‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 22 sur 78 · PREMIER PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PREMIER PRÉLUDE

L'unique obstacle à notre fin dernièue, c'est le péché. Cet obstacle, les anges l'ont posé et c'est pourquoi ils furent précipités dans l'abîme. Représentez-vous ces millions d'anges lancés, comme la foudre, au plus profond de l'enfer.

CIIATIMKM DU PtCHÉ 75

SECOND PKÉLl'DE.

Demandez à Dieu la grâce de connaître la gravité du péché mortel, et de parvenir à apprécier l'énormiié de la faute d'après la grandeur du châtiment , de même qu'on mesure l'étendue d'un corps sur l'ombre qu'il projette. Pour cela récitons comme de coutume le Pater et Y Ave.

PREMIER POINT

Considérez le premier châtiment qui fut celui des anges rebelles. Examinez comment Dieu les a traités avant leur j)éché et comment il les a traités après.

Dieu a placé les anges dans le ciel, il les a ornés des dons les plus excellents de la nature et de la grâce ; il en a fait de purs esprits, indépendants d'un corps, immortels et non sujets à la corruption, doués d'une intelligence sublime et d'une vaste science ; il les a élevés à une eminente sainteté et enrichis d'une charité merveilleuse, et pour mettre le comble à tant de faveurs, il les a destinés à une gloire éternelle, pourvu que , en fils obéissants, ils persévérassent dans leur devoir. Mais comme ils étaient libres, ils pouvaient pécher, et en effet un bon nombre, épris de leur propre beauté et Gers de leurs précieuses qualités, suivirent l'exemple de Lucifer, se révoltèrent contre Dieu et refusèrent de lui obéir. Ils péchèrent. Or, voyez quel mal c'est que de dévier de sa fin dernière et de commettre un péché mortel., Dieu, offensé de cette ingrate désobéissance, les précipita tous ensemble dans l'abîme; d'anges qu'ils étaient il en lit des démons; de créatures ravissantes de beauté il en fit des monstres abominables ; d'amis de Dieu ils devinrent ses plus mortels ennemis, et chassés du séjour des bienheu-

reux, ils furent enfermés dans des cachols afTreux, attachés avec des chaînes de feu et condamnés à des tourments éternels.

Terrible châtiment! méditez-le de grâce, méditez-le, et remarquez-y trois circonstances qui sont bien propres k nous inspirer de la terreur : il fut subit, il fut universel, et il fut souverain. — Il fut subit; car il saisit les coupables les armes a la main, en quelque sorte, et, sans qu'ils eussent ni le temps, ni les moyens de se repentir, ils tombèrent comme la foudre dans les feux éternels. — Il fut universel; car de cette multitude d'anges plus nombreuse que les feuilles des arbres, aucun ne fut épargné; pas un seul, pas un ne trouva grâce. — Entin, il fut souverain ; car par ce châtiment ils furent dépouillés de tous les dons surnaturels, et plongés en outre dans des maux incalculables, sans espoir d'eu voir jamais la fin. 0 ciel ! quelle haine immense que celle que Dieu porte au péché! Vous en étiez-vous jamais fait une idée?

Réfléchissez en outre, d'une part, que Dieu punit toujours moins qu'on ne le mérite, d'autre part, qu'il aimait tendrement les anges, comme son ouvrage de prédilection: et cependant un Dieu si bon , si aimant, exécute un châtiment si épouvantable contre des créatures qui lui sont si chères. Grand Dieu ! que vous haïssez donc le péché, et qui ne tremblerait, ô Roi suprême de toutes les nations !

Que dites-vous à présent, vous qui buvez l'iniquité comme l'eau? vous qui ne passez pas un jour sans charger votre âme de nouveaux péchés? Vous qui êtes pires que les démons par la multitude de vos crimes, comment ne frémissez-vous pas en entendant ces vérités? Comment ne tombez-vous pas la face contre terre en versant un torrent de larmes et on déplorant tant de t.'-iiliisons dont

VOUS VOUS êtes rendus coupables envers Dieu? Ah ! frappez-vous la poitrine, demandez pardon, conjurez le Seigneur d'en agir envers vous selon sa miséricorde, c'està-dire de vous rendre le bien pour le mal, de vous arracher de la poitrine ce cœur pervers ou de l'amollir et d'en faire couler des larmes de componction. Ou plutôt, pleurant amèrement vos ingratitudes passées, dites-vous en vous-même : Oh! quel mal affreux que le péché! Si un seul péché de pensée a causé un tel désastre parmi les anges, que devrail-il en être de moi, misérable que je suis, après tant de péchés commis en pensées, en paroles et en œuvres de tout genre ? — Ce qui devrait en être de vous? je vous l'apprendrai : vous auriez dû être précipité dans autant d'enfers que vous avez commis de crimes. — Pourquoi donc Dieu ne l'a-l-il pas fait? — Parce qu'il est bon, parce qu'il vous aime, et qu'il vous aime même plus que ses anges, à ceux-ci il n'a pas accordé un seul instant pour faire pénitence, tandis que vous, non-seulement il vous a attendu pendant des années, mais il ne cesse de vous attendre et de vous tenir ouverte la porte de sa miséricorde. Que pensez-vous donc faire? pourriez-vous résister davantage? Ah! non. Jetez-vous entre les bras d'un Dieu si bon, et les yeux mouilles de larmes, dites-lui du fond du cœur : 0 amour, amour immense de mon Dieu ! pourquoi tant de bonté pour une créature si vile? Non, mille fois non, je ne le mérite pas. Je devrais être refoulé parmi les démons, et vous daignez encore me souffrir ! . . . Au moins, Seigneur, accordez-moi une grâce : donnezmoi un cœur généreux, un cœur qui ne haïsse qu'une seule chose au monde, et laquelle? — Le péché, ô mon Dieu, le péché. Cette haine au péché, je vous la demande prosterné la bouche contre terre. Oui, je le déteste, et je prends la ferme résolution de perdre cent fois, mille fois

la vie plutôt que de péclier. — Pesez ces vérités en silence

VII. Pour qu'une si belle résolution de perdre cent fois, mille fois la vie plutôt que de pécher , soit bien sincère, connparez un instant vos péchés avec celui des anges rebelles, et admirez la conduite si différente que Dieu a tenue a leur égard et au vôtre.

Les démons ont péché une seule fois, et vous l'avez fait une multitude de fois ; les démons n'ont commis qu'un péché de pensée, et vous avez exécuté vos attentats criminels contre Dieu ; les démons en péchant ne se sont pas assujettis à des créatures plus viles qu'eux, mais vous par vos débordements vous vous êtes ravalé audessous des brutes ; les démons n'eurent pas la grâce de pouvoir se relever, et vous, vous en avez abusé tant de fois , de cette grâce. Les démons n'ont pas fait injure au sang de Jésus-Christ lequel n'a pas été répandu pour eux, et vous lavez tant de fois foulé aux pieds. Et cependant on leur a refusé le plus petit espace de temps pour rentrer en eux-mêmes, tandis qu'on vous en a tant accordé. Comment donc ne fondez-vous pas en larmes? comment votre cœur peut-il être si dur? Ah ! il faut bien l'avouer, c'est que vous êtes pire que les démons, et s'ils furent chassés du ciel, vous mériteriez à bien plus forte raison d'être banni de la terre ou plutôt de voir l'enfer s'ouvrir sous vos pieds pour vous engloutir tout vivant. Mais non. Dieu est trop bon à mon égard comme au vôtre. Oh ! si jamais il nous fût arrivé, à vous ou a moi, de faire en enfer l'essai de la haine que Dieu porte au péché, que nous serions malheureux pour toute l'éternité! Adressons-nous donc, mes chers frères, à ce Dieu si bon, et prosternés dans la poussière, disons-loi les larmes aux yeux :

J'adore votre infinie majesté, ô grand Dieu , si juste et si sévère à l'égard des anges, si miséricordieux au contraire envers moi. Je reconnais que je devrais être maintenant du nombre des damnés et apprendre à mes dépens ce qu'il en coûte d'irriter le Tout-Puissant. Oui, mon Dieu, je le confesse, je devrais être au fond des abîmes avec les démons condamné à blasphémer votre saint nom. Et grâce à un excès de bonté de votre part, me voici, je suis encore en vie, j'assiste aux exercices... ; mais dans quel but? Pour pleurer, et pleurer du fond du coeur tant d'iniquités que j'ai commises. Que ma langue fasse donc retentir des accents de remerciement et de louange , que mon cœur éclate en sentiments de tendresse et de componction, que mes yeux se changent en deux fontaines de larmes pour vous demander ce soir, ô mon Dieu, le pardon général de tous mes péchés.

Oui, frappons-nous tous la poitrine et tous du fond du cœur implorons grâce : Pardon , mon Dieu, pardon. Ah I Dieu miséricordieux, si j'ai imité les démons dans leur prévarication, ne permettez pas que je les imite dans leur obstination. Je déteste mes péchés, je les déleste sincèrement et comme le plus grand de tous les maux. Pardon, mon Dieu, pardon!

Arrêtez-vous ici, et écoutez ce que Dieu vous dit au fond du cœur... Ah! oui, j'entends votre voix, ô mon Dieu, je l'entends. Vous voulez que je me convertisse tout de bon, que je m'applique enfin à ce que j'aurais dû faire du moment où j'acquis l'usage de la raison, c'est-àdire à vous aimer, à vous servir, et à vous glorifier par mes œuvres. M'y voici bien résolu, et résolu pour toujours. Non, ni le monde, ni l'enfer, ni les créatures ne pourront plus m'arracher de voire sein, et j'espère, ô

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mon Diou, j'espère avec le secours de votre grâce, vous aimer autant que j'ai eu la témérité et la folie de vous offenser par le passé.

Est-ce à dire, mes chers frères, que vous serez toujours aussi bien disposés? — - Hélas! craignez et tremblez a cause du danger où vous êtes de retomber dans le péché, et sortez de l'église le front baissé, en disant avec saint Louis Bertrand : je puis pécher et je puis me damner. Je puis pécher : les.anges si purs, si saints ont péché; a plus forte raison puis-je le faire, moi si faible et si misérable. Je puis donc pécher et je puis me damner ! Paroles affligeantes! répétez-les cependant plusieurs et plusieurs fois en silence : je puis pécher et je puis me damner!

SECOND POINT

VIII. Considérez le châtiment que la justice divine a exercé sur la personne adorable de notre Seigneur Jésus- Christ, châtiment en comparaison duquel on peut regarder comme bagatelle la vengeance qu'elle a tirée du péché soit dans le ciel, soit sur la terre, soit en enfer. Considérez donc quelle est la personne qui souffre, quels sont les tourments qu'elle souffre, et quelle est la faute pour laquelle elle se condamne 'a souffrir.

La faute pour laquelle souffre le Sauveur ne lui est point personnelle, car il est l'innocence même ; seulement il s'est constitué caution pour le coupable. Ses tourments sont une mer de douleurs : maux extérieurs de la part de ses ennemis , souffrances intérieures causées par son amour ; et ce ne sont pas seulement des peines inouïes, mais des outrages et des opprobres tels qu'on ne vit jamais rien de semblable sur la terre. La personne qui les endure est d'une dignité infinie, Dieu et homme tout ensemble ;

parlant la moindre blessure faite à son corps adorable doit être réputée comme un mal plus grand que tous les tourments des damnés, que le mal de toutes les créatures ensemble. Et pourtant, quoique ce souverain Seigneur s'humilie, et expose à son Père la répugnance qu'il a de mourir, la justice divine n'en décide pas moins qu'il mourra ; et quoique une seule goutte de son précieux sang soit plus que suffisante pour expier tous nos péchés, elle exige qu'il le verse jusqu'à la dernière goutte ; ce que pourrait faire une seule larme ne s'obtiendra que par un déluge de maux. Qu'est-ce qu'un pécheur veut de plus, pour comprendre l'énorraité et la malice extrême du péché, que de savoir la haine immense que lui porte la justice de Dieu? S'agit-il de le punir? il faut une éternité de supplices? S'agit-il de le pardonner? il faut la mort d'un Dieu. Grand Dieu! Dieu terrible! Si cette haine que vous montrez pour le péché, si cette rigueur avec laquelle vous le punissez dans l'humanité sacrée de votre divin Fils ne suffit pas pour nous faire impression, il faut convenir que nous avons perdu la raison ou la foi. Est-il possible que nous trouvions des charmes là où la sagesse d'uïi Dieu voit un mal plus grand que le sacrifice même de sa vie? Ah ! rougissez do l'aveuglement dans lequel vous avez vécu jusqu'ici, et tout confus de vous voir chargé de tant de péchés, embrassez le crucifix, arrosez-le de vos larmes, et dites avec les sentiments d'un vif repentir : Cette croix est l'ouvrage de mes mains, c'est moi qui l'ai fabriquée par mes péchés; ces clous, c'est moi qui les ai enfoncés dans les mains de mon Sauveur : ce sang, c'est moi qui l'ai fait couler de ses membres. C'est moi, oui, c'est moi qui par tant de crimes ai crucifié mon Dieu. Mais aussi j'en demande pardon, pénétré de la plus amère douleur. Ah I frappons-nous tous la poitrine, en disant : Pardon,

mon Dieu, pardon! Hélesl c'est sur moi qu'il fallait décharger les coups de voire colère ; je suis le pécheur véritable, ce n'est pas Jésus, c'est moi, oui, moi-même. Pardon, mon Dieu, pardon !

Ajoutez que si la justice divine ne s'était pas appesantie sur notre divin Sauveur, c'en était fait de nous, pauvres pécheurs. Adieu le paradis I il n'y aurait pas eu de paradis pour nous, pas de baptême, pas de confession, pas de sacrements ; si Jésus n'avait pas souffert pour nous, c'en était fait de nous, et chacun de nous pourrait dire à son compagnon : au revoir en enfer ; oui nous pourrions dire à nos amis : nous nous reverrons en enfer. Tandis que, grâce aux souffrances que Jésus a endurées pour nous, encore que nous ayons commis des péchés sans nombre, si nous en avons du repentir nous pouvons espérer en vertu de ses mérites que l'enfer ne sera pas pour nous. Par conséquent, mes chers frères, nous devons désormais envisager le crucifix d'un autre œil, nous devons le serrer avec tendresse sor notre cœur, et en faire souvent le sujet de nos méditations ; mais surtout nous devons, pendant ces saints exercices, exprimer nos regrets d'avoir armé contre le Sauveur le bras de la justice divine.

Ingratitude diabolique! Jésus a tant fait et tant souffert pour nous, et nous faisons si peu pour lui! Que dis-je? nous avons tant fait contre lui! Oh! quelle affreuse malice! — Pardonnez-nous, Seigneur, pardonnez-nous. Voici que toutes les puissances de notre âme vous crient et vous protestent que nous sommes résolus d'être vos serviteurs fidèles, vos enfants dévoués, que nous voulons vous aimer, vous servir, que nous renonçons aux plaisirs et aux vanités du monde, et à toute attache déréglée pour ce corps périssable. Non, nous ne vous offenserons plus, ô mon Dieu ; nous le répétons avec la bienheureuse Cathe-

rine de Gènes : Plus de péclits, jamais plus ! — Répétez ces mots plusieurs fois en silence : Plus de péchés, mon Dieu, plus de péchés !

IX. Mais pour prononcer ces paroles du fond du cœur, réfléchissez à qui vous devez la patience inefîable dont Dieu a usé à votre égard ; c'est que la justice divine au lieu de vous infliger le châtiment de vos crimes l'a déchargé sur ce bon Sauveur. Or, dites-moi, si le Fils unique du Père éternel était descendu du ciel en terre pour vous seul, s'il était né pauvre, s'il avait embrassé les humiliations de la crèche pour vous seul, s'il avait souffert et s'il était mort du supplice le plus ignominieux pour vous seul, que devraient peiiser les anges en vous voyant si ingrat et si indifférent à l'égard d'un amour si généreux ? Eh bien I sachez que cet aimable Sauveur a enduré des tourments et les a endurés avec tant d'amour réellement pour vous seul, comme si vous étiez seul au monde à devoir jouir du fruit de sa Passion. Et vous, comment y avezvous correspondu? Que penserons-nous donc de vous, sinon que vous êtes un monstre d'ingratitude ? Quoi de plus horrible! Un Dieu est mort pour vous donner la vie, et vous, bien loin de donner votre vie pour lui, vous avez renouvelé et multiplié ses blessures; bien loin de l'aimer plus que vous-même, vous l'avez moins aimé que l'ombre d'un bien, vous lui avez même préféré votre corps qui n'est que pourriture. Âh ! rougissez de vous-même devant Dieu, devant les anges et les saints du paradis qui l'ont servi si fidèlement, renouvelez le cours de vos larmes, et vous adressant à la justice divine, dites-lui que c'est vous qui méritez châtiment; oui, oui, vous méritez que toutes les créatures se révoltent contre vous, que la terre refuse de vous porter, que l'air vous suffoque, que le soleil vous consume de ses feux, et qu'un enfer soit créé tout exprès

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pour vous, avec des flammes plus dévorantes, des dénions plus cruels, puisque vous avez surpassé les dénions euxmêmes par une si monstrueuse ingratitude.

Que si la justice divine daigne encore vous supporter, dans quel but vous supporle-t-elie? C'est qu'elle attend de vous un repentir sincère et des larmes du cœur. Et vous lui refuseriez une si faible satisfaction? Ah! non. Jetezvous entre les bras d'un Dieu si aimant, et pleurez, pleurez vos péchés; frappez-vous la poitrine, demandez humblement pardon :

Pardon, mon Dieu, pardon! Hélas! un seul péché a précipité tant d'anges dans l'abîme, l'ombre seule du péché a fait condamner Jésus aux tourments et à la mort; et moi après tant de péchés je vis encore! Je suis encore ici! Et pourquoi donc le Seigneur me supporte-t-il? — Pour me donner le temps de faire pénitence. 0 bonté infinie de mon Dieu, donnez-moi des larmes ce soir, des larmes de repentir. Puisque vous daignez encore me souffrir, et que vous me rendez si généreusement le bien pour tout le mal que je vous ai fait, mettez le comble a tant de bienfaits en y ajoutant encore celui de me pardonner mes énormes péchés. Oui, pardonnez-moi, mon Dieu, pardonnez-moi. Ah! que le poids de mes iniquités m'accable! Je les déteste souverainement, je les ai en horreur. Oubliez, ô mon Dieu, tous ces égarements de ma vie passée. — Que demandez-vous de moi? — Un cœur fermement résolu de ne plus pécher ? — Le voici, ô mon aimable Rédempteur, le voici. J'en ai pris la résolution coûte que coûte: plutôt perdre la vie, la fortune, l'honneur, tout, en un mol, que de commettre encore un seul péché. Non, plus de péchés, mon Dieu, plus de péchés!

En retournant chez vous répétez le long de la route cette salutaire résolution : Plus de péchés, mon Dieu, plus de péchés. Pater et Ave.

CHATIMEMT DU l'ÉCIIÉ. 85

X. Dieu n'a pas pardonné aux anges pour un seul péché; Dieu n'a pas pardonné à son propre Fils pour l'ombre seule du péché. Pouvons-nous vous promettre qu'il vous pardonnera à vous qui avez multiplié vos iniquités outre mesure? Qu'en ?era-t-il de vous? — Seriezvous plus chers au cœur de Dieu que ne l'étaient les anges? Seriez-vous plus en grâce que son Fils unique?... Quelle pensée effrayante I — Réfléchissez-y sérieusement, et puis écoutez-moi. Tout péché mérite châtiment. Ce châtiment vous devez vous l'infliger vous-même par une véritable pénitence, ou Dieu vous l'infligera par une sentence de réprobation. Que préférez-vous? — Mais pourquoi tant de sévérité? me direz-vous. — En voici la raison. Le péché mortel constitue une inimitié formelle, mais des plus formelles entre Dieu et l'homme : Iniquitates vestrce diviserunt inter vos et Deum vestrum^ I El Dieu ne fera jamais la paix avec l'homme, si l'homme ne satisfait pas pour le péché qu'il a commis contre Dieu.

Faites ici un retour sur vous-même. N'avez-vous jamais encouru l'inimitié de Dieu? Oh ! oui, bien des fois , et plaise à Dieu qu'au moment même où je vous parle vous ne soyez pas encore un ennemi juré de Dieu 1 Comment donc ne redoutez-vous pas le châtiment ? Ne vous suffit-il pas de savoir qu'en péchant vous vous êtes attaqué à Dieu même ? — Un jour Dieu fit dire à certaines femmes pécheresses par la bouche du prophète Ezéchiel : Hoc feceruntmihi^: d.ites-leur que c'est à moi-même qu'elles ont affaire. — Ah ! mon cher frère, c'est à Dieu que vous vous en êtes pris par ce débordement des passions déréglées,

1 Isaiae 59, 2. 2 Ezech. 23, 38.

par ces péchés dé-honnêtes, par ces haines, par ces désirs de vengeance. Vous avez affaire à Dieu même; comment donc ne Iremblerie/.-vous pas? Comment ne prendriezvous pas la résolution, dans ces saints exercices, de faire la paix avec un Dieu si redoutable, qui peut et qui veut châtier le péché'?...

XI. Concluons donc; voici le fruit de la méditation. Vous sortirez d'ici ce soir avec cette grande pensée dans l'esprit, qu'il importe souverainement de n'avoir pas pour ennemi un Dieu qui châtie si impitoyablement le péché. Ainsi, lorsque le démon vous proposera quelque occasion de pécher, de rompre alliance avec Dieu: Non, lui direzvous, non, je ne veux pas pour ennemi un Dieu si terrible dans ses vengeances contre quiconque ose l'outrager. Imitez ce jeune débauché dont je vais vous parler. Véritable vautour, il était parvenu par ses manèges a fasciner une innocente colombe qu'il avait déterminée à s'évader furtivement de son monastère. Déjà l'échelle était appliquée à la muraille, la vierge sacrilège guidée par son séducteur allait franchir la clôture, lorsque pensant faire une plaisanterie, elle dit au jeune homme : Félicitez-vous de votre bonne fortune, car vous avez en votre pouvoir une épouse de Jésus-Christ. Le criminel séducteur frémit à cette pensée, et rentrant en lui-même, il répondit à la malheureuse : « Non , madame , non ; retournez sur vos pas ; je ne veux pas avoir Jésus-Christ pour rival ; je ne veux pas pour ennemi un Dieu. » — Voilà ce que vous avez à répondre vous-même au démon quand il vous tente ; Non, dites-lui, non; je ne veux pas pour ennemi un Dieu. Et en effet, il est certain et incontestable qu'un péché mortel vous rend l'ennemi mortel de Dieu, et que celui qui vit dans l'état du péché est sûr du châtiment en celte vie ou en l'autre. — Ne vous faites

pas illusion en disant: Dieu aura compassion de moi, il aura égard à ma faiblesse. — Il n'a pas eu compassion des anges, il n'a pas eu égard à son propre Filsl Comment donc aurait-il des égards pour un misérable ver de terre? — C'est votre orgueil qui vous fait penser et parler de la sorte. Vous n'avez que trop sujet de craindre et de trembler, et que ce bon sentiment soit le résultat de notre méditation. Le plus grand malheur qui puisse vous arriver c'est d'encourir la disgrâce de Dieu, c'est pourquoi vous ne sauriez trop vous tenir en garde par une sainte crainte . Je puis pécher et je puis me damner; oh 1 que cette pensée est amère mais salutaire I Je puis pécher et je puis me damner !

Descendez maintenant aux cas particuliers ; examinez si vous n'avez pas eu déjà le malheur d'ofTenser Dieu, mettez la main sur la conscience et voyez si le péché n'habite pas dans voire cœur; si vous vous trouvez en état d'inimitié avec Dieu, allez au plus tôt vous jeter aux pieds d'un bon confesseur ; renoncez sur-le-champ à cette mauvaise habitude, restituez ce bien mal acquis, réconciliez-vous avec cet ennemi : hâtez-vous , de grâce , hâtez-vous : dès ce soir même le châtiment pourrait éclater sur votre tète. Faites promptement une bonne confession, et après avoir échappé à un si grand danger, dites à Dieu avec un cœur bien résolu : Plus de péchés. Seigneur, plus de péchés. — Mais ne vous contentez pas de le dire, songez sérieusement à employer les moyens d'éviter le péché : ces moyens sont une demiheure de méditation tous les jours; prenez-en l'engagement tous : puis, la fuite de toutes les occasions. Soyez assurés que si vous avez fréquemment recours à Dieu par la prière, et si vous fuyez avec soin les occasions, vous ne pécherez point. Et pour ne point vous renvoyer sans

88 11* JOUR. MÉDITATIUN l>U SOIR.

consolation, sachez que si Dieu est terrible , et extrêmement terrible à l'égard de ceux qui l'offensent, il n'est pas moins bon , ni moins miséricordieux envers quiconque s'humilie et lui demande pardon. S'il n'a point pardonné aux anges, c'est qu'ils ne voulurent ni s'humilier, ni se repentir. Humiliez-vous, repentez-vous, et soyez sûrs du pardon. Pater et Ave.

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