LA DIFFICULTÉ DU SALUT
seraient de se damner. Par conséquent, si vous aimez votre âme, si vous avez bien saisi l'importance d'assurer votre bonheur éternel, jetez- vous sans réserve entre les mains de la divine Providence, et dites-lui de cœur que vous êtes prêt à tout : s'il vous veut hors du monde, ne balanc;'Z plus, sortez une bonne fois de cette Egypte pleine de périls pour vous; s'il vous veut dans le monde, ne négligez aucun moyen pour persévérer dans le sentier de la vertu et faire la guerre au vice. Si par le passé vous avez résisté aux appels de la grâce, demandez-en pardon de bon cœur, frémissez à la vue du danger auquel vous vous êtes exposé, en cherchant vainement votre salut là où vous ne pouviez point le trouver. Prenez la ré.^olulion, dans une affaire de cette nature, de ne point prendre conseil de vos ennemis, tels que sont le monde, le démon et la chair; mais bien de Notre-Seigneur, qui a aimé votre âme plus que sa vie, et priez-le dans un affectueux colloque, de briser l'obstination de votre cœur rebelle.
COLLOQUE
0 mon aimable Jésus, puisque vous m'avez fait comprendre combien il m'est difficile d'arriver au salut, et quelle violence je dois faire à mes passions déréglées, j'ai recours à vous pour que vous daigniez m'assister. Je suis résolu, mon Dieu, de vous choisir pour mon chef, de ne plus servir que vous et de combattre sous votre étendard contre vos ennemis et les miens. Puis donc que pour mon bien vous m'invitez à embrasser la croix et à suivre la voie étroite qui mène au ciel, donnez-moi la force d'y marcher généreusement; car pour moi, je le proteste, je veux me sauver, et je le veux à tout prix ; advienne que pourra. Me voici prêt à contrarier mes sens et mes inoli-
nations naturelles; mais pour que je le fasse avec plus d'énergie, manifestez-moi votre très-sainte et très-aimable volonté. Me voulez-vous religieux? me voulez-vous dans le célibat? me voulez-vous hors du monde? J'accepte, mon Dieu, le parti que votre amour me destine; pourvu que je me sauve, peu m'importe le reste. Et si par le passé j'ai résisté à vos divines inspirations, je vous en demande humblement pardon ; après avoir tant fait pour me sauver, ne permettez pas, je vous en conjure, que je perde mon âme pour des biens aussi méprisables que ceux qui m'ont séduit jusqu'ici, et m'ont porté à résister à vos adorables desseins. Dès ce moment, touchez mon cœur, triomphez de ce cœur rebelle, a6n que je commence tout de bon une vie nouvelle, une vie sainte et que je dise avec le saint roi David : Dixi, nwic cœpi.
L ENFANT PRODIGUE
EXPLICATION DD SUJET
I. Supposé que la miséricorde arrachât des mains de la justice un damné, et que, brisant ses chaînes, elle le mît en liberté pour lui laisser le temps de faire pénitence ; quelles austérités, quelles macérations, quel genre de martyre ce malheureux n'embrasserait-il pas de bon cœur?... Or, ne savez-vous pas, mes chers frères, que, le péché à peine commis, une sentence de mort éternelle a été fulminée contre vous? Et malheur à vous si la miséricorde n'en avait suspendu l'exécution ! Comment donc, tandis que vous jouis-
L ENFANT PRODIGUE. 30
sez encore d'un bienfait aussi précieux que le temps de faire pénitence, comment, dis-je, votre cœur ne se briset-il pas de repentir? N'est-ce pas un plus grand bienfait d'avoir été préservé de l'enfer, que d'obtenir la faveur d'en sortir après y avoir été précipité?... Courage donc! imitez ce soir même, dans cette sainte méditation, le petit enfant à qui on a fait peur : vous remarquez que s'il le peut, il court vite se cacher dans le sein de sa mère. Vous aussi, épouvantés par le souvenir de vos fins dernières, la mort, le jugement, l'enfer, que vous avez médités les jours précédents, courez vous cacher dans les bras de votre bonne mère, je veux dire la miséricorde divine. Voici l'enfant prodigue de l'évangile* qui vous servira de guide. Touchante parabole, comparaison charmante! Et faites bien attention qu'elle n"a pas été inventée par un saint père, ou par quelque grand prédicateur; non ; elle est sortie de la bouche même du Fils de Dieu, qui, voulant exprimer la tendresse avec laquelle le Père céleste accueille les pécheurs repentants, nous l'a dépeinte au vif dans cette admirable parabole. Il s'est proposé par là de nous enseigner deux choses :
La misère dans laquelle se précipite une âme qui abandonne Dieu par le péché; ceserà notre premier point.
La miséricorde avec laquelle Dieu reçoit une âme qui revient k lui par le repentir; ce sera notre second points
IL Expliquons, partie par partie, cette merveilleuse parabole. L'enfant dont il s'agit était né dans l'opulence, et se voyait entouré, dans la maison de son père, de nombreux serviteurs. Malgré cela, l'amour de la liberté, " l'envie de vivre à sa mode, le porta à réclamer la portion de son héritage pour tenir maison à part. Vous vous figu-
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rez tout ce que ce pauvre père aura dit et fait pour lui ôter ce caprice de la tête : Voyez, lui aura-l-il dit, s'il vous manque ici la moindre chose ; demandez plus encore, et rien de raisonnable ne vous sera refusé. Prenez bien garde à ce que vous faites : il vous arrivera telle chose, et puis encore telle autre. — Mais l'enfant désobéissant tient ferme dans sa résolution de quitter le toit paternel.
Voilà, pécheur qui m'écoutez, un portrait au vif de ce qui vous est arrivé, lorsque vous avez perdu l'innocence baptismale, en péchant mortellement pour la première fois. Que vous manquait-il alors? Vous jouissiez d'une paix profonde, et en' rentrant en vous-même vous pouviez vous dire avec une joie ineEFable : Je ne me souviens point d'avoir jamais offensé Dieu gravement. — Oh! quelle consolation! Vous aviez et vous auriez toujours eu au fond du cœur la douce confiance de vous envoler droit en paradis, et la mort n'aurait pour vous rien d'effrayant. Ahi si nous pouvions retourner sur nos pas! Si nous pouvions recommencer le cours de nos années I...
D'autant plus que vous avez imité l'enfant prodigue, non-seulement en désertant la maison de votre Père, mais aussi en vous éloignant de lui le plus possible ; comme ce jeune homme inconsidéré, vous êtes parti dans une région lointaine : Profectus est in regionein lungin~ quam. Vous ne vous êtes pas borné à perdre l'innocence en commettant un seul péché mortel, mais vous vous êtes vautré dans la fange de toutes les iniquités, et à mesure que vous avez mtiltiplié vos désordres, vous vous êtes éloigné davantage de votre aimable Père. Poussez maintenant des soupirs et des sanglots, mon pauvre pécheur, vous n'en avez que trop sujet. Ne voyez-vous pas maintenant dans quel abîme de misère le péché vous a jeté ? Le prodigue de l'évangile s' adjoignant des compagnons
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(Je ilósordrc eut bienlôt dissipé toute sa fortune en festins, on bals, en débauches : Dissipavit substantinm suam vivendo hixuriose ; et après s'être ruiné, il tomba dans une telle misère qu'il se vit réduit à garder un troupeau de pourceaux, s'estimant heureux de pouvoir se rassasier des glands qui servaient de pâture a ces vils animaux. Ainsi vous-même du moment où vous avez abandonné votre Dieu, pour suivre vos appélils brutaux et mener la vie des bêtes, vous vous êtes vu réduit au point de ne pouvoir vous rassasier des restes des animaux les plus immondes. Et si vous voulez être franc, vous avouerez que depuis que vous vivez dans l'état du péché, vous n'avez plus goûté de contentement véritable, car il est indubitable que le péché tôt ou tard porte ses fruits : il traîne toujours à sa suite uno arrière-garde d'inquiétudes qui lui font porter sa peine même dès cette vie. Et quel remède à ce mal? Pleurer, mon pauvre pécheur, pleurer et soupirer sur les désordres d'une telle conduite...
m. Retournons à l'enfant prodigue. Le malheureux en se voyant dans cette situation se prit à réfléchir : Que ferai-je ici? se dit-il ; mourir de faim au milieu des champs, insensé et misérable que je sui.-^! tandis que dans la maison de mon père tant de serviteurs nagent dans la joie et dans l'abondance : Quanti mercenarii in domo patris mei abundant panibus, ego autem hic fame pereo! Arrêtons-nous ici, s'il vous plaît. N'est-il pas vrai aussi que beaucoup de pauvres gens sont plus contents, plus heureux que vous,, uniquement parce qu'ils vivent dans la grâce de Dieu?... Interrogez tous les hommes expérimentés dans la direction des consciences, et ils vous diront que les paysans aux mœurs simples, vivent beaucoup plus heureux sous leur chaume que les riches
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habitants des villes. — Mais comment cela va-t-il? ceuxlà manquent cependant d'une foule de commodités temporelles et même d'avantages spirituels qui abondent pour le riche? — N'importe; ils sont aussi à l'abri de tant de dangers, de tant de mollesse, de tant de divertissements, que l'opulence crée au riche ; et de là vient leur pureté de conscience et la joie qui l'accompagne. Interrogez ce pauvre : Gomment faites-vous, brave homme, tandis que tant de choses vous manquent? — Dieu me procure le nécessaire; Dieu pourvoira à tout. — Contemplez les riches au contraire : que de préoccupations! que d'insomnies! que de soucis! Non, non, ce ne sont point les richesses qui font le contentement du cœur, quoi qu'en pensent beaucoup de personnes; c'est la grâce de Dieu, c'est la pratique de la vertu, qui peut rendre l'homme véritablement heureux, même en cette vie.
Ce gentilhomme français, qui fut depuis le fondateur des religieux de la Trappe, se promenait un jour seul à la campagne, occupé à méditer cette généreuse fuite du monde qu'il exécuta plus tard. Etant tombé sur un pauvre berger, il lui demanda s'il était content de son sort.
— Très-content, répondit le brave homme, très-content.
— Hélas I se dit le gentilhomme , celui-là en vivant dans la peine jouit d'un paradis, et moi avec toutes les aises de la vie je n'ai point de tranquillité. — Comprenons-le donc une bonne fois : pour être bien ici-bas, il faut être bien avec Dieu. Mais qu'avons-nous à faire? Ce que fit le prodigue qui, après avoir bien pensé, résolut dans son cœur de retourner vers son père : Surgam, et ibo ad patrem. Advienne que pourra : il faut que j'en finisse avec cette misérable existence ; je n'y tiens plus. Je vais donc retourner à mon père, et me jetant à ses pieds je le supplierai, s'il ne veut plus me reconnaître pour son enfant, de me recevoir au moins au nombre de ses serviteurs.
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Ah ! chrétiens, mes bien-aimés frères, que je voudrais que vous prissiez tous celle belle résolution pendant nos saints exercices. Oui, retournons tous a notre Père, enfants désobéissants, enfants perdus, enfants prodigues ; retournons à notre Père. Il est bien vrai que nous ne méritons plus d'être reçus en qualité d'enfants; mais il n'est pas moins vrai que nous retournons vers notre bon Père. Nous avons reconnu qu'il n'y a que déceptions à recueillir dans le monde, il faut donc que nous retournions vers ce tendre Père. — Cette résolution doit être généreuse; elle doit nous faire fouler aux pieds tout respect humain , et nous faire dire comme le prodigue : Surgam et ibo : Je Je me lèverai et j'irai. Il ne s'inquiéta point de ce que le monde en penserait. Ainsi devons-nous en agir nousmêmes, et si, à la suite de ces exercices, nous ne mettons plus les pieds dans telle maison, nous fréquentons Ielle congrégation, on nous voie souvent un livre de piété entre les mains, ne nous soucions point de ce maudit Qu'en dira-t-on? — Que le monde en dise tout ce qu'il voudra, qu'il raille la vertu tant qu'il lui plaît ; qu'importe? Quant à nous, nous avons à nous rappeler que nous sommes créés pour un autre monde, et que ce serait une insigne folie de sacrifier la félicité éternelle de l'autre vie pour un vil, un sot, un vain respect humain. Voici donc le fruit de la méditation : Surgam et tòt» ,• je veux retourner à mon Père, je veux me jeter à ses pieds, je veux vivre sous son obéissance. Oui, je le veux, je le jure, mon parti en est pris...
IV. La misère dans laquelle tombe un pécheur en s'éloignant de Dieu, est un puissant stimulant pour le porter à retourner à son Père ; mais il faut voir si ce Père aura assez de miséricorde pour le recevoir comme son enfant. Ah ! que dites-vous là '? Contemplez-le dans la p. II. TU. 26
parabole du prodigue. Ce fils repentant se dirige en effet vers la maison paternelle; son bon père, qui l'aperçoit dans le lointain, le reconnaît. Il semblerait qu'il n'aurait pas dû le reconnaître si tôt, puisqu'il venait de sortir des bois, qu'il était défait par les privations qu'il avait endurées, tout déguenillé, et n'ayant plus la moindre apparence de ce qu'il avait été jadis. Mais que l'amour paternel est ingénieux! Le bon vieillard le reconnut, et soudain il se porta avec impatience à sa rencontre, lui jeta les bras autour du cou, le couvrit de ses baisers, et lui laissant à peine le temps de proférer deux mots de repentir et d'excuse, il lui tit donner un vêlement neuf, ordonna qu'on préparât un festin et qu'on appelât des musiciens pour célébrer avec joie le recouvrement de son fils, et en lui mettant l'anneau au doigt, il le fil rentrer en possession de tous les avantiiges et de tous les droits qu'il avait perdus. Or, chrétiens mes bien-aimés frères, rappelons-nous encore une fois que cette parabole est tirée tout entière de l'Evangile, et que sous cette figure Noire-Seigneur Jésus-Christ s'est plu "a dépeindre de quelle manière son Père et le nôtre accueille les pécheurs qui retournent repentants vers lui. Quelqu'un d'entre nous aurait-il jamais imaginé tant de bonté, tant de miséricorde, tant de tendresse de la part d'un Dieu, et d'un Dieu si souvent offensé, irrité par nos péchés? Mais c'est l'Evangile qui parle; c'est la bouche de Jésus-Christ qui nous en assure. Permettez donc que je m'écrie : 0 immensité du cœur de Dieu ! ô miséricorde sans bornes de notre Père céleste I . . . Ah ! que n ai-je devant moi tous les pécheurs du monde, pour leur dire : VoiTa comment Dieu traite le pécheur qui retourne à lui véritablement contrit ; voila ce qu'il a fait, et ce qu'il est encore prêt à faire pour vous, si vous vous repentez sincèrement, et si vous êtes tout de bon résolu
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(le briser avec le monde. Il est vrai que vous n'atez pas lenu la conduite d'un fils, mais Jésus n'a pas perdu ses entrailles de père : Ego perdidi quod erat filii, dit saint Pierre Chrysologue, ille quod palris est non amisit. Préparez donc votre cœur à se laisser toucher dans cette méditation, et à fondre en larmes de consolation et de componction tout à la fois, et soyez certains que le plus grand bien qui puisse vous advenir, que la plus vive satisfaction que vous puissiez procurer 'a Dieu, c'est d'imiter l'enfant prodigue, en recourant pleins de repentir à la miséricorde divine.
V. Que ceux-là surtout reprennent courage qui, ayant déjà pleuré leurs égarements passés, sont rentrés et vivent dans la maison paternelle. Je vous vois, âmes vertueuses, je vous vois quelquefois tristes, et même tourmentées par la crainte que Dieu ne vous ait pas encore pardonné, qu'il ne vous aime pus et que peut-être vous n'êtes pas en état de grâce. Oh! je vous en prie, bannissez do votre esprit ces noires idées. Notre-Seigneur nous a proposé celte parabole, dans le livre divin de son Evangile, précisément pour qu'en voyant l'accueil qu'il l'ait à un fils si dénaturé, nous ne nous défiions jamais de son infinie miséricorde, mais que nous espérions tous, quelque énormes, quelque multipliés qu'aient été jusqu'ici nos crimes et nos ingratitudes. Une larme du cœur suffit pour vous rendre au baiser de son amour. Disons-le hardiment à la gloire de notre Dieu : il aime tendrement les âmes innocentes, c'est vrai; mais il aime avec une égale tendresse les pécheurs repentants. Bien plus, il met tout le paradis en fêle quand il lui arrive de recouvrer quelqu'un de ses enfants perdus. Les exemples vous manquent-ils? N'est-il pas vrai que si le Sauveur s'est plu à goûter le lait sorti des blessures de la pure et chaste Agnès, il a fait savoir d'un autre côté avec quel
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amour il conserve dans un vase d'or les larmes répandues par Madeleine? S'il a envoyé à saint Hyacinthe, ce miroir de pureté, la Reine du ciel escortée d'une multitude d'anges, pour le consoler par leurs célestes accords ; en a-t-il fait moins pour saint Guillaume, duc d'Aquitaine, d'abord adultère et persécuteur de l'Eglise, et devenu ensuite un pénitent exemplaire? N'a-t-il pas été jusqu'à essuyer ses larmes et guérir ses meurtrissures avec un baume céleste? S'il a daigné apparaître à une Catherine de Sienne, l'embrasser comme son épouse, et lui donner à sucer la plaie de son côté ; ne l'a-t-on pas vu arroser de son précieux sang les aliments que prenait une Catherine de Rome, qui avait été la Thaïs de la sainte cité? Ah ! qu'elles sont ineffables les merveilles de la clémence divine envers les pécheurs ! Elle va à leur rencontre avec un amour de mère, par ses grâces prévenantes ; elle les orne et les enrichit de ses grâces sanctifiantes, et va jusqu'à les introduire dans le secret de son divin cœur. Qui pourrait résister à la douce violence d'une telle miséricorde ? Quel pécheur pourrait demeurer insensible à des prévenances si délicatesmjui voudrait fuir encore un Père si généreux, si tendre qui vient au-devant de nous, le cœur et les bras ouverts? Pécheurs, mes frères, vous pouvez par votre pénitence et par vos larmes procurer tant de consolation à votre Père célesle et répandre une si grande joie dans le ciel; et vous ne le feriez pas? — Ah ! non, mon Dieu, non, plus de résistance, nous sommes vaincus : j'espère, oui, j'espère que ce que n'a pu obtenir de nous ni la mort, ni le jugement, ni l'enfer, les finesses de votre miséricorde vont l'opérer dans cette méditation. [A genoux).
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ORAISON PRÉPARATOIRE
VI. Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes présent ici, et dans tout l'univers. — Faites ensuite un acte d'adoration profonde, et dites en inclinant la tête -.Je vous adore, 6 Trinité sainte, Père, Fils et Saint-Esprit ; je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maître de mon âme.
!"■ Pkélude. Représentez-vous ce jeune débauché réduit à la plus extrême misère, pâle, défiguré, couvert de haillons, et son père qui le rencontre et l'embrasse tendrement.
11" Pkélude. Demandez à Notre-Seigneur de vous faire bien comprendre l'excès de sa bonté, afin que cette même bonté que vous avez tant offensée, vous inspire une filiale confiance et soit en même temps le motif de la plus vive contrition.
PREMIER POINT
L'enfant prodigue, épris de l'am.our de la liberté, et ennuyé de vivre sous la dépendance de son père, s'en alla loin de lui; abandonné à lui-même, il dissipa tout son bien en plaisirs mondains et en débauches, et se réduisit à une telle extrémité que, pour ne point mourir de faim, il se vit obligé de se vendre 'a un maître cruel, qui l'employa à garder un troupeau d'animaux immondes. Et telle était sa pénurie dans cette triste condition, qu'il ne pouvait pas même se rassasier de glands. Peut-on imaginer une misère plus grande que celle-là?
Or, quel est ce prodigue? C'est vous, mon pauvre pécheur, c'est vous qui, dès l'âge le plus tendre, vous
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êtes éloigné de votre Père céleste, et l'avez tolalemenl oublié : Regio longinqua oblivio est Dei : Cet oubli de Dieu, dit saint Augustin, voilà la région lointaine dont il s'agit. Ah ! quel déplaisir pour le cœur de votre Père ! Après vous avoir élevé et comblé de biens, après vous avoir prodigué tant d'annour et de caresses, après vous avoir enrichi de biens si précieux, se voir si mal payé de retour ! II comptait avoir en vous ses consolations, ses délices : et vous avez été la cause de ses chagrins et de ses larmes. Réfléchissez à l'extrême misère dans laquelle vous êtes tombé en vous éloignant de Dieu. Ah ! que de trésors vous avez perdus et gaspillés ! Vous avez perdu la grâce, et avec elle la qualité d'enfant et d'ami de Dieu. Vous avez perdu le mérite de tant de bonnes œuvres. Vous avez perdu la protection spéciale que Dieu exerce sur les justes. Vous avez perdu vos droits à l'héritage de la gloire, que Dieu réserve après la mort à ceux de ses enfants qui lui auront été obéissants. Vous avez perdu la plus belle partie de votre vie, tant de belles occasions, tant de bonnes inspirations, et jusqu'aux lumières de la foi et même de la raison qui ont été ofTusquées par les passions. Vous avez perdu vos biens, votre santé, votre honneur. Vous avez enfin perdu Dieu, le paradis et votre âme. Oh! quelle prodigalité! quelle folie! se perdre soimême, perdre Dieu, perdre tout!...
Si quelqu'un avait pu voir ce qui se passait dans votre cœur, et vous avertir de cette ruine et de ces déceptions après lesquelles vous courriez en vous éloignant de Dieu! Au moins détrompez-vous ce soir, et rentrez en-vousmême. Et tout couvert de confusion, exposez à Dieu votre extrême misère. Demandez-lui pardon, en versant des torrents de larmes, de vous être éloigné de lui, non pas une fois, mais cent fois, mille fois et plus. 0 mon Dieu !
l'eNFAiNT l'RODIGUb:. 3H
Dieu de bonté, me voici prosterné devant le trône de votre redoutable majesté. Je confesse que je suis cet enfant prodigue en qui vous avez déposé tous les dons de la nature et de la grâce. Mais quel honneur vous en ai-je rendu? quelle reconnaissance, quels hommages? Hélas! j'ai fait de vos faveurs mêmes l'abus le plus détestable. J'ai renoncé a ma qualité d'enfant ; j'ai perdu jusqu'au souvenir de votre nom. J'ai élevé dans mon cœur une autre divinité à laquelle j'ai brûlé mon encens ; la divinité que j ai adorée, c'est ce misérable corps, c'est cette criminelle, celte abominable passion qui me domine, et pour laquelle j'ai sacrifié et la liberté, et les dons, et les bienfaits que j'avais reçus de vous. Ah! pardonnez-moi, ô mon Dieu! pardonnez-moi. Me voici en face de vous tout couvert de haillons, et souillé d'une multitude d'iniquités : laissez-vous toucher de compassion à la vue de mon infortune ; que ma misère provoque voire infinie niiséricorde. Pardon, mon Dieu, pardon.
Frappons-nous tous la poitrine, et les larmes aux yeux, supplions un si bon maître de ne pas nous abandonner dans ce déplorable état . 0 Dieu de bonté! ne permettez pas que je demeure plus longtemps l'esclave du péché, l'esclave de mes passions. Inspirez-moi de cuisants remords de conscience, une salutaire frayeur de vos châtiments, une vive appréhension de la mort. Ne me laissez plus de repos, mon Dieu, jusqu'à ce que je me sois adonné entièrement k votre service, et que je confesse ouvertement, appuyé sur ma propre expérience, qu'il n'y a point d'autre félicité en ce monde que de vivre dans votre grâce, assujetti à vos saintes et adorables volontés. — Réfléchissez-y en silence.
Vil. Vous reconnaîtrez la vérité de cette maxime, si vous réfléchissez au motif pour lequel vous vous êtes
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éloigné de Dieu. Ce motif fut qu'il vous semblait trop dur de vivre sous l'obéissance de votre bon Père. Mais que vous vous êtes trompé I En effet, en vous éloignant de Dieu, vous vous êtes assujetti au démon, le maître le plus cruel qu'on puisse trouver. Et à quoi vous a-t-il employé? 11 vous a employé à faire paître un troupeau d'appétits brutaux et immondes. Si bien qu'au lieu d'occuper un rang distingué et de mener une vie raisonnable, comme vous le faisiez avant de pécher, depuis votre péché vous différez à peine d'un animal, tout plongé que vous êtes dans la fange de plaisirs sordides, abominables, honteux, et dont vous ne pouvez pas même vous rassasier, tant à cause que l'abondance de ces vils plaisirs ne répond jamais à la soif insatiable de votre appétit dépravé, que parce qu'ils ne sont pas faits pour apaiser votre cœur, que Dieu seul peut contenter. Qu'allez-vous donc faire? Ne reconnaissez-vous pas encore votre misère? N'est-ce pas là tout ce que vous avez éprouvé à la suite du péché? Que n'apprenez-vous donc à vos dépens à délester un état si misérable, à sortir d'un pays si stérile et des mains d'un maître si inhumain, qui ne jouit que de votre malheur? Vous remettriez-vous peut-être de trouver un jour hors de Dieu ce bonheur que vous n'avez point encore rencontré jusqu'ici? Aveugle, qui voulez vous tromper vousmême! Qui jamais a eu la paix en déclarant la guerre à Dieu? Quis restait ei, etpacem habuit^^ Vous seriez donc le premier à trouver ce qu'aucun pécheur ii'a pu trouver avant vous? — Ah! non, non; jetez-vous la face contre terre, et dites à votre Père : 0 le plus aimable des pères, j'avoue que je suis indigne de vous donner le doux nom de Père, après que je me suis si honteusement, si brulale-
« Job 9, 4.
l'enfant prodigue. 313
ment révolté contre vous. Je confesse à vos pieds mes ubominations sans nombre; je déplore les années que j'ai indignement consumées à vous offenser; je m'aceu?e de la plus noire ingratitude à votre égard. Je suis saisi d'horreur en considérant la multitude de mes péchés, leur gravité, leur énormité, et l'outrage qu'ils vous ont fait. Je les déteste de tout mon cœur, je les pleure et je les abhorre souverainement. Ah I quelle épine dans mon cœur de penser que je vous ai méprisé, vous, ô le meilleur des pères I Je m'en repens, mon Dieu, à cause de l'amour que je vous porte; j'en ai plus de regret que de tout autre mal, et je vous en demande pardon. Pardon, mon Dieu, pardon. Je le sais, ce pardon, j'en suis indigne, mais ce que je sais pareillement c'est que vous êtes un Père plein de tendresse, un Dieu d'une bonté infinie ; c'est pourquoi j'ose demander et espérer mon pardon. Je vous demande la grâce de sortir au plus tôt d'un état si misérable; préférant être le dernier parmi vos serviteurs fidèles, plutôt que le plus riche et le plus puissant parmi les pécheurs.
SECOND POINT
VIII. La misère extrême où tomba ce malheureux enfant fut un stimulant qui l'excita efficacement à recourir à la miséricorde de son père. Elle lui suggéra trois réflexions qui le poussèrent à prendre ce parti. La première fut de comparer son état présent avec sa félicité passée : Moi, se dit-il, moi servir des animaux immondes! moi qui, dans la maison de mon père, étais obéi par une multitude de serviteurs! Moi ne pouvoir me rassasier de glands, tandis qu'autrefois j'étais assis à une table splendide. Ohi dans quel abîme de misère je me suis donc précipité pour un caprice!...
p. M, vu. 27
La seconde fut de comparer ce même état avec le bonheur des serviteurs de son père, lesquels, tandis que luimême mourait de faim, vivaient dans l'abondance : Quanti incrcenarii in domo pafris mei abimdanl panibus.
Mais le motif le plus puissant fut la bonté, la tendresse, la miséricorde de son père ; c'est ce qui lui fit proférer ces généreuses et touchantes paroles : Surgam.etiboadpalrem; je me lèverai et j'irai a mon père.
Ah! mon p;;uvre pécheur, rentrez en vous-même, et pour vous déterminer à retourner à votre Père, comparez vous aussi vos misères présentes avec votre félicité passée, et considérez qu'autrefois vous viviez dans la grâce de Dieu et dans son amitié, vous étiez un ange d'innocence; tandis que depuis que vous l'avez abandonné vous avez encouru sa disgrâce et son inimitié, vous êtes devenu un démon. Autrefois vous jouissiez de la paix de l'âme et d'une douce tranquillité, et maintenant vous êtes en proie à des craintes continuelles, aux remords de la conscience, des amertumes et des inquiétudes qui vous dévorent ; et si étant l'enfant de Dieu vous aviez droit à l'hénlage céleste, maintenant, esclave du péché, vous méritez la damnation éternelle. Voilà à quel état vous vous êtes réduit en lâchant la bride a vos passions.
Comparez en outre vos misères avec la félicité d'une âme qui est bien avec Dieu, et dites-vous : Tandis que je suis plongé dans un abîme de misère, combien d'autres, de mon âge, de ma condition, de mon pays, en possédant l'amitié de Dieu, possèdent tous les biens ! . . .
Mais ce n'est point encore là le motif le plus puissant qui doive triompher de votre cœur. Réfléchissez surtout à la bonté, à la tendresse, à la miséricorde de votre Père. Hélas! dites-vous en vous-même, oscrais-je paraître devant lui ? Tant d'abominations ! tant de sacrilèges ! tan t
l'enfant prodiguf,. 315
d'années passées dans le désordre! tant do péchés de toute espèce I tant de trahisons!... Vous avez raison; votre malice a été bien grande, mais enfin on arrive a en toucficr le fond : Tua malilia mensuram habct, dit saint Jean-Chrysoslôme; sed Dei clementia mensuram non habef; mais la miséricorde de votre Père céleste n'a point de fond. — Et puis remarquez à combien d'autres grands f)écheurs il a fait grâce : il a pardonné îi une Madeleine, il a pardonné à une Pélagie, il a pardonné à un Augustin, et à une infinité d'autres; pourquoi ne vous pardonnerait-il pas aussi? — Jésus n'a-t-il pas répandu son précieux sang pour nous aussi bien que pour eux? Pourquoi donc craindriez-vous? — Courage! prenez aussi une résolulion généreuse , et dites librement : Surgam , je sortirai de ce goufifre de maux ; surgam, je secouerai le joug de Satan ; surgam, je renoncerai à cette vie abominable : et ibu ad patrem, et j'irai à mon père.
Ahi tendre Père, me voici réduit à la dernière extrémité. Je n'ai plus une bonne pensée dans l'esprit, plus une bonne inclination dans le cœur; je suis noyé dans un t;is de pourriture, d'où il m'est impossible de sortir, si vous ne me tendez la main. Hélas! où sont ces heureux jours où je vivais en paix, jouissant de la liberté des enfants de Dieu? Où sont ces jours où je respirais je ne sais quelle atmosphère céleste, où je mangeais le Pain des anges à la Table sainte, où j'éprouvais mille consolations dans la prière. Ce temps n'est plus, hélas! me voici réduit à la condition des bêtes ; ma demeure est avec les bêtes, je ne cherche que les satisfactions des bêles, et je ne puis en assouvir mes appétits brutaux. Suis-je condamné à vivre toujours de la sorte? toujours esclave de mes passions? toujours tourmenté par ma conscience? toujours ennemi de Dieu? toujours en état de mort et de damnation éter
nelle? Ah! non; je ne puis plus continuer un genre de vie si déréglé. Voici, mon Dieu, que je reviens à vous, et je reviens pénétré de repentir; mes larmes vous sont garant de la douleur qui remplit mon âme. Prosterné la face contre terre, j'implore votre pardon. Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez pilié de moi. De grâce, acceptez-moi en qualité d'esclave, si vous ne voulez plus me regarder pour votre enfant ; il me suffit qu'au moins cette fois vous usiez de miséricorde : faites un effort pour remettre en grâce le plus grand pécheur que la terre supporte. Pardon, mon Dieu, pardon. — Supplions notre Père céleste, en cas qu'il prévît que nous dussions de nouveau abuser de notre liberté pour déserter le toit paternel, de nous fermer la voie par tant d'épines et de tribulations, que nous soyons forcés de rebrousser chemin, pour demeurer éternellement avec lui...
IX. Mais doucement: vous doutez peut-être du pardon? vous doutez que votre bon Père veuille bien encore vous recevoir dans sa maison, et vous traiter comme son enfant? — Ah! quelle erreur! Et ne voyez-vous pas les marques de tendresse dont ce bon vieillard comble l'enfant prodigue? Il lui jette les bras autour du cou, le couvre de baisers, le serre affectueusement sur son cœur ; il oublie tout à fait ses mauvais procédés, et lui fait plus de caresses que jamais. Vous avez, mon pauvre pécheur, dans cette touchante parabole, une expression vivante de l'accueil admirable que Dieu est disposé a vous faire, si vous aussi vous retournez vers ce bon Père, en versant des larmes de componction. Figurez-vous donc votre Père céleste qui, touché de compassion en vous voyant si malheureux, si déguenillé, si épuisé, vient a votre rencontre, les bras ouverts, pour vous accueillir ; et vous, pleurant et sanglotant, jetez-vous à ses pieds, et appelez-le d'abord
L ENFANT PRODIGUE
du nom de Père : Pater, mon Père ! — Ah ! quel doux nomi Quelle insigne faveur que de pouvoir appeler de te doux nom de Père un Dieu tout-puissant, le Maître du ciel et de la terrei — Tendre. Père, vous qui m'avez adopté pour votre enfant sur les fonts sacrés du baptême, voici à vos pieds un enfant ingrat, un enfant désobéissant, méchant, mais bien méchant, qui s'est révolté contre vous : Peccavi, j'ai péché, et je l'ai fait tant de fois que je ne saurais en dire le nombre ; et mes péchés sont si graves que leur poids m'accable. Vous seul connaissez tout, vous en savez le nombre, la gravité et 1 enormité ; vous savez mieux que moi toutes mes ingratitudes. Ah! plût à Dieu qu'il n'en fût pas ainsi! que ne suis-je mort plutôt que de vous ofTenser! Peccavi in cœhim, j'ai péché contre le ciel. — Celui qui aurait eu le malheur de ravir une âme à Dieu, en excitant les autres au mal par ses suggestions, ses mau- \ais conseils, ses scandales, pourrait à plus juste litre proférer ces paroles : Peccavi iìi cœlum. — Mais qui plus est. j'ai péché devant vous : Corani te. Non-seulement je vous ai offensé, ô le meilleur des pères, mais je vous ai outragé en face, et j'ai commis sous vos yeux des indignités telles que j'aurais rougi de les commettre en face des démons. Ah ! que je suis indigne d'être appelé votre enfant : Non snm dignus vocari fiUus tuus. Je le reconnais, je le confesse, ô grand Dieu ! je ne suis plus digue de porter ce glorieux titre. J'en ai trop fait, et j'en ai tant fait que je mériterais, non pas un, mais cent, mais mille enfers. Cependant si j'ai perdu tous mes droits d'enfant, vous n'avez pas perdu votre qualité de Père. Me voici, ô tendre Père! me voici pénétré de douleur et de repentir. J'ai péché de toutes les manières, cela n'est que trop vrai ; mais pour ce qui est de la défiance de votre infinie miséricorde, ah ! cet énorme péché, non, je ne le commettrai p. M. vu. 27*
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point. J'ai confiance en vous, ô le plus aimable des pères! et pour preuve que je me confie dans votre insigne clémence, j'impose silence à ma langue, pour laisser parler mon cœur. . .
Des larmes, s'il en est ainsi, mes bien-aimés frères, des larmes de douleur, et tout en nous frappant la poitrine jetons-nous entre les bras d'un si bon Père, et disons-lui, plutôt avec le cœur qu'avec les lèvres : Pardon, ô tendre Père, pardon! — Qu'il n'y en ait pas un seul qui ne se frappe la poitrine et ne pleure les offenses faites k un si bon Père. Répétons donc tous ensemble, les larmes aux yeux : Pardon, mon Dieu, pardon! Dieu infiniment bon, infiniment miséricordieux, nous voici tous convertis, et tous, à l'exemple de l'enfant prodigue, nous vous supplions de répandre en nous un véritable esprit de pénitence, qui nous fasse détester efficacement le péché et persévérer dans voire amitié. — Courage donc ! mes chers frères, prenons tous la résolution de ne jamais plus offenser notre bon Père, d'aller nous jeter sans tarder aux genoux d'un confesseur pour achever l'œuvre de notre conversion, et pleurer plus à l'aise nos iniquités. Offrons-nous tous à Dieu, avec la disposition de nous appliquer désormais de toutes nos forces à l'aimer et à le servir ; trop heureux si nous entrions généreusement dans cette voie I C'est à la suivre en effet que l'âme trouve une jouissance solide et un avant-goût du bonheur céleste. Que le monde en dise tout ce qu'il voudra, qu'il nous suffise de plaire à Dieu ; si Dieu est content, tout est dit ; nous n'avons pas à nous inquiéter du reste. Pater et Ave.