement, parce que le pénitent, une fois dégagé de ce bourbier, marche plus librement, et rie s'épouvante plus de rien. Pour de bonnes raisons, les questions aussi bien que les réponses sur cette matière scabreuse sont présentées en latin : c'est afin de ne pas nuire aux personnes simples et innocentes.
Ces mots, le directeur, indiquent que c'est lui qui parle; la lettre C, que c'est le confesseur; et la lettre P marque le commencement des réponses du pénitent.
Pour ce qui est de l'utilité qu'on peut retirer du présent dialogue, nous laisons le soin d'en juger aux confesseurs ainsi qu'aux pénitents qui en feront l'expérience.
Le directeur.
La première règle que je vous donne pour entendre avec fruit les confessions générales, c'est de traiter votre
pénitent comme vous voudriez qu'on vous traitât vousmême si vous étiez dans son misérable état. Accueillezle avec un visage ouvert et gai, avec une douceur pleine de charité; montrez-lui de l'affabilité afin qu'il prenne confiance en vous, et qu'il vous ouvre son cœur tout entier. Abstenez-vous de certaines expressions rudes et impolies, dictées par un zèle amer, qui sont bien plus propres à irriter et a exaspérer le pénitent, qu'à le rendre docile, obéissant et contrit. Lors même qu'il serait grossier, bouché, ignorant, et même quelquefois rebelle à vos observations au point de ne pas vouloir remplir ses devoirs, vous ne devez ni le gourmander durement, ni l'effrayer par une sévérité excessive. Mettez en principe qu'au confessionnal vous devez être un martyr de la patience, tâchant toujours de gagner votre pénitent par des manières affectueuses et prévenantes, par une conduite qui incline plus à la douceur qu'à la sévérité. Fersuadez-le doucement par la force des raisons, faites' pénétrer bien avant dans son âme les saintes maximes de la foi, et vous le verrez bientôt humilié et convaincu; en un mot, traitez-le comme vous voudriez être traité vous-même.
Interrogez-le ensuite sur les péchés commis depuis la dernière confession, afin de comprendre dès le commencement quel est l'état de son âme. S'il se trouvait dans une océasion prochaine' de péché, ou sujet à quelque mauvaise habitude, sans avoir la ferme résolution de se corriger, ni donner aucun signe de componction, conformément aux règles exposées ci-devant, vous ne devriez pas vous engager à entendre sa confession générale ; ce serait peine perdue ; car la confession générale ne se fait pas seulement pour remédier au passé, mais aussi pour commencer généreusement une vie nouvelle: si donc le pénitent manque de cette disposition essentielle, l'ouvrage tout entier manque de fondement. Si,
au contraire, le pénitent paraît bien dispose, demande zlui avant tout quel est son état, son âge, sa profession. Commencez par le sixième commandement. Interrogezle d'abord sur les péchés commis dans l'enfance, puis sur les pensées, les paroles, les actions obscènes, mais par degrés, suivant l'ouverture qu'il vous donnera par ■ ses réponses, et conformément à ce que je vous suggérerai moi-même.
Pour vous, pénitent, vous devez aller vous agenouiller aux pieds de votre confesseur en esprit d'humilité et de soumission, dans la disposition de lui ouvrir votre cœur tout entier, de faire votre confession générale comme si elle devait être la dernière et que vous fussiez sur le point de comparaître au tribunal de Dieu, mais par-dessus tout avec la ferme et généreuse résolution de changer de vie. Ne vous répandez pas en récits inutiles. Si même vous avez écrit vos péchés, mais sans ordre, pêlemêle, et en en faisant des histoires, et que votre confesseur dans sa prudence juge qu'il vaut mieux que vous mettiez votre papier de côté et que vous suiviez sa méthode, en répondant à ses interrogations, obéissez : vous ne pouvez vous tromper. En lisant un fatras si embrouillé, vous ne feriez qu'augmenter la confusion dans vos idées. Au reste, voici votre règle : taisez- vous quand le confesseur parle, et parlez lorsqu'il vous interroge; suivez l'ordre qui vous sera tracé et que je vais vous .suggérer.
C. Vous êtes donc venu pour faire votre confession générale? Je m'en réjouis; soyez sûr qu'elle vous sera comme un second baptême. Courage, ne craignez rien; ayez confiance en moi, je vous aiderai autant que possible, et j'espère que vous serez bien content. Or, dites-moi, a vez-vous jamais fait une confession générale?
P. Non, mon père; aussi je ne peux vivre tranquille
si je ne me décharge de ce lourd fardeau de péchés, qui pèse sur le cœur.
C. Etes-vous marié ou libre? Quel âge avez-vous? Quelle est votre profession? afin que je puisse vous aider par des interrogations en rapport avec votre condition.
P. Je suis marié, et j'ai trente-six ou trente-sept ans: j'ai exercé différentes professions, comme la suite de ma confession vous l'apprendra.
C. Combien y a-t-il de temps que vous ne vous êtes confessé ?
P. Il y a environ deux mois.