‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 96 sur 101 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

II. Un trésor, si grand et si précieux qu'il soit, n'est apprécié que pour autant qu'il est connu. De là vient que plusieurs parmi vous n'ont pas une juste estime du Chemin de la Croix. Quoique ce soit un trésor immense,

c'est cependant un trésor caché, un trésor inconnu; parce que le sang infiniment précieux que le Sauveur y a répandu en si grande abondance est lui-même peu connu, et encore moins apprécié. Trouvez bon, par conséquent, que dans ce discours familier et instructif, je vous montre brièvement que — l'exercice du Chemin de la Croix est très-excellent par son origine, — très-utile par les fruits qu'il produit, — très-facile en pratique.

Pour vous convaincre de son excellence, qu'il vous suffise de savoir que le Chemin de la Croix n'est autre chose qu'une pieuse représentation du douloureux trajet que fit Notre-Seigneur, tout ruisselant de sang, depuis le prétoire de Pilate jusqu'au lieu de sa Sépulture; et comme le divin Sauveur parcourut cette voie en portant sur ses épaules le pesant fardeau de sa croix, dont la perfidie des Juifs l'avait chargé, on la nomme le Chemin de la Croix. Que si la curiosité vous portait à rechercher pourquoi la voie douloureuse présente une telle variété de stations et de croix, dont chacune est un nouveau sujet de larmes, vous saurez que chaque croix ou station correspond à un des saints lieux où le Sauveur souffrant fut obligé de s'arrêter. Ces points d'arrêts sont appelés stations, du mot stare, qui veut dire s'arrêter, et comme depuis la maison de Pilate jusqu'au saint sépulcre, Notre- Seigneur s'est arrêté quatorze fois, savoir douze fois en vie et deux fois étant mort, on distingue quatorze stations ou croix.

III. Quelle belle idée ! me dites-vous ; mais qui donc a inventé un si saint exercice? — Vous désirez le savoir ? Eh bien! ce fut une inspiration du Cœur admirable de Marie toujours Vierge. Oui, c'est la tres-sainte Vierge qui, la première, imagina le pieux axercice du Chemin de la Croix. Elle le pratiqua elle-même et le légua en héritage à ses fidèles serviteurs. C'est ce qu'elle a révélé ellemême à sainte Brigitte: « Sache, ma lille, lui dit-elle,

que pendant tout le temps que j'ai survécu à l'ascension de mon divin Fils, je visitais chaque jour les saints lieux où il a souffert, où il est mort et où il a fait, éclater ses miséricordes » : Omni tempore post ascensionem Filli mei visitavi loca in quibus ipse passus est, et mirabilia sua ostendit. Or, je vous le demande, fidèles chrétiens, ce seul motif, savoir que le Chemin de la Croix fut inventé, non par un saint ou une sainte quelconque, mais par l'auguste Mère de Dieu, ce motif, dis-je, ne suffit-il pas pour gagner vos cœurs et exciter votre ferveur? Pourriez-vous ne pas prendre la résolution de le pratiquer le plus souvent possible, en apprenant que la sainte Vierge y vaquait tous les jours, omni tempore? Ajoutez à cela qu'Adricomius, écrivain d'une grande autorité, ne se borne pas à attribuer à la sainte Vierge l'origine^du Chemin de la Croix ; il affirme en.outre que c'est ce pieux exercice qui a donné naissance dans l'Eglise à l'usage des processions, dans lesquelles on porte la croix en tête. Il s'appuie sur une pieuse et antique tradition, et en effet il est beaucoup de choses dans l'Eglise que nous ne connaissons que par la tradition transmise de père en fils. Voici ses paroles :« Pia habet traditio majorum beatam Virginem, quœ cum suis cruenta Filii sui vestigia ad crucem usque sequuta fuit, post ejus sepulturam hue redeuntem, primam Viam Crucis ex devotione calcasse, unde et Christianorum processiones ac crucis gestationes originem habere videntur. » Que dites-vous maintenant, mes chers auditeurs? Eu est-ce assez pour vous faire reconnaître l'excellence singulière du Chemin de la Croix? Ne peut-on pas affirmer que c'est pour ainsi dire la Mère de toutes les dévotions, puisque c'est la plus ancienne de toutes, la plus sainte, la plus pieuse et la plus excellente? Cela étant, elle mérite ajuste titre la préséance sur toutes les autres. Prononcez donc la sentence p. m. vi. 40

en sa faveur du fond de vos cœurs, en vous écriant: quel précieux trésor ! ohi quel précieux trésor !

IV. Ce grand trésor, les fidèles de la primitive Eglise le connurent et l'apprécièrent. Mus par l'exemple de la très-sainte Vierge, qui pratiquait journellement l'exercice du Chemin de la Croix, ils montraient un tel empressement à visiter jour et nuit les saintes stations de Jérusalem, qu'ils provoquèrent la jalousie des païens. Ceux-ci ne pouvant souffrir ce nombreux concours, imaginèrent, pour l'empêcher, d'élever sur le sommet du Calvaire la statue de, Vénus, et sur le saint sépulcre celle de Jupiter, afin que les chrétiens fussent détournés de visiter ces saints lieux par la crainte d'être taxés d'idolâtrie. Ces infâmes statues furent dans la suite abattues par sainte Hélène, qui remit en honneur les lieux consacrés par les plus augustes souvenirs. Cependant la charité des peuples.se refroidit avec le temps ; la Terre- Sainte, d'ailleurs, étant tombée au pouvoir des Musulmans, il devint très-difficile de visiter les stations avec la vénération requise. Mais, grâce à Dieu, Robert, roi de Sicile et de Jérusalem, conçut en 1322, par une inspiration d'en haut, le pieux dessein de cenâer la garde des saints lieux aux frères Mineurs dépendants du général de l'Observance. De là vient que les souverains pontifes nous ont réservé, à nous exclusivement, le privilège d'ériger le Chemin de la Croix, avec les indulgences qui y sont annexées, prwative quoad alios quoscumque. On peut dire que c'est une compensation tacite pour les peines que nos religieux ont eu à souffrir en Terre-Sainte. A peine furent-ils préposés à la garde de ces sanctuaires, que leur première pensée fut de remettre en vigueur l'exercice du Chemin de la Croix sur la montagne sacrée. Ayant ensuite obtenu des souverains pontifes grand nombre d'indulgences en faveur de cotte pieuse pratique, ils s'en firent les propagateurs dans le monde entier ; si bien

que, de nos jours surtout, on peut dire que chaque ville est devenue une nouvelle Jérusalem, chaque montagne un Calvaire, chaque lieu pieux un Chemin de k Croix, car il res<te peu d'endroits où il ne soit érigé. Le monde a enfin ouvert les yeux, et il confesse qu'entre toutes les pratiques de piété, celle-ci est la plus sainte, la plus utile, la plus excellente qui soit en honneur dans l'Eglise de Dieu. Souffrez donc que, saisi d'admiration à la vue des rares et prodigieuses excellences du Chemin de la Croix, je m'écrie de nouveau: Quel grand trésor ! oh ! quel grand trésor !

V. Si l'excellence de cette dévotion la rend merveilleusement agréable en soi, les avantages qu'elle procure doivent nous la rendre souverainement chère. Le sang répandu par notre divin Sauveur dans son douloureux voyage au Calvaire n'est-il pas la source de tous les biens? Affirmons donc sans crainte que le Chemin de la Croix est salutaire aux vivants, soit justes, soit pécheurs, salutaire aux morts, salutaire enfin dans le temps ainsi que dans l'éternité.

Et d'abord, quelle plus douce récréation pour une âme juste que d'aller d'une croix à l'autre, d'une station à l'autre, en extrayant de chaque mystère une consolation spirituelle sensible qui réjouit le cœur et lui fait goûter un paradis anticipé? Et en effet, faites-en l'essai lorsqu'une sombre pensée vous trouble, qu'une noire mélancolie vous accable ; faites alors le Chemin de la Croix, et soudain les nuages se dissiperont, et le calme renaîtra sensiblement.

Mais il est bien plus salutaire aux pécheurs ; car selon la maxime commune des saints Pères, si c'est la méditation de la passion du Sauveur qui attire sur nous toutes les grâces, en revanche c'est de l'ingrat oubli d'un si grand bienfait que proviennent toutes nos chutes, tous nos maux. C'est même en effaçant de notre esprit le

souvenir de la passion du Sauveur que le démon prétend nous entraîner à notre ruine éternelle, selon ce qui fut révélé à une sainte âme. Cette fidèle servante de Dieu, étant ravie en extase, vit au fond de l'enfer les démons tenant une espèce de conciliabule, et cherchant entre eux le moyen le plus efficace de perdre les âmes. Il y en eut un plus rusé que les autres qui avança que le moyen le plus efficace de perdre le monde catholique serait d'abattre toutes les croix, et de faire en sorte que les hommes ne pensassent plus à la passion du Fils de Dieu. Tous les esprits infernaux applaudirent à ce perfide conseil, et ils ne le mettent que trop en pratique. Mettez-vous à méditer sur la mort, le jugement, l'enfer, l'éternité; le diable dort tranquille, il ne s'en inquiète pas. Mettez-vous à méditer la passion du Sauveur, voilà son cauchemar, voilà son tourment ; tout l'enfer se remue pour vous susciter des empêchements. Une expérience de bien des années m'a fait remarquer que, toutes les fois qu'on met en avant le projet d'établir le Chemin delà Croix quelque part, il s'élève aussitôt cent contradicteurs pour entraver un si grand bien. Et à Rome même, les murmures ont-ils fait défaut? Il y en a eu peu, grâce à Dieu, fort peu, mais ce pendant on a entendu quelques propos contre ce Chemin de la Croix du Colisée. Et d'où vient cette malignité ? N'en soyez pas surpris : c'est que le démon regarde le Chemin de la Croix comme une source précieuse de saintes pensées, de réflexions pieuses, de salutaires résolutions, et que, par suite, il prévoit bien des défaites pour lui. Les pécheurs, en effet, à la vue de ces stations, et en méditant les mystères qu'elles représentent, sont touchés, se convertissent, et reviennent à Dieu. Nous en avons pour garant le témoignage des curés qui exhortent leurs peuples à faire souvent le Chemin de la Croix. Bientôt ils aperçoivent une grande amélioration dans les mœurs, et plus de disposition à la piété. Faites-en l'essai, vous

aussi, mon pauvre pécheur, faites-en l'essai. Affectionnez-vous à ce saint exercice, pratiquez-le souvent, et vous verrez votre cœur devenir tout autre.

VI. Mais là ne se borne pas l'utilité du Chemin de la Croix. Le précieux sang répandu par notre divin Sau-' veur dans le douloureux voyage du Calvaire ne sert pas seulement à attendrir le cœur des pécheurs les plus endurcis, il soulage aussi les pauvres âmes du purgatoire, il éteint les flammes de ce lieu d'expiation, ou en tempère les ardeurs, lorsqu'on applique aux âmes souffrantes les nombreuses indulgences accordées par les souverains pontifes. Pour vous convaincre de cette vérité, il suffit de lire le bref du Saint-Père, en date du 30 août 1741, qui est un monument de son zèle et de son affection spéciale pour cette sainte dévotion. Non content de confirmer les prescriptions de ses prédécesseurs, et les privilèges accordés par eux, il exhorte en outre tous les curés à introduire dans leurs églises un exercice si profitable ; et afin de lever tous les obstacles et de dissiper les doutes qu'on avait suscités, il fit réimprimer les avertissements de la sacrée Congrégation, en y ajoutant un dixième paragraphe dans lequel il fait connaître ses intentions. Ainsi tout est maintenant éclairci, l'on ne saurait rien désirer de plus. Vous trouverez ce bref traduit en langue vulgaire pour être mis à la portée de tout le monde, ainsi que les Avertissements de la Congrégation, dans l'opuscule sur le Chemin de la Croix, récemment imprimé à Rome1.

Pour ce qui est de la quantité de ces indulgences, je vous dirai qu'elles sont nombreuses, les unes plénières, les autres partielles ; mais la sacrée Congrégation défend de publier un nombre certain et déterminé. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que quiconque fera avec devoti) Cet écrit du Bienheureux paraîtra dans le huitième et damier volume de «es œuvres. Note du Traducteur.

tion le Chemin de la Croix dans un lieu où il est canon iquement érigé, gagnera les mêmes indulgences que s'il visitait personnellement les stations de la Voie douloureuse de Jérusalem. Remarquez toutefois que nous no pouvons gagner pour nous-mêmes qu'une seule indulgence pionière par jour, (lorsque l'année du Jubilé sera terminée); vous vous en appliquerez donc une à vousmêmes et les autres aux âmes du purgatoire. Et pour que cette application soit valable, il faut la faire dès le commencement de l'exercice, ou du moins avant la fin. Dilatez donc votre cœur, mes bien-aimés, dilatez votre coeur et réjouissez-vous, puisque tous les jours de l'année vous pouvez acquérir un si grand trésor d'indulgences. Et ces indulgences, notez bien, sont libres, perpétuelles et n'imposent aucune charge particulière ; il n'est pas nécessaire pour les gagner de se confesser et de communier ; il suffit d'être en état de grâce, et de remplir les conditions prescrites par les souverains pontifes. Ces conditions se réduisent à trois: la première, comme je viens de le dire, est d'être en état de grâce. Si jamais vous vous trouviez en état de péché mortel, faites un acte de contrition, et ne laissez pas de pratiquer le Chemin de la Croix; il vous servira à obtenir de Dieu des lumières et des grâces pour sortir de ce misérable état, ou tout au moins il servira au soulagement des âmes du purgatoire, si vous leur en appliquez les indulgences. — La seconde est de marcher d'une station à l'autre, sauf le cas d'un empêchement physique ou moral; il n'est pas requis de s'agenouiller devant la croix; que celui qui ne le peut pas, se contente de faire une inclination. — La troisième est pour ainsi dire la moelle de ce saint exercice: elle consiste à méditer la passion de Notre-Seigneur. Ça même été le motif principal qui a porté les souverains pontifes à étendre et à rendre commun à tous les fidèles un exercice si salutaire : ils l'ont considéré comme un

bll CHEMIN DE LA CROIX. 475

moyen facile d'introduire insensiblement parmi le peuple l'usage de la méditation, qui est la source de tous les biens. La sacrée Congrégation a cependant déclaré que, pour les plus ignorants, il suffit qu'ils fassent une simple réflexion sur la passion, en s'excitant le mieux qu'ils peuvent à compatir aux souffrances de Notre-Seigneur. Elle exhorte en outre tout le monde, mais sans on imposer l'obligation, à réciter un Pater et un Ave, et à faire un acte de contrition à chaque station. — Vous voyez par la combien est facile la pratique de ce saint exercice : une réflexion sur la passion de Nôtre-Seigneur, uh Pater et un Ave avec un acte de contrition à chaque station.

Si tout ce qui a été dit jusqu'ici ne vous déterminait pas encore à vous procurer un si grand avantage, laissez-vous du moins toucher de compassion en faveur des âmes du purgatoire. Ah! si un rayon de la lumfòre céleste vous dessillait les yeux, vous verriez toutes ces stations environnées par ces âmes souffrantes, qui, les mains jointes, vous supplient, en disant : Miseremini mei, misereminì mei, etc. Par pitié, faites le Chemin de la Croix pour nous; pour moi qui suis votre pere, pour moi votre mère, pour moi, etc. Est-il personne ici qui aurait le cœur assez dur pour n'être pas attendri et touché de compassion en entendant ces plaintes? D'autant plus qu'en les délivrant du purgatoire, vous acquérez une assurance morale de ne pas tomber vous-mêmes en enfer.

VII. Les indulgences sont un motif bien propre à nous exciter à faire souvent le Chemin de la Croix, mais ce n'est pas la fin principale d'une si touchante dévotion. Le sang de notre Divin Rédempteur n'est pas seulement salutaire aux vivants, soit justes, soit pécheurs ; il n'est pas seulement salutaire aux morts par l'application des indulgences ; mais il l'est plus encore dans le temps et dans l'éternité, par les vertus, les mérites et l'augmentation considérable de grâce qu'il nous fait acquérir, et

476 DISCOURS PRONONCÉ LORS DB LEitECTIO^

surtout par la satisfaction toute spéciale qu'on procuro au Cœur de Jésus, ainsi que Jésus lui-même l'a fait connaître a un de ses serviteurs. Celui-ci lui demandait, par des soupirs ardents et réitérés, quel pouvait être l'hommage le plus agréable à ses yeux. Jésus-Christ lui apparut avec une croix sur les épaules et lui dit : « Mon fils, aide-moi à porter cette croix, c'est-à-dire, médite sans cesse ma passion douloureuse en faisant le Chemin de la Croix, et tu me procureras la satisfaction la plus douce à mon cœur. » Faut-il donc s'étonner que tous les saints exaltent jusqu'au ciel un si noble exercice? Saint Bonaventure dit qu'il n'y a point de pratique de piété qui contribue plus efficacement à la sainteté que le Chemin de la Croix. Et sans citer une foule d'autres témoignages dans la crainte de dépasser les limites que je me suis tracées, je terminerai par la pensée du Bienheureux Albert-le-Grand ; écoutez bien, et lorsque le démon vous inspirera de la répugnance à faire le Chemin de la Croix, vous vous rappellerez cette pensée. Il dit donc qu'on mérite davantage par une seule réflexion sur la passion de Jésus-Christ, et par conséquent en faisant une seule fois le Chemin de la Croix, qu'en jeûnant une année entière tous les vendredis au pain et à l'eau ; qu'on mérite davantage en faisant le Chemin de la Croix qu'en se donnant plusieurs fois la discipline jusqu'au sang; qu'on mérite davantage en faisant le Chemin de la Croix qu'en récitant tout le psautier; qu'on mérite davantage en faisant le Chemin de la Croix qu'en faisant, pieds nus, le pèlerinage de St-Jacques en Galice. Voilà ce qu'affirme ce grand docteur.

Que dites-vous maintenant ? N'êtos-vous pas ravis à la vue des trésors de grâces, de vertus et de mérites qui vous sont offerts dans la pratique de ce saint exercice? Eh bien ! donc, répétez tous au fond de vos cœurs: Quel précieux, quel immense trésor! Ou plutôt que

chacun de vous forme au fond de son âme une sainte et salutaire résolution, et se dise bien sincèrement: Désormais ma dévotion la plus chère, ma dévotion de prédilection sera le saint exercice du Chemin de la Croix ; et concluez avec saint Paul : Mihi absit gloriavi nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi1.

Page 1