‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 4 sur 78 · JOUR. CONFÉRENCE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

JOUR. CONFÉRENCE PRÉLIMINAIRE

sorte. Condamné à errer par toute la terre, sans sceptre, sans sacerdoce, sans gloire d'aucune espèce, il est devenu l'opprobre de toutes les nations et le rebut du monde. Quelle a donc été la cause de cette épouvantable réprobation? La voici : Eo quod non cognoveris tempus visitationis tuœ^ ; il n'a point connu le temps précieux de la visite de Dieu. Les trente-iiois ans que Jésus passa sur la terre furent trente-trois ans de grâce et de miséricorde pour cette nation ; mais elle ne sut pas en profiter, et c'est pourquoi elle fut abandonnée, il en est de même d'une âme qui est visitée de Dieu ; les visites de Dieu, ce sont les missions, les exercices spirituels. Si elle n'en profite pas, si elle ne se convertit pas pendant le temps de ces amoureuses visites, ah ! elle est en bien grand danger de se perdre et de se voir totalement abandonnée de Dieu.

Voici donc, mes bien-aimés frères, que notre Dieu, dans sa bonté, veut vous renouveler sa visite. Après vous avoir visités avec fracas pendant la mission, en faisant retentir à vos oreilles les grandes vérités du salui et en portant l'épouvante dans vos âmes, il vient vous visiter maintenant d'une manière plus douce et plus attrayante au moyen des saints exercices. L'eau qui roule avec impétuosité n'imbibe pas le sol ; mais la pluie qui tombe goutte à goutte et lentement, pénètre dans son sein et le fertilise. Aussi j'ose espérer que ce que n'a pu obtenir de plusieurs d'entre vous le fracas de la mission sera le résultat des procédés plus suaves et plus persuasifs de nos saints exercices. Dans cette conférence, qui sert d'introduction, j'ai à vous tracer quelques avis pour vous donner une idée nette de ce que nous devons faire et du but que nous prétendons atteindre.

• Luc. 19, 44.

SUK LES bXEUCICES âl>IIUTUELS. ô

II. Que sont donc ces Exercices qui ont rendu de si grands services à l'Eglise, et que les souverains pontifes ont si souvent recommandés, et enrichis de tant d'indulgences, afin d'en inspirer la plus haute estime à tous les fidèles? Pour répondre en peu de mots, je vous dirai que ce n'est autre chose qu'une méthode merveilleuse de guérir les blessures faites à l'âme par le péché, en la détachant de toutes les affections désordonnées pour l'unir à Dieu pendant cette vie et après la mort. Ainsi dans les exercices spirituels on n'a autre chose en vue que d'apprendre à bien vivre pour savoir bien mourir. En un mot, pendant ces saints jours nous avons à nous exercer à l'art tout divin d'assurer la grande, l'importante affaire de notre salut. Et comme cet art précieux a été inspiré de Dieu au glorieux fondateur de l'illustre Compagnie de Jésus, saint Ignace de Loyola, nous nous conformerons à la méthode qu'il a tracée dans son livre admirable des Exercices. Il ne suffit pas, en effet, pour faire les exercices avec fruit, d'entasser une foule de méditations pêlemêle, pour ainsi dire, les unes suries autres; il faut au contraire les disposer dans un ordre tel que la seconde confirme la première, et ainsi de suite, de manière qu'elles tendent graduellement vers le même but, savoir : détacher l'âme de toutes ses affections déréglées. Le père Pinamonti, religieux distingué de la même Compagnie, compare les exercices à une machine. Pour construire une machine, il ne suffit pas d'accumuler une multitude de rouages et d'engins ; il est nécessaire d'assembler toutes les pièces de telle façon que les roues s'engrènent les unes dans les autres et se prêtent un mutuel secours, si bien que leur mouvement soit le résultat de 1 assemblage même des diverses parties. Tel est le mécanisme des exercices. On commence par la méditation de la fin pour

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liiqiielle nous avons été créés, du bon usage des moyens pour y arriver, et du mal que nous fait le péché en nous en détournant. Ces méditations ont pour effet de faire rentrer l'âme dans le bon chemin. Viennent ensuite les méditations sur la vie, la passion et la mort de notre divin Rédempteur, qui dirigent l'âme vers l'union avec Dieu; cette heureuse union est le résultat des méditations sur la gloire, sur les bienfaits de Dieu et sur son saint amour, par lesquelles se terminent les exercices. Oh ! que cet admirable assemblage de méditations est d'une efFicacité merveilleuse pour éclairer les esprits et détacher les cœurs de leurs passions déréglées! Il est bien vrai que pour rendre le travail parfait il faudrait le concours de beaucoup d'autres exercices de piété, qui rempliraient toute la journée; mais ici je ne m'adresse pas à une réunion d'hommes vivant dans la retraite, et n'ayant autre chose à faire que de se laisser diriger dans l'emploi de tous leurs moments; je m'adresse au contraire à toute une population qu'on ne peut assujettir à un règlement uniforme, et beaucoup moins encore à une retraite absolue. En effet, parmi vous les uns sont mariés, les autres sont libres, ceux-ci exercent une profession, ceux-là ont leurs affaires, d autres disposent de leur temps comme bon leur semble ; il est donc nécessaire, si je veux être utile à tous, que je m'en tienne à un système général qui puisse s'accommoder à toutes les conditions. Néanmoins, si vous voulez recueillir les fruits de ces saints exercices, il est indispensable que vous vous teniez en retraite autant que possible. Je n'entends point par là que vous négligiez toutes vos affaires, les devoirs essentiels et propres de votre état, nullement; mais bien que vous retranchiez toutes les occupations inutiles, les réunions propres à vous dissiper, la perte du temps, les conversations frivo-

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les, les divcrtissemoritp de naturo à vnns distraire. Retranchez tout cela ; car s'il est vrai que la Sagesse divine peut se faire entendre môme au milieu des places publiques, il n'est pas moins certain qu'elle a coutume de nous retirer dans la solitude pour parler à nos cœurs : Ducam eam in solitudine m, et ibi Inquar ad cor ejus. Tel est donc le principal avis que j'ai à vous donner pour bien passer le temps des exercices : solitude et retraite, autant que faire se peut. Que chacun se règle selon les exigences de sa condition, et tâche de se débarrasser autant que possible de toute préoccupation étrangère, pour mener pendant ces jours-ci une vie bien régulière et bien retirée. C'est ainsi qu'en usaient les saints, et spécialement saint François d'Assises, qui, retiré dans sa grotte de l'Alverne, avait coutume de dire : « Me voici seul avec Dieu ; nous ne sommes que deux : Dieu et moi. » Dites-en autant vous-mêmes : Dieu et moi. Au moins lorsque vous serez ici à l'église pendant la méditation, fabriquez-vous une sainte solitude dans votre cœur, en répétant à plusieurs reprises : Dieu et moi. Loin donc les pensées du monde, les préoccupations politiques, les soucis de famille : Dieu et moi. Oh! quelle heureuse disposition pour recueillir des fruits abondants de ces saints exercices!

III. Les œuvres principales, et, pour ainsi dire, les maltresses-roues qui composent cette admirable machine sont au nombre de quatre, savoir : l'oraison mentale, l'examen de réforme, la lecture spirituelle, et l'ouverture de son cœur à un bon confesseur. Je vais vous dire quelques mots sur chacune d'elles, en commençant par l'oraison mentale.

Je m'aperçois que plusieurs d'entre vous s'épouvantent au seul nom d'ÛRAisoN mestale. Mais quoi! ne réfléchissez-vous donc jamais a votre négoce, à vos affaires dômes-

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