‹ Œuvres complètesChapitre 63 sur 155 · AU PAPE CLEMENT XI · texte numérisé non relu

AU PAPE CLEMENT XI

Le Saint remercie le Saint-Père d'avoir autorisé la fondation de la Solitude. — Il demande l'approbation des Constitutions*.

Du couvent de Saint François-du-Mont, à Florence, le 2 S février 1716.

Très saint Père,

Que la grâce du Saint-Esprit soit l'unique consolation de Votre Sainteté.

Je devrais tracer ces lignes en versant des larmes, mais des larmes de consolation : je viens remercier Votre Sainteté de la grande faveur qu'Elle a daigné nous faire en nous autorisant à fonder la Solitude, d'après l'avis que nous en a donné notre bon père Thomassin. Elle était l'objet de tous nos vœux ; aussi tous les religieux, mes confrères, sont dans des transports de joie en entrevoyant le moment de se livrer à une vie plus pénitente et plus unie avec Dieu. Nous avons chanté le Te Deum, en action de grâces, et récité ensuite trois Pater et trois Ave pour Votre Sainteté; tous les prêtres on dit quatre messes, les clercs et les frères

(1) Dans l'édit. italienne, c'est la 82e.

(î) Voyez la Vie de s. L. part. 1, ch. 8. page 74, et Coup d'œil, etc., p. 308.

laïques ont fait quatre communions, deux pour Votre Sainteté, une pour le serenissime Grand-Duc, et l'autre pour le père Thomassin; en outre, dans chacun des deux couvents, on a chanté une messe en l'honneur de l'Immaculée Conception pour Votre Sainteté, pour l'Eminentissime Paolucci et les autres cardinaux qui nous ont secondés dans une affaire si importante pour la gloire de Dieu. Après avoir témoigné notre vive et affectueuse reconnaissance à Celui qui tient les coeurs des hommes entre ses mains, tous prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous lui rendons les plus humbles actions de grâces pour la bonté avec laquelle Elle a daigné accueillir les pieux désirs de ses pauvres serviters. La mémoire d'un si grand bienfait restera à jamais gravée dans nos cœurs; et de même que Votre Sainteté entrera en participation de tout le bien qui se fera dans ce saint lieu, ainsi nous voudrions la remercier tous les jours du bien qu'elle nous a fait. Il nous reste à la supplier humblement de répandre une âme dans ce corps qui vient de naître, c'est-à-dire de vouloir bien confirmer les Constitutions de notre Solitude, et de ne pas les énerver en leur étant ce peu de vigueur que le Seigneur a inspiré à mes religieux d'y introduire, ou au moins d'autoriser notre Vice-Commissaire Général à les approuver. Nous faisons la même demande relativement au cérémonial de notre Institut, qui n'a été renouvelé que par nécessité et dont notre père Thomassin vous parlera. Que Votre Sainteté considère que le monde tombe en ruine et est rempli de péchés; que par conséquent, il parait très convenable de faire en sorte que l'honneur de Dieu, foulé aux pieds par les hommes, soit en quelque manière compensé par la pénitence des religieux.

Confiants dans le zèle admirable de Votre Sainteté, nous espérons tous qu'Elle daignera répondre à nos vœux. Entre temps, prosterné à ses pieds comme le plus

misérable de tous, et les baisant avec respect, je lui demande sa sainte bénédiction.

De Votre Sainteté,

Le très humble, très dévoué et très obéissant Serviteur et Fils,

Fr. Léonard de Port-Maurice, pauvre pécheur.

AU FRÈRE ETIENNE D URBIN, QUÊTEUR DU COUVENT DE SAINT-BONAVENTURE, A ROME.

Ses motifs de ne pas aller à Rome.

Saint- Ange, le 2 mars 4732\ 2 l

Cher frère en Jésus-Christ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous. Me voici arrivé à Saint-Ange, mais non sans quelque difficulté pour la pauvre monture ; car à Palombaro, j'eus

(1) 13« de l'ëdit. ital.

(2) L'année seule manque à la date de cette lettre dans le manuscrit. L'auteur de la Vie du Saint ci-dessus, p. 1, ch. 11 , page 106', suppose, en la citant, qu'elle a été écrite en 1735. C'est une erreur ; car le Saint fait mention, en finissant, d'une lettre adressée à la Reine, Marie-Clémentine. (Voyez l'Appendice V.) Or la Reine mourut le 18 janvier 1735, et le Saint en fut informé aussitôt, par conséquent bien avant le 2 mars, comme on peut en juger par les lettres 15 et 16. — Nous supposons donc qu'il écrivit celle-ci en 1732, époque à laquelle il fit réellement une retraite à Saint-Ange, comme on peut le voir dans sa Vie, Part. I. ch. 11, page 100.

vie s. L. 35

une bonne fièvre qui m'a fort abattu; mais comme elle n'a pas reparu, le voyage s'est terminé, et j'espère pouvoir achever cette retraite après laquelle j'ai tant soupiré.

Mon cher Frère, à vous parler franchement, j'ai bien des motifs de ne pas aller à Rome ; voici les deux principaux : d'abord, l'illusion du monde à mon sujet; il me regarde comme un religieux de quelque mérite, tandis que je suis très misérable, or cette illusion me fait beaucoup de peine; ensuite la perte de temps et la dissipation d'esprit, à laquelle je suis infailliblement exposé si je vais à Rome. Grâce à Dieu, je ne demande rien au monde; à quoi bon, par conséquent, perdre mon temps avec lui ? De même que je suis crucifié au monde et que je lui tourne le dos, ainsi voudrais-je que le monde fût crucifié pour moi, et que, me tournant le dos à son tour, il ne pensât point à moi. Ma vocation, pour autant que je puis en juger, c'est la mission et la solitude : la mission, afin d'être toujours occupé pour Dieu, et la solitude afin d'être toujours occupé en Dieu. Tout le reste n'est que vanité.

Je sens l'étourderie commise par frère Diego. — Priez pour nous, car demain nous commencerons les saints exercices. A ceux qui vous demandent si je viendrai à Rome, répondez que, sauf l'obéissance, ce ne sera pas avant Pâques, et une fois à Pâques on ne sait ce que Dieu jugera bon de disposer.

Remettez l'incluse à la Reine, et en saluant de ma part tous les bienfaiteurs accoutumés, dites-leur que je ne manquerai pas de prier pour eux. Vive Jésus !

Votre très affectionné, Fr. Léonard.

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