SUR LE PÉCHÉ VÉNIEL
vous-Ià? — Cesi ainsi. Je vous l'explique d'après les enseignements de la théologie. Vous devez' savoir que la peine que Dieu inflige au péché véniel n'est pas éternelle, mais temporelle, pas de doute; si cependant, remarquez bien, quelqu'un était coupable d'un péché véniel et en même temps d'un péché mortel, et qu'il vint à mourir dans cet état, non-seulement la peine du péché mortel, mais aussi celle du péché véniel serait éternelle. En effet, le péché véniel ne peut être remis sans le péché mortel, et d'un autre côté, il doit être châtié aussi longtemps qu'il n'est pas remis : d'où il suit qu'il est irrémissible et que conséquemment son châtiment devra durer éternellement. L'éternité du châtiment, comme le remarque fort bien saint Thomas, correspond, non a la gravité, mais à l'irrémissibilité du péché. Cela veut dire que si vous tombiez en enfer avec un mensonge, entre autres péchés sur la conscience, ce mensonge serait puni de Dieu pendant toute la durée de l'éternité. Allez demander après cela quel mal il y a dans un petit mensonge, quel mal dans une impatience, quel mal dans un regard I Aveugles que vous êtes ! Est-il possible qu'avec tant de souillures sur la conscience, vous ne frissonniez pas des pieds à la tête, en voyant avec quelle rigueur Dieu poursuit le péché véniel tant en cette vie que dans l'autre?
XI. Mais qu'avons-nous donc à faire ? me dites-vous. — Permettez qu'ici je vous répète de nouveau ce que j'ai dit en commençant cette réforme. Ou bien les saints se sont trompés, ou bien nous nous trompons nousmêmes. Je vois que les Saints, s'armant, pour ainsi parler, de la justice divine, châtièrent sévèrement sur eux-mêmes les plus légères fautes vénielles. Un saint Eusèbe, solitaire, pour un seul regard curieux, se condamna à demeu-
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rer renfermé clans sa cellule , avec une chaîne du poids de cent-cinquanle livres au cou ; un Evagrius, prêtre, pour une très-légère médisance contre le prochain, s'exposa pondant quarante jours et quarante nui's à toutes les injures de l'air; un Paul, solitaire, pour une question tant soit peu indiscrète, qui lui échappa dans la conversation, condamna sa langue au silence pendant trois ans; une Catherine de Sienne, une Agnès Auguste , une Marie d'Oignies, fondirent en larmes pendant de longues années pour les fautes les plus légères, un rire immodéré, une petite parole oiseuse, un peu de curiosité.
Le premier remède à employer est donc de pleurer les péchés véniels qui se commettent tous les jours, et de les pleurer du cœur, d'en faire tous les soirs l'objet d'un examen général et de s'imposer quelque pénitence quand on s'aperçoit qu'on y est retombé plus souvent. — Mais il n'est pas si facile, me direz-vous, de découvrir dans un examen tous les péchés véniels qui échappent dans le cours d'une journée. — Savez-vous pourquoi? C'est parce qu'il nous importe peu d'offenser Dieu. Je vous donnerai un moyen de vous en souvenir aisément : quand vous aurez le malheur de tomber dans quelque faute vénielle délibérée, faites-en aussitôt un acte de contrition; ce sera comme une épine que vous enfoncerez dans votre cœur et qui , au moment de l'examen, vous rappellera le souvenir de la faute commise , et vous excitera à un repentir plus efficace.
Un autre remède très-salutaire , c'est de prendre cette noble et généreuse résolution qui fut celle de tous les Saints : Je ne veux à aucun prix causer le moindre déplaisir à mon Dieu ; je veux au contraire faire tous mes efforts pour lui plaire, autant qu'il sera en mon pouvoir, parce qu'il en est infiniment digne. — Si ces maximes et ces
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résolutions restent gravées clans votre cœur, vous éviterez sans peine les pt'cliés véniels.
Scellons cette réforme par une détermination ferme et énergique de ne jamais commettre un péché véniel avec advertance et de propos délibéré ; et prjons Dieu, s'il veut nous châtier pour tant de négligences de noire vie passée, de le faire, soit; il a en main mille fléaux dont il peut nous frapper : Multa flagella peccatoris ; mais de nous accorder au moins une grâce, celle de ne point nous infliger le plus redoutable de tous ses châtiments, c'est-àdire de ne point permettre qu'en punition de tant de péchés véniels commis à la légère, nous tombions enfin dans le péché mortel. — Ah! non, mon Dieu, non, ne nous châtiez point de ce terrible fléau, nous vous en supplions par ces plaies adorables que vous avez endurées par amour pour nous. Nous sommes trop effrayés par le présent examen sur le péché véniel pour vouloir encore le commettre à l'avenir. — Voici enfin la conclusion la plus importante que je veux vous faire retirer de tout ce qui a été dit jusqu'ici; cette conclusion que je voudrais tracer en caractères indélébiles dans le cœur de chacun de vous est celle-ci : Si un péché véniel est si grave de sa nature, par ses effets, et par ses châtiments, que sera-ce d'un péché mortel? Pensez-y.
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SUJET DE LA MÉDITATION DU MATIN