‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 7 sur 78 · SUR LES F.XKRCICES SPIRITUELS · texte numérisé non relu

SUR LES F.XKRCICES SPIRITUELS

réfléchirez aux moyens les plus propres d'opérer un changement de vie complet. Ce retour que vous ferez tous les jours sur vous-même, pour traiter pendant une demiheure des intérêts de votre âme, sans passion et pour ainsi dire de sang-froid, sera lui-même le principal moyen de vous déterminer h de généreuses résolutions. « L'esprit de réflexion, dit saint Augustin, est le principe de tout bien » : Intellectus cogitabundus est principium omnis boni. Ne vous dispensez donc jamais d'un moyen si puissant, si efficace, pour arriver à une réforme totale de votre conduite.

VI. La Lecture spirituelle, qui est aussi un des exercices les plus indispensables de ces saints jours, peut être regardée comme la sœur de l'oraison. Elle fournira pareillement matière à la considération ou examen dont je viens de parler. Les Saints en faisaient leurs délices. Saint Bernard avoue qu'il trouvait tant de charmes dans la lecture que, lorsqu'il vaquait 'a l'oraison, i! passait quelquefois un temps si considérable à lire, qu'il ne lui en restait guère pour méditer. Je ne crois pas que la lecture des livres de piété aura le même attrait pour vous; mais je voudrais au moins que vous en fissiez tous les jours votre récréation spirituelle pendant une demi-heure. Si vous avez un enfant qui sache lire, faites-lui faire la lecture en présence de toute la famille; sinon, faites-la vous-même. Avant de commencer, invoquez les lumières de l'Esprit-Saint, en récitant le Veni Creator ; puis lisez sans précipitation, sans vaine curiosité, et arrêtez-vous de temps en temps pour réfléchir sur ce qui vous frappe. Vous reconnaîtrez bientôt les grands avantages que votre âme retirera de cette pratique. Que de saints nous vénérons sur nos autels, qui ont dû leur conversion et leur sanctification à la lecture d'un bon livre ! et que de péclieurs se converti-

1 4 l" JOUR. CONFÉRENCE PRÉLIMINAIRE

ront pendant ces saints exercices, ou embrasseront une vie plus parfaite et plus régulière s'ils usent de ce salutaire moyen ! Soyez de ce nombre ; ne laissez passer aucun jour sans consacrer une demi-heure et plus, si vous en avez le temps, à faire une lecture soit sur les maximes éternelles, soit dans la vie des Saints, selon le conseil de votre directeur.

VII. Mais le point capital des exercices spirituels consiste, sachez-le bien, à découvrir ingénument votre cœur à un BO.N CONFESSEUR. Ce moyen supplée à tout ce qui pourrait vous manquer d'ailleurs. Ah ! mes bien-aimés frères, que je désire que pendant ces saints exercices vous fassiez choix d'un bon confesseur ! Choisissez un prêtre savant, zélé, charitable, qui prenne 'a cœur l'affaire de votre salut éternel. Si vous avez un procès d'où dépende une partie de votre fortune, vous cherchez l'avocat le plus habile, le plus expérimenté, afin d'en assurer le succès, n'est-il pas vrai? Et pour gagner ce grand procès où votre éternité est en jeu, vous ne vous mettriez pas en peine! Quant à moi, dites-vous, tous les confesseurs me sont bons. Il est vrai que tous les confesseurs sont bons, mais entre les bons il y en a de meilleurs, et saint François de Sales voudrait qu'on en choisît un entre mille. Et puis, tous les confesseurs n'ont pas le don particulier de Dieu de guider les âmes dans la voie la plus sûre. Sainte Terese se plaignait que certains confesseurs lui eussent causé un grand dommage spirituel.

Je vous recommande donc instamment le choix d'un bon confesseur, et lorsque vous l'aurez |rouvé, ouvrezlui votre cœur sans détour : Effunde sicut aquam cor tuum, vous dit le Seigneur par la bouche du prophète Jérémie' : de même que lorsqu'on épanche par terre l'eau

* Jerem. 2. 19.

SUR I.r.S RXEKCICKS SPIKITUF.LS. 15

contenue dans un vase, il n'en reste plus rien sur les parois flu vase; ainsi, en rendant compte de votre conscience à votre père spirituel, vous devez tout lui déclarer nettement, le bien comme le mal. — Mais, mon père, je ne sais que dire. — Je vais vous indiquer la matière. Déclarez en premier lieu tous les péchés que vous connaissez ; s'il s agissait de péchés graves, un seul que vous cacheriez volontairement serait cause de votre perte éternelle, parce que vous commettriez un grand sacrilège; déclarez aussi les péchés véniels que vous commettez avec le plus d'adverlance, et particulièrement ceux dans lesquels vous tombez par habitude, les tentations qui vous assaillent, les passions qui vous agitent, et surtout votre passion dominante. Faites connaître, en second lieu, les occasions et les dangers qui résultent soit de vos occupations, soit des lieux et des personnes que vous fréquentez. Découvrez, troisièmement, votre désir de changer de vie, ou de faire choix d'un état si vous ne l'avez pas encore fait; car ce choix est de la plus grande importance, et il ne doit pas s'effectuer sans le conseil d'un confesseur instruit. Quatrièmement, manifestez-lui les bonnes œuvres que vous pratiquez, les boas désirs que vous nourrissez au fond du cœur, vos oraisons, vos mortifications, les salutaires inspirations que le Seigneur daigne vous envoyer de temps en temps. Cinquièmement, exposez-lui'la vie que vous menez journalièrement, en lui demandant de vous prescrire ce que vous devez faire tous les ans, tous les mois, tous les jours, pour vivre en bon chrétien. Enfin lorsque vous ne trouvez pas autre chose à dire, priez-le, en qualité de directeur de votre âme, de vous parler clairement et de vous dire ce que

' Luc 10, 29.

Page 1