‹ Œuvres complètesChapitre 62 sur 155 · DE LA SOLITUDE DE LINCONTRO · texte numérisé non relu

DE LA SOLITUDE DE LINCONTRO

veille. Il fut affecté de cette nouvelle, plutôt par égard pour le religieux étranger, que pour les autres. Cependant l'heure du dîner approchait, et il se recommandait à Dieu du fond du cœur ; déjà on récitait au chœur la dernière oraison de none, après laquelle on se rend au réfectoire, et voilà qu'au même instant où se donnait le signal du dîner, on sonne à la porte (en guise de sonnette, par esprit de pauvreté, on a suspendu en l'air une tuile en terre cuite, dont la percussion produit un bruit qui est aisément entendu par tout le couvent); le portier accourt aussitôt et trouve un inconnu qui apportait une bonne charge de comestibles, et notamment autant de pains qu'il y avait de solitaires, y compris le religieux étranger; le portier lui demanda quel était le bienfaiteur qui envoyait ces provisions, l'inconnu répondit qu'on n'avait qu'à jouir de cette aumône pour l'amour de Dieu, sans chercher à en savoir davantage, et cela dit, il partit sans qu'on ait jamais revu personne de semblable. Cet événement ne consola pas peu les pauvres solitaires, qui n'en furent que plus jaloux de garder inviolablement leur sainte pauvreté, en s'abandonnant totalement entre les bras de la divine Providence.

12. L'influence que cette sainte solitude exerce sur les Récollets de Florence, est admirable. Comme ils s'y succèdent tour à tour, et qu'il y a liberté pour chacun d'y rester aussi longtemps qu'il lui plaît et que l'obéissance le lui permet, lorsqu'ils rentrent au couvent après y avoir passé une retraite, ils sont embrasés d'une sainte ferveur, pénétrés d'une ferme résolution de procurer la plus grande gloire de Dieu en toutes choses, pleins de zèle pour l'observance la plus stricte de leurs règles ; en sorte qu'ils disent communément que la solitude est l'àme de l'Institut; que c'est le moyen le plus puissant d'entretenir la ferveur à un degré éminent

dans les couvents ainsi que l'ardeur pour la plus haute perfection.

13. Enfin on ne doit point passer sous silence les grands biens que la solitude a procurés aux séculiers. La simple visite faite à ce saint lieu, l'aspect de la pauvreté qui y règne, et de la vie austère qu'y mènent les solitaires, a suffi pour qu'un bon nombre s'en retournassent pénétrés de componction et les larmes aux yeux. Le contraste que formait ce spectacle avec leur genre de vie si délicat, les couvrait de confusion. Toutefois les plus précieux fruits d'édification ont été recueillis par les habitants de la contrée, qui fréquentent ce sanctuaire ; ils y sont touchés d'une manière merveilleuse et y pleurent sincèrement leurs péchés; le président ayant la faculté de confesser les hommes, et des confesseurs étant envoyés deux fois l'an du couvent du Mont pour confesser aussi les femmes, on s'y approche en foule du tribunal de la pénitence, et les conversions sont prodigieuses en proportion du concours des pénitents, sans qu'ils soient stimulés par d'autre prédication que le spectacle de l'extrême pauvreté de ce saint lieu. Il y a maintenant peu de personnes dans les alentours, qui n'aient fait leur confession générale dans l'église de Sainte-Marie de l'Incontro.

A la vérité, il n'est pas étonnant que de simples paysans, de pauvres gens soient émus à la vue de ce religieux désert, puisque des personnages du plus haut rang sont allés y puiser de grandes leçons sur le détachement véritable des choses de ce monde. C'est ce qui arriva aux courtisans du serenissime grand-duc, lorsque Son Altesse royale, pour la consolation de son cœur, si ami de tout ce qui tend à la plus grande gloire de Dieu, en fit la visite. Ceux qui l'accompagnaient, aussi bien que lui-même, furent stupéfaits, et ne se rassasiaient pas de contempler ces petites cellules , attestant par

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leurs soupirs que c'était là en réalité la voie la plus sûre qui mène en paradis. Les sérénissimes princesses n'en retirèrent pas moins d'édification ; car elles aussi, pour satisfaire leur eminente piété, voulurent, malgré les difficultés de la route, visiter ce saint lieu; elles furent saisies d'une sainte frayeur à la vue des austérités qui s'y pratiquent, et elles confessèrent que la visite de ce sanctuaire avait consolé leur cœur et ranimé leur dévotion. La même chose arriva à diverses époques à des prélats, à des nonces apostoliques, à d'autres personnages de distinction : tous se retirèrent très édifiés et en bénissant Dieu hautement d'avoir vu refleurir dans ces lieux la première ferveur de l'Ordre séraphique.

Mais pour rendre à chacun ce qui lui est dû, il faut rapporter tout ce bien au zèle admirable de notre grand Serviteur de Dieu, frère Bonaventure, qui jeta les premiers fondements des maisons de Retraite. Ce saint Institut, par l'heureux mélange qu'il présente de la vie active et de la vie contemplative, est souverainement utile au salut des âmes, glorieux pour l'Ordre séraphique, et édifiant pour l'Eglise. Amen.

AVIS DU TRADUCTEUR

L'éditeur italien s'est contenté, dans la disposition de la Correspondance du Saint, de réunir ensemble les lettres écrites par lui au même, ou adressées à lui par le même. Nous avons adopté de préférence l'ordre chronologique. Comme ces lettres roulent pour la plupart sur les événements du jour, ou y font allusion, elles empruntent au récit suivi qui en a été fait dans la première partie de la vie du Saint, des éclaircissements souvent nécessaires, et servent à leur tour à éclairer ce récit d'un jour nouveau II se présentait une difficulté à s'astreindre à cet ordre : c'est que quelques lettres ne portent pas de date. Mais nous avons pu la rétablir presque partout, approximativement du moins, d'après la date connue des faits relatés ou mentionnés dans la lettre. Toutefois, dans ce cas, nous mettons l'indication du lieu et de l'époque entre crochets [ ].

En outre, dans l'édition italienne, la date et la suscription st trouvent constamment à la tin de la lettre. Nous les avons placées en tête, pour la plus grande commodité du lecteur.

Enfin nous avons fait précéder chaque lettre d'un petit sommaire qui en indique l'objet principal. Il est fa 'ile d'en apprécier l'utilité.

Nous aimons à ajouter que ces modifications et additions faites a l'édition italienne du R. P. Salvator, ont obtenu son assentiment.

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