‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 19 sur 78 · LA FIN DES AUTRES CRÉATURES · texte numérisé non relu

LA FIN DES AUTRES CRÉATURES

l'argent et autres choses semblables. Celles-ci ont pour but de récréer les sens, comme les couleurs et tout ce qui flatte les yeux, les voix et les harmonies, les odeurs et les parfums suaves. Celles-là servent k nous instruire, telles sont les fourmis qui font pendant l'été leurs provisions d'hiver. Enfin il en est que Dieu a créées pour nous châtier en père: ce sont, par exemple, les diverses espèces d'animaux nuisibles et ennemis de l'homme. Or cette multitude de créatures, Dieu ne les a pas seulement tirées du néant pour l'homme, mais il les conserve perpétuellement pour l'homme; autant elles ont dépendu de l'acte de sa volonté pour recevoir l'existence, autant elles dépendent de cet acte qui les conserve et sans lequel elles rentreraient dans le néant. De sorte que Dieu en conservant h chaque instant pour l'homme tout ce monde de créatures , lui fait aussi à chaque instant un nouveau don.

Faites un acte de foi bien vive sur cette vérité incontestable , et puis excitez en vous les affections suivantes.

1 . Sentiments de reconnaissance envers Dieu, qui a fait tant de choses pour vous , et qui les conserve pour vous.

2. Sentiments de douleur et de confusion de n'avoir pas correspondu à l'amour de Dieu en le payant de retour, tandis que vous y avez été stimulé autant de fois qu'il existe de créatures faites pour votre usage.

3. Bon propos et résolution ferme de l'aimer généreusement et de ne plus vivre en ingrat.

SECOND POINT

Dieu a fait toutes les créatures pour l'homme, afin

qu'elles l'aident à atteindre la fin pour laquelle il a été créé lui-même. Si vous considérez attentivement pourquoi Dieu a mis toutes les créatures qui sont au monde au service de l'homme, vous trouverez que c'est uniquement pour l'aider à servir son Créateur sur la terre, et en le servant mériter d'être admis a jouir de la gloire éternelle. Mais de quelle manière les créatures peuvent-elles nous aider à parvenir à notre fin dernière? De trois manières : — premièrement, en tant que toute créature, par son existence même, nous démontre l'existence de son Créateur. Tous les éléments sont comme une chaire, et les êtres même dépourvus de raisons nous enseignent ce dogme. Bien plus, jusque dans les moindres créatures on voit briller, comme en abrégé, les sublimes perfections de Dieu : prenez en main une fleur des champs, ne vous fait-elle pas admirer la puissance du Créateur, qui, depuis le commencement du monde, veille à la conservation de son espèce ? Si vous observez cette variété incalculable de fruits, d'herbes, d'arbres, de productions de tout genre , n'y reconnaissez-vous pas sa sagesse infinie ? Si vous réfléchissez à la manière dont tant d'animaux sont pourvus des aliments qui conviennent à chacun, ne découvrez-vous pas son admirable providence? Voilà comment chaque créature nous offre comme un reflet éclatant de- la majesté de son Créateur.

En second lieu , non-seulement les créatures nous prouvent lexistence et la grandeur de Dieu , mais elles nous excitent à l'aimer. Que nous dit le ciel avec ses myriades d'étoiles, lair avec ses peuplades ailées, la terre avec ses productions si variées? La terre, l'air, le ciel, tout nous crie : aime ton Dieu. Et si nous ne les entendons pas , c'est que nous ne leur prêtons pas l'oreille.

LA FIM DES AUTRES CHÉATURCS. 65

Eli troisième lieu, presque toules les créatures concourent à notre conservation, à notre vie, et en concourant à notre conservation, elles nous aident à servir Dieu, et à mériter par là d'arriver à la béatitude éternelle pour laquelle nous avons été créés. Or , faites ici une réflexion et voyez un peu si vous avez fait usage des créatures pour connaître, aimer et servir Dieu, en un mot, pour atteindre votre fin dernière. Hélas 1 au lieu de demander aux créatures la connaissance et l'amour de Dieu, vous n'y avez cherché autre chose que votre satisfaction ; au lieu de les faire servir a la gloire de Dieu et à votre salut, ce sont elles qui vous ont poussé à votre damnation, comme si vous aviez été créé pour elles, et non pas elles pour vous. Quelle a été en effet la source de tant de péchés que vous avez commis, si ce n'est l'abus des créatures? C'est-à-dire que vous avez pris les moyens pour la fin, au grand détriment de votre âme.

Excitez maintenant en vous les affections suivantes :

1 . Un grand repentir du mal commis, en faisant beaucoup d'actes de contrition.

2. Une ferme résolution de n'estimer et de n'aimer à l'avenir les créatures que pour autant qu'elles peuvent vous aider à servir Dieu et à sauver votre âme.

3. Formez un bon propos de n'en faire usage que dans cette vue.

Terminez la méditation par le colloque suivant, ou tout autre semblable.

COLLOQUE

0 Dieu infiniment aimable , me voici humblement prosterné devant votre souveraine Majesté, et dans les sentiments d'une adoration profonde, je vous rends grâce, p. H. vu. 6*

en premier lieu, de m'avoir accordé tant de moyens de vous aimer et de vous servir. Hélas I que j'ai été aveugle par le passé ! Je n'ai ni su, ni voulu user des créatures comme d'un échelon pour m'élever à la connaissance de vos perfections , ô monadorable Créateur ! et bien loin de m'en servir pour vous aimer, vous qui êtes le souverain Bien, j'en ai fait des instruments pour vous offenser. Je le confesse à ma honte et k ma confusion : je me suis servi de toutes les puissances de mon âme, de ma mémoire, de mon entendement, de ma volonté ; je me suis servi des cinq sens de mon corps, de mes yeux, de mes oreilles, du goût, de l'odorat, du tact ; je me suis servi en un mot de toutes mes facultés pour pécher, pour vous outrager, vous mon aimable Créateur. Pardon, ô mon Dieu, pardon ! Autant je reconnais mes égarements passés, autant je m'en repens sincèrement et me propose, avec le secours de votre grâce, de m'en amender complètement. A cette fin, je renonce à toute réunion, à toute amitiék, à toute liberté, à toute satisfaction , en un mot , qui pourrait d'une manière quelconque me détourner de ma fin dernière ; ef je ne veux plus me servir des créatures qu'en tant qu'elles m'aideront à aimer le Créateur. Bénissez ma bonne volonté, ô mon Dieu, et donnez-moi la force de la mettre à exécution, uniquement pour votre bon plaisir, ô mon tout et mon souverain bien.

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