‹ Œuvres complètesChapitre 90 sur 155 · AUX HABITANTS DE FABRIANO · texte numérisé non relu

AUX HABITANTS DE FABRIANO

Exhortation à la pénitence à l'occasion d'un tremblement de terre, Piperno, le 12 mai 1741.

A mon bien-aimé peuple de Fabriano.

Que la grâce de l'Esprit saint soit dans vos cœurs, mes bien-aimés fils en Jésus-Christ.

Ah ! de quelle amertume mon cœur a été rempli en apprenant que votre ville vient d'être en butte à la colère de Dieu! Consolez- vous cependant au milieu de votre malheur; car vos désastres eussent été bien plus consirables si l'auguste Mère de Dieu et saint Vincent, mon Patron, n'avaient retenu le bras du Sauveur courroucé : c'est que vos infidélités depuis la mission ont dépassé les bornes ; vous êtes retombés dans vos anciennes fautes et vous avez foulé aux pieds les saintes résolutions que vous aviez prises. Et ce que je vous dis, je devrais le dire aussi aux populations de Camerino, de Jési et de Pesaro; mais je m'adresse à vous parce que vous êtes les plus affligés. Ah ! mes chers enfants, que ce châti-

(1) 60» de l'édit. ital.

ment serve à vous faire comprendre une bonne fois qu'il existe un Jugo équitable, que ce juge suprême, quoique la bonté et la miséricorde même, quand il ne rencontre de notre part qu'obstination, permet tôt ou tard à la justice de suivre son cours ; et s'il voit que, bravant les traits de sa colère, nous persévérons dans nos révoltes et notre endurcissement, il en vient alors au dernier et au plus terrible des châtiments, je veux dire la damnation éternelle.

Afin donc de ne pas attirer sur vous de plus grands maux, et surtout, ce qui me remplirait de la plus profonde douleur, le châtiment d'une perte irréparable, faites pénitence, mes chers frères, faites pénitence; pleurez vos péchés, faites souvent des actes de contrition; faites tous, je vous le conseille, une neuvaine en l'honneur de l'auguste Mère de Dieu, de saint Vincent et de saint Jacques de la Marche, en récitant chaque jour neuf fois le Salve Regata, neuf Pater et neuf Ave, avec neuf Actes d,e contrition. Mais que ces prières soient dites du cœur, avec un ferme propos de ne jamais plus, jamais plus pécher. Et soyez certains que la très sainte Vierge notre Reioe, que saint Vincent, mon patron, et le glorieux saint Jacques vous obtiendront de Dieu le pardon de vos péchés et lui feront remettre dans le fourreau l'épée de sa colère. Vous n'en pouvez plus douter, Dieu est indigné de tant de péchés commis dans le lieu saint. Combien de fois la maison de Dieu n'at- elle pas été profanée par vous? Faut-il donc s'étonner que clans son juste courroux il ait jeté par terre et sa maison et les vôtres?

Malgré cela, mes très chers frères, ayez confiance dans son infinie bonté, et soyez assurés que si vous vous repentez au fond du cœur, que si vous vous amendez, sans nul doute il vous pardonnera. Et comme je vous porte dans mon cœur, je pleure pour vous et pour tous

les autres peuples mentionnés plus haut ; je veux m'offrir comme victime à la justice divine, en la conjurant de décharger se3 foudres sur moi, et de vous pardonner. A partir de ce moment jusqu'au jour de l'assomption de notre auguste Reine, toutes les pénitences que je ferai, quelles qu'elles soient, les disciplines, les jeûnes et les autres travaux que j'aurai à supporter, j'offrirai tout à Dieu pour vous, et par-dessus tout je pleurerai vos péchés et les miens. Mais pleurez aussi vous-mêmes, repentez-vous du fond du coour, et soyez certains que Dieu ne méprisera pas un cœur contrit et humilié : Cor contrition et humiliation, Deus! non despicies.

Après cela, ce que je désire de vous, c'est une réforme de moeurs complete. Mettons fin une bonne fois à ces haines, à ces rancunes, à ces dissensions; qu'on renonco aux mauvaises habitudes, aux liaisons coupables et criminelles, aux fréquentations et aux réunions dangereuses, au cabaret, au jeu de cartes; surtout qu'on sanctifie les fêtes, qu'on ait le plus profond respect pour les églises, et qu'on fréquente les sacrements ; qu'on voie régner parmi vous une véritable charité; qu'on se garde bien de pressurer les pauvres et d'usurper le bien d'autrui; que chacun réfléchisse d'un autre côté que le jour fatal du jugement dernier approche toujours de plus en plus; et si la simple secousse d'un tremblement de terre vous a causé tant de dommages et de frayeurs, que sera-ce, me* bien-aimés frères, lorsque le monde entier tombera en ruine? Il faut donc vivre en ce monde comme si nous n'appartenions pas au monde, mais que nous fussions tout à Dieu, entièrement consacrés au service de Dieu. Oh! alors notre bon Sauveur vous embrasserait comme ses enfants, et les fléaux s'éloigneraient de vous ! Je promets de prier pour vous à cet effet.

Je vous en dirais davantage, mais les occupations de la mission ne me le permettent pas. J'ai dû dérober le

temps pour vous écrire. — Je vous embrasse tous dans le Seigneur en finissant, et je vous place dans le côté percé de notre bon Jésus. Que Dieu vous bénisse!

Voire très humble serviteur dans le Seigneur, Fr Léonard, pauvre pécheur.

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