‹ Œuvres complètesChapitre 51 sur 155 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Autres guérisons miraculeuses opérées par saint Léonard après sa mort.

Marie-Madeleine Pallari, de Pergola, demeurant à Rome, avait une jambe et un genou enflés de telle sorte, qu'elle ne pouvait marcher qu'en boitant et avec des douleurs extrêmes. Après huit années de souffrances, elle se transporta au tombeau de saint Léonard, et là tandis qu'elle priait, l'enflure se dissipa instantanément et toute douleur cessa. Sa jambe et son genou rendus à leur état naturel, elle s'en retourna pleine de joie chez elle.

A Torri, sur le territoire de l'abbaye de Saint-Sauveur, la femme d'Antoine Lepori, maçon, fut en proie à des douleurs si atroces, qu'on croyait qu'elle ne tarderait pas à y succomber. Après avoir tenté vainement les remèdes humains, on lui conseilla d'appliquer sur la partie endolorie un morceau de vêtement de saint Léonard ; elle le fit, et soudain le mal disparut. Peu après, ayant perdu cette relique, elle fut de nouveau assaillie

370 VIB DE SAINT

par ses douleurs, mais l'ayant retrouvée et réappliquée sur le mal, à l'instant elle en fut encore une fois délivrée. Cette expérience fut répétée à diverses reprises au grand étonnement de tout le monde; aussi la malade eut-elle soin, dans la suite, de porter constamment sur elle le morceau de vêtement, et par là elle ne souffrit jamais plus de son mal.

Joseph Raffi, de Fara, tailleur de profession, en voulant frapper un chien avec un instrument tranchant, s'enfonça le fer dans la main. La blessure revêtit un caractère dangereux ; sa main devint toute noire ; bientôt la gangrène s'y mit, et le mal s'aggravant, on parlait déjà d'en venir à l'amputation. Dans cette appréhension et ces angoisses, le patient fit toucher à la plaie un morceau de l'habit de saint Léonard, plein d'une vive confiance dans son intercession ; à l'instant le mal s'évanouit, la main revint à son état primitif, et Joseph fut aussi ravi qu'étonné de se trouver guéri.

La Mère Claire Françoise Tuani, religieuse du couvent de Sainte-Claire, à Sarzanne, depuis le temps où elle y faisait son éducation, avait une fistule gangreneuse au pied gauche. Quoique traité dès le principe par l'application du fer et du feu, le mal allait toujours en empirant, et lui était devenu très incommode; la plaie s'élargit même au point qu'elle laissait voir à nu l'os du pied et ne lui permettait plus de marcher. Il fallut donc que sœur Claire, qui était alors abbesse, se soumit de nouveau au traitement des hommes de l'art; mais rien n'aidant, elle eut recours à l'intercession de saint Léonard, et en même temps appliqua sur la plaie une parcella du mouchoir dont il se servait pour s'essuyer. Après cela elle dormit la nuit tranquillement, ce qu'elle n'avait pu faire depuis longtemps, et le matin elle se trouva débarrassée de son mal aussi complètement que si elle n'avait jamais rien eu.

Marie Grossi de Sambuci, demeurant à Rome, ayant mis au monde une petite fille, eut la mamelle droite qui se tuméfia en lui causant des douleurs excessives. Le chirurgien jugea nécessaire d'y faire une incision; il en résulta que le lait, au lieu de suivre le canal ordinaire, sortit par cette nouvelle issue; le mal empirant de jour en jour, il se forma bientôt deux ouvertures au sein, qui n'était plus qu'une plaie. Après une cure de plusieurs mois, elle parut guérie; mais à la suite d'un nouvel accouchement, la plaie se rouvrit et les douleurs recommencèrent avec la même intensité. Alora la patiente, sans faire usage d'aucun remède naturel, se recommanda avec une foi vive à saint Léonard, prit un morceau de ses vêtements et l'appliqua un soir sur la partie souffrante. Elle sentit soudain la douleur se calmer, si bien qu'elle reposa toute la nuit; le matin, n'éprouvant plus aucune souffrance, elle découvrit la plaie, qui se trouva guérie et parfaitement fermée; il ne restait qu'une cicatrice en souvenir du bienfait reçu, mais sans escarre, comme il aurait dû y en avoir naturellement.

La dame Maria Joanna, épouse du sieur Paul Panizza , demeurant à Masserano, diocèse de Verceil, fut tourmentée par intervalles, pendant l'espace de huit ans, de spasmes nerveux qui la faisaient beaucoup souffrir. Après force remèdes et maintes consultations, les médecins déclarèrent le mal chronique et incurable. Enfin durant quatre mois elle endura une complication de souffrances si excessives, si atroces, qu'elle offrait l'aspect d'un squelette. Sur ces entrefaites arriva chez elle un religieux qui lui donna un morceau d'habit de saint Léonard et une parcelle de ces restes de pain qu'on recueillait après ses repas. La malade, en proie aux plus cruelles angoisses, mangea ce pain et mit la relique sur elle ; à l'instant une révolution sensible

s'opéra dans toute la masse du sang, et elle recouvra subitement la santé. Dès ce moment, elle se trouva tout à fait délivrée de ses souffrances, qui ne reparurent plus aussi longtemps qu'elle vécut.

Dans la ville d'Aquila, un enfant de trois ans, neveu de don Veuance de Bernardis, prêtre versé dans la médecine, fut atteint d'une fièvre très aiguë, qui, dès le cinquième accès, le réduisit à l'extrémité. Déjà ses parents et son oncle le pleuraient comme mort. Tandis que le petit malade était dans cet état désespéré et sans parole, son oncle le recommanda à saint Léonard, promettant s'il obtenait sa guérison d'en donner une attestation publique. Il prit ensuite une relique du Serviteur de Dieu qu'il avait chez lui, et après avoir récité trois Pater et trois Ave, il en bénit le jeune moribond. Au même instant, celui-ci ouvrit les yeux, se mit à parler avec volubilité, demanda à manger, se leva et courut partout, en présence des assistants émerveillés du prodige. Son oncle lui tâta le pouls, et il le trouva sans fièvre et bien portant ; il continua à se porter de même dans la suite, ainsi que l'atteste son oncle dans la déposition qu'il signa, selon sa promesse.

Dame Constance-Marie Salvatori, religieuse à Matélica au monastère de l'Annonciation, de l'ordre de Saint-Benoît, reçut, en 1744, un coup à la tête par la chute d'un corps pesant qui l'atteignit. Il s'y forma une tumeur de la grosseur d'un œuf, qui s'évanouit d'ellemême quelque temps après. Au bout d'un mois environ, elle fut de nouveau frappée à la tête par une fenêtre qui s'ouvrit brusquement ; ce coup lui causa des douleurs excessives et il lui en resta un certain engourdissement d'esprit qui la faisait courir par le monastère comme folle. Enfin elle fut réduite à ne pouvoir plus entendre aucun bruit, ni marcher sans l'aide de deux béquilles, et elle devint sujette à des vomissements et à

des souffrances qui faisaient croire qu'elle allait succomber. Quelques années après, elle reçut encore une fois sur la tête un corps assez lourd qui la fit tomber en défaillance ; on la transporta sur son lit sans connaissance, et elle y resta confinée assez longtemps. Ses maux ne faisant qu'augmenter de jour en jour, le médecin la jugea incurable, Entre temps, on apprit à Matélica la nouvelle de la mort de saint Léonard; elle se recommanda aussitôt à son inlercession, et ayant reçu de Rome un morceau de son vêtement, elle se l'appliqua sur les oreilles, qui étaient le siège principal du mal; car elle ne pouvait entendre le plus léger bruit sans s'évanouir. A peine se fut-elle appliqué la relique, qu'elle sentit comme une armée de fourmis lui parcourir le front, selon son expresssion, et après quelques éternûments, elle se trouva délivrée de tous ses maux ; elle visita les lieux de service où il se fait le plus de bruit, se rendit au chœur avec les autres religieuses, qui furent saisies d'étonnement en la voyant, et psalmodia l'office à haute voix, sans plus éprouver dès lors, ni dans la suite, aucune incommodité.

A Pofi, diocèse de Véroli, Marc-Antoine Minna, atteint d'une fièvre maligne, se vit condamné par le médecin, après avoir épuisé sans succès tous les remèdes de l'art. On lui administra les derniers sacrements et l'on attendait à chaque instant son dernier soupir. Ce fut dans cette extrémité qu'on lui attacha au bras une parcelle de vêtement de saint Léonard, en implorant son assistance; peu après, le malade fut rendu à la santé. La médecin, aussi étonné que tout autre du prodige, voulut en donner une attestation authentique.

A Rome, Violante Maidé avait à la jambe un chancre qui lui avait dévoré toutes les chairs et creusé une caverne où l'on pouvait enfoncer le poing ; le chirurgien, après lui avoir inutilement appliqué tous les

remèdes, la condamna comme incurable. Réduite à ce déplorable état, la malade se tourna vers saint Léonard, et le pria de la guérir, lui promettant, si elle obtenait cette faveur, de déposer le fait juridiquement, et de suspendre une jambe d'argent à son tombeau; puis elle appliqua sur la plaie un morceau de son habit : soudain toute douleur cessa, et bientôt la guérison fut complète. Violante accomplit fidèlement sa double promesse.

Le sieur don Charles Marie Carpano Busti, de Villicino, au diocèse de Milan, depuis dix ans et plus était tourmenté chaque année, au retour du printemps, d'un violent mal de gorge, qui reprenait aussi chaque fois qu'il faisait un voyage, si court qu'il fût. Les médecins le traitaient comme ils pouvaient, mais sans grand succès. Ayant ouï parler de la sainteté de saint Léonard, et des grâces que Dieu répandait par son intercession, il prit sa Vie en main, un soir des premiers jours de février 1756, tandis qu'il éprouvait un accès de sa douloureuse infirmité; en lisant cette vie, il se sentit animé d'une si vive confiance d'être délivré de son mal par les mérites du Serviteur de Dieu, qu'immédiatement il se jeta à genoux et le pria de lui obtenir cette grâce; à l'instant même il se trouva parfaitement guéri, et il ne souffrit jamais plus dans la suite de cette indisposition, quelques voyages qu'il fît, ainsi qu'il a voulu l'attester par une déposition authentique.

Catherine Carozina, de Gênes, fut tourmentée pendant l'espace de douze ans consécutifs, d'un mal affreux qui lui ôtait l'usage de ses sens, parfois durant douze heures de suite, et qui plus d'une fois la réduisit même à l'extrémité. Les docteurs, après avoir épuisé toutes les ressources de l'art sans aucun succès, ne savaient plus quel parti prendre. Au mois de janvier 1752, la malade empira; son ancienne maladie se compliqua de douleurs de tête très aiguës et d'un vomissement de sang abon-

dant ; ce qui fit que le médecin déclara qu'il n'y avait plus de remède. Catherine, en entendant cela, recourut à l'intercession de saint Léonard pour qu'il lui obtînt la santé, et s'étant procuré un morceau de son vêtement, elle se l'appliqua sur le corps avec une vive confiance ; incontinent elle fut délivrée de tous ses maux et se leva au moment même, ainsi qu'elle l'a déposé juridiquement, par reconnaissance.

Sœur Marie-Thérèse-Eléonore Boccella, religieuse au monastère de Saint-Nicolas, à Lucques, fut pendant dix ans sujette à des attaques d'épilepsie et à des contractions nerveuses, sans trouver aucun soulagement dans les remèdes humains; finalement, dans la nuit du 21 octobre 1769, une fièvre très ardente qui lui survint la mit aux portes de la mort. Réduite à cette extrémité, elle s'adressa avec foi à saint Léonard, et le pria de la secourir dans un si pressant besoin ; elle lui rappela alors la promesse qu'il lui avait faite de son vivant, de l'aider quand il serait en paradis. Sa prière fut exaucée : le matin à son réveil, elle se trouva pleine de santé. Ce fait a été rendu avec élégance par la religieuse ellemême dans deux sonnets qu'elle a composés : le premier décrit la maladie, et le second raconte la délivrance. Elle y dit qu'après s'être recommandée au Saint et lui avoir rappelé sa promesse, elle s'assoupit sans avoir conscience de ce qui lui arriva pendant son sommeil, mais que, le matin, elle se réveilla saine et sauve1.

Joseph, enfant de sept ans, fils de Benoît Gaï, Romain, fut affligé au bras droit d'une tumeur delà grosseur d'une pomme ordinaire, qui lui causait d'affreuses douleurs. Au bout de quelques mois, il dut subir une incision et il

(1) » Ne seppi allor che avvenne di me stessa. So ben che grazia ricevei compita, Sorgendo sana allo spuntar d'aurora. »

encoulaune quantité de matière purulente. Quoique, au bout d'un certain temps, la plaie, à force de médicaments, parût se cicatriser, il y restait cependant toujours une ouverture qui continuait à rendre du pus. Tous les remèdes furent tentés et demeurèrent impuissants contre ce mal. Plusieurs docteurs qui visitèrent l'enfant déclarèrent enfin que la plaie était dégénérée en une fistule incurable. Alors le père, renonçant aux remèdes naturels et congédiant tous les hommes de l'art, se recommanda à saint Léonard. Il y avait deux ans environ que le pauvre enfant se trouvait dans cet état, et son mal s'était compliqué, en dernier lieu, d'une fièvre ardente qui le jetait dans le délire. Un soir que la douleur sévissait avec la plus grande intensité, le père exhorta son enfant à avoir confiance, et après avoir récité un Pater, un Ave et un Gloria, en l'honneur du Saint, il lui fit le signe de la croix avec sa relique et son image, déposant ensuite l'une et l'autre sous l'oreiller du petit malade; le matin suivant, ii le trouva complètement guéri, l'ouverture de la fistule bien fermée et cicatrisée; l'enfant voulut se lever à l'instant et s'habiller, et dès lors il ne ressentit plus ni douleur, ni incommodité au bras.

Il y avait deux ans qu'Elisabeth Notarantonio Morelli, d'Arpino, souffrait cruellement d'une humeur froide à un genou; ce qui la rendait incapable de faire un pas toute seule; elle avait besoin du secours d'autrui pour se mouvoir, et encore ne le faisait-elle que très difficilement et avec des douleurs extrêmes. Se voyant assaillie, dans le mois de février de l'année 1752, de spasmes plus douloureux que de coutume, elle invoqua l'assistance de saint Léonard, vu que les remèdes humains ne lui avaient servi de rien; elle se fit donc apporter une pièce de drap dont il avait fait usage de son vivant et l'appliqua sur le genou endolori. A l'instant même sa

douleur s'évanouit, et tandis qu'un moment auparavant elle poussait des cris de détresse et ne pouvait faire aucun mouvement, voilà qu'elle se met à marcher d'un pas dégagé par toute sa maison; elle pouvait à peine contenir sa joie, et excitait l'étonnemeut de tous les témoins du fait, particulièrement du médecin, qui, conjointement avec elle, attesta juridiquement le prodige.

Frère Athanase d'Orméa, frère lai de la retraite de Saint- Bonaventure, tourmenté pendant prè3 d'une année entière de diverses fièvres, s'enfla enfin par tout le corps et endura pendant huit jours une rétention complète d'urine. Les médecins jugèrent alors que l'hydropisie était arrivée à un point où les remèdes naturels n'y pouvaient plus rien. On lui conseilla de recourir à l'intercession de saint Léonard, pour la cause duquel il s'était donné beaucoup de peine. Il avala donc quelques filaments de son habit, et s'en appliqua un morceau avec son image autour des reins. Immédiatement il se mit à uriner et lâcha une si grande quantité d'eau que l'enflure s'évanouit peu à peu ; il se trouva bientôt guéri et sa santé se maintint dans la suite.

A Tivoli, la dame Eugénie Visconti de Cesari, ayant perdu connaissance dans un accès de fièvre aiguë, était par là dans l'impuissance de mettre au jour le fruit qu'elle portait dans son sein et qui en était déjà détaché. Sa mère et la sage-femme qui l'assistaient tremblaient de la voir mourir avec son enfant. Dans un si pressant danger, elles eurent recours à saint Léonard. La sage-femme prit une image du Serviteur de Dieu et lui adressa ces paroles : « Père Léonard, si vous êtes Saint, faites-le voir maintenant ; faites venir la petite créature au monde, afin qu'elle puisse au moins recevoir la grâce du baptême. » A peine eut-elle prononcé ces paroles et appliqué l'image sur la patiente qui était toujours sans connaissance, que soudain, avec la plus grande facilité, VIE s. l. 32

elle accoucha de deux petits avortons de cinq à six mois, l'un vivant, etl'autre, après diversesexpériences, regardé comme mort. Elles baptisèrent le premier, et tout affligées au sujet du second qu'elles croyaient mort, elles recoururent de nouveau au Saint : prenant la même image et la posant sur ce petit corps, la sage-femme fit cette prière : « Père Léonard, puisque vous nous avez accordé le premier miracle, accordez-nous encore le second, et faites-nous connaître si cette petite créature est en vie. » Dès qu'elle eut proféré ces paroles, l'enfant ouvrit la bouche; on le baptisa sur-le-champ et il survécut une demi-heure au premier. Tout le monde rendit grâces à Dieu de ce que, par les mérites de son Serviteur il avait daigné sauver ces deux âmes.

Anna Victoria Marchetti, pensionnaire du couvent des Quatre-Saints-Couronnés, à Rome, fut éprouvée pendant l'espace de trois ans par diverses maladies, entre autres par une fièvre qui durait quelquefois jusqu'à deux ou trois mois, et dans les intervalles ne laissait pas le temps à la jeune malade de reprendre ses forces ; le médecin attesta même qu'elle paraissait plus malade quand la fièvre la quittait, que pendant qu'elle en était tourmentée. Le 15 octobre 1751, elle en eut un accès des plus violents ; aucun remède ne put la calmer ; elle persista avec tant d'opiniâtreté qu'elle amena une révolution générale dans les humeurs et un relâchement total dans toutes les parties du corps. La fièvre se compliqua de douleurs de tête très aiguës, d'une douloureuse constriction de poitrine, d'évanouissements fréquents, d'insomnies continuelles, d'un dégoût universel, de convulsions demtfscles et de nerfs qui lui donnaient l'aspect d'une épileptique, et à la fin on vit apparaître tous les symptômes d'une phthisie bien caractérisée. Les remèdes même les plus énergiques ne lui procuraient aucun soulagement ; tous ses maux, au contraire, s'aggravant de

plus en plus la rendirent paralytique, particulièrement des genoux et des jambes : elle en était donc réduite à ne pouvoir se tenir debout et encore moins se lever sans un secours étranger. Les hommes de l'art jugèrent que c'était une véritable paralysie, à laquelle se joignait une privation totale de mouvement et de sensibilité dans les membres inférieurs, et une maigreur telle que la pauvre enfant ressemblait à un squelette et faisait pitié à voir. Il y avait déjà huit mois qu'elle se trouvait accablée de tous ces maux à la fois, lorsque, le jour de l'Ascension au. matin, qui était le 11 mai de l'année 1752, la sacristine, sœur Marie-Séraphine Petruccioli, décrivit cette déplorable situation au père Martin de Vallécorsa, religieux du couvent de Saint-Bonaventure, et confesseur extraordinaire de la maison. Le père Martin conseilla à la sacristine d'engager la jeune malade à recourir à notre Saint. La religieuse obéit, et rapporta à Anna- Victoria ce que le père Martin lui avait dit, puis sortit de la chambre. Anna demeurée seule s'excita à une vive confiance, et prenant l'image du Saint qu'elle avait auprès de son lit, elle se l'appliqua sur les jambes ; au même instant, une certaine persuasion intérieure lui fit croire qu'elle était complètement guérie. Sur ces entrefaites, survint une religieuse. Anna lui demanda ses vêtements ; elles'habillaelle-mémeimmédiatement, etsautant du lit sans le secours de personne, elle se trouva parfaitement délivrée et guérie de tous ses maux à la fois; bien plus, elle recouvra en même temps toutes ses forces et reprit son embonpoint, ainsi que la fraîcheur et la vivacité de son teint ; en un mot, elle se trouva subitement rendue à un état de santé vigoureuse et florissante ; elle se mit à courir en traversant les dortoirs, puis descendit au milieu de ses compagnes. et des religieuses, et leur raconta avec des transports de joie à elles d'abord, ensuite au confesseur, tout ce qui lui était arrivé. Tout

le monde en fut émerveillé ; on l'avait vue, peu auparavant, presque expirante, semblable, ou peu s'en faut, à un cadavre, et on la revoyait saine de corps, robuste, le teint coloré, comme si elle n'eût jamais été indisposée. Le lendemain elle reçut la visite du docteur François Parazzani, médecin ordinaire de la maison, qui lui avait donné ses soins. Celui-ci ne fut pas moins stupéfait que les autres en la voyant ; pour mieux s'assurer de la réalité du prodige, il fit disparaître tous les médicaments et ordonna qu'elle fût mise au régime et au train de la communauté. Ses ordres. furent promptement exécutés, et il la trouva constamment comme la trouvèrent aussi d'autres médecins qui vinrent la visiter, en pleine et parfaite santé ; c'est pourquoi les docteurs, conjointement avec les religieuses et les pensionnaires, tinrent à donner une déposition publique et solennelle du fait, pour la gloire de Dieu et celle de son Serviteur.

Symphorose Betti, de Léprignano, épouse d'Alexandre Pezza, allant, dans le mois de janvier 1787, de son endroit à Civitella San-Paolo, tomba par accident, en traversant une forêt, dans un buisson d'épines et se fit une piqûre à la partie antérieure de la jambe droite, vers le milieu. Malgré la douleur qu'elle éprouvait, et le sang qui coulait de la blessure, elle continua sa route. Rentrée chez elle, elle ne fit aucune attention à cette égratignure ; mais bientôt la jambe s'enfla et l'inflammation s'y mit; puis il en coula du sang et une sorte de virus tel, que là où il touchait il brûlait la peau et formait une plaie, laquelle s'étendait peu à peu à mesure que coulait la matière purulente. Quatre ou cinq jours après, en passant ses bas, elle mit à la jambe gauche celui qui avait servi pour la droite, et comme ce bas était imprégné de pus et de sang, il communiqua le mal à la jambe qui jusque-là était restée saine. Les plaies, se propageant petit à petit, s'étendirent depuis le genou jusqu'au

pied ; ça et là elles formaient diverses crevasses ou petites fosses, qui, par endroits, étaient entourées de lèvres ou cordons assez durs. De ces cavités suintait continuellement une matière si fétide que tout le monde fuyait Symphorose, personne ne pouvant demeurer près d'elle.

Pendant quelque temps, elle n'appliqua sur ses jambes aucun remède, mais le mal allant toujours croissant ainsi que les douleurs qu'il lui causait, elle consulta un chirurgien. Celui-ci n'eût pas plus tôt vu les plaies, qu'il déclara. à la patiente qu'elles étaient incurables, et qu'elle devait, par conséquent, se résigner à les porter jusqu'à la mort. Néanmoins pour calmer la douleur et corriger l'acrimonie du sang, particulièrement le scorbut qui dominait dans le corps de cette malheureuse créature, il lui prescrivit certaines décoctions et autres médicaments; mais elle n'en fit rien. Cependant les anciennes plaies gagnaient de plus en plus en étendue et en profondeur, et il s'en formait de nouvelles par l'écoulement des matières corrosives et purulentes; si bien que ses deux jambes ressemblaient à deux colonnes monstrueuses, extrêmement enflées et enflammées partout où elles n'étaient pas percées, ce qui lui occasionnait d'atroces souffrances. Au mois de juillet 1788, elle se transporta à Rome, où elle fit voir ses jambes à un autre chirurgien, qui les jugea également incurables; le traitement qu'il prescrivit n'avait pour but que d'adoucir la violence du mal ; mais après qu'elle en eut reconnu par expérience l'inutilité, elle y renonça et se borna à y appliquer de temps en temps des feuilles de parelles ; ce remède ne réussit pas mieux, car les plaies de jour en jour s'envenimaient davantage et devenaient plus hideuses.

Telle fut la situation de la pauvre malade jusqu'au mois de septembre de l'année 1789. A cette époque,

étant retournée à Rome en compagaie de Félicie Perini, elle alla avec elle, le 19 du même mois, à l'église de Saint-Bonaventure, dans le but de solliciter sa guérison de saint Léonard. Elle ne fit d'autre prière, en y allant et dans l'église même, que celle-ci : « Mon cher Saint, de grâce, guérissez-moi ces jambes. » Elle n'aurait pas été capable, à cause de l'excès de ses souffrances, comme elle l'atteste elle-même, de réciterne fût-ce qu'un Pater. Pendant qu'elle priait de la sorte, elle sentit la douleur se retirer et faire place à une grande démangeaison, indice de la guérison. Aussi, après s'être bien grattée dans l'église même, elle s'en retourna à son logement en marchant fort lestement; elle dormit toute la nuit d'un profond sommeil, sans ressentir ni douleur, ni incommodité, et le jour suivant elle regagna Léprignagno, sa patrie. De retour chez elle, elle trouva, en ôtant ses bas, ses jambes parfaitement guéries ; les bandages tombèrent d'eux-mêmes avec tout ce qui y était collé, savoir le pus et les feuilles de parelles desséchées; les plaies avaient disparu ainsi que l'enflure et l'inflammation, et une peau lisse, bien unie et vermeille, recouvrait les membres. Aussi heureuse que surprise de cet événement, elle appela sur-le-champ son mari, qui en fut stupéfait, comme le furent pareillement les femmes de l'endroit auxquelles elle les fit voir ensuite. Tous bénirent le Seigneur de ce qu'il avait daigné, par les mérites de son Serviteur, guérir d'une manière si prodigieuse et si instantanée un mal si affreux et si invétéré. Orpheline de père et de mère dès l'âge de quatorze ans, Laure Cardelli demeurait avec sa sœur au vénérable conservatoire des mendiantes de Rome. Un jour en tissant, elle eut le malheur de se donner un coup de navette si violent à la poitrine, que le sang lui jaillit par la bouche. A cela se joignit un point de côté, puis la toux, la fièvre, des crachats sanguinolents, tous

symptômes qui firent croire à une phthisie bien caractérisée. En désespoir de cause, on la fit changer d'air, ce qui parut la rétablir. Mais à son retour au conservatoire, il se déclara tout à coup dans le rein droit une douleur aiguë, qui lui donnait des assauts terribles, et engourdissait la cuisse, le ventre et la jambe. Elle ne pouvait lâcher l'eau qu'à l'aide de la seringue; en outre un dégoût pour toute nourriture, des insomnies continuelles, des douleurs très vives, des inflammations opiniâtres, des vomissements, du sang et du pus mêlé à l'urine, tels étaient les symptômes de sa maladie. Il y avait déjà quinze mois qu'elle gardait le lit, et l'on ne s'attendait qu'à la voir mourir, lorsqu'une des maîtresses de l'établissement, Marguerite Rubbi, touchée de sa triste situation, lui insinua de recourir au Ciel, puisqu'elle n'avait plus rien à attendre des hommes; elle lui proposa, en conséquence, défaire une neuvaine en l'honneur du vénérable péro Léonard, dont la béatification était imminente! Laure accueillit ce conseil; et ayant eu une image du Serviteur de Dieu, elle commença sa neuvaine, mais sans résultat. Elle avala une parcelle de son vêtement, et elle ne fit qu'empirer. Vers minuit du 31 mars 1796, elle récite sa prière accoutumée en l'honneur du Saint et s'endort. Au beau milieu de son sommeil, elle le voit qui apparaît devant elle, et lui demande si elle le connaît ; puis il lui reproche son peu de foi et lui prédit tout ce qui lui arriverait un jour; et enfin, la prenant par la main, il la bénit au nom de la très sainte Trinité et lui ordonne de se lever. La malade se réveille, et voit à ses côtés le Saint, qui lui présente le crucifix à baiser et, lui réitérant l'ordre de se lever, disparait à ses yeux. Laure, versant des larmes de consolation et de surprise, s'empresse d'obéir. Une de ses compagnes, Joachine Angelini, entend ses cris de la chambre voisine et accourt; la voyant hors de son

lit, elle s'imagine que c'est la violence des convulsions qui l'en a renversée et s'apprête à l'y replacer. Mais Laure s'y oppose, lui raconte l'apparition qu'elle a eue, la grâce qu'elle vient de recevoir, et pour preuve se met à marcher comme une personne tout à fait bien portante. En un clin d'œil la nouvelle se répand dans le conservatoire; toutes les pensionnaires veulent s'assurer du fait par leurs propres yeux, et toutes courent ensuite avec Laure en rendre grâces à Dieu dan3 la chapelle intérieure de l'établissement. Le jour suivant, les médecins attestèrent le prodige; on en parla par toute la ville; et autant il y eut de personnes qui visitèrent Laure Cardelli, autant il y eut de témoins de sa guérison miraculeuse.

De ces trois derniers prodiges, le premier et le second furent approuvés par Pie VI de sainte mémoire, le 2 du mois d'août 1795, où le Saint-Père se rendit au couvent de Saint-Bonaventure sur le mont Palatin, et fit publier le décret dans la chambre même d'où saint Léonard s'envola au ciel. Le troisième, proposé et examiné selon toute la rigueur des règles de la sacrée congrégation des Rites, fut approuvé par Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, le 16 mars 1839 ; il fut réservé pour la canonisation de l'illustre missionnaire, à qui le Vatican a depuis décerné cette extension de culte. Daigne le Serviteur de Dieu accroître en nous le zèle à imiter les rares exemples de vertus qu'il nous a laissés, ainsi que la confiance d'obtenir, par ses mérites et son intercession, les grâces et les faveurs du ciel.

En jetant un dernier regard sur ses travaux apostoliques et ses héroïques vertus, que nous nous sommes efforcé de décrire, nous pouvons bien répéter ce qu'a dit de lui en chaire Mgr Pieragostini, évêque de San-Séverino, lorsque le Saint, en 1740, se rendit dans cette ville pour y prêcher la mission. Ce digne prélat, dans

le discours qu'il fit alors en l'honneur de la très sainte Vierge, après avoir dit que saint Léonard était un homme envoyé de Dieu pour extirper le vice et implanter la vertu, jouant sur l'étymologie de son nom, ajouta que c'était un Lion qui épouvantait l'enfer par ses rugissements et guérissait les âmes atteintes de la maladie du péché, et en même temps un Nard précieux, qui réjouissait toute l'Eglise par la bonne odeur de ses vertus. Il exprima heureusement cette pensée dans le distique suivant :

Prœco leonardus, leo profert ore salutem; n ardus virtutum replet odore domum.

DECRET DE BEATIFICATION

du vénérable serviteur de Dieu

Romana seu Albiganensis. — Beatificationis et Canoaizationis venerabilis servi Dei patris Leonardi a Portu Mauritio , sacerdotis professi ordinis sancti Francisci strictioris observantia? sacri recessus S. Bonaventura? Urbis, provincia? romana?, ac missionarii apostolici.

super dubio :

An, stante Virtutum, ac duorum Miraculorum adprobattone, tuto procedi possit ad solemnem ejusdem V. S. D. Beati ftcationem.

Apostolicorum virorum missiones, qui cum sacro quodam apparatu squaloris et luctus civitates et oppida peragrantes, ubique improborum animos, crebra, diebus pluribus, vehementique oratione concutiant; quamquam fructuo?a? admodum, saluberrima?que, suffragio Ecclesia? universa? habenda? sint; nostris tamen hisce temporibus a quibusdam, nescio qua Ecclesia? ipsius mores et instituta carpendi libidine, quasi numquam ea?, aut perraro homines ad absolutam vita? conversionem perducant, in vana terricula sunt rejecta?. At Sanctissimus Dominus Noster Pids Sextus Pont. Max., cum jam tertio ante anno, dogmatica Constitutione1, quam multis aliis, iisdemque gravissimis illorum erroribus damnatis, in hoc quoque eorum temeritatem jure notasset2; hodierno judicio, quo Venera-

(1) Conslil. quce incipit, Auctorem Fidei. v. kal. septembris anni MDCCXCIV. (2) Prop. LXV.

décret l)e béatification, etc. 387

bilem Dei Servum Leonardum a Portu Mauritio sacris hisce expeditionibus diutissime, mirificeque functum ad cœlitum honores designavi!, eamdem temeritalem iterum contulit, atque confixit.

Quod quidem tametsi is videbatur egisse binis aliis quae in eadem causa ediderat, Decretis, altero nempe XIV Cal. M art. anni MDCCXCII, quo eumdem Venerabilem Dei Servum, omni vitse ratione, atque hisce prsesertim apostolicis laboribus spectatis, heroem christiani nominis renunciaverat, altero IV Nonas Angusti superioris anni, quo Miraculis duobus ejus apud Deum gratise tributis, cum ejus virtutibus universim, tum in primis hujusmodi ab eo suscepto vitse instiluto probationis signa divinitus accessisse declaraverat : nihilominus ipso Venerabili Dei Servo in Beatorum ordinem recepto non modo prseclarum illud munus a levissimorum hominum oblocutionibus vindicabitur, verum etiam alii ad idem capessendum publiée hoc proposito allicientur exemplo.

Tantam itaque rem decreturus Pius Pont. Max., convocatis coram se in Palatium Apostolicum Vaticanum VII. Cai. Mari, hujus anni Sacr. Rit. Congrégations Patribus , eorum est sententias sciscitatus. Cumque ad unum omnes Ven. Leonardum existimassent dignum, qui Beatorum ordini adscriberetur; dies tamen ipse aliquot, Deo supplicandi causa, moratus ; faustum hunc diem honori S. Josephi B. M. V. Sponsi sacrum quem Venerabile Dei Servus inter prsecipuos patronos quotidie invocabat, sentenliee ferendse destinavit. Itaque accitis in idem Palatium Reverendissimo Cardinali Archinto Episcopo Sabinense, eodemque Congregationi Praefecto et Causae Relatore, R. P. Hieronymo Napulionio Fidei promotore, meque infrascripto Secretario ; salutari hostia divinas majestati immolata, rite pronunciavit : Tuto procedi posse ad Beati ficationem

388 décret db béatification

Venerabile Servi Dei Leonardi a Portu Mauritio. Atque hoc Decretimi palam proponi, et in aotaS. R.C. referri, literasque Apostolicas in forma Brevis de Beatifìcatione in Basilica Vaticana tempori celebranda conscribi jussil. XIV Cai. Apriles MDCCXCVI.

J. CARD. ARCHINTO Prsefecius.

Loco f Sigilli

D Coppola S. R. C. Secretarius.

Page 1