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tance que cette alternative où vous vous trouvez ? Et pourtant de toutes les affaires celle que^^ous avez le plus négligée, c'est précisément cet unique nécessaire, celte affaire capitale, le salut de voire âme. Hélas! vous avez vécu jusqu'ici comme s'il n'y avait pour vous ni enfer, ni paradis. Continuerez-vous à vivre de la sorte? Ah! non, non; ce serait faire une Irop grande injure à la miséricorde divine, qui vous invite encore et qui vous presse. Ne l'entendez-vous pas cette voie intérieure, pénétrante, persuasive qui vous amollit le cœur et fait couler vos larmes? C'est là un trait d'amour de ce Dieu si bon, qui veut votre salut. Ah! ne repoussez pas une si douce invitation; si jamais c'était la dernière, qu'en serail-il de vous si vous vous obstiniez?
Courage donc, prosternez-vous la face contre terre, et détestez les désordres d'une vie si mal employée ; pleurez aux pieds de Jésus tant d'années consumées dans la débauche, dans la crapule et dans le péché, et frappezvous la poitrine en lui disant avec un cœur contrit : 0 Dieu de mon âme, qu'ai-je fait? Comment ai-je vécu jusqu'ici? Hélas! je dois l'avouer, j'ai vécu bien plus en brute qu'en chrétien ; j'ai passé ma vie dans les ténèbres, je n'ai point pensé à ces grandes vérités. Oh ! bénis soient ces saints exercices qui m'ont éclairé l'esprit et touché le cœur ! Mon doux Jésus, ne méprisez pas mes larmes, me voici pénétré de douleur et de componction, vous demandant pardon du fond du cœur ; je déteste à vos pieds toutes mes iniquités; je prends la résolution dès ce moment de mettre ordre à ma conduite avec l'aide d'un bon confesseur. Oui, mon Dieu, je veux commencer une vie nouvelle, et nouvelle en tout ; je le dis dans toute la sincérité de mon âme. Dès maintenant, ô mon doux Jésus, dès maintenant j'en prends la résolution, dès
maintenant je veux mettre la main à l'œuvre. Me voici ; disposez de moi.
Si vous parlez sincèrement, si votre résolution part du cœur, pas de détours, allez droit au but. Le rocher qui se détache du sommet de la montagne et se précipite dans la vallée, brise, renverse, écrase tout ce qui se rencontre sur son passage et l'empêche d'arriver à son centre. Telle doit être votre conduite. Examinez quel est l'obstacle qui s'oppose à votre fin. Peut-être est-ce ce péché qui n'a pas été confessé? confessez-le aussitôt. Peut-être est-ce cette liaison? brisez-la sur-le-champ. Peut-être estce ce bien mal acquis? hâtez-vous de le restituer. Peutêtre est-ce cette passion indomptée, cette inclination mauvaise? comprimez-la vigoureusement. Tout perdre , tout sacrifier plutôt que de perdre son âme.
Un Pater et un Ave. [Asseyez-vous).
XI. C'est une vérité bien importante que celle que nous avons méditée ce soir. Combien d'âmes ont été ramenées à Dieu par cette grande maxime, qui est un article de notre foi! Le cardinal Sforza Pallavicini, historien du Concile de Trente, la médita tous les jours pendant l'espace de vingt-deux ans.
Faisons maintenant une courte réflexion, qui sera comme le résumé de la méditation et nous aidera à tn retirer un fruit pratique et durable. Que chacun se demande encore une fois à soi-même : Pour quelle fin suis-je venu au monde?... Qu'est-ce que Dieu a eu en vue en me mettant sur la terre? Quel est mon but?... La vie présente est-elle le terme, ou la voie? Si c'est la voie, où aboutit la vie que je mène présentement? Est-ce
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à la bienheureuse fin pour laquelle Dieu m'a créé , ou bien à un malheur éternel? Il ne pouvait, certes, m'être proposé de question plus relevée, plus importante que celle-là. Que vais-je donc faire? a quoi suis-je déterminé ?
Que chacun écoute ensuite ce que lui dit sa conscience éclairée par la foi. La foi ne manquera pas de lui crier avec force qu'il faut en finir, qu'il est temps d'opérer un véritable changement de vie. — Mais comment en venir à la pratique? me direz -vous. — Le voici : Qu'avez-vous fait jusqu'à présent? Vous vous êtes servi des créatures pour satisfaire vos sens, n'est-il pas vrai? Eh bien ! désormais faites tout l'opposé : servez-vous des créatures pour l'unique fin pour laquelle Dieu les a créées, c'est-à-dire pour vous aider à l'aimer et à le servir, et rien de plus. Voilà le moyen de vous rendre heureux. C'est de la violation de cette règle que naissent tous les troubles. Eh ! bon Dieu ! vous renversez la fin des choses, et vous prétendriez vivre en paix au milieu d'un tel désordre? Une comparaison assez palpable vous fera loucher au doigt cette inconséquence. Une clef, par exemple, est faite pour ouvrir et un couteau pour trancher, n'est-ce pas? Essayez de changer l'usage naturel de ces instruments, et servez-vous du couteau pour ouvrir la porte et de la clef pour couper le pain , atleindrez-vous votre but? Certainement non. Or de même, toutes les créatures ont été faites pour vous aider à aimer et à servir Dieu, et contribuer ainsi à votre bonheur en ce monde et dans l'autre ; mais si vous changez leur destination, si vous vous en servez pour offenser Dieu, quelle paix pourriez-vous trouver dans un pareil désordre? Etes-vous enfin convaincus? Un exemple achèvera de produire cette conviction , après quoi on donnera la bénédiction.
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XII. Un gentilhomme de Bologne, nommé Roland, menait la vie la plus voluptueuse, et ne trouvait cependant pas, dans les divertissements et les plaisirs auxquels il se livrait sans frein, les douceurs qu'il y cherchait. Il prit le parti de consacrer une fois une journée entière à contenter toutes ses passions, résolu de ne se refuser aucune des jouissances qu'il pourrait imaginer. Les concerts et les mélodies les plus délicieuses, les festins les plus somptueux, les réunions brillantes, les jeux, les bals, les spectacles se succédèrent sans interruption. Il n'y eut sorte de volupté dont il ne voulût se rassasier ee jour-là. Rentré dans sa chambre et tout en déposant ses riches vêtements, il sentit un frisson parcourir tous ses membres, et une noire mélancolie s'empara de son cœur. (Combien de fois n'avez-vous pas peut-être éprouvé la même chose! ) Hélas! s'écria Roland, à quoi donc ont abouti tous les plaisirs d'une journée si splendide? Voilà que je me sens mourir de tristesse. Et que me reste-t-il de cette monstrueuse orgie? Ah! monde maudit! monde trompeur! qu'il faut être insensé pour attendre de toi le bonheur! Mon Dieu, je le reconnais maintenant : c'est en vous seul qu'on trouve la paix ; mon cœur est fait pour vous, je vous le consacre sans partage. — Il se présenta dans un couvent de saint Dominique pour y être reçu, et après avoir revêtu l'habit religieux il avoua (ce qui confirme tout ce que nous avons dit) , qu'il avait trouvé un paradis sur la terre, attendu qu'il dormait d'un sommeil plus tranquille sur la paille qu'auparavant sur une couche moelleuse, que les jeûnes lui étaient plus délicieux que les mets les plus exquis, et les pénitences plus douces que toules les voluptés de sa vie passée. Aussi s'écriait-il souvent : 0 mon Dieu, s'il est si doux de souffrir pour vous, que sera-ce de jouir de vous?...