‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 8 sur 78 · IH I"" JOUR. CONFÉRENCE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

IH I"" JOUR. CONFÉRENCE PRÉLIMINAIRE

VOUS avez à faire pour vous sauver : Magisler, quid faciendo vitam œternam possidebo^ ? Soyez assurés que si vous employez fidèlement ce moyen, vous retirerez de grands fruits des saints exercices.

Vili. Voilìi les quatre roues de cet admirable mécanisme, ou les œuvres principales qui composent les exercices spirituels. 11 importe cependant que, pour bien employer tout le cours de la journée, vous vous appliquiez encore à d'autres pratiques de piété ou de pénitence, comme seraient, par exemple, d'entendre une ou plusieurs messes, de réciter l'otfice de la sainte Vierge, de faire le Chemin de la Croix, ou de réciter le rosaire et d'autres prières vocales ; de pratiquer quelque jeûne ou au moins une légère abstinence, et, si vous en avez la commodité, de vous donner la discipline, ou de vous imposer quelque autre pénitence; de visiter plusieurs fois le Saint-Sacrement, de faire de fréquentes oraisons jaculatoires, telles que cette précieuse invocation : 0 mon Jésus, miséricorde, et autres semblables. Mais tout cela est laissé à votre discrétion et au jugement d'un bon directeur. Comme je m'adresse à un auditoire nombreux et varié, il est impossible d'astreindre tout le monde à la même règle, ainsi que je l'ai dit en commençant. C'est donc à votre confesseur qu'il appartiendra de décider, dans l'intérêt de votre âme, ce qu'il convient de vous permettre et de vous interdire. ■

IX. En dernier lieu, il est bon de remarquer que tout le fruit des saints exercices dépend particulièrement de deux chefs, c'est-à-dire , du secours de la grâce et de votre coopération. Pour obtenir le secours d'en haut, il importe souverainement de recourir à Dieu par une hum-

< Luc. 10, 29.

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ble prière, en répétant souvent : Deus, in adjutorium meiim intende. Mon Dieu, aùlez-inoi ; Seigneui', hâtezvous de me secourir. Ce qui revient à dire : 0 mon Jésus, miséricorde ! Mon Jésus, ayez pitié de moi ! Mais comme nos prières sont si misérables, je vous ai recommandé déjà de choisir pour protecteurs votre ange gardien, le glorieux patriarche saint Joseph, et la bienheureuse Vierge Marie, et de réciter au commencement de chaque méditation un Pater et un Ave, en les conjurant de cœur, mais du fond du cœur, de vous obtenir de Dieu ces vives lumières sur les maximes éternelles, ces saintes pensées, ces salutaires remords de conscience qui vous portent à agir, en un mot, tous les secours que Dieu sait vous être nécessaires pour remporter la victoire sur vos passions et faire les exercices avec fruit, en correspondant fidèlement à la grâce.

Pour cette coopération à la grâce, j'estime que deux dispositions sont nécessaires, l'une d'esprit, l'autre de cœ.ur. La disposition d'esprit consiste dans l'intention, et l'intention regarde la fin. Ainsi vous ne devez avoir d'autre fin, dans b cours des exercices, que d'obéir à Dieu, qui vous invite par un moyen si efficace a une réforme de vie complète, à l'extirpation de tous les vices que vous reconnaîtrez être un obstacle à la grande affaire de votre salut. Ce qui vous serait d'un grand secours à cet effet, c'est la réflexion suivante que vous pourriez faire : Si dans dix jours je devais mourir, dans quel état me trouvéje pour paraître au tribunal de Dieu, et y rendre compte d'une vie aussi déréglée que celle que j'ai menée? — Si vous reconnaissez que vous n'êtes pas en bon état, voici que Dieu, dans sa bonté, vous offre la conjoncture favorable des exercices, qui seront peut-être les derniers pour vous, afin que vous vous disposiez, et que vous vous metp. u. vu. 2

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liez dans 1 état où vous voudriez être au moment de la mort.

Quant à la disposition du cœur, ce que j'ai à vous recommander, c'est d'avoir un cœur large et prêt à exécuter tout ce que Dieu demandera de vous. Dites-lui : Paratum cor meuin, Deus , paratum cor meum. Seigneur, je dépose mon cœur à vos pieds comme une table rase ; inscrivez-y tout ce qu'il vous plaît; je proteste d'avance qu'avec l'aide de votre grâce je ne me refuserai à aucune chose. Oh ! quelle belle disposition !

Le fruit principal que vous devez retirer des exercices spirituels, c'est de faire une confession générale de toute votre vie, si vous n'en avez jamais fait, ou au moins une confession extraordinaire qui remonte jusqu'à votre dernière confession générale. Pour la faire avec toute l'exactitude désirable, remettez-vous bien devant les yeux la pensée que j'ai insinuée il n'y a qu'un instant : Si je devais mourir immédiatement après ces exercices, que voudrais*-je avoir fait?...

Un autre fruit non moins important, c'est que, dans toutes les méditations, vous preniez de généreuses résolutions de changer de vie, en descendant jusqu'aux moindres détails de votre conduite. Je vous conseille même d'écrire ces résolutions sur un petit cahier pour les relire fréquemment après les exercices. Vous écririez, par exemple : dans telle méditation, j'ai pris la résolution de faire tous les jours une demi-heure d'oraison mentale; dans telle autre, de m'approcher des sacrements tous les huit jours, et autres semblables. — A quoi bon cette attention? me direz-vous. Je pourrais vous répondre, comme les disciples do Pythagore : Ipsclixif ; saint Ignace l'a dit, lui à qui Dieu a inspiré l'admirable méthode des exercices spirituels. 11 ne l'aurait pas dit si, à l'aide des

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lumières extraordinaires dont il était doué, il n'eût reconnu qu'il devait en résulter un grand bien. Et en effet, un gentilhomme, au rapport du père Cattani, ayant suivi dans sa jeunesse les exercices de saint Ignace, avait eu soin de faire, par ordre de son directeur, un petit cahier de résolutions. Après bien des années passées dans le désordre, il lui arriva un jour, en fouillant dans une armoire pour y retrouver un billet égaré, de mettre la main sur ce cahier. Il l'ouvrit sans savoir ce que c'était, et tomba sur ces lignes : Je me propose de faire tous les jours une demi-heure d'oraison mentale. Hélas ! se dit-il en lui-même, et à présent je n'en fais jamais plus ! Je me propose de donner tant aux pauvres. Hélas! reprend-il, et maintenant je les repousse avec mépris. Il poursuivit sa lecture et ses réflexions jusqu'au bout. Eh bien! le croiriez-vous? celte heureuse rencontre le fit changer de mœurs ; il s'adonna à la dévotion, et couronna une vie pleine de bonnes œuvres par une mort digne d'un excellent chrétien. Préparez donc aussi votre petit cahier, et, de mon côlé, je ne manquerai pas de vous suggérer de temps en temps ce que vous devez y inscrire. Si vous avez soin de le relire quelquefois dans le cours de l'année, il vous servira de réveil pour vous exciter à mettre en pratique les résolutions prises dans le temps des exercices.

Courage donc, mes bien-aimés, appliquez-vous sérieusement à la grande affaire qui doit vous occuper. Faites-vous remarquer durant ces saints jours par un extérieur modeste, un religieux silence, une véritable retraite; aimez la solitude de votre chambre, évitant, autant que faire se peut, tout ce qui pourrait vous porter a une joie bruyante et immodérée, ou vous dissiper inutilement. Que votre première pensée, à votre réveil, soit pour

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