‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 46 sur 78 · LA DIFFICULTÉ DO SALUT · texte numérisé non relu

LA DIFFICULTÉ DO SALUT

feste que par la foi. Ahi qu'un tel chemin est âpre et rude pour nos sens, enclins à suivre la voie large, battue par le grand nombre, pleine de commodités et semée d'agréments qui font oublier la fatigue de la marche. Jugez d'après cela s'il ne vous faut pas une résolution généreuse, et un secours puissant de la part de Dieu, pour ne vous point laisser séduire. Remarquez d'ailleurs que pour corresf)ondre à la grâce d'en-haut, il importe souverainement de vous mettre dans l'état de vie auquel le Seigneur vous appelle ; parce que ce n'est que dans cet état-là que vous rencontrerez certains secours efficaces que Dieu vous a préparés ; dans tout autre état, qui sait ce qui peut vous advenir? Vous pourriez fort bien vous trouver dans le cas d'un aveugle, qui, ayant abandonné son guide, prétend marcher seul, et ne sait où il va jusqu'à ce qu'il tombe dans un précipice. Souvenez-vous qu'au bout de quelques pas vous allez vous trouver aux portes de l'éternité, et qu'en serait-il de vous si vous ne réussissiez pas à franchir heureusement le terrible passage du temps à l'éternité? Hélas! il ne vous resterait plus alors qu'à déplorer à jamais votre folie. Proposezvous donc de faire tout ce qui dépend de vous pour connaître la volonté de Dieu, par rapport à l'état que vous devez embrasser ; et si vous reconnaissiez au moyen d'inspirations intérieures, ou par le conseil de vos directeurs spirituels, qu'il vous appelle à l'état religieux plutôt qu'à une vie séculière, au célibat plutôt qu'au mariage, tournez le dos au monde et finissez-en. Prenez bien garde de vous tromper dans une affaire de cette importance, car il y va de votre bonheur suprême^ Jetez-vous donc aux pieds de Jésus crucifié, et suppliez-le d'éclairer votre esprit d'une lumière particulière pour connaître ses desseins sur vous, et d'enflammer votre volonté pour vous y conformer.

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SECOND POINT

Considérez que la seconde clifBculté d'arriver au salut provient de la faiblesse du voyageur. Ce voyageur c'est vous, et vous avez fait l'expérience de votre faiblesse par ces chutes déplorables, et aussi nombreuses peut-être que les jours de votre pèlerinage. Réfléchissez donc que si vous êles libre de ne pas vouloir le mal et de vouloir le bien, cette liberté est cependant languissanle dans le bien et effrénée dans le mal ; parce que noire nature a été gâtée par le péché originel, qu'elle n'aime plus qu'elle-même, ne fait cas que des biens sensibles, et ne vise qu'à secouer les rênes de la raison, pour courir, au gré de ses caprices, où bon lui semble. Ajoutez que les inclinations dépravées de la nature ont été renforcées par les mauvaises habitudes , qui ont fait de vos passions comme autant de bêtes féroces indomptables. Or, c'est dans ces conditions que Notre-Seigneur vous avertit qu'il faut vous faire violence, qu'en dépit de toutes les difEcultés il faut que vous vous efforciez de marcher par la voie étroite, et de passer par la petite porte, si vous voulez entrer au ciel : Contendite inirare per angusfam portam^. Il veut dire qu'il ne suffit pas d'une application superficielle, d'une certaine velléité assez commune ; mais qu'il faut de I énergie et des efforts. Et comme ces efforts chez vous font constamment défaut, il est indispensable, pour assurer votre salut, que vous embrassiez l'état auquel Dieu vous appelle, et que vous preniez en main les moyens qu'il vous offre. Il est indubitable en effet que c'est la volonté propre qui remplit lenfer; si elle cessait de régner dans le monde pour se soumettre à la volonté de Dieu, les hommes ces-

« Luc. 13, 24.

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