‹ Œuvres complètesChapitre 78 sur 155 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

A LA MÊME

Il l'exhorte à une confiance pleine d'amour et de générosité envers Dieu. — Il est retenu à Florence.

Du couvent de Saint ■ François-du-Mont , à Florence, le 18 janvier 1738.

Madame,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.

Vous m'écrivez avec une confiance de fille et je vous réponds avec une confiance de père, ainsi que je le faisais avec notre bonne Reine. D'abord vous aurez compassion de moi si je n'ai pu vous répondre plus tôt; c'est que les occupations de la dernière mission, dans laquelle Dieu a été bien glorifié, ont été extraordinaires ; dimanche prochain on en commencera une autre dans l'église de Saint-Laurent, dont on espère encore plus de fruits. Accompagnez-moi donc par vos prières, comme le faisait la bonne Reine, et vous aurez part au mérite.

Quant à la jeune fille de Pérouse, j'ai déjà écrit à mon frère de suggérer à Votre Excellence qu'il serait très raisonnable de seconder le désir qu'elle a d'entrer au couvent des Scalette; pour nous, nous ne devons avoir en vue que de l'empêcher de retomber dans les griffes de cet épervier d'enfer. Vous aurez acquis beaucoup de mérites par la charité dont vous avez usé jusqu'ici envers elle2.

(1) 67e de l'édit. ital.

(2) Voyez ci-dessus Vie, part. I, en. 12. page 111.

Puis, je désire, non pas seulement que vous soyez sainte, mais très sainte; pour atteindre ce but, il faudrait changer ce petit cœur que vous portez dans la poitrine, et vous en donner un plus grand, qui fût plein de confiance en Dieu et qui brûlât d'un ardent amour, moyennant quoi vous voilà sainte en quelques jours.

Et pour avoir cette amoureuse confiance dans notre Dieu si bon, il ne faut pas grand'chose; il suffit de prendre garde à bien faire les petites choses que l'on fait déjà; ces petites choses, faites avec pureté d'intention, engendrent un cœur généreux qui se porte avec amour vers son Dieu. A bas donc toutes les défiances, et qu'on commence une bonne fois. Plus nous avançons, plus aussi nous approchons de notre bienheureuse fin ; c'est pourquoi il est nécessaire de renouveler constamment la ferveur par l'oraison et la mortification.

Vous aurez la complaisance de présenter mes respects à Mme la princesse de Piombino ; je voudrais vous voir unies dans le Seigneur, afin que vous deveniez un jour saintes l'une et l'autre. Un moyen fort efficace pour cela, ce sera d'entendre la sainte messe de la manière que j'indique dans notre petit livre1.

La serenissime Electrice2 a écrit à notre Saint Père pour pouvoir me retenir dans ses Etats, et sa demande a été accueillie, à la condition toutefois que je satisfasse à quelques engagements; ce sont les missions de Pesaro, d'Assises et de Cornéto. Ainsi je ne sais quand nous nous reverrons. Que la très sainte volonté de Dieu soit faite en toutes choses ! Je me suis jeté entre les bras de la divine Providence, afin qu'elle me conduise à son gré où bon lui semble.

(1) Le Trésor caché. Tom. II de la présente édit. des Œuvres complètes.

(2) Voyez l'appendice VI.

On vient de mettre au jour la Vie de saint Vincent Février, pour qui je professe une dévotion particulière, et de qui j'ai beaucoup à apprendre pour faire du fruit dans les missions. Si Votre Excellence avait la bonté de m'en procurer un exemplaire, je lui en serais bien reconnaissant; il suffirait de donner la commission au père Antoine, mon frère, qui le trouvera.

Je termine en vous laissant dans les plaies sacrées de Jésus, et je suis avec respect,

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard, pécheur.

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