RÈGLES GÉNÉRALES
La première et principale règle de notre Congrégation est celle qui prescrit a chacun de ses membres de faire tous les jours, en particulier, un quart d'heure au moins d'Oraison mentale, selon la méthode si facile indiquée dans l'Instruction précédente, savoir, partie en lisant, parlie en méditant. Pour ceux qui ne savent pas lire, il suffît qu'ils réfléchissent comme ils peuvent k quelque maxime éternelle. Tous les dimanches soir, les associés se réuniront pour faire une demi-heure de méditation en commun, et s'exciter par ce commerce intérieur avec Dieu à des actes fervents de contrition et d'amour, et à un propos efficace de s'amender
Tous feront pareillement chaque jour un quart d'heure de lecture spirituelle, non par curiosité, mais avec le désir d'en profiter. A cet efiFet, ils pèseront mûrement les vérités
qu'ils auront lues, afin de les imprimer dans leur esprit, et par Ik détester de plus en plus les maximes du monde et de la chair, pour s'attacher à celles de Jésus-Christ et de son Evangile. Ceux qui ne savent pas lire penseront aux vérités qu'ils ont entendues dans les lectures faites en commun.
Chacun se choisira un Directeur spirituel, fixe et stable autant que possible, auquel il s'ouvrira entièrement, lui manifestant ses bonnes et ses mauvaises qualités, et le priant de lui prescrire ce qu'il doit faire chaque jour, chaque mois, chaque année, et particulièrement à quels intervalles il doit s'approcher des Sacrements.
Chaque associé se confessera et communiera, en vertu de la Règle, une fois par mois; et la communion générale aura lieu le dimanche assigné par le Directeur. Si cependant ce dimanche-là quelqu'un avait un empêchement, il pourra différer sa communion à un autre jour, avec l'assentiment du Directeur. En outre, par convenance et à raison du respect dû aux fêtes de la Bienheureuse Vierge et des saints Apôtres, on exhorte tous les associés à honorer aussi ces saints jours par une Communion; d'autant plus qu'on désire que tous s'approchent des Sacrements tous les huit jours, moyennant toutefois la permission du confesseur.
Voici comment se pratiquera la Communion générale. On récitera tous ensemble le Confìteor, et puis on s'approchera de la sainte table deux à deux, les mains jointes. Si
la communion ne pouvait se faire dans l'oratoire, les congréganistes se rendront processionnellement à l'église paroissiale, le crucifix en tête, en marchant deux à deux, avec la plus grande modestie. Ils chanteront les litanies en allant, et le Te Deum en revenant. Ils auront soin, du reste, toutes les fois qu'ils communieront, non-seulement de le faire avec la préparation requise, d'y apporter la pureté intérieure et la décence extérieure, et d'entendre la sainte Messe ; mais en outre d'employer au moins un quart d'heure à l'action de grâce.
Le matin à leur lever, après avoir pris de l'eau bénite et fait le signe de la croix, ils se mettront à genoux, remercieront Dieu de tous ses bienfaits et feront les actes de Foi, d'Espérance, de Charité et de Contrition. Puis ils réciteront avec toute l'attention possible l'acte d'Ofîrande : 0 Dieu éternel, etc.', pour offrir au Seigneur toutes les actions de la journée, avec le ferme propos de ne pas l'ofifenser, et renouveler aussi l'intention de gagner toutes les indulgences qui se présenteront dans le cours de la journée. S'il arrivait qu'ils ne pussent faire ces actes avant de sortir, qu'ils lâchent de les faire en se rendant à leurs occupations.
Tous les jours, ils assisteront au saint sacrifice de la Messe. S'il arrivait qu'un jour ils eussent un empêchement grave, ils tâcheront du moins ce jour-là de visiter le Saint-
* Voyez la Voie du Paradis, OEuvres, t. 2, p. 278.
Sacrement dans une église, en y récitant cinq Pater et Ave en l'honneur des cinq plaies de Noire-Seigneur.
Tous les vendredis soir, après le coucher du soleil, les congréganistes se réuniront pour faire en commun le Chemin de la Croix, soit dans leur oratoire particulier, soit dans une autre église où il se trouvera érigé. Se représentant qu'ils accompagnent Jésus au Calvaire, ils vaqueront à ce pieux exercice en méditant la douloureuse passion du Sauveur, afin de gagner les nombreuses indulgences qui y sont attachées, de soulager les âmes du purgatoire, et d'apprendre b l'école du divin Maître à réformer leur conduite. On les exhorte de plus a pratiquer fréquemment en particulier ce salutaire exercice, voire même tous les jours s'il était possible; c'est un moyen d'accumuler d'immenses trésors de mérites en cette vie et de gloire en l'autre.
Dans le cours de la journée, qu'ils élèvent souvent leur esprit vers Dieu, qu'ils se souviennent, spécialement s'ils étaient assaillis de quelque tentation, que Dieu voit toutes leurs pensées, et que chacun se dise alors en soi-même : Dieu me voit. Qu'ils contractent aussi la précieuse habitude, lorsqu'ils sont tentés, de mettre aussitôt la main au crucifix, que tous porteront sur la poitrine en-dessous de l'habit, et de dire : Mon Jésus, miséricorde ! Us répéteront celte belle oraison jaculatoire le plus souvent possible dans la journée.
Ils chanteront tous les soirs en famille le Chapelet ou la troisième partie du Rosaire, pour donner le bon exemple aux voisins et honorer la glorieuse Vierge Marie : ils s'efforceront de l'aimer comme une Mère, et surtout d'imiter ses éminentes vertus par une grande pureté de corps et d'âme, détestant pour son amour l'impureté plus que tous les autres vices, et se recommandant à elle du fond du cœur afin de ne jamais consentir a une tentation quelconque.
Avant de se coucher, ils prendront de l'eau bénite, feront un petit examen sur les pensées, les paroles et les actions de la journée, puis un acte de contrition avec un vif sentiment de douleur d'avoir offensé un Dieu si bon, et un ferme propos de ne jamais plus pécher; après quoi, ils tâcheront de s'endormir avec quelque salutaire pensée à l'esprit.
Ils seront très-diligents à accompagner le Saint-Sacrement lorsqu'il est porté aux infirmes, interrompant pour cela toute autre occupation et donnant le bon exemple à tout le monde. Ils feront même en sorte d'avoir chez eux un cierge exclusivement destiné à cet usage, et ils ne manqueront pas de le faire porter toutes les fois que l'occasion s'en présentera, pour honorer Notre-Seigneur dans l'Eucharistie.
Qu'ils professent un souverain respect pour les églises, et s'y fassent loujours remarquer par leur modestie, leur silence et leur dévotion, et qu'ils assistent les dimanches et jours de fêtes aux instructions et aux catéchismes qui s'y feront.
Qu'ils se gardent bien de travailler les jours défendus ; en cas de nécessité, qu'ils demandent la permission voulue, et qu'ils aient soin d'écarter jusqu'à l'ombre du scandale.
Qu'ils s'instruisent exactement de la doctrine chrétienne, qu'ils aient soin d'envoyer leurs enfants au catéchisme et à l'école, et de veiller sur leur éducation; qu'ils soient attentifs à leur donner le bon exemple et se gardent bien de dire ou de faire en leur présence la moindre chose qui serait indigne d'un bon chrétien. Ils pourront les conduire aux assemblées de la Congrégation lorsqu'ils en seront capables, bien qu'ils n'aient pas encore l'âge de quinze ans, qui est requis pour en faire partie, afin de les initier aux pratiques de piété, leur inspirer la crainte salutaire de Dieu et la dévotion envers la très-sainte Vierge.
Qu'ils se gardent bien de parcourir les rues la nuit en chantant ou en faisant du bruit, soit en ville soit à la cam-
pagne; qu'ils rentrent, au contraire, chez eux de bonne heure le soir ; qu'ils s'abstiennent de chansons lascives ou profanes et ne se permettent jamais de discours indécents; si même on s'en permettait en leur présence, qu'ils les interrompent aussitôt. Ils se garderont pareillement de proférer des paroles obscènes, de lire des romans ou d'autres mauvais livres ; ils s'abstiendront de se masquer en temps de carnaval, ou de jouer un rôle quelconque dans les comédies peu décentes, auxquelles des femmes prennent part.
Que les jeunes gens évitent les fréquentations dangereuses, se souvenant que l'amour profane est un filet a l'aide duquel le démon entraîne une multitude de familles à leur ruine, et, qui pis est, une infinité d'âmes en enfer. Lorsqu'ils songeront à s'établir, qu'ils ne prennent pas d'engagement sans l'avis et l'assentiment de leurs parents, afin de prévenir les troubles et les divisions qui naissent trop souvent de ces mariages conclus dans l'ombre, sans guide ni conseil.
Qu'ils aient en horreur tout ce qui sent la médisance, la calomnie, le blasphème et le faux serment, les regardant comme des vices qui déplaisent souverainement à Dieu. Ils tâcheront même, autant qu'il est en leur pouvoir, de corriger les blasphémateurs, et tout au moins ils diront chaque fois à haute voix : Loué soit Jésus- Christ. C'est aussi par ces paroles qu'ils salueront tous ceux qu'ils rencontreront dans les rues, dans les magasins ou en rentrant au logis, ayant soin d enseigner aux autres à répon-
dre : A jamais ou Amen, afin de gagner les indulgences attachées à cette pieuse pratique.
Qu'ils fuient comme la peste les mauvais compagnons, ceux qui par leurs exemples entraînent les autres au mal, et qu'ils s'abstiennent de leur côté de tout ce qui pourrait scandaliser le prochain. Par conséquent, ils ne hanteront point les lieux où l'on s'assemble pour boire et pour jouer; et si, en voyage, ils sont dans le cas de devoir entrer dans les auberges, ils s'y comporteront avec modestie, s'y tiendront à l'écart et n'y prendront que le nécessaire.
Qu'ils s'abstiennent du jeu de cartes et de dés, et en général de tous ces jeux de hasard qui ruinent les familles. On leur permet les jeux de boule ou de balle, pourvu qu'ils aient soin d'éviter les contestations, les fraudes, et les enjeux trop considérables.
Lorsqu'un congréganiste est malade, les autres ont soin de le visiter, de le consoler, et même, s'il est pauvre, de l'assister chacun selon ses moyens. En cas de mort, on priera pour le repos de son âme, selon l'usage de chaque association ; toutefois qu'on n'impose pas aux associés des honoraires de messes ou autres aumônes en argent, mais plutôt tant de fois le Chemin de la Croix ou autres pratiques à faire pour le défunt.
Que tout ce qui sent l'intérêt soit banni de notre Congrégation, et que jamais les associés ne soient grevés de taxes pécuniaires. Seulement le dimanche, après l'exercice du soir, deux congréganistes se tiendront à la porte de l'oratoire avec une bourse, et chacun sera libre de donner ce qu'il voudra pour couvrir les frais de luminaire et d'éclairage : ces aumônes seront déposées entre les mains du Directeur.
Aux fêtes principales de la sainte Vierge, savoir aux fêtes de l'Immaculée Conception, de l'Annonciation et de l'Assomption, tous s'offriront à cette auguste Mère comme ses enfants; on se servira à cet effet de l'Acte de Consécration qui sera donné ci-après, et qu'on récitera tous ensemble après la sainte communion. Cette consécration se fera aussi entre les mains du Directeur par chaque nouveau congréganiste en particulier, le jour de sa réception. L'admission des aspirants n'aura i;eu qu'après une épreuve de quelques mois, durant lesquels on s'assurera de leur ponctualité et de leur assiduité aux exercices de la congrégation.
On choisira deux ou trois prêtres, et même quatr^^- lorsqu'on pourra en trouver, et à leur défaut deA ou trois
DES AMANTS Dli JÉSUS ET DE MARIE. 519
personnes des plus capables, auxquels on donnera le litre de Directeurs. C'est à eux qu'il appartiendra de présider tous les exercices de la Congrégation, en se relevant tour k tour chaque semaine, afin que cette fonction leur soit moins h charge : ils se concerteront aussi sur les besoins de la Congrégation, et veilleront à ce que tout marche avec ordre, sans trouble ni confusion. C'est à eux encore qu'il appartiendra de choisir les ofBciers inférieurs, et de recevoir les aspirants admis dans la Congrégation. Ils feront tout cela, non par intérêt, mais uniquement par zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
On choisira un Maître des Novices, qui aura soin d'inscrire sur le registre les nouveaux associés, et de leur enseigner les usages de la Congrégation ; — un ou plusieurs Sacristains, chargés du soin de l'oratoire ou chapelle, où se feront les exercices, et de sonner la cloche aux heures voulues ; — deux ou trois Conseillers qui auront pour mission d'étouffer les dissensions et les petites inimitiés, afin de maintenir la paix entre les congréganistes : — et enfin, ce qui est le plus important, trois ou quatre Zélateurs des plus recommandables, auxquels on donnera la charge d'aller à la pêche des âmes, en invitant à s'inscrire dans la Congrégation tous ceux qu'ils jugeront propres à en faire partie.
Tout directeur veillera surtout à ce que les règles suivantes soient fidèlement observées. Premièrement nul ne
520 RÈGLES DE LA CONGKÉG.VTION
pourra être inscrit dans notre Congrégation avant l'âge de quinze ans accomplis, et l'admission se fera par les directeurs. Rien n'empêche que le récipiendaire ne soit en même temps membre d'une autre confrérie, pourvu qu'il ait le loisir d'assister aux exercices. Il devra d'abord faire une confession générale de toute sa vie, s'il n'en a jamais faite; dans le cas contraire, il suffirait de remonter jusqu'à la précédente confession générale. Puis, le jour de son admission, il se confessera, communiera, et fera entre les mains du directeur son acte de consécration.
Les directeurs ont la faculté de modifier quelques-unes des présentes règles, comme aussi d'ajouter ou de retrancher certaines choses selon les circonstances diverses d'oratoires, de temps et de lieux, pourvu qu'ils laissent intactes les règles les plus essentielles, je veux dire celles qui concernent l'oraison mentale, les lectures spirituelles, la fréquentation des sacrements et autres semblables.
Les directeurs feront faire la lecture des présentes règles par un congréganiste une fois tous les deux mois; on pourra choisir pour cela un des dimanches où a lieu la communion générale. On observera que, quoique ces règles n'imposent aucune obligation sous peine de péché, même véniel, sauf l'obligation résultant delà loi de Dieu ou de l'Eglise, néanmoins la négligence à les observer pourrait causer un préjudice notable à leurs transgresseurs.
DES AMANTS DE JÉSUS ET DE UAItlE. 521
La dernière règle, qui n'est pas moins importante que les autres, c'est que si un congréganiste se montrait peu fidèle observateur du Règlement, particulièrement s'il se dispensait assez souvent d'assister aux assemblées sans une véritable nécessité, surtout s'il lui arrivait de faire du tapage dans les rues pendant la nuit, s'il se livrait aux jeux de hasard , s'il entretenait des fréquentations dangereuses ou des liaisons suspectes avec des femmes, ou causait quelque autre scandale public, il sera d'abord averti et repris par les Directeurs ; et si après plusieurs avertissements il ne se corrige point, il sera exclu de la Congrégation et son nom rayé du registre des associés.