‹ Œuvres complètesChapitre 114 sur 155 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

AO PÈRE JEAN-BAPTISTE DB VARALLO, LECTEUR DE THÉOLOGIE ET VICAIRE DES RÉCOLLETS, A ROME.

Quatre fondements de la paix du cœur.

Sestri, le 17 mai 1745.

Mon cher père en Jésus-Christ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.

J'écris au quêteur de saluer de ma part les religieuses de Sainte-Catherine et de leur dire que je prierai de bon cœur pour sœur Dominique qui nous est si affectionnée. Si vous voyez encore le reverendissime père Assistant, présentez-lui mes saluts affectueux et remerciez-le de l'intérêt qu"il me porte. Sanctifiez toutes ces religieuses de la Fara et qu'elles prient pour moi, comme je prie pour elles.

Quant au carême à prêcher à Varallo, pour maintenant je drai : Ne le faites pas, mais tâchez de bien posséder d'abord votre Carême et vos instructions, et vous ferez ensuite le double de bien; un autre motif qui me fait pencher pour la négative, ce sont les guerres ; mon chez Père, n'y allez que lorsque tous ces troubles auront cessé.

Quant à la conférence spirituelle que nous avons eue

(1) 21e de l'édit ital.

en voyageant ensemble, je ne puis me rappeler sur quoi elle a roulé ; mais d'après l'indication que vous me donnez, je crois qu'il s'agit des fondements que je me suis proposé pour conserver la paix du cœur, sans laquelle on ne peut rien faire de bon ni pour soi, ni pour les autres. Il y en a quatre. Le premier, c'est d'être mort au monde, aux créatures, à soi-même et à tout ce qui n'est pas Dieu ; il faut tenir son cœur tellement dégagé des choses terrestres, qu'on ne fasse pas plus de cas de tout ce qui n'est pas Dieu ou ne se rapporte pas à Dieu, que d'un grain de sable. Le second, c'est de vivre dans un abandon parfait entre les bras de la divine Providence, et de regarder tous les événements de chaque jour, grands ou petits, fâcheux ou agréable?, comme autant de dispositions de cette Providence paternelle qui le veut ou le permet ainsi, en tenant pour certain que c'est ce qu'il y a de mieux et de plus convenable, tant pour la gloire de Dieu que pour notre salut. Le troisième, c'est d'aimer les peines, soit intérieures, soit extérieures, de chérir l'abjection, les mépris et l'abandon des créatures ; le paradis du ciel consiste dans les jouissances, le paradis terrestre dans les souffrances; s'il vient un dégoût pour les infirmités, les mépris, les peines, aussitôt un regard vers Jésus, qui eut pour compagnons intimes le mépris, la douleur, la pauvreté au plus haut degré. Le quatrième, s'est de ne pas entreprendre beaucoup de choses à la fois, quelque bonnes qu'elles soient, mais seulement celles que comportent notre ministère, conformément à l'ordre de l'obéissance; surtout de ne pas agir avec précipitation, avec impétuosité, mais posément et modestement ; cette modestie doit briller dans les paroles, dans les gestes et dans toutes les démarches...

Je vous envoie ces règles telles que je me les suis tracées dans mes Résolutions ; j'en fais chaque jour le

sujet de mon examen, et je trouve toujours y avoir manqué en quelque chose. J'espère que vous les mettrez à profit mieux que moi. Priez pour moi.

A vous de cœur, Fr. Léonard.

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