XLI
A MADAME LA DUCHESSE STROZZI
Recueillement, condition nécessaire pour recevoir la visite de l'Enfant Jésus.
Castel Nuovo dans l'Abbaye de Farfa, le 19 décembre 1741.
Madame,
Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.
Je ne vous écris pas seulement pour vous souhaiter
(1)76* del'édit. ital.
d'heureuses et saintes fêtes de Noël, ce que je ferai beaucoup mieux à l'autel, où je prierai l'Enfant Jésus de vous combler de toutes ses consolations; je viens aussi vous demander des nouvelles de notre cher duo, que je ne cesse de recommander à Dieu. Je ne m'intéresse pas peu à sa santé et je désire, si tel est le bon plaisir de Dieu, qu'il nous le conserve un peu plus longtemps, afin que par ses bons exemples il continue à édifier cette Cour-là.
Quand vous verrez Mgr le cardinal, ne manquez pas de lui présenter mes humbles hommages, et diteslui que pendant ces saintes fêtes je n'oublierai pas de le recommander à Dieu avec plus de ferveur, afin que le Seigneur l'assiste dans un emploi si scabreux et si pénible. — Je désirerais d'ailleurs savoir quelle a été l'issue de l'affaire de notre couvent de Florence , et quelle détermination a prise notre Saint- Père le Pape; je crains bien que cette maison pour laquelle j'ai travaillé pendant tant d'années ne vienne à crouler.
Pour parler d'autre chose, je vous dirai que pendant ces fêtes-ci, l'Enfant Jésus a coutume de faire des cadeaux à ceux qui s'approchent de lui avec un saint recueillement intérieur, et ce recueillement est précisément ce que le monde ne connaît pas et ce que les âmes justes mêmes négligent. Un quart d'heure de recueillement avec Dieu, fondé sur une sainte humilité et un véritable amour, vaut plus que toutes les apparences extérieures, quoique bonnes. Ce trésor-là, je voudrais que Mme la duchesse le cherchât et l'accrût continuellement. Ne nous répandons pas tellement au dehors que nous perdions de vue l'hôte que nous possédons au dedans de nous, et tout ira bien. Je ne manquerai pas de le demander à Dieu pour vous, Madame ; veuillez aussi le demander pour moi, pauvre pécheur.
Je vous laisse dans les plaies sacrées de notre bon Jésus, et j'ai l'honneur d'être,
De Votre Excellence,
Le très humble et très dévoué serviteur,
Fr. Léonard, missionnaire.