SUR LE DÉSIK EFFICACE DE S.VUVEU SON AME
avant de prendre son repos. Saint François de Sales donne pour avis, que chacun doit se préparer à prendre son repos comme s'il se préparait à aller à confesse. La pratique de cet examen consiste k parcourir en esprit les quatre points, que voici : Premièrement, vous demandez les lumières et les grâces de l'Esprit-Saint pour connaître les péchés et les manquements que vous avez pu commettre pendant la journée, et vous en corriger. En second lieu, vous vous remettez en mémoire les fautes commises en passant en revue toutes les actions de la journée les unes après les autres. Troisièmement, vous faites un acte de contrition, et quatrièmement, un ferme propos de vous amender avec le secours de Dieu. On peut dire que l'examen de conscience est le miroir, de l'âme. Telle personne passe tant d'heures du jour à orner son corps, et pour entretenir la beauté de son âme que fait-elle?...
Votre examen terminé , récitez vos autres prières accoutumées. Saint Pierre d'Alcantara récitait tous les soirs un De profundis pour son âme, comme s'il avait dû mourir la nuit même. Il arrive que vous êtes tourmenté par des insomnies; voulez-vous un bon remède? repassez en esprit quelque trait de la passion du Sauveur, et le démon lui-même vous rendra le service de vous endormir au plus tôt.
Si vous aviez sanctifié de la sorte tous les jours de voire vie, quel contentement n'en éprouveriez-vous pas maintenant? Ne pourriez- vous pas dire avec assurance : le paradis est a moi ?. . .
XI. Mais quel est le canal par où découle sur nous la grâce de sanctifier tous les jours de notre vie? Le savezvous? c'est l'exercice de la méditation ou l'oraison mentale. Il en est qui se chargent de prières vocales, et pour ce motif ne font pas d'examen de conscience, pas de lec-
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ture spirituelle , jiimais d'oraison ineniale ; toute leur dévotion consiste à remuer les lèvres. Fi donc I on n'est pas bon maçon pour avoir fait beaucoup de murailles, mais pour les avoir bien faites. La surcharge de prières vocales fait, la plupart du temps, qu'on les récite au galop, comme dit sainte Terese, sans s'inquiéter si on les dit bien ou mal, pourvu qu'on arrive k la fin. Lorsque le cœur n'accompagne pas la voix, la dévotion aussi bien que la voix s'évanouit en l'air. En outre, se borner a des prières vocales c'est comme se nourrir de pain seulement ; le pain est sans contredit une nourriture solide, mais qui fatigue bientôt l'estomac et n'excite pas l'appétit ; ne manger que du pain, c'est jeûner. 11 convient donc de sacrifier chaque jour au moins, au moins une demi-heure de temps au saint exercice de l'oraison mentale. Quant à la manière de la faire, je m'en rapporte à ce que j'ai dit hier dans la conférence d'ouverture de nos saints exercices.
Mais, mon père, quand je me mets à méditer, je suis froid comme le marbre; je ne sais que dire ni que faire. — N'importe; les aridités, les difficultés, les tentations, ne doivent pas vous détourner de la méditation. Un saint solitaire, nommé Pallade, ne trouvait pas moyen un jour de faire oraison, et de se recueillir en lui-même; cependant il demeurait patiemment à genoux. Le démon voulut se moquer de lui : Que fais-tu, lui dit-il, sinon perdre le temps en restant là comme une borne 1 — Sais-tu ce que je fais? reprit le saint, par une inspiration divine ; je compte ces pierres pour l'amour de mon maître, si je ne fais pas autre chose. OfTrez-vous souvent à Dieu avec la disposition de faire ce que sa bonté daignera vous inspirer pendant ces instants que vous passerez à converser avec lui dans l'oraison ; tournez-vous donc de temps en temps vers lui, en disant : Loqiiere, Domine, quia audit serviis
SUR LE iȃsiK i;tFiCA(;i; uk sauver son ami:. 59
/hh.v; parlez, Seigneur, votre servileur écoule. Enseignez-moi re que je dois faire pour me sauver. Mes bienaimés frères, si nous n'apprenons pas l'art de nous sauver maintenant que nous en avons le temps, voudrions-nous le faire lorsqu'il n'en sera plus temps?
XII. Nous terminons. L'erreur la plus grossière dans une affaire aussi grave, quelle est-elle? La voici : c'est de se persuader que le salut est une affaire dont la réussite est facile, ainsi que je l'ai indiqué précédemment. — Il sufSt que je me sauve, dit-on. — Fort bien; mais précisément pour vous sauver, il faut vous préserver du péché, il faut fuir les dangers, surmonter les obstacles, et embrasser tous les moyens les plus efficaces, les plus pratiques ; en un mot on ne parvient 'a éviter le mal qu'en faisant beaucoup de bien. De grâce, ne visons pas trop bas, car nous n'atteindrions pas le but. Comprenons-le une bonne fois : pour arriver en paradis et suivre constamment la bonne route, il faut du travail et de l'énergie; sans cela nous nous trouverons un jour dans un pays où nul de nous n'a jamais pensé arriver. Il faut donc de la résolution, mes chers frères, oui, il en faut. Chacun de nous doit faire, pendant ces saints exercices, ce que font des matelots dans une violente tempête : afin de sauver leur vie ils jettent à la mer tout ce qui surcharge le vaisseau, même les choses les plus précieuses; ballots, caisses, marchandises, trésors, tout est sacrifié au désir de la conservation personnelle. L'âme n'est-elle pas plus précieuse que cent vies? Par conséquent, ne faut-il pas aussi pour sauver son âme faire le sacrifice de tout le reste? Certes, mes chers frères, rien de plus raisonnable. Adieu donc fortune, vie, honneurs, parents, amis, plaisirs, adieu, si le salut de notre âme l'exige.
Pour mettre le sceau à cette réforme spirituelle ou
examen pratique, permettez que je vous place devant les yeux l'exemple mémorable de Thomas More , grand chancelier d'Angleterre. Cet illustre personnage enfermé dans une étroite prison, sans autre crime que d'avoir obéi a Dieu et à son Eglise, pouvait recouvrer sa liberté par une simple adhésion aux décrets du roi Henri VIII, décrets contraires à la loi de Dieu et a la conscience d'un ministre catholique. Non, dit Thomas; le roi veut ma signature, mais Dieu s'y oppose; je ne la donnerai jamais. — Mais tu pourriras dans une prison. — Soit. — Et tes biens seront conûsqués. — Soit. — Et tes enfants , réduits à l'indigence, seront condamnés à errer sans asile par toute l'Angleterre. — La vie, les dignités, la famille, les honneurs, ce sont-là des biens éphémères qui ne font que passer ; mais l'amitié de Dieu ne passe pas comme l'éclair, c'est un bien qui ne finira jamais. — Son plus rude combat cependant fut celui qu'il eut a soutenir contre sa tendresse naturelle et la voix du sang. Toutes les autres tentatives ayant échoué contre la constance de l'intrépide captif, on introduisit Alice, sa femme, dans la prison. Alice entre les cheveux épars et couverte d'habits de deuil. Elle pleure et se lamente : elle adjure More de ne pas persévérer dans son opiniâtre refus. Jusqu'à quand, lui dit-elle, serez-vous cause de mes calamités et des vôtres ? déjà notre habitation est envahie par les officiers de justice , notre mobilier inventorié, tous nos biens mis sous le séquestre : voilà que nous allons être exilés du royaume, et grâce à vous, il nous faudra traîner, le reste de nos jours, une pénible existence en pays étrangers. Gomme elle le presse de se rendre à sa bruyante prière, s'efforçant de lui faire envisager l'espoir dune longue et glorieuse carrière, More lui répond : « Combien d'années , ma chère Alice,