XXV
A LA MEME
Succès de la mission de Florence. — La conformité à la volonté de Dieu est le paradis de la terre.
Du couvent de Saint-François-du-Mont, à Florence,
le 10 février 1738.
Madame,
Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.
J'ai reçu la Vie de saint Vincent- Ferrier, et je vous en rends grâces mille fois; priez pour moi afin que j'ei tire du fruit. La mission que je devais donner à frère Léonard dans la Solitude, est suspendue; la serenissime
(1) 69* de l'édit. ital.
Electrice elle-même m'a conseillé de ne pas y aller maintenant, vu l'émotion extraordinaire qu'a produite parmi toute la population de Florence la seconde mission que nous avons faite dans l'église ducale de Saint-Laurent. Croyez-moi, il y a longtemps que nous n'avons fait une mission aussi fructueuse que celle-ci, et si j'en avais le temps, je pourrais vous raconter divers incidents qui ont grandement contribué à la gloire de Dieu. Il y a eu de l'ouvrage pour tous les confesseurs de Florence. On a attaqué de front une hérésie qui s'insinue en se cachant, comme le serpent sous l'herbe ; on a mis un frein au libertinage du carnaval ; les choses se passent présentement avec une grande décence. Gloire en soit rendue au Très-Haut 1 Mais de tout cela vous pourrez conclure le peu de temps qui me reste : je suis continuellement occupé soit avec des religieuses qui me demandent, soit avec des malades ou d'autres pénitents qui veulent faire leur confession générale; et voilà qu'il me faut différer jusqu'à la semaine sainte, la mission la plus nécessaire. Cependant que la sainte volonté de Dieu soit faite! C'est dans cette entière résignation seulement qu'on trouve la paix. Aussi désiré-je qu'elle soit bien enracinée dans votre cœur, Madame; et soyez persuadée en effet que nous ne pouvons trouver d'autre paradis sur la terre que cette bienheureuse résignation ; pourvu qu'elle embrasse non seulement ce qui regarde les choses extérieures, mais beaucoup plus ce qui touche l'intérieur, je veux dire, les aridités, les défiances, les scrupules, les petites chutes, les défauts, les infidélités à ses bonnes résolutions et tous les autres troubles intérieurs. Oui, le contre-poison de tout cela, c'est la résignation à la volonté de ce Dieu, qui permet nos faiblesses afin de nous rendre plus forts et d'assurer davantage la grande affaire de notre salut. — Heureuse si vous vous pénétrez à fond de cette doctrine ; vous
aurez toujours dans le cœur les délices du paradis, et au milieu même des tempêtes vous jouirez d'un grand calme. J'aurais beaucoup d'autres choses à dire; car je m'épanche volontiers avec Mme la duchesse; mais j'ai trop peu de temps.
Je suppose que l'affaire de la jeune personne de Pérouse est arrangée. Ce ne sera pas un petit sujet de mérite pour Votre Excellence; car en mettant cette âme en sûreté, on a coupé beaucoup de péchés à la racine. Je vous remercie de nouveau de votre charité, et je vous laisse dans les plaies de notre bon Jésus.
De Votre Excellence,
Le très humble et très dévoué serviteur,
Fr. Léonard, pécheur.