‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 1 sur 26 · PODR LA FÊTE DE SAINT JOSEPH (19 MARS · texte numérisé non relu

PODR LA FÊTE DE SAINT JOSEPH (19 MARS

Joseph aulem rir ejut cum esset justus. Comme Joseph, époax de Marie, était un bomms juste. MâTiH. l, 19.

I. La sainte Eglise est si heureuse de célébrer les gloires de saint Joseph, et l'on met partout tant d'empressement à honorer ce glorieux patriarche, que si je ne consacrais aujourd'hui mon discours à sa louange, je ferais injure au saint, en même temps que je vous affligerais et que je me ferais tort à moi-même. Je ferais injure au saint, en le privant de ces pieuses acclamalions que toute l'Eglise en fête se plaît à lui rendre. Je vous affligerais, en vous privant de cette joie que l'on éprouve à entendre les louanges d'une sainteté si privilégiée, ce qui serait un mécompte amer pour votre piété. Enfin, je me ferais tort à moi-même, car si je ne venais pas lui offrir ici l'humble hommage d'un pauvre discours, je passerais à bon droit pour n'avoir pas assez d'esprit pour en faire un, ou pas assez de cœur pour le débiter. Quant au cœur, je proteste bien que je l'ai, eac

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il y a déjà longtemps que je l'ai congaeré à ce grand saint d'une manière toute spéciale, et que ma tendre et ardente dévotion pour lui m'a porté à le supplier d'accepter la premiere ^lace parmi mes saints patrons. Peur l'esprit, j'en suis dépourvu, je l'avoue ; je tremble mêine d'aborder un sujet qu'il faudrait plutôt vénérer en silence, que le traiter même avec toutes les pompes d'une sublime éloquence. N'ai-je pas, en effet, un juste motif de crainte ? Le sujet de ce discours est un Juste, dont la Vérité éternelle a daigné se faire elle-même le panégyriste ; car en appelant Joseph le juste par excel-'' lence elle en a fait d'un seul mot le plus magnifique éloge : Joseph autem vir ejus cum esset Justus ; « Comme Joseph, son époux, était juste. »» C'est un Epoux dont le mariage est tout spirituel et n'a rien de terrestre, et qui, par une merveille inouïe, présente à notre admiration une virginité conjugale, et un mariage virginal tout saint et tout pur : 0 conjugium cœleste, non ten-enum! s'écrie l'abbé Robert. C'est un Père qui a pour sujet le Fils éternel de Dieu, et qui, en cette qualité, selon la remarque de saint Thomas, semble être un Dieu à l'égard de Dieu même : Quasi homo Dei Deus esset. Voyez-vous d'après cela combien mes craintes sont fondées? et cependant, ô providence du Très-Haut! voici que sans m'en apercevoir je trouve la matière de mon discours toute préparée et divisée en trois points :

— Joseph considéré comme Juste, — comme Epoux-,

— et comme Père. — Trois points bien propres à exciter votre pieuse attention. Dans l'espoir donc que voua saurez compatir à mon insuffisance, je commence.

PREMIER POINT

ÏI. Par une ingénieuse invention, les géomètres, pour mesurer les tours d'une élévation prodigieuse, se

servent de l'ombre qu'elles projettent. Ne pouvant appliquer leurs instruments sur ces masses énormes, ils en calculent la hauteur d'api'és l'étendue de leur ombre. II faut que j'aie recours à un artifice semblable ce matin : pour vous expliquer les excellentes qualités du glorieux patriarche saint Joseph, et notamment sa grandeur comme Juste, je dois mesurer son ombre. Mais quelle peut être l'ombre que projette un tel prodige de justice et de sainteté? Il y a une figure prophétique qui exprime à merveille la grandeur de notre bien-aimé saint ; c'est l'ancien Joseph, fils du patriarche Jacob, qui, selon saint Bernard, fut comme l'ombre qui figurait dans les^ siècles les plus reculés les sublimes prérogatives du patriarche de la Loi nouvelle. Vous savez le songe merveilleux où il vit comme prosternés à ses pieds le soleil, la lune et onze étoiles : Vidi per somnium quasi soient, et lunam, et stellas undecîm adorare me^ Ce songe ne fut pas de ceux que forme l'imagination délirante pendant le sommeil, mais ce fut une vision extatique, formée par Dieu lui-même dans l'âme de Joseph, pour représenter par là, non-seulement l'exaltation prochaine de ce jeune homme en Egypte, mais encore l'élévation future de notre saint patriarche dans l'Eglise. Je vous laisse le soin de contempler et de méditer la fortune merveilleuse du premier Joseph, qui vit prosternés devant son trône, non-seulement son père, et sa mère, et ses frères, mais encore toute l'Egypte, et je me sers de cette ombre pour mesurer la sublime dignité du second. Grand Dieu! qui pourra jamais arriver à là comprendre? Croyez-vous que ce fut peu de chose pour lui de voir Jésus et Marie rendre hommage à son mérite, 'et se jeter à ses pieds avec les marques du respect le plus tendre et le plus profond ? C'est là ce qui me fait

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avancer hardiment qu'avant de devenir lepoux de Marie, il a fallu que Joseph fût déjà l'âme la plus grande qui ait jamais paru dans le monde, excepté l'auguste Vierge que je sous-entends toujours. Je ne parle point ici de cette grandeur dont s'enorgueillit l'ambition, qui ne vise qu'à faire étalage des titres pompeux, pour s'attirer la vaine estime des hommes. Et pourtant, ce genre de grandeur ne manqua pas non plus à notre saint. Si vous parcourez sa glorieuse généalogie, vous verrez qu'il peut se vanter de compter parmi ses ancêtres jusqu'à quatorze rois, et autant de patriarches et de conducteurs de peuples, formant urie lignée de sceptres et de couronnes pour cet illustre descendant, plus grand que tous ses ancêtres. Noblesse si éclatante, que, remontant par tant de prophètes et de patriarches jusqu'au ciel, Joseph, s'il est permis de le dire, donna la noblesse temporelle au Verbe lui-même, selon la parole de saint Bernardin de Sienne : Fuit Joseph tantœ noMlitatis^ ut quodammodOy si liceat dici, dederit temporalem noMlitatem Deo in Domino Jesu Christo. Et cependant ce n'est pas là la grandeur dont il fait cas : l'illustration de ses ancêtres ne fait pas son propre mérite ; et la qualification de simple charpentier lui est aussi chère que le titre de prince, et le sceptre royal n'est pas plus à ses yeux que le marteau de l'ouvrier. La grandeur qui rehausse sa dignité, c'est celle qu'il emprunte à tant de vertus héroïques et qui lui valut le beau titre de Juste : voilà le trésor qui lui plaît davantage ; car c'est pour cela qu'il sera l'admiration de tous les siècles et portera gravé sur le front cet éloge qui résume toutes ses gloires : Joseph autem vir ejus cum essetjustus.

III. Arrêtez- vous ici, dit saint Jean Chrysostôme, et si vous voulez connaître la grandeur de Joseph comme Juste, analysez ce mot, et sachez qu'il exprime l'abrégé de toutes les vertus et le sommaire de toutes les per-

fections chrétiennes : Justum hic m amni virtute dicit esse perfectum. Joseph fut Juste; voulez-vous savoir pourquoi ? ajoute le grand Docteur, écoutez-moi : Josephum vocari justum attendue; quel est donc son titre? Propter omnium virtutum perfectam possessionem. Son titre ce n'est pas une seule vertu, ni plusieurs, ni même une multitude de vertus, mais toutes les vertus et toutes au plus haut degré de perfection : propter omnium virtutum perfectam possessionem. Que peut-on dire de plus d'un homme, que de dire qu'il possède toutes les vertus et qu'il les possède toutes parfaitement ? N'est-ce pas là un éloge sublime, le comble des éloges? Et qui pourrait se comparer à une telle grandeur? Qu'Adam innocent se présente avec les animaux prosternés à ses pieds ; que Moïse apparaisse, soumettant toutes les créatures à ses ordres au moyen de sa verge ; vienne Abraham avec sa postérité, comme un soleil au milieu des étoiles; vienne un Josué, commandant au roi des astres ; vienne un Salomon avec les reines courbées devant son trône; et vous, patriarches, montrez les anges qui vous assistent; Apôtres, montrez l'Eglise qui vous vénère comme ses premiers chefs ; Thaumaturges, montrez la nature elle-même soumise à votre parole, et sachez que toutes ces prérogatives si nobles ne vous relèvent pas encore assez pour vous égaler à Joseph ; car ces privilèges et ces vertus vous ont été départis avec mesure, tandis que Joseph les a possédés tous et dans un degré parfait. Rendez donc hommage à un mérite si sublime et tombez à ses pieds, prophètes, patriarches, apôtres, martyrs, thaumaturges, vous tous, grands du ciel et de la terre, comme autrefois, outre le soleil et la lune, les étoiles aussi s'inclinèrent devant le premier Joseph : Vidi per somnium quasi solem, et lunam, et stellas undecim adorare me.

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