‹ Œuvres complètesChapitre 65 sur 155 · IV · texte numérisé non relu

IV

AU MEME

[ Viterbe , ...juin, 1 732] .

Cher frère en Jésus-Christ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.

Je vous remercie des lettres que vous m'avez envoyées. Pour ce qui est de Ronciglione, nous y passerons : si tout est prêt et si on le désire, nous y placerons le Chemin de la Croix ; sinon, nous poursuivrons notre voyage, et nous arriverons à Rome un jour plus tôt.

Demain aura lieu la bénédiction2. Vous ne pourriez croire combien cette ville a été secouée. On y a fait et l'on continue à y faire une belle récolte. Il s'est encore converti un jeune israélite ; c'est le sermon sur l'éternité qui l'a frappé au cœur.

Après la mission nous irons dans les monastères. — Hier soir les religieuses de Saint-Dominique nous ont envoyé le souper; elles aussi voudraient bien m'entendre ; mais comme ce sera chose assez difficile, elles demandent encore à Sa Majesté la Reine deux exemplaires du Manuel sacré3, pour deux monastères sujets aux pères Dominicains. Envoyez-les le plus tôt que vous pourrez, et adressez-les, en mon absence, au Gar-

(1) 178 de l'édit. ital.

(2) La Bénédiction, c'est-à-dire la clôture de la mission, qui se terminait toujours par une bénédiction solennelle du Saint-Sacrement suivie de la bèndiction papale.

(3| Le Manuel sacré est un livre composé à l'usage des religieuses, par saint Léonard. Voy. tom. IVe de la présente édition des œuvres complètes.

dien du couvent des Observantins ; je lui recommanderai de les faire parvenir à destination, dans le cas où nous serions partis.

Salut au père Directeur ; qu'il fasse dire un Salve regina en commun pour nous. — Dites au père Jean de Dubizze que j'ai reçu sa lettre, et que je m'acquitterai de sa commission.

Fr. Léonard.

AU MEME

Le travail du Dimanche puni de Dieu d'une manière terrible. [Viterbe], le 26 juin [173%]*.

Cher frère en Jésus-Christ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.

La mission s'est terminée à la gloire de Dieu et à la consolation de toute la population de Viterbe. On a donné la bénédiction mercredi, en présence d'une assistance des plus nombreuses.

Il est arrivé ici un événement qui a jeté la consternation parmi les profanateurs des saints jours de fêtes. Il régnait dans cette contrée un abus vraiment mons-

(1) 18e de l'édit. ital.

(2) Le contenu de cette lettre d'un bout à l'autre nous fuit connaître sûrement qu'elle a été écrite immédiatement après la mission de Viterbe en 1732. L'affinité qu'elle a d'ailleurs avec la précédente indique assez qu'elle fut adressée également au frère Etienne. Voyez la Vie, part 1 , ch. 11. Page 104.

treux : c'est qu'on travaillait ces jours-là et qu'on tenait les magasins ouverts, comme les autres jours de la semaine. Mardi, veille de la Saint-Jean-Baptiste, j'attaquai ce point avec véhémence, et j'exigeai que le jour suivant, à raison de la fête de saint Jean1, on ne travaillât point.... Une mère prétendit conduire sa fille au champ pour arracher le lin; à peine arrivée, la malheureuse fille tomba morte subitement, sans pouvoir dire Jésus. Ce fait a terrifié tout le monde, et j'espère qu'il servira de frein pour l'avenir.

Nous partirons le lendemain de la Saint- Pierre. Si nous ne devons pas nous arrêter à Ronciglione, mercredi nous serons au poste ; mais s'il faut s'y arrêter pour ériger le Chemin de la Croix, nous arriverons jeudi à midi avec frère Diego, qui me dit de vous écrire qu'il vous salue, et qu'il vous aime bien. — Le père André et le père François s'en vont à Sainte-Marie.

Veuillez penser à parier au sieur Belconi de notre bagage, qui sera envové après la Saint-Pierre. — Je suis fort occupé avec ces religieuses; elles ne me laissent point partir; j'ai été avec elles depuis le matin jusqu'au soir. — Vive Jésus!

Salut au père Directeur.

Fr. Léonard.

1 1) La fête de saint Jean-Baptiste était obligatoire à cette époque.

AU MEME

Conversions éclatantes.

[Monticelli], le 19 janvier 1735.

Cher frère en Jésus-Christ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.

Voilà la mission de Monticelli terminée. Oh! que de peine on a eu à réduire ces cœurs d'airain! Dites au père François que tous les brouillons dont les noms nous furent remis se sont mis en ordre, à la réserve de deux obstinés qu'on espère dompter. Monseigneur a beaucoup aidé par sa présence. Hier j'ai fait la conférence mystique et morale2 devant lui aux prêtres et aux religieux. — Dieu a permis l'indisposition du père François pour arranger bien des choses ; car ce sont des caractères durs et fiers. Qu'il vous suffise de savoir qu'un scélérat, dans le temps même de la mission, est allé plusieurs fois guêter son ennemi, avec le fusil au bras, et ne le trouvant pas il vint à l'église, pendant le sermon, décidé, s'il l'apercevait, à tirer sur lui. Jugez quel scandale c'eût été. Eh bien ! ce misérable, au sermon sur la sainte Vierge, a été tellement saisi, tellement touché, qu'il vint se jeter à mes pieds, prêt non seulement à se réconcilier, mais à faire le sacrifice de ses intérêts; il s'est converti admirablement bien.

(1) 15» de l'édit. ital.

(2) Ou l'Instruction aux confesseurs. Voyez tom. VII de la présente édition des œuvres complètes.

Un autre, le chef de la famille Mattei, ne voulait par entendre parler de paix, il protestait qu'elle ne se ferait jamais. La très sainte Vierge l'a si bien touché, lui et sa femme, qu'ils se sont rendus. Il y avait un peu d'opiniâtreté chez le fils, qui est plus ou moins stupide ; mais on espère que tout ira bien.

Cette mission est venue directement de l'obédience ; car on n'y pensait pas : aussi Dieu l'a-t-il bénie plus que toutes les autres.

Ce matin nous partons pour Santo Paolo, où Monseigneur nous attend pour l'érection du Chemin de la Croix, et ce soir nous serons à Tivoli. Je donnerai dimanche soir la méditation à la Congrégation des nobles, et le jour de saint Thomas, nous partirons pour Palestrina.

Saluez pour moi le père Directeur; qu'il ait la bonté de nous faire recommander à Dieu. — J'ai reçu les calendriers. — Faites parvenir les lettres ci-jointes à leur adresse. Quant à celle qui est adressée à mon frère, à Belverde, il faut la mettre à la poste de Florence, sans quoi il ne l'aurait pas. — En finissant, je me recommande à vos prières et je suis

Votre très affectionné en Jésus-Christ, Fr. Léonard.

P. S. Celle qui est destinée à Mgr Crescenzi, envoyezla-lui sur-le-champ. — S'il y avait des lettres pour moi, ne les expédiez pas, car elles ne nous trouveraient plus à Tivoli ; il vaut mieux les confier au père François, s'il est en état de venir à Cavignano; si non, à Mgr Crescenzi.

A SON EXCELLENCE MADAME LA DUCHESSE ISABELLE ACQUAVIVA STROZZI, A ROME.

... le 17 août 4735.

Madame,

Que la grâce de l'Esprit saint habite dans votre cœur.

Je vous remercie grandement de tout ce que vous avez fait pour cette pauvre fille; vous en aurez beaucoup de mérites devant Dieu, et cette œuvre sera d'un grand secours pour cette âme. J'écris au frère Etienne de garder le secret. Je souhaite à Votre Excellence un grand accroissement de vie spirituelle; portez de bon cœur Jes croix que Dieu vous enverra l'une après l'autre ; car c'est la voie royale par laquelle il veut conduire ses élus à une grande perfection. Mais au milieu des croix conservez votre cœur en paix; vous y réussirez si, en toutes choses, vous ne cherchez que le bon plaisir de Dieu.

Je ne manquerai pas de vous recommander au bon Jésus; je vous laisse dans son sacré côté et je suis,

De Votre Excellence,

Le très humble serviteur dans le Seigneur,

Fr. Léonard.

!.. Cl -■ de l'édit. ital.

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