XXI
A MADAME LA DUCHESSE STROZZI
Il la félicite d'avoir accédé à sa demande. — Avis. — Un cœur large et généreux.
Civita-Vecchia, le 9 janvier [4736].
Madame,
Que la grâce de l'Esprit saint soit dans votre cœur.
Je regrette de ne pouvoir m'étendre à cause des occupations qui ne me permettent pas de le faire. Je vous dirai seulement que je connais maintenant votre bon cœur, votre cœur docile, souple et tout enclin à l'obéissance; c'est là le moyen, non seulement de courir, mais de voler à la perfection. Agissez-en toujours ainsi, et Dieu vous bénira de plus en plus. D'ailleurs si les actes même indifférents, faits avec une intention droite, deviennent méritoires, des actes de charité, tels que celui de présenter à Jésus ses épouses2, s'ils sont animés d'une bonne intention le seront doublement et plus encore.
Je ne cesse de prier pour les personnes que vous savez : Dieu daigne les éclairer ! Aidez-moi entre temps à gagner des âmes ; imitez la bonne Reine, qui faisait la missionnaire et offrait souvent au Père éternel le sang de son divin Fils, afin que mes paroles allassent au cœur des auditeurs. Depuis quatre heures jusqu'à
(1) 79e de redit, ital.
(2) L'auteur fait allusion à la démarche qu'il avait sollicitée de la duchesse, au commencement de la lettre précédente.
six environ, je lutte, l'épée à la main, contre l'enfer : élevez quelquefois pendant ce temps-là votre cœur vers Dieu, offrez-lui le sang de son Fils adorable, et vous voilà missionnaire à peu de frais; vous aurez votre part dans le grand bien qu'on espère opérer au milieu de ce peuple, du reste très docile. Vive Jésus!
De Votre Excellence,
Le très affectionné en Jésus-Christ,
Fr. Léonard.
P. S. A part, je dois vous dire encore que je ne perds pas de vue votre âme ; je désire souverainement votre avancement spirituel : tout dépend d'avoir un cœur dilaté et non pas rétréci. Soyez persuadée que vous voleriez vers Dieu, si vous aviez de ce Dieu une idée bien juste, si vous étiez bien persuadée qu'il aime votre âme plus qu'une mère n'aime ses petits enfants. Quand le démon vous resserre le cœur en vous inspirant des sentiments différents, chassez-les comme les tentations les plus funestes. Vos faiblesses ne doivent pas être un motif de vous décourager, mais plutôt de vous animer davantage, en voyant que Dieu ne laisse pas de vous combler de ses bienfaits avec tant d'amour. Courage donc! aimez Dieu avec ferveur; mais conservez aussi la paix du cœur et ne vous mettez pas en peine de la sensibilité de l'amour; contentez-vous d'avoir le pur, le vrai amour de Dieu dans la partie supérieure de l'âme, qui est la volonté, ne désirant autre chose, ne voulant autre chose, que Dieu seul et ce qui plaît à Dieu. Pour cela, rapportez à cette fin tout ce que vous faites, et vous voilà sainte. Je ne m'étends pas, parce que je n'en ai pas le temps; mais je vous promets bien de faire le reste dans l'oraison, en vous recommandant
de cœur à Dieu, à la condition que vous en fassiez autant pour moi, afin qu'il m'assiste dans cet emploi, qu'il me donne la force de convertir beaucoup d'âmes et d'empêcher une multitude de péchés. Vive Jésus!