‹ Œuvres complètesChapitre 115 sur 155 · A M. CAROGQIO, SECRÉTAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES · texte numérisé non relu

A M. CAROGQIO, SECRÉTAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES

Le Saint exprime sa joie et ses remerclments au sujet de la cérémonie solennelle qui avait été célébrée en l'honneur du très saint Nom de Jésus.

Levanto, le 2 juillet 1745 M ONSIEUR,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.

Je n'ai point d'expression assez forte pour rendre la joie que mon cœur a éprouvée, en apprenant la cérémonie solennelle qui a été célébrée dans cette capitale en l'honneur du très saint Nom de Jésus, le jour du saint Précurseur, qui est en même temps le protecteur de la serenissime République2. Maintenant je mourrai content, car ce tribut d'hommages rendus par les sérénissimes Collèges à l'auguste, à l'adorable Nom de Jésus est à mes yeux un gage assuré de liberté pour notre serenissime République. Que l'enfer frémisse, que les

(1) 45« de l'édit. ital.

\î) Le fait dont il est parlé ici est cité dans la Vie, part. I. ch. Pag. 137.

ennemis aiguisent leurs tranchants; au seul cri de Vive Jésus! nous les verrons humiliés, défaits et mis en déroute; oui, j'espère qu'on verra se vérifier en notre faveur cette parole : In nomine Jesic, omne genu flectatur cœlestium, terrestrium et infernorum, ac insuper omnium inimicorum nostrorum. Le Ciel tout entier est engagé par motif de reconnaissance à défendre cette ville, qui ne rougit pas de son Evangile, mais qui est fière de porter sur son front, comme un joyau précieux, l'auguste Nom de Jésus. Je me plais à croire que toutes les hiérarchies célestes ont fait écho, en cet heureux jour, aux vœux et aux prières ferventes que tous les citoyens adressaient à la fois au Très-Haut, mêlant aux démonstrations imposantes de l'artillerie leur cri mille fois répété de Vive Jésus ! Vive Jésus ! Qui donc pourrait douter que les bénédictions ne doivent pleuvoir par milliers sur notre serenissime Etat? C'est un sentiment constant de mon vénéré patron, saint Vincent Ferrier, que tous les biens dont nous jouissons sur la terre, toutes les influences salutaires qui nous viennent du ciel, que tout, en un mot, est dû au très saint Nom de Jésus : Omnes virtutes quas Deus posuit in herbis, verbis, stellis et constellationibus, omnes sunt in hoc nomine Jesu.

Ma plume voudrait en dire davantage et mon cœur s'y laisserait aller par une sympathie trop partiale; mais la crainte de vous fatiguer me porte à clore cette lettre par une très humble supplique, que je vous prierai, si ce n'est pas abuser de votre complaisance, de mettre sous les yeux du serenissime Doge et des sérénissimes Collèges. C'est que ce nom sacré qu'ils ont exposé à la vénération publique, sur toutes les portes de la ville, il faudrait qu'ils l'imprimassent, si c'était possible, en lettres d'or dans leurs cœurs, qu'ils l'eussent continuellement sur la langue, et qu'à l'ouverture de leurs Séan-

ces, ils élevassent d'abord leur esprit vers Dieu, pour implorer son assistance par cette oraison jaculatoire : « Mon Jésus, miséricorde! » et la récitation de l'antienne et de l'oraison du saint Nom de Jésus. Il est sûr et certain que la lumière du ciel descendrait aussitôt, et grâce à cette divine lumière ils saisiraient avec plus d'assurance, dans leurs déterminations, ce qui est juste, équitable et opportun : Petite et accipietis. Qu'ils ne méprisent pas cette humble invitation, qui, si elle est agréée, peut enfanter un si grand bien pour la chose publique.

En dernier lieu, je désire que Votre Seigneurie daigne remercier de ma part ces sérénissimes Seigneurs de la consolation qu'ils ont procurée à leur pauvre serviteur, ainsi que de l'édification souverainement salutaire qu'ils ont donnée à tous les peuples qui leur sont soumis. Grâce à un si bel exemple, tous les fidèles redoubleront de dévotion envers le très saint Nom de Jésus, ils l'invoqueront souvent, et par suite ils se sauveront; car c'est de ce Nom qu'il est écrit que quiconque l'aura invoqué, sera sauvé.

Saluez de ma part, avec une affection toute spéciale, l'excellentissime Paul-Jérôme Pallavicini, qui a été particulièrement le promoteur de cette œuvre si glorieuse pour Dieu.

Je vous laisse uni au Cœur de Jésus, et je suis en tout et pour tout,

De Votre Seigneurie illustrissime,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard de Port- Maurice, missionnaire récollet.

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