TROISIÈME JOUR
EXAMEN DE RÉFORME SUR l'avarice contraire a la justice.
I. Un des principaux obstacles qui s'opposent à notre salut, c'est, je crois, l'attachement déréglé aux biens de ce monde. L'idole de nos jours, c'est l'argent. Oh! que d'adorateurs toujours prosternés devant elle et courbés jusqu'à terre, pour lui rendre leurs hommages en tout temps et en tous lieux! Et tel est le respect qu'on porte à cette idole que parfois les prédicateurs et les confesseurs n'osent pas trop le contrarier. On tonne bien du haut de la chaire contre Tmipudicité, contre le blasphème , contre la médisance, mais contre l'avarice, qui est cependant la racine de tous les maux : Radix omnium malorum cupiditas, on n'ouvre pas la bouche, ou du moins on ne le fait qu'avec ménagement et de loin, d'une manière confuse et générale. Le confesseur, de son côté, ne redoute rien tant que d'avoir affaire à ces pénitents dont la conscience est chargée du bien d'autrui , et qui viennent lui débiter une série de péchés à queue, comme je les appellerais volontiers, c'est-'a-dire de ces péchés qui entraînent à leur suite l'obligation de restituer; il aimerait mieux entendre cent autres pécheurs livrés à tous les désordres. De là vient que pour s'en débarrasser au plus tôt, ou l'on p. M. vu. 8
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s'abstient tout à fait d'interroger, ou bien, au grand détriment des pénitents, on ne le fait que vaguement, sans entrer dans le détail des restitutions graves qu'il y aurait à faire. Trouvez bon par conséquent que dans cette réforme spirituelle je renverse cette idole de son piédestal, que je lui arrache son masque et que je vous la montre telle qu'elle est.
Le docteur angélique distingue deux sortes d'avarice : l'une, contraire à la justice, consiste à ravir le bien d'au- Irui : l'autre, opposée a la libéralité , consiste à conserver trop d'attache à son propre bien. Nous nous examinerons aujourd'hui sur la première.
II. Examinez, en premier lieu, si vous ne vous êtes jamais permis de vous approprier ouvertement le bien d'autrui.
Vous savez assez que le vol est un péché mortel , non pas lorsqu'il ne s'agit que d'une bagatelle, comme le prétendait le législateur athénien Dracon , mais lorsque la chose volée constitue une matière grave. Or , quelle valeur faut-il pour cela? c'est ce qu'on ne saurait déterminer par une règle générale ; car , dans bien des cas, l'appréciation dépend des circonstances. Ainsi , par exemple, voler le salaire d'une journée à un pauvre ouvrier, qui vit péniblement de son travail, ce serait un péché mortel, à cause du dommage grave qui en résulterait pour lui. Du reste, une valeur de deux francs environ constitue régulièrement une matière s;rave en soi*. Si la valeur consti-
' C'est ce qu'enseignaient assez communément les anciens théologiens.» Mais aujourd'hui, dit le cardinal Gousset, vu la dépréciation de l'argent, il faudrait évidemment une valeur numérique plus forte, savoir une valeur de cinq ou six francs; et nous pensons qu'on doit généralement regarder comme mortel le vol de cette somme, ou d'un objet dune valeur équivalente. aThéol. mor., tr. du décal., part. vu. ch.27, art. 1.
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tuant matière grave a été dérobée, non pas d'un seul coup, mais un peu à la fois, il faut voir si ces petits vols ont une connexion morale entre eux, oui ou non :• an coalescunt in unum. Supposé un marchand qui , usant de faux poids et de fausses mesures , dérobe par là un sou à l'un, un sou à l'autre, de manière à se faire un bénéfice illicite de cinq à dix francs au bout du mois : si dès la première petite fraude de ce genre il eut l'intention d'arriver à une matière grave, il a commis dès lors un péché mortel ; si au contraire il n'avait nullement cette intention dans le principe, il n'est coupable de péché mortel que du moment où ila atteint une matière grave. J'ajoute que pour former une matière grave au moyen de ces petits vols successifs, il faut une somme un peu plus considérable que si elle était dérobée d'un seul coup. — Si ces petits vols n'ont aucune connexion entre eux, soit par défaut d'intention, soit parce qu'il s'est écoulé un temps trop considérable de l'un à l'autre, et que par suite ils ne sont pas nwraiement uni s, non coalescunt in unum, ils ne constituent pas régulièrement parlant, un péché grave ; tel serait le cas , par exemple, de celui qui dérobe, par-ci par-là, quelques fruits dans les champs, une fois par mois. Le vol est d'ailleurs un péché si grand, que « ni les voleurs ni les ravisseurs n'entreront dans le royaume des cieux, » dit saint Paul : Neque fures , neque rapaces regnum Dei j)ossidebunt^. Il n'y a point de paradis pour celui qui ravit le bien d'autrui en matière grave, et ne restitue point. Un soldat avait volé une génisse à une pauvre veuve, qui se plaignait de cetie injustice en lui disant : « Pourquoi me prends-tu ma génisse? » Celui-là répondit en se moquant d'elle : « Eh ! si je ne la prends
' l Corinth. 6, 10.
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pas, un autre la prendra. » Ce soldat périt dans une bataille et fut damné. Un serviteur de Dieu le vit en enfer cruellement tourmenté par un démon , et il l'entendit se lamenter, en disant : « Pourquoi me tourmentes-tu ? » El le démon, à l'instar de la réplique qu'il avait faite luimême à la pauvre veuve, lui répondait : « Si ce n'est pas moi, ce sera un autre qui le tourmentera. »
Examinez bien si, en présence de la mort, votre conscience ne vous reprocherait pas le bien mal acquis, soit par de petites fraudes, soit par des vols considérables , et venez-eu au remède maintenant que vous en avez le temps.
m. Mais ce n'est pas le fait de tout le monde de voler sans pudeur ; il y a diverses manières de voler à main sauve, même sous prétexte d'exercer la charité et de secourir le prochain. Une de ces manières, c'est de prêter a usure. Examinez-vous pour voir si vous n'avez pas donné dans cette erreur. Vous saurez donc qu'il y a usure lorsque celui qui prête certaines choses qui se consument par l'usage, comme l'huile, le blé , l'argent monnayé, elc, exige qu'on lui rende plus qu'il n'a prêté, à raison même du prêt et sans autre litre ; ce qui est illicite, la raison en est claire : lorsque vous prêtez ces séries de choses, vous en transférez la propriété à l'emprunteur ; or, il n'est pas juste que vous reririez un profit de ce qui ne vous appartient plus. Il en est autrement lorsqu'il s'agit de choses qui ne se consument pas par l'usage, comme lorsque vous prêtez un cheval, une maison; car alors vous demeurez propriétaire de la chose prêtée ; c'est pourquoi vous pouvez en exiger un intérêt, pourvu qu'il ne soit pas excessif.
L'usure' est de trois sortes, mentale, réelle ou palliée.
' La manière dont l'auteur s'exprime dans ce paragraphe et le
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Elle est mentale, lorsqu'en prêtant vous avez l'intention d'exiger de l'emprunteur qu'il vous rende plus que vous ne lui donnez. Elle est réelle, lorsque vous en faites l'objet d'une convention soit par écrit, soit de vive voix, quand même vous ne feriez qu'obliger celui à qui vous prêtez de l'argent de toujours s'approvisionner à votre magasin ou de toujours faire moudre à votre moulin ; il y
suivant, touchant l'usure, pourrait inspirer des inquiétudes à ceux qui ne sont pas au courant de la question du prêta intérêt. C'est en leur faveur que nous ferons ici quelques observations.
Il faut savoir que les Pères, les Conciles, les Papes, et avec eux la généralité des Théologiens, se sont toujours fortement élevés contre tout intérêt du prêt, sans excepter l'intérêt qui était autorisé par les lois civiles. Notre auteur suit la même doctrine.
Cependant depuis un certain temps, depuis que l'industrie et le commerce ont pris un accroissement considérable , et que les conditions de leur existence, coramecelles de la société en général, se sont profondément modifiées, les esprits se sont partagés sur la question de savoir si la loi civile qui permet l'intérêt du prêt est un titre légitime, même pour le for intérieur. La question étant devenue douteuse et proljlématique, on s'est adressé au Souverain-Pontife, et il résulte de plusieurs réponses, approuvées par les papes Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI, qu'on ne doit point inquiéter ceux qui enseignent que la loi civile, sans autre titre extrinsèque au prêt, suffit pour légitimer le prêt à intérêt, ni ceux qui dans la pratique suivent ce sentiment.
Il est bon d'ajouter que, de l'aveu de tous les docteurs et aux termes de la loi civile , Tintérêt conventionnel, lors même qu'il est fondé sur le dommage naissant on le lucre cessant, ou sur un autre titre légitime, ne peut, généralement, dépasser cinq pour cent en matière civile, ni six pour cent en matière de commerce. L'excédant serait illicite, injuste, usuraire. — On ne peut pas ignorer non plus que s'il y a un précepte pour l'aum.ône en faveur des pauvres, il y en a un aussi pour le prêt en faveur de ceux qui, sans être pauvres, sont indigents et éprouvent un besoin relatif à leur position, comme Tobserve Benoit XIV.
VoyezGoussET, Théol. mor., tr. dudécal, part, vil, ch. 1 I . et les Réponses du Saint-Siège, ibid.
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aurait là un contrat usuraire, parce qu'en vertu du prêt même vous privez l'emprunteur de sa liberté qui est un grand trésor.
Cela m'étonne, dit l'usurier ; suis-je donc obligé de prêter? Ainsi, on ne pourra plus aider ceux qui sont dans le besoin? — Ne vous avais-je pas dit que ces genslà dérobent à main sauve, et pressurent les pauvres sous prétexte de charité? Je ne répondrai point à leurs plaintes; on peut aisément comprendre, d'après ce qui a été exposé, tout ce qu'il y a d'inique dans une pareille objection. Mais j'ajoute qu'à la vérité on peut, en certains cas, retirer quelque intérêt du prêt, savoir, à raison du lucre cessant ou du dommage naissant. Je m'explique par un exemple. Vous devez, je suppose, retirer du commerce les cent écus qu'un ami vous demande , ou bien cette somme doit avoir sous peu une destination lucrative; vous la lui prêtez par complaisance, mais à la condition qu'il vous tienne compte du bénéfice que vous feriez en l'employant dans votre commerce; ce n'est que juste. J'en dis autant si ce prêt vous occasionnait quelque dommage; il serait obligé de vous indemniser. Mais ici encore, pour procéder légitimement, certaines conditions sont requises : il faut, premièrement, que ces cent écus soient réellement utilisés dans votre négoce, ou que vous ayez occasion de les utiliser bientôt, et que tout cela soit notifié à celui à qui vous prêtez. Deuxièmement, que vous n'ayez pas d'autre argent reposant en caisse, qui puisse y suppléer. Troisièmement, que vous ne receviez qu'un intérêt proportionné à l'espérance du lucre, eu égard aux frais, aux dangers que court le capital, etc ; en cela, conformez-vous à la pratique des négociants les plus timorés.
Examinez-vous maintenant et voyez si, dans le cas où
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vous ayez jamais prêté de l'argent, vous qui ne failes pas de commerce, vous ne vous êtes pas trop empressé d'en retirer cinq, six et même sept pour cent, au grand détriment du prochain et de votre âme , sans songer seulement au titre qui pourrait légitimer cet intérêt, tel que le lucre cessant ou le dommage naissant. Examinezvous bien,
IV. L'usure palliée est celle qu'on s'efforce de pallier ou de voiler sous des contrats injustes et illicites. Cette sorte d'usure se commet de diverses manières; je ne vous en indiquerai que quelques-unes , pour vous éclairer sur certains cas et vous apprendre a douter dans les autres; vous irez ensuite exposer vos difficultés à un confesseur éclairé et prudent, qui vous donnera une instruction plus détaillée sur cette matière si vaste et si compliquée. L'usure palliée se commet, premièrement, dans certains contrats de société, où il n'y a point entre les associés . une répartition équitable des charges et des profils et où l'on assure son capital avec l'intérêt, en s'affranchissant de toute perte, risque et péril. Ce sont Ta de véritables sociétés léonines, justement condamnées par Sixle-Quint , comme autant d'usures palliées.
Deuxièmement, on commet aussi cette usure en prenant des gages pour assurer le capital, lorsque ces gages étant productifs, on en relient le produit ou les fruits qui de droit appartiennent au propriétaire.
Troisièmement , on la commet parfois sous le nom de change réel, tandis qu'il n'y a que change fictif; contrat également contraire à la charité et à la justice , dans lequel, sans qu'il y ait transfert d'argent d'un lieu à un autre, on fait payer un intérêt à raison uniquement du laps de temps. Toutefois les modernes ayant trouvé moyen de représenter les contrats de ce genre comme
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licites et honnêtes, je laisse à chacun la faculté de suivre son opinion.
Quatrièmement, on la commet dans certaines permutations, comme, par exemple, si l'on donne en temps d'hiver à de pauvres paysans du vin gâté, du froment germé, à la condition qu'ils restitueront des denrées de bonne qualité à l'époque de la récolte; ou bien si l'on prête k mesure rase, pour reprendre à mesure comble : deux gains injustes et illicites, l'un sur la qualité, l'autre sur la quantité.
Cinquièmement, c'est encore une usure palliée que de vendre plus cher à raison du crédit qu'on accorde à l'acheteur; n'est-ce pas là en quelque sorte vendre le temps qui est un bien commun? Vous allégueriez vainement pour excuse le lucre cessant; car le plus souvent il est compensé par un accroissement dans le débit de vos marchandises, que par ce moyen vous écoulez plus rapidement, au lieu de les voir dépérir en magasin.
Enfin on se rend coupable d'usure palliée de plusieurs autres manières encore ; mais sans m'élendre davantage permettez que je vous demande si vous avez toujours tenu la balance bien juste, sans l'incliner ni d'un côté ni de l'autre. Vous êtes heureux s'il en est ainsi ; c'est le prophète qui le dit : Qui pecuniam suam non dédit ad usuram,... non movehitur in œternum^. Mais s'il en était autrement, écoutez le trait suivant, et profilez-en.
Un jeune homme ne pouvant empêcher son père et son frère de pratiquer l'usure, entra dans un couvent. Après leur mort, un jour qu'il priait pour le repos de leurs âmes, un ange le conduisit au sommet d'une montagne, d'où il aperçut un gouffre profond, semblable à un étang de feu,
' Ps. 1/(, 5-6.
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au milieu duquel brûlaient son père et son frère, en se maudissant l'un l'autre. Touché de compassion, il leur demanda s'il pouvait les secourir, et les malheureux répondirent : In inferno nulla est redemptio : Il n'y a plus de salut en enfer. Et à ces mots, ils disparurent dans l'ablnie. Que sert, mes chers frères, de gagner un million d'écus, si l'on vient à perdre son âme? Quid prodest homini si mundum universum lucrctur, anirnœ vero suœ detrimenlum patiatur? Examinez-vous de grâce pour voir si vous ne vous êtes pas rendu esclave de l'avarice par l'un ou l'autre des contrats que nous avons signalés. V. Au sujet de cette cupidité sordide, nous lisons, au chapitre sixième du prophète Jérémie, une sentence d'un grand poids et fort générale : A minori usque ad majorem omnes avaritice studente : o Tous depuis le plus grand jusqu'au plus petit sont adonnés à l'avarice. » Ce vice maudit, de l'avis du prophète, est comme un second péché originel, dont tout le monde est infecté, plus ou moins. — Mais tous, omnes, n'est-ce pas trop dire"? Tous seraient donc prisa cette glu perfide? — Oui, tous. — Mais les petits enfants, ces innocentes créatures qui n'ont pas encore l'usage de raison? mais les femmes qui sont étrangères au trafic et au commerce? — Je répète encore une fois que le prophète en disant tous, ne fait pas d'exception : hommes et femmes, riches et pauvres, maîtres et serviteurs, marchands el négociants, ecclésiastiques et séculiers, tous sont plus ou moins livrés à l'avarice : Omnes acaritiœ student. Et pour juger de la vérité de cette proposition, commençons par ceux qui n'ont pas encore l'usage de raison. Observez un petit enfant au berceau, et commençant à mouvoir les mains; voulez-
' Jerem. G, 13.
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VOUS le mettre à l'épreuve? montrez- lui une pomme, ou faites briller à ses yeux un morceau de cristal ; vous remarquerez qu'il suit l'objet du regard, étend ses bras pour le saisir, et une fois qu'il le tient, il le serre dans ses petites mains de toutes ses forces et semble triompher; s'il ne l'obtient pas, il pousse les hauts cris; c'est la vengeance de cet âge. Vous voyez donc que la cupidité, cette maudite passion de posséder, se suce avec le lait.
Quant aux femmes, excepté quelques-unes qui sont vraiment douées d'un esprit supérieur, tout le monde ne sait-il pas qu'elles sont les plus portées à l'avarice? Il n'y a pas de maison où l'on file plus fin que celles où les femmes surveillent la dépense. Prenez d'ailleurs une femme qui ait un mari âgé ou infirme, auquel elle compte survivre; elle commence longtemps d'avance à faire son nid en cachette, elle le soustrait à tous les regards, et tout ce qu'il y a de beau et de bon dans la maison y entre; de quel droit? nul ne saurait le dire. Ainsi certaines veuves, au préjudice de leurs enfants, et en vertu de cette peur in.stinctive que la terre ne vienne a manquer sous leurs pieds, se font aussi leur cachette où les rayons même du soleil ne pelivent pénétrer. De même on voit des femmes mariées se permettre de donner fort librement à des parents pauvres, à l'insu de leur mari, tantôt une chose, tantôt l'autre. Je sais bien que la femme a aussi le droit de faire l'aumône proportionnellement à sa condition ; mais ses aumônes ne peuvent dépasser, pour la quantité ou la fréquence, les limites que sa fortune autorise. — U en est d'autres ensuite qui volent leur mari pour satisfaire leur vanité, se procurer une mode nouvelle, une parure bizarre. Le peuvent-elles? Non, certes, elles ne le peuvent pas en bonne conscience. — Mais, mon père, j'ai un mari si ladre qu'il ne fait pas d'aumôue et ne veut pas que
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j'en fasse; il laisse sa famille manquer des choses nécessaires, et ne pourvoit pas à l'entretien de ses enfants ; que fais-je. moi? je prends à la dérobée ce qu'il faut pour faire face aux dépenses indispensables. Est-ce que je fais mal ■? — Non, sans doute, jusque-là vous ne faites pas mal ; prenez ce qu'il faut pour faire les aumônes convenables et subvenir aux besoins du ménagé et de la famille; et si un mari avare se récrie en pareil cas, laissez-le crier.
VI. Afin de mieux comprendre combien le prophète a eu raison d'employer cette formule générale : Omnes avaritiœ student,\\ ne sera pas mal de faire, dans cette conférence spirituelle, une espèce de relevé de tous les avares.
Les plus avares, pour l'ordinaire, ce sont les négociants, les marchands en détail, et les trafiquants de toute espèce ; ils fraudent en vendant et en achetant, ils débitent de la mauvaise denrée pour de la bonne, et n'en découvrent pas les défauts cachés, ce qui arrive surtout dans la vente des animaux et autres marchandises semblables ; ou bien, ce qui est plus fort, ils mélangent de l'eau avec le vin, du seigle avec le froment, et puis vendent cette marchandise frelatée au même prix que si elle était de première qualité; ou bien encore, ils dépassent les limites du prix légitime, déterminé par la loi, limites qu'on ne peut enfreindre en aucune manière : si le prix n'est point fixé parla loi, il faut se conformer à celui qui a cours sur la place et qui est déterminé par l'estimation commune. On distingue le prix infime, moyen et suprême : il faut se renfermer entre les deux extrêmes.
C'est ce que n'observent pas les marchands qui établissent un monopole à leur profit en s'accordant ensemble, par exemple, pour accaparer certaines denrées, afin d'en élever le prix, au détriment du public et des pauvres.
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Ceux-là se rendent beaucoup plus coupables encore qui, soit en achetant, soit en vendant, font usage de faux poids et de fausses mesures, de balances inégales et trompeuses, de façon à prendre toujours trop et à donner trop peu. Ces fraudes sont si communes, qu'il n'y a rien de plus déplorable que de voir avec quelle facilité l'enfer se peuple par là d'hôleliers, de bouchers et de détaillants de toute espèce, hommes et femmes; .car le Seigneur condamne expressément ceux qui ont double poids et double mesure, l'un plus grand, l'autre plus petit, l'un pour acheter, l'autre pour vendre : Non habebis in sacculo diversa pondera, majus et minus*. — Mais, mon père, vous ne savez pas tout : il y en a qui marchandent tellement qu'il faudrait bien leur vendre pour rien; ils n'ont pas honte d'offrir dix écus pour ce qui en vaut vingt. Que fait-on? on se coniente du prix qu'ils veulent bien y mettre ; mais on use secrètement de compensation en modifiant le poids ou la mesure. — Vous ne faites pas bien ; puisque vous convenez d'un prix, vous devez vous en tenir à la convention faite ; autrement vous ouvririez la porte à cent, à mille fraudes; laissez plutôt aller ces acheteurs importuns, et pour vous, soyez droits et sincères ; car « le Seigneur a en abomination la balance fausse, et il exige que le poids soit toujours juste :r) Staterà dolosa abominatio est apud Dominum, et pondus œquum volunfas ejus^.
VII. Il faut ranger aussi dans la catégorie des avares beaucoup de domestiques, d'artisans, d'ouvriers, et autres personnes d'une condition inférieure. La pauvreté et le besoin peuvent bien atténuer leurs fautes, mais ne sauraient pas excuser la multitude des injustices qu'ils commettent journellement.
1 Deut. 25, 13. ^ Prov. IL I.
suK l'avarice co.ntiìaiue a la justice, 4 01
Eq premier lieu se présentent les domestiques qui ne prennent pas soin des intérêts de leurs maîtres, ou qui, sous prétexte d'un surcroît de fatigue indu, croient pouvoir user de compensation, en prenant certaines choses, par exemple, sans leur consentement. Ils ne le peuvent pas, car en agissant de la sorte ils s'établissent juges dans leur propre cause, et il y a à cet égard une proposition condamnée par les Souverains Pontifes. C'est bien pis encore de ceux qui sont chargés de faire les empiètes de détail pour le ménage. Que d'altérations dans ces notes qu'ils enflent à plaisir, dans ces comptes chargés, ragoûts bien épicés, non pour le palais, mais pour la bourse du maître! Payé autant pour telle chose, autant pour telle autre, autant pour ceci, autant pour cela; et moi j'ajouterais volontiers en marge : de plus volé autant, et fait un profit d'autant; mais on profite si bien qu'on finit par gagner l'enfer. — Eh! mais, vous disent-ils, ce boutiquier, ce marchand me fait une gratification ; certes, ce qui m'est donné, je puis bien le retenir en bonne conscience. — Croyez-vous, franchement, que ce boutiquier vous fasse cette courtoisie à cause de vos beaux yeux? Ne la fait-il pas du moins au détriment de votre maître? S'il en était ainsi, vous ne pourriez l'accepter.
Raisonnons de même a propos de certains ouvriers, artisans et gens de profession, qui, sous divers prétextes, usurpe.nt le bien d'autrui. Tel paysan, chaque année, dérobe au cultivateur quelques gerbes, et même jusqu'à la valeur d'un sac de grain ; s'il ne répare ce dommage, au moins par un redoublement de travail, comment s'en tirera-t-il au tribunal de Dieu? — Cette couturière, ce tisserand reçoit la matière a travailler, l'étoffe, la laine, le fil , mais avant de se mettre à l'œuvre, il en prélève la dîme. C'est peu de chose chaque fois, mais à la fin de p. u vu. 9*
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l'année ces petits vols ne montent-ils pas à une somme notable ? — Ce maçon, ce serrurier, ce boucher dresse la note de ce qui lui est dû ; mais il y insère des articles qui font double emploi, il enfle les chiffres, il trompe. Et s'il arrive que par erreur on lui donne plus que son compte, autant il est avide de recevoir, autant il a soin de fermer la bouche et la main pour n'en rien dire et tout retenir. — Et ce pharmacien qui, voulant gagner cent pour un, fait payer comme médicaments précieux des drogues de mauvaise qualité, altère les recettes du médecin au préjudice du malade ainsi que du docteur, comment règlera-til ses comptes au dernier jour? — Et ce menuisier qui fait payer du bois, des clous qu'il n'a pas livrés; — et ce tailleur d'habits qui a coutume de retenir les morceaux de dnip qui restent, au lieu de les remettre à qui de droit, comment s'arrangeront-ils à l'article de la mort? Je connais un tailleur qui avait l'art de se ménager ce profit illicite sur la coupe des habits. Comme il était réduit à l'extrémité et sur le point d'expirer, le démon lui apparut dans sa chambre, agitant une bannière composée de morceaux de draps de toutes couleurs, blancs, rouges, noirs. Ce spectacle le jela dans de mortelles angoisses. Il guérit heureusement, et il eut soin d'ordonner à un de ses garçons de lui dire, toutes les fois qu'il le verrait prendre en main les ciseaux pour tailler un habit : « Maître, souvenez-vous de la bannière. » Vous ne doutez pas qu'à partir de ce moment, il fût d'une exactitude scrupuleuse à rendre à ses clients les moindres restes d'étoffe.
Examinez-vous donc, vous tous qui exercez une profession quelconque, examinez quelle a été votre pratique jusqu'à ce jour, et voyez si dans tout ce qui a été dit jusqu'ici il n'y a pas quelque chose qui vous concerne. Dans le cas que voire nom fût inscrit sur le rôle des avares, mettez la main à l'œuvre sans tarder, pour y remédier.
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VIII. N'allez pas croire toutefois qu'il n'y ait que les pauvres artisans et les gens de la basse classe qui soient dominés par l'avarice ; les riches ne sont pas moins esclaves que les autres de cette tyrannique passion. L'avarice des riches est même beaucoup plus préjudiciable que celle des pauvres. Voulez-vous savoir toute la différence qui existe entre l'une et l'autre? Supposez qu'au mois d'octobre, alors que la vigne est chargée d'un raisin mûr et vermeil, un loup, d'une part, pénètre dans le vignoble pour assouvir sa faim, et que de l'autre un petit oiseau s'abatte sur une grappe pour se rassasier du raisin le plus vermeil ; le loup en quelques coups de dents aura dépouillé un cep et laissera dans le vignoble des traces de son passage, tandis que le petit oiseau, et dix de ses semblables, mangeraient toute une journée qu'on y verrait à peine la place. Pauvres familles dépouillées par les extorsions injustes des riches avares, vous pourriez nous dire les traces qui restent de leur rapacité. Marchands en faillite avec des livres pleins de crédits; procès prolongés à dessein pour empêcher le bon droit de triompher; orphelins, pupilles, v.euves, réduits à la misère et à l'indigence, parlez et dites si l'avarice des puissants n'a pas la rapacité du loup, plutôt que l'inoffensive avidité du petit oiseau.
Mais ceux qui pourraient nous le dire mieux encore, ce sont ces juges, procureurs el avocats qui trafiquent de la justice, qui éternisent les différends pour accroître leurs profils, qui reçoivent des présents pour donner une entorse au droit, qui portent des jugements iniques par complaisance ou à cause d'une recommandation, ou bien encore qui ont sous la main certains Iruchemans chargés de négocier d'infâmes conventions avec l'une ou l'autre partie. Les Thébains représentaient les juges sans mains, pour signifier qu'ils ne doivent pas en avoir pour
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recevoir des présents. Mais aujourd'hui on pourrait représenter certains juges sous la forme de monstres k cent bras et à cent mains. Ce n'est pas ainsi qu'en agissait l'illustre Thomas More; une veuve, a qui il avait fait gagner un procès, vint un jour lui offrir un riche gobelet d'or; ce grand homme le reçut dun air joyeux, puis ayant appelé sa famille, il fit devant elle un pompeux éloge du cadeau, demanda qu'on lui apportât de son meilleur vin, et ayant rempli le gobelet il invita la veuve à le vider à sa santé, après quoi il la contraignit à le reporter. Lorsqu'il remplissait la charge déjuge, il avait coutume de dire qu'il ne mettait aucune différence entre un ami et un ennemi*.
Ils vous apprendront aussi quelle est la rapacité de l'avarice chez les riches, ces procureurs ou avocats qui dissimulent les raisons de leurs clients et négligent de les faire valoir, tout en pactisant avec la partie adverse ; ou bien qui mettent en avant mille calomnies, embrassent des causes désespérées, suivent des opinions hasardées et sans fondement. Je voudrai? qu'ils sussent au moins combien ils compromettent par la le salut.de leurs âmes.
Je ne pénétrerai point plus avant dans le sanctuaire de la justice pour vous montrer ces magistrats, ces hommes de robe se traînant derrière les orphelins et les veuves, sans souci de leur dignité, et poussés par une sordide avarice ; vous verriez clairement alors que les votes déposés dans l'urne ne sont pas tous dictés par la justice, mais trop souvent vendus par la cupidité. Je ne puis cependant me dispenser de signaler tant de notaires, d'archivistes, de secrétaires, qui font gémir de pauvres gens par d'mjustes délais, qui cachent des écritures imporlan-
' Tu. Stìpleton, hisl. de Th. More, ch. G.
SUR l'avarice co.ntkaihk a lv justice. 105
les, suscitent de faux procès et des diflicultés de tout genre pour extorquer de l'argent.
Enfin je condamne absolument ces esprits inquiets qu soulèvent k tout propos des différends, en exhumant des actessuran nés ou autrement, ayant soin de circonvenir de pauvres veuves, des enfants orphelins, pour les rançonner à discrétion, et les contraindre à accepter des transactions aussi injustes que désastreuses pour ces maiheureux. Ceux qui ne réussissent point à assouvir leur cupidité par ces indignes moyens, tentent la fortune dans les jeux de hasard ; ils y entraînent des jeunes gens sans expérience, des (ils de famille, et à l'aide de fausses cartes. de faux dés, ou d'autres fraudes, s'enrichissent aux dépens de ces imprudents.
Examinez-vous et voyez si par d'injustes procès ou des jeux immoraux vous n'avez pas mis votre âme elle-même en jeu.
IX. Notons cependant que les genres d'avarice dont nous avons parlé jusqu'ici ne sont pas encore les plus exécrables ; il y a une avarice plus rapace que celle du loup, c'est celle de ces maîtres qui fraudent le salaire de l'ouvrier, ou qui, sans motif légitime, diffèrent de jour en jour de payer ce qu'ils lui doivent : Qui aufert in sudore panem quasi qui occidit^. L'Esprit-Saint met sur la même ligne ces deux crimes : enlever le pain à l'ouvrier et enlever la vie à son ennemi. Le pain gagné a la sueur de son front est la vie du pauvre; si vous lui enlevez ce pain, vous lui ôtez la vie ; or, voici qu'un pauvre artisan, un serviteur, une servante qui a usé sa vie pour vous dans les travaux les plus pénibles, vous demande son salaire et vous le lui refusez, ou du moins vous le rognez; quelle
' Eccli. 34. 26.
cruauté! Un domestique, par exemple, vous apporte sa note , elle porte en total cinquante livres : vous lui en présentez vingt-cinq, et vous dites : « Si tu veux cette somme, prends-la ; si tu ne t'en contentes pas, laisse-la » — Le pauvre homme baisse la tête et se résigne. Et vous, lorsque vous vous présentez au confesseur, vous lui dites : « Mon père, il s'en est contenté. » — Il s'en est contenté ! savez- vous pourquoi? Parce que vous l'avez menacé, s'il ouvrait la bouche, de le faire sauter par la fenêtre. Oh ! cruelle avarice!. . Ce pauvre cordonnier, ce tailleur, ce maçon, ce petit débitant ont déjà usé plusieurs paires de souliers à venir inutilement chez vous réclamer leur créance, et vous les remettez toujours; vous leur refusez le prix de leurs sueurs, et vous repoussez ces mains qui se sont durcies à travailler pour vous. Entre temps, vous êtes bien nourris, bien vêtus, bien logés anx dépens des pauvres qui endurent la faim, la nudité et la fatigue. C'est là une injustice criante, digne de l'exécration de Dieu et des hommes.
Saint François de Paule en donna un jour en présence d'Alphonse, roi de Naples, une preuve palpable et qui mérite dêlre rapportée. Une grande quantité d'or et d'argent ayant été déposée dans le trésor du gouvernement, le Saint en prit une poignée, et, la pressant, il en fit couler du sang en abondance, pour faire comprendre à ce prince que tout cet argent était acquis injustement, que c'était le sang du pauvre. Oh ! si ce grand Saint descendait du ciel et que dans certaines maisons (je ne dis point partout, il ne serait pas juste de le dire), il touchât, de cette main puissante, les splendides livrées, les bijoux précieux, les robes à la mode, les magnifiques ameublements, les tapisseries, les riches équipages, pensez-vous qu'on ne verrait pas aussi dégoutter de toutes parts le sang de ces
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pauvres marchands, qui n'ont pas encore été payés, le sang de pauvres niarcliands qu'on n'a pas équitablenient satisfaits, et un sang qui crie vengeance au ciel ?
Que de péchés en effet sont la suite de cette première iniquité! Un marchand qui n'a pas été satisfait, n'ayant pas son argent, est obligé parfois de susf>endre ou de laisser languir son commerce, et comme ce commerce fournit le pain avec le travail à beaucoup de veuves, d'orphelins, de familles ouvrières qui vivent au jour le jour, ce sont autant de malheureux privés de pain, autant de maisons où se fait sentir la famine, et quelquefois un besoin extrême qui peut porter aux derniers excès. Dieu sait les imprécations et les malédictions qu'ils profèrent contre les auteurs de leur misère... Or tous ces péchés retombent sur ces riches avares qui refusent de payer, et d'acq^iitter leurs obligations. Qu'on se plaigne après cela de n'avoir point d'héritier, de voir la santé et le bonheur exilés de chez soi. Comment voulez- vous que Dieu vous exauce tandis que vous élevez vers lui des mains teintes du sang des pauvres? Examinez de grâce si votre nom n'est point inscrit au nombre de ces avares impitoyables.
X. Ce serait peu encore si l'avarice ne dépouillait que les vivants, le pis c'est qu'elle prive les défunts eux-mêmes des secours auxquels ils ont droit. Elle ne se contente pas de spéculer sur la fièvre, sur les blessures, les emplâtres, les maladies, comme le font beaucoup de médecins et de chirurgiens, qui prolongent le traitement afin de grossir leurs émoluments; mais elle fait son profil même des revenus affectés au saint sacrifice qu'elle ne fait point célébrer, des legs pieux auxquels elle ne satisfait point, des dois fondées qu'elle néglige de conférer; en un mot elle pénètre partout et jusque dans le sanctuaire. Pauvres testateurs,
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si VOUS voyiez avec quelle impiété d'avares héritiers, foulent aux pieds vos religieuses intentions, vous en pleureriez à double titre, tant a cause du dommage qui en résulte pour les morts, qu'a raison de la ruine que s'attirent les vivants. Du reste,- la faute vient-elle toujours des légataires qui ne paient pas, ou d'administrations négligentes à faire acquitter les charges religieuses, c'est ce que je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que l'avarice met sa main rapace sur tout, fait argent de tout, même des choses les plus saintes de l'Eglise. Son insolence n'a-t-elle pas été jusqu'à vouloir faire une marchandise de l'Esprit-Saint, lorsqu'elle porta Simon le Magicien à offrir de l'argent à saint Pierre, pour qu'il le lui vendît ? Si elle n'a pas réussi à acheter la troisième personne de la Sainte Trinité, elle est au moins parvenue à faire vendre la seconde pour trente deniers, comme l'a fait l'infâme Judas.
XI. Nous terminerons cette Réforme spirituelle en rappelant à tous, que quiconque s'engraisse du bien d'autrui, au moyen d'usures, de vols, de fraudes, de contrats illicites, de simonies et autres injustices semblables, et ne restitue pas au plus tôt, peut être certain qu'il perdra même ce qui lui appartient avec les richesses mal acquises, à l'instar du malade qui vomit les aliments bienfaisants comme le reste : Divitias quas devoravit, evomet^ . Que chacun donc en s'en retournant emporte avec lui l'avis si salutaire de l'Esprit-Saint : Melius est j^arum cum timore Domini , quam thesauri magni et insatiabiles^ : « 11 vaut mieux peu avec la crainte de "Dieu, que d'immenses trésors avec des désirs insatiables. »Peu, mais avec la grâce de Dieu; peu, mais avec justice ; peu, mais avec le bon témoignage de la conscience ; parce que ce peu avec la
' Joi). 20, 15 ' PruY. lii, <6.
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crainte de Dieu vous satisfera le cœur et laissera régner la paix dans voire maisou; tandis que les trésors acquis par injustice réveilleraient en vous une passion avide que vous ne parviendriez jamais à rassasier. La raison en est claire : la cupidité de l'avare est en quelque sorte infinie ; ses richesses, au contraire, qu'il en accumule tant qu'on voudra, seront toujours finies : comment donc voudriezvous contenter et assouvir avec un bien fini des désirs qui n'ont point de bornes? — Je le répète donc : Parum cum timore Domini : 11 vaut mieux un gain médiocre avec la crainte de Dieu que de vastes trésors avec une avarice insatiable et sans limites, que rien ne satisfait et qui est toujours inquiète. Gravez bien dans votre esprit ces trois mots : Parutn cum timore Domini. Contentez-vous de peu avec la crainte du Seigneur, et vous serez heureux.
SUJET DE LA MÉDITATION DU MATIN