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CHAPITRE XX

Diverses guérisons obtenues par les mérites de saint Léonard après sa mort, et ses apparitions à ceux qui l'invoquaient.

Les vertus et les dons extraordinaires dont saint Léonard fut orné, lui concilièrent à tel point l'estime et la vénération des peuples pendant sa vie, qu'ils l'appelaient, comme on l'a déjà dit, les uns, l'homme apostolique; les autres, le nouvel apôtre de son siècle ; ceux-ci, l'homme rempli de l'esprit de Dieu, ceux-là enfin, le Saint. Cette idée ne fut pas seulement celle de personnes simples et du commun, mais encore d'un

grand nombre d'ecclésiastiques et autres personnages, aussi recommandables par leur science que par leur vertu. Nous en avons cité pour preuve ailleurs, le témoignage qu'en ont laissé par écrit divers cardinaux et beaucoup d'évêques, dont il a renouvelé les diocèses par ses missions. Cette idée fut cause que, la nouvelle de sa mort à peine connue, on vit accourir à l'église et au couvent de Saint-Bonaventure une foule de personnes de toute condition et de tout rang, pour voir et baiser sa dépouille mortelle, et emporter de lui quelque relique. Cette idée fut cause que plusieurs le qualifièrent publiquement du titre de Saint, qu'en un instant son portrait fut tiré à une infinité d'exemplaires, et que ces images, ainsi que les objets qui avaient été à son usage, furent demandés de tous côtés, même de contrées éloignées, et reçus partout avec une singulière dévotion. En signe de ce profond sentiment de vénération que lui portait la ville de Rome, on lui fit, peu de jours aprèssa mort, des obsèques solennelles dans l'église de la Rotonde; un prêtre séculier y récita une longue et touchante oraison funèbre, qui fut imprimée depuis; elle commence par ces mots : « L'homme apostolique souverainement cher aux hommes, parce que ceux-ci l'ont cru avec raison souverainement cher à Dieu »

Gènes voulut faire aussi une démonstration en faveur du héros chrétien qu'elle revendiquait comme sien; elle fit imprimer un tableau symbolique, dédié au Souverain Pontife, où étaient célébrés, sous des figures allégoriques, tant les vertus du Saint, que les services qu'il avait rendus à l'Eglise.

Dieu confirma d'ailleurs l'idée qu'on avait généralement de la sainteté de son Serviteur, par divers prodiges qu'il opéra, même après sa mort, en faveur de ceux qui eurent recours à son intercession. Nous en rapporterons quelques-uns, en commençant dans ce cha-

pitre par les guérisons miraculeuses qui furent accompagnées de l'apparition du Saint à ceux qui avaient invoqué son assistance.

Madeleine, native de la Rochetta, au diocèse' de Spolète, et demeurant à Rome, avait eu de son mari, Jacques Arcari, un enfant qui fut nommé Augustin. Ce petit malheureux, qui était venu au monde avec une hernie, vingt jours après sa naissance se couvrit de plaies par tout le corps, en sorte que le pus qui en coulait collait la peau aux langes dont sa mère l'enveloppait; sa tête particulièrement n'était qu'une plaie hideuse; il faisait pitié à voir. Il était parvenu à son quatrième mois, et dix jours s'étaient écoulés depuis la mort de saint Léonard, lorsque Madeleine vit en songe le Serviteur de Dieu ; elle lui baisa la main, et l'ayant conjuré de guérir son enfant, il lui sembla qu'elle en recevait une réponse favorable. Pleine de joie et de confiance, elle alla le jour même à l'église de Saint- Bonaventure, portant dans ses bras sa petite créature, afin de la placer sur le tombeau du Saint. Entrée dans l'église, elle ne put arriver qu'avec peine, tant la foule était grande, jusqu'à la balustrade du maitre-autel, à côté duquel se trouvait le tombeau. Madeleine, sans perdre courage, introduisit son enfant entre les barreaux, et pria un homme qui était à l'intérieur de le poser sur le tombeau de saint Léonard. C'est ce qui fut fait. L'enfant y étant resté le temps qu'il faut pour dire un Pater, se mit à rire et à gesticuler en signe de joie; on le retira, et, à la vue de tout le monde, il fut trouvé parfaitement guéri tant de la hernie que des plaies qui le couvraient; bien plus, les cheveux parurent subitement sur sa tête, tandis qu'auparavant il n'y en avait pas un seul.

AArpino.la dame Aune-Marie Calandrelli, originaire de Palma, avait déjà eu deux fausses couches; ayant

appris qu'une autre femme avait accouché heureusement en prenant sur elle un morceau de l'habit de saint Léonard, lorsque celui-ci vivait encore, elle pria dès lors le Seigneur, pour le cas où elle redeviendrait enceinte, de lui accorder la grâce, par les mérites de son Serviteur, d'arriver à terme sans accident. Quelques mois après, elle se sentit réellement enceinte, mais ses douleurs qui recommencèrent et une violente fièvre qui s'y joignit, lui firent vivement appréhender un nouveau malheur. Une nuit, sur la fin de novembre de l'année 1751, c'est-à-dire peu de jours après la mort de saint Léonard, dont la nouvelle n'était pas encore parvenue à Arpino, elle sentit une main se poser sur sa tête; s'étant éveillée soudainement, elle se trouva débarrassée de ses souffrances, et, à la lueur d'une lampe qu'elle avait dans sa chambre, elle aperçut au pied de son lit saint Léonard, qu'elle reconnut fort bien, pour l'avoir vu souvent pendant la mission qu'il avait donnée à Arpino. Le Serviteur de Dieu lui dit clairement : « Vous êtes guérie. Portez un morceau de mon habit sur vous et ne craignez rien. » Après ces mots, il disparut. La dame se leva un instant, puis s'étant remise au lit et endormie, elle se réveilla de nouveau un moment après et vit une seconde fois le Saint à la même place; il lui répéta ce qu'il avait déjà dit, en ajoutant qu'elle devait entendre la messe tous les jours; après quoi il disparut de nouveau. La dame tâcha de se procurer au plus tôt un morceau de l'habit du Serviteur de Dieu ; elle en obtint d'une personne d'Arpino qui en avait. Elle porta cette relique sur elle avec dévotion et elle en expérimenta les effets de la manière la plus évidente; si parfois elle oubliait de s'en munir, aussitôt ses douleurs se réveillaient, et dès qu'elle la reprenait, les douleurs cessaient comme par enchantement. Arrivée à terme, elle souffrit pendant huit jours, après quoi elle

se recommanda au Saint en s'appliquant sur le ventre le morceau d'habit qu'elle portait suspendu au cou ; à l'instant elle fut délivrée en mettant heureusement au monde un fils, auquel, par reconnaissance, elle voulut qu'on donnât le nom de Léonard.

Joseph Orsoiini, de Gènes, maçon de profession, était fort dévot à saint Léonard, même du vivant de ce dernier; il portait toujours sur lui un morceau de son vêtement, et depuis sa mort il récitait tous les jours trois Pater, trois Ave et trois Gloria en son honneur, le regardant comme un saint. Ce fut huit jours après la mort du Saint, que lui arriva l'aventure que nous allons rapporter. Travaillant à étançonner un mur qui menaçait ruine, il plaça, à cet effet, une longue échelle au travers de la rue. Etienne Brenati, un de ses amis, venant à passer et le voyant à une hauteur de soixantedix paumes, sous un mur qui pouvait crouler d'un moment à l'autre, l'avertit de s'y prendre autrement et de ne pas tant s'exposer, que si le mur venait à crouler il serait écrasé sous les ruines. Joseph répondit qu'il n'avait pas peur, attendu qu'il portait sur lui un morceau de l'habit de notre Saint qui saurait bien, même en cas de chute, le préserver de tout accident fâcheux. Sur cela, Etienne continua son chemin, et peu après en effet un pan de muraille se détacha, mit l'échelle en pièces et précipita Joseph du haut en bas. Mais le malheureux, en tombant, ayant invoqué son saint protecteur, il lui sembla voir un franciscain, c'est-à-dire le Serviteur de Dieu qu'il connaissait fort bien, le saisir par la main au moment de sa chute, le relever du milieu des décombres et le conduire hors du quartier où il était tombé. Joseph s'en alla à l'hôpital de Pamattone pour faire panser une blessure qu'il avait reçue à la tête et qui fit appréhender quelque lésion interne ; cette appréhension se confirma le jour suivant à cause

des douleurs atroces qu'il ressentit dans toutes les parties du corps, au point qu'il ne pouvait plus se mouvoir. Il se recommanda de nouveau à saint Léonard, qui lui apparut la nuit pendant son sommeil, et lui dit de retourner à son travail. Le matin à son réveil, il se trouva parfaitement guéri ; il se leva donc et s'en retourna chez lui, racontant à tout le monde le prodige dont il avait été l'objet, et qu'il déposa dans la suite sous la foi du serment.

Sœur Marie-Fortunée de Jésus, religieuse au monastère de Moricone, dans la Sabine, était sujette à un mal affreux qui, à l'improviste, la renversait par terre comme morte; cet accident, qui se renouvelait fréquemment, répandait la consternation parmi toutes ses consœurs. Une fois qu'elle était tombée de la sorte, ayant été transportée sur son lit, elle se recommanda à saint Léonard, qu'elle avait connu pendant sa vie, et le pria de la délivrer d'une indisposition si pénible et si dangereuse. Après cette prière elle s'endormit ; le Serviteur de Dieu lui apparut et la reprit de n'avoir pas mis à exécution ce qu'il lui avait enjoint lors de sa confession générale; puis il lui promit qu'elle ne serait plus sujette à ce mal, mais qu'il lui resterait une violente douleur de tête. La religieuse se réveilla délivrée en effet de son infirmité dont elle ne souffrit jamais plus, mais elle fut travaillée du mal de tête, comme le Saint l'avait prédit.

Don Bernardin Tancioni, de Belmonte, diocèse de Riéti, prêtre, âgé de soixante-trois ans, fut atteint d'un rhumatisme très aigu qui, durant trente-quatre jours, le tint cloué sur son lit. On ne pouvait Je remuer, ni le toucher sans lui faire éprouver les plus vives douleurs. Une nuit, comme il le dit dans son attestation faite sous serment, il se rappela saint Léonard, dont il portait l'image sur lui, et le matin de bonne heure, s'étant

éveillé, il le vit apparaître au côté droit de son lit, assis sur un escabeau et revêtu d'un habit magnifique. Dans cette attitude, le Saint lui donna l'assurance qu'il serait bientôt délivré de ses souffrances, et que Nicolas, son arrière-neveu, se trouvait très bien d'être allé prendre l'air à la campagne pour rétablir sa santé, puis il disparut en disant : Vive la Croix! Le malade se sentit à l'instant même parfaitement guéri. Transporté de joie, il appela sa petite-nièce et lui dit : « Je suis sain et sauf; » il se leva en effet, et alla célébrer la messe pour rendre grâce à Dieu et à son fidèle Serviteur.

Madeleine Romagnoli Sciarboniéri, native do Zagarolo et demeurant à Rome, était affligée depuis quelques mois de douleurs articulaires volantes et très vives. L'art ayant vainement épuisé toutes ses ressources, la patiente était étendue sur son lit, sans pouvoir trouver ni soulagement ni repos, et poussant des cris si perçants que les passants s'arrêtaient, surpris, pour en demander la cause. Après avoir beaucoup souffert, elle recourut à l'intercession de saint Léonard, et le 22 mai 1752, accompagnée de son mari, elle se fit conduire en voiture à l'église de Saint-Bonaventure.Là,deux personnes la portèrent à bras (car elle ne pouvait se mouvoir par elle-même) au tombeau du Saint ; elle s'y prosterna la face contre terre et les bras étendus, en versant un torrent de larmes. Après avoir bien prié, elle dit : « Père Léonard, je ne partirai pas d'ici, je ne me lèverai pas de votre tombeau que vous ne m'ayez obtenu la faveur que je demande. » Cela dit, ses douleurs s'évanouirent; elle se redressa sur ses jambes, au grand étonnement de tous les assistants, et commença à marcher lestement par toute l'église, visita tous les autels et retourna chez elle au comble de la joie et du bonheur. Cet état de santé parfaite dura trois jours, après lesquels ses douleurs se réveillèrent. Plus accablée que jamais, elle se plaignait

amèrement de son malheur. Il faut savoir qu'elle avait dans sa chambre de l'huile de la lampe de Notre-Dame du divin Amour, pour en faire sur elle le signe de la croix. Or, quelques jours s'écoulèrent dans de cruelles souffrances, sans qu'elle pût se procurer un moment do sommeil, même à l'aide de l'opium qui lui fut administré par le médecin; le matin du 4 juin, le mal s'aggrava au point qu'elle croyait en mourir. Alors elle eut de nouveau recours à saint Léonard, et élevant la voix elle lui dit avec une grande confiance : « Père Léonard, je veux reconnaître que je tiens ma guérison de vous. Guérissez-moi, et donnez-m'en une preuve. » Puis ayant avalé dans un verre d'eau un fil du vêtement du Saint, elle s'endormit immédiatement; ceux qui l'assistaient sortirent tous de la chambre pour la laisser reposer; il était environ deux heures de l'après-dîner. Quelques instants après, comme elle était entre somme et veille, elle vit apparaître saint Léonard, qui prit en main la mèche trempée dans l'huile de la Madone, s'approcha de la malade, et tout en lui recommandant la dévotion envers la très sainte Vierge, fit sur elle le signe de la croix, puis remit la mèche à sa place, fit une profonde inclination devant l'image de la Vierge et disparut subitement. La malade à l'instant même se sentit parfaitement rétablie, et ayant fait appeler ceux qui se trouvaient dans la chambre contigue, elle leur raconta ce qui venait de se passer. Elle continua depuis à jouir d'une excellente santé, et voulut faire une déposition juridique du fait.

Marie, fille de Jean Tubelli, de Gérano, dans le territoire de l'abbaye de Subiaco, jeune personne de vingt-cinq ans environ, fut empoisonnée avec un gâteau de cantharides, mêlées d'autres substances vénéneuses; elle endura pendant quarante-huit heures les plus violentes douleurs dans les intestins, et quoiqu'à l'aide de

médecines, elle eût vomi une partie du petit gâteau empoisonné, il en restait assez dans le corps pour la tourmenter; déjà même l'on apercevait les symptômes d'un déchirement universel des organes intérieurs. L'infortunée était abandonnée des médecins, qui jugeaient impossible de la sauver, et elle était assistée de l'archiprêtre Don Dominique Pérelli et du prêtre Don François Pozzi, qui la préparaient à la mort et attendaient son dernier soupir. Vers minuit, le deux du mois d'août, il vint à la pensée de l'archiprêtre de faire prendre à la patiente un morceau de l'habit de saint Léonard qu'il avait chez lui; il alla le chercher promptement, et de retour il demanda à la jeune personne si elle n'avait jamais entendu parler du Serviteur de Dieu ; sur un signe affirmatif de sa part, il continua : « Eh bien ! voici un morceau de son habit que je vous ai apporté; ayez confiance, et si vous obtenez votre guérison, nous en ferons une attestation en règle que nous enverrons à Rome. « Après cela, il découpa le morceau de serge en parcelles menues avec des ciseaux et les mit dans un verre d'eau ; puis, ayant récité trois Ave Maria en l'honneur de la sainte Vierge, et un Pater et un Ave en l'honneur du Saint, il présenta le verre à la malade. A peine l'eut-elle avalé, que, pendant l'espace de deux ou trois minutes environ, elle demeura immobile, les yeux ouverts et dans une sorte d'extase; puis, tandis qu'auparavant elle prononçait fort difficilement quelques paroles entrecoupées, elle se tourne vers l'archiprêtre et son compagnon et leur dit nettement : « Je suis guérie; je n'éprouve plus aucun mal. Allez, avec la grâce de Dieu , vous reposer. » Ils ne voulaient pas la quitter si tôt; ils lui proposèrent donc de rester là quelque temps à converser entre eux, sans la déranger aucunement ; mais elle fit tant d'instances qu'ils furent obligés de s'en aller, afin qu'elle fût tranquille. Toutefois ils voulurent

réciter auparavant trois Pater et trois Ave en l'honneur de la très sainte Trinité, les litanies de la sainte Vierge et un Pater et un Ave en l'honneur du Saint, en action de grâces d'un si grand prodige. Le jour suivant, la jeune fille dit à l'archiprêtre que, pendant qu'elle était demeurée immobile et comme ravie en extase, elle avait vu saint Léonard, qui s'était dit envoyé de Dieu pour la guérir, et l'avait exhortée à faire en toutes choses la volonté de Dieu et à pratiquer la dévotion envers la sainte Vierge, puis était disparu. Quatre jours après, la cour de justice laïque de Subiaco descendit sur les lieux, pour recueillir la déposition de la jeune personne, et savoir qui lui avait donné le petit gâteau empoisonné. On rechercha ce qu'elle en avait vomi, mais en vain, car tout avait été jeté; la cour lui ayant fait prendre ensuite de l'eau et de l'huile, elle vomit le reste des cantharides, qui, depuis sa guérison, avaient séjourné dans ses entrailles sans lui causer ni douleur, ni incommodité, ce qui ne put avoir lieu sans miracle. Ce fait, arrivé au mois d'août 1785, fut attesté sous serment par le docteur Jean-Baptiste Gentilezza, qui, se trouvant par hasard à Gérano, donna ses soins à la malade; il le fut aussi par les deux ecclésiastiques nommés plus haut et par la jeune personne elle-même.

Angele, femme d'André Michéletti, de la terre de Nérola dans la Sabine, avait une fille nommée Marie- Antoinette. Cette enfant fut atteinte de la petite vérole et en demeura paralysée d'une cuisse et d'un genou, de telle façon qu'elle marchait toute courbée et ne pouvait plus se redresser. Le jour de la fête de la Purification, 2 février 1777, Angele recourut avec une foi vive à l'intercession de saint Léonard ; vers le soir le Serviteur de Dieu lui étant apparu, elle lui renouvela ses instances jusqu'à lui dire ou de guérir sa fille, ou delà prendre avec lui, aimant mieux la voir mourir que de

la voir marcher d'une manière à faire pitié. Le matin, quelle ne fut pas sa joie et sa surprise de trouver l'enfant parfaitement droite ! Elle la conduisit avec elle à la messe, et celle-ci depuis lors continua à marcher très bien.

Au village de Posticciola dans la Sabine, le prêtre Don Dominique, natif de Borgo San Pietro, à peu de distance de là, fut atteint, à la suite d'une longue maladie, d'un violent mal de gorge qui le mit à deux doigts de la tombe. Il se recommanda à saint Léonard, qui lui apparut la nuit même, et lui fit un signe de croix sur le front et à la gorge. Don Dominique s'étant réveillé peu après, se trouva tout à fait délivré de son mal.

Le prêtre Ange Manni, de Terni, atteste aussi qu'il endura pendant plusieurs mois, à la fausse côte du côté droit, une douleur cruelle accompagnée de fièvre et d'autres maux, qui, au jugement des médecins, devaient le conduire au tombeau ; il avait, en effet, vainement essayé tous les remèdes humains;, lorsqu'il obtint sa guérison de la manière suivante. Un jour que, hors de lui-même, il parcourait sa maison, en s'agitant comme un furieux, on lui apporta un morceau d'un mouchoir qui avait été à l'usage de saint Léonard ; il se l'appliqua avec dévotion sur la côte endolorie, et puis se renversa sur son lit en laissant pendre ses pieds à terre. Dans cette situation, il crut sentir une main se poser sur son front et entendre une voix qui lui disait de se lever : il se leva sur-le-champ et se trouva parfaitement débarrassé de son mal; il se mit à courir d'une place à l'autre en s'écriant, dans l'excès de sa joie : « Je suis guéri 1 je suis guéri! c'est le père Léonard qui m'a délivré de toutes mes souffrances. » Il attesta en outre qu'elles ne se renouvelèrent jamais plus dan3 la suite.

Nous terminerons par un fait qui repose sur l'assertion d'un confesseur aussi savant que pieux ; il affirme

que saint Léonard apparut à une de ses pénitentes, dont il n'a pas voulu faire connaître le nom ; il se fit voir accompagné d'une multitude d'âme3 sauvées par son entremise, et lui dit : « Voyez comment Dieu a daigné couronner ses propres dons ; car c'est de lui que me vint le talent de la prédication, de lui la force, de lui la science, de lui la voix, de lui enfin tout ce que je suis, et il a récompensé tous ces biens, comme s'ils m'eussent appartenu en propre. »

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